Insultes racistes : « Une attaque au cœur de la République »

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Publié le 06-11-2013 à 07h40
Le Nouvel Observateur avec AFP

Comparée à un singe, traitée de « guenon », Christiane Taubira s’étonne qu’aucune voix ne se soit levée pour pointer le danger que font peser ces attaques racistes sur la cohésion sociale.

De son côté, la ministre de la Justice a dénoncé samedi la "pensée mortifère et meurtrière" du parti de Marine Le Pen. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

De son côté, la ministre de la Justice a dénoncé samedi la « pensée mortifère et meurtrière » du parti de Marine Le Pen. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Christiane Taubira s’étonne dans une interview publiée mercredi 6 novembre dans « Libération » qu’aucune « belle et haute voix (ne) se soit levée » pour pointer le danger pour « la cohésion sociale » que constituent les attaques racistes dont elle a été victime.

Comparée à un singe sur la page Facebook d’une candidate Front National, exclue depuis, et traitée de « guenon » par des enfants lors d’une manifestation contre le mariage homosexuel, la ministre de la Justice estime que « ces attaques racistes sont une attaque au coeur de la République ».

Tout en soulignant avoir « eu beaucoup de messages de soutien », elle assure que « le sujet, ce n’est pas ma personne ».

Est-on encore capable de réagir lorsque la société est ébranlée sur ces fondations ? Les réactions n’ont pas été à la mesure. (…) Ce sont des analyses, pas une alerte, dans le sens où des consciences dans la société française pourraient dire: ‘Attention, ce n’est pas périphérique, c’est une alarme’. Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française ».

« C’est la cohésion sociale qui est mise à bas, l’histoire d’une nation qui est mise en cause », poursuit-elle, jugeant qu’il « s’agit très clairement d’inhibitions qui disparaissent, de digues qui tombent ».

« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit »

« Je me ramasse depuis longtemps du ‘macaque’, du ‘Y a bon Banania' », poursuit la garde des Sceaux, tout en indiquant avoir dit à son cabinet « qu’on avait autre chose faire » que porter plainte.

« La réponse judiciaire est indispensable », dit toutefois la ministre, « il faut rappeler que le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit ». « Mais elle ne suffit pas: on ne peut pas demander à la seule justice de réparer les pathologies profondes qui minent la démocratie ».

« Des millions de personnes sont mises en cause quand on me traite de guenon. Des millions de gamines savent qu’on peut les traiter de guenons dans les cours de récréation! »

Saisi par le Défenseur des droits, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après les propos de l’ex-candidate FN. Le FN a porté plainte contre Christiane Taubira devant la Cour de justice de la République pour avoir répliqué que la pensée du FN « c’est les Noirs dans les branches des arbres, les Arabes à la mer, les homosexuels dans la Seine, les Juifs au four ».

« Marine Le Pen fait semblant d’être présentable »

Dans l’interview à « Libération », Christiane Taubira juge que cette dérive procède « d’un long glissement… Périodiquement, et encore sous le dernier quinquennat, on a construit un ennemi intérieur. Ceux qui sont incapables de tracer un horizon passent leur temps à dire au peuple français qu’il est envahi, assiégé, en danger. »

Interrogée pour savoir si « l’institutionnalisation » du FN a favorisé cette montée, la ministre répond « incontestablement ». « Même si Marine Le Pen fait semblant d’être présentable, les Français savent ce que représente son parti – et son idéologie, qu’elle n’a d’ailleurs jamais reniée, » dit-elle.

« Lorsqu’on regarde les chiffres de l’immigration, il faut arrêter d’en faire un feuilleton quotidien! En quoi l’immigration est-elle un problème? En quoi met-elle en danger la société française ?

Interrogée sur les polémiques autour des Roms, Christiane Taubira regrette que « ça (fasse) un an qu’on débat là-dessus pratiquement tous les jours! On continue à dire aux Français : ‘Vous êtes 67 millions, mais continuez à mettre votre bouclier sur vos têtes parce que vous êtes assiégés’ au lieu de généraliser des réponses efficaces. La parole politique doit être plus claire, plus déterminée, plus ancrée historiquement et plus projetée dans l’avenir ».

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Le «référendum d’initiative populaire», sitôt exhumé, déjà dégonflé

 

Mediapart.fr

 

05 novembre 2013 |
Par Mathieu Magnaudeix

 

Le « référendum d’initiative populaire » promis par François Hollande devrait être adopté le 19 novembre. Loin d’une révolution, il s’agit d’un texte ultra-verrouillé, écrit par l’ancien ministre sarkozyste Brice Hortefeux et repris tel quel par la majorité actuelle. La procédure est si restrictive qu’elle ne devrait jamais déboucher!

Quelle mouche l’a piqué ? Ce 3 octobre, François Hollande est en visite au Conseil constitutionnel pour les 55 ans de la Ve République. Face à un aréopage d’anciens ministres, le chef de l’État n’a pas grand-chose à annoncer. Dans son discours de 25 minutes, il a tout de même glissé une petite surprise : un « référendum d’initiative populaire » pour « mieux associer les citoyens à la vie publique ». « J’ai demandé au gouvernement de soumettre un projet au Parlement avant la fin de l’année », dit-il. L’information est reprise par de nombreux médias :

Pourtant, la sortie présidentielle fait immédiatement tousser dans les ministères. D’abord parce qu’une fois de plus, l’Élysée n’a prévenu personne. Mais surtout car le fameux référendum, loin d’être une nouveauté comme le chef de l’État a pu le laisser entendre, traîne sur le bureau de l’Assemblée nationale et du Sénat depuis trois ans. En réalité, le chef de l’État, à court d’idées de réformes de la Constitution, a juste ressorti des placards un vieux projet de loi de l’ancienne majorité. Une loi signée de l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, que François Hollande lui-même n’avait pas approuvée lorsqu’il était député et qui, avant la présidentielle, ne satisfaisait pas du tout le PS.

« Ce sera bien le texte d’origine présenté en Conseil des ministres le 22 décembre 2010 par la précédente majorité qu’on va faire voter, ce qui permettra son adoption avant la fin de l’année »confirme le jour même de l’annonce présidentielle, le ministre des relations avec le Parlement Alain Vidalies, monté seul au créneau pour assurer le délicat service après-vente.

Mercredi 30 octobre, députés et sénateurs, qui avaient jusqu’ici quelques points de divergence mineurs, se sont mis d’accord lors d’une “commission mixte paritaire” sur une dernière version du texte. Le calendrier décrété par François Hollande sera donc respecté : les députés devraient adopter ce texte mercredi 19 novembre.

Sauf que le fameux « référendum d’initiative populaire » dont il parle n’a pas grand-chose de « populaire ». En pratique, il risque d’ailleurs de ne jamais déboucher sur le moindre référendum, tant les conditions posées sont drastiques (lire ici la dernière version du texte) : il faudra à la fois recueillir l’accord de 180 parlementaires et 4,5 millions de signatures… Une fois ces conditions réunies, il faudra par ailleurs que l’Assemblée nationale ou le Sénat ne se saisisse pas du tout du sujet dans les six mois. « C’est utopique car il suffira alors qu’une grande force politique inscrive à l’ordre du jour d’une des Assemblées le sujet sur lequel porte le référendum pour que le président de la République n’ait pas à le déclencher. Ce dispositif est un faux-semblant, un trompe-l’œil », assure à Mediapart le socialiste Jean-Pierre Sueur, le pourtant très modéré président de la commission des Lois du Sénat.

Pour bien comprendre, il faut revenir à la révision constitutionnelle de Nicolas Sarkozy en 2008 (la gauche avait voté contre, hormis Jack Lang qui l’avait approuvée). Dans la Constitution est insérée, à l’article 11, la possibilité de convoquer un référendum sous certaines conditions très restrictives.

À l’époque, cette piste provoque déjà les sarcasmes de l’ancien garde des Sceaux de François Mitterrand, Robert Badinter, alors sénateur PS : « Qu’est-ce (…) que ce mélange bizarre qui nous est présenté ? (…) L’innovation que l’on nous dépeint comme un progrès de la démocratie directe n’est rien d’autre qu’une construction des plus étranges ! Giraudoux avait raison : l’imagination est la première forme du talent juridique. Ici, elle a simplement pris le tour que Clemenceau se plaisait à dénoncer sarcastiquement : « Vous savez ce que c’est qu’un chameau ? C’est un cheval dessiné par une commission parlementaire. » Aujourd’hui, nous avons affaire à un chameau comme, depuis plus de douze ans que je suis sénateur, je crois n’en avoir jamais rencontré. »

La réforme de la Constitution votée, la loi nécessaire pour préciser les contours du dispositif tombe d’ailleurs aux oubliettes. Nicolas Sarkozy (qui se fera dans la dernière ligne droite le chantre d’une démocratie directe par référendums qui contournent les « corps intermédiaires ») n’a alors pas très envie de passer aux actes.

Frustration démocratique

 

François Hollande au Conseil constitutionnel, le 3 octobreFrançois Hollande au Conseil constitutionnel, le 3 octobre© Présidence de la République

Brice Hortefeux finit par présenter un texte au conseil des ministres deux ans plus tard, fin 2010. Il est à nouveau enterré. Jusqu’en janvier 2012, où il est exhumé et adopté une première fois par l’Assemblée nationale. La gauche est très sceptique. Neuf députés PS votent contre, 164 s’abstiennent… à commencer par François Hollande. Sur la feuille du vote, celui qui est alors candidat PS à la primaire fait préciser que son abstention n’est pas le fruit du hasard, mais bien « volontaire ». Une façon de prendre date.

Parmi les autres abstentionnistes : Jean-Marc Ayrault, les ministres Vidalies, Cazeneuve, Delaunay, Fabius, Taubira, Touraine, ou encore l’actuel patron des députés PS, Bruno Le Roux. « Il aurait mieux valu parler du droit pour les assemblées d’empêcher la tenue d’un référendum, car elles disposent bien de ce droit. Le risque de frustration démocratique est fort, il est même quasi certain », met alors en garde le socialiste Jean Mallot. Aujourd’hui conseiller politique de Jean-Marc Ayrault à Matignon et directeur de cabinet d’Alain Vidalies, le voici désormais chargé de faire voter ce texte

En 2012, année de la présidentielle, la loi retombe à nouveau dans l’oubli. François Hollande, qui a d’autres mesures constitutionnelles dans sa besace, n’en parle pas dans son programme de candidat. Jusqu’à ce que la droite, qui souhaite prendre l’opinion publique à témoin de son combat contre le mariage pour tous, la remette à l’agenda du Sénat fin février 2013 – le Sénat la votera d’ailleurs à l’unanimité, malgré ses insuffisances manifestes.

D’éminents responsables de la majorité actuelle n’ont alors pas de mots assez durs pour cette loi bien trop timide et inefficace à leurs yeux. Le sénateur PS Jean-Yves Leconte dénonce l’« insignifiance » de cette réforme, qualifiée de « timide » et « timorée ».

« Les défauts des textes adoptés par l’Assemblée nationale étaient tels que j’aurais préféré que nous travaillions sur un autre projet », déplore la garde des Sceaux Christiane Taubira. Elle explique que le texte de Brice Hortefeux, celui-là même que le gouvernement reprend désormais, est un « référendum d’initiative partagée (entre le Parlement et les citoyens – ndlr) et non populaire comme on l’entend parfois dire improprement ».

Elle affirme même que la loi « relève davantage du droit de pétition que de la voie référendaire ». « La consultation du peuple est tout de même précédée d’une course de haies », ajoute-t-elle à l’intention des élus de l’UMP. Et pour cause ! Il faut d’abord une proposition de loi référendaire signée par au moins 180 parlementaires (un cinquième des députés et sénateurs). Elle doit être validée ensuite par le Conseil constitutionnel car les questions de société ne peuvent par exemple pas être soumises à référendum. Ensuite, 4,5 millions d’électeurs (soit 10 % du corps électoral) doivent la signer, sur Internet ou dans leur mairie. Puis le Conseil constitutionnel doit vérifier les signatures. Pour que le chef de l’État convoque un référendum, il faut une dernière condition : que ni l’Assemblée ni le Sénat n’aient examiné le texte sous les six mois, même de façon partielle.

On est donc très loin du référendum d’initiative populaire, surtout si l’on compare avec les dispositifs existant en Suisse, le pays des votations citoyennes, en Italie ou en Belgique, où le parcours est moins compliqué, le nombre de signatures nécessaires étant moins élevé, et où certaines lois peuvent parfois être révoquées par référendum.

« En fait, si on souhaite introduire un vrai référendum d’initiative populaire, il n’y a qu’une solution : changer la Constitution », explique Jean-Pierre Sueur. Or François Hollande, faute d’une majorité des 3/5es au Congrès, a renoncé à toutes les réformes constitutionnelles qu’il avait promises. Et par ailleurs, il ne souhaite pas convoquer un référendum constitutionnel, l’autre outil qui permettrait de modifier la loi fondamentale.

On est bien loin des propositions réformatrices de la gauche quand elle était dans l’opposition. « Ne soyons ni timorés ni réticents, contrairement à la droite », disait le 2 février 2011 au forum du PS sur les institutions la première secrétaire du PS, Martine Aubry, retirée depuis la victoire de François Hollande sur son Aventin lillois. Le texte qui en était sorti proposait même de créer un véritable « droit d’initiative populaire » : « Toute demande de débat soutenue par au moins un million de pétitionnaires doit faire l’objet d’une discussion et d’un vote au Parlement », indiquait alors le parti socialiste (ci-dessous). Depuis, la promesse est tombée aux oubliettes.

Les propositions du PS, février 2011Les propositions du PS, février 2011
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/051113/le-referendum-dinitiative-populaire-sitot-exhume-deja-degonfle

L’écotaxe, la Bretagne et moi

Blog Mediapart

L’écotaxe a été le révélateur au niveau national d’un mouvement qui existe en Bretagne depuis quelques mois déjà: la faillite du modèle agroalimentaire breton. Depuis plus de 40 ans, la Bretagne s’est engagée, comme le reste de la France d’ailleurs, mais d’une façon si poussée qu’elle en devient caricaturale, dans un modèle agricole et agroalimentaire industriel et productiviste.

Elevages hors sol de porcs et volailles ont proliféré. Des abattoirs, des industries de transformation, des entreprises de transport se sont développés autour de cette agriculture, sans parler de la grande distribution (Leclerc).

Si dès le départ, ce modèle posait de graves problèmes écologiques (mais bien peu se souciaient de ces aspects dans les années 70), il commença par être un succès économique et permit la création de nombreux emplois.

Mais au fur et à mesure que la libéralisation et la mondialisation économique prenait de l’ampleur, les contradictions de ce modèle apparurent. Basé sur l’industrialisation de l’agriculture, il se trouva confronté aux autres agricultures industrielles, tout comme les autres industries ont pu être confrontées à la concurrence déloyale d’autres pays à faible cout de main d’oeuvre.

Et ce, sans aucune marge de manoeuvre du fait d’une double dépendance qui allait devenir triple. En amont, des élevages nourris à partir des aliments arrivant dans les ports bretons: aucune marge de manoeuvre sur les prix de revient. En aval, deux seuls débouchés: la grande distribution avec sa capacité à imposer des prix d’achat bas et l’exportation avec une concurrence d’industries à bas cout de main d’oeuvre.

Sans marge de manoeuvre, ce modèle agroalimentaire n’avait d’autres solutions que d’une part, à commencer à s’autodétruire, et d’autre part à se jeter dans une troisième dépendance.

C’est ainsi que les délocations commencèrent et que les porcs bretons durent aller se faire abattre en Allemagne. Bien sur, les abatoirs bretons ne pouvaient pas y survivre. Je ne vais pas détailler l’ensemble des impacts sur les industries de transformation mais le schéma est le même.

Par ailleurs, ne pouvant concurrencer à l’export les prix pratiqués à l’export, l’industrie agroalimentaire réussit à obtenir des subventions à l’export leur permettant en fait d’inonder les marchés africains et asiatiques en vendant à un prix moins cher que le prix de revient, et se créant ainsi une troisième dépendance. Inutile de dire que ce système de subventions est particulièrement inique et à tuer de nombreux petits producteurs africains et asiatiques.

Et ce qui devait arriver arriva. Quand l’Union Européenne a stoppé (fort logiquement) ce système de subventions, elle a en fait débranché le respirateur artificiel qui maintenait en vie ce modèle agroalimentaire, et entrainant ainsi nombre de faillites.

Ajoutons enfin que les nombreux dégâts écologiques, que je ne vais pas détailler ici, ont fini par créer des problèmes dans d’autres secteurs de l’économie bretonne, notamment les activités touristiques. L’agroalimentaire breton va-t-il entrainer dans sa chute toute l’économie bretonne?

Des salariés prisonniers du modèle

Alors bien sur, nous savons que ce modèle était vicié dès le départ. Qu’il est nécessaire de se tourner vers une agriculture autosuffisante produisant elle-même les aliments nécessaires à l’élevage, tournée vers une production de qualité et destinée avant tout à la consommation locale. Mais ce changement de système peut-il se faire en un jour?

Les salariés de ces entreprises agroalimentaires, le plus souvent payés au smig, sont-ils responsables de ce modèle mortifère? Bien évidemment non. Ils sont les premières victimes de la chute de ce modèle, dont par ailleurs on ne pourrait que se réjouir.

Alors, qu’ils sont en train de tout perdre, ils manifestent, sans se demander à côté de qui, ils bloquent leur usine, ils se découvrent, certes tardivement, une conscience de classe.

Car ne nous leurrons pas, une agriculture tournée vers la vente directe, vers une relation directe entre consommateurs et producteurs ne leur laissent aucune place. Alors forcément, ils se tournent vers leur bourreau: encore cinq minutes de respiration, M. le bourreau. Rebranchez le respirateur artificiel, M. le ministre. Comment leur en vouloir? Que leur chaut un changement de modèle qui ne portera pas ses fruits avant une dizaine d’années si ils crèvent dès demain.

En réalité, celles et ceux qui portent des « il faut », « yaka », qui les traitent de manipulés, nigauds ou esclaves leur demandent purement et simplement de se sacrifier. Ils ne sont pas d’accord. Etonnant, non?

Arrive l’écotaxe…

Entendons-nous bien. L’idée d’une taxe permettant de compenser les différences des couts sociaux, permettant d’inciter à une relocalisation de l’économie est bonne.

Mais l’écotaxe tricotée par la précédente majorité, basée sur un PPP scandaleux (voir l’article de Martine Orange) et exonérant les principaux axes de transport (les autoroutes) n’a d’écologique que le nom.En aucun cas, elle ne saurait atteindre les objectifs visés.

Elle fut en plus l’occasion pour le patronnat breton de tenter de récupérer la colère populaire bretonne. C’est ainsi que par la grace des maladresses des gouvernements successifs, la colère légitime des salariés se retrouve vue par beaucoup comme un mouvement poujadiste contre les taxes, impression renforcée par le positionnement partisan de certaines organisations, que l’on attendait pourtant à côté des salariés.

Et moi?

Ecartelé entre l’agonie d’un système que j’exècre et la détresse des salariés qui en (sur-)vivent, je ne peux m’empêcher de souligner que cette crise de l’agroalimentaire breton illustre la différence qu’il peut y avoir entre récession et décroissance: la récession étant un crash alors que la décroissance étant une sortie contrôlée d’un système. Trop tard pour les salariés bretons de l’agroalimentaire.

Tous les commentaires

Nouveau 04/11/2013, 22:39 | Par ZOULOUHOTEL

Totalement en accord. Il y a quarante ans, déjà se profilaient les éléments de cette catastrophe. Au fil des années, rivières et sources polluées, écosystème complètement perturbé etc… tout le monde le savait, alors? Les dégats provoqués en Afrique par les exportations, tout le monde le savait, alors? Alors maintenant: la facture, et n’oubliez pas le service M’sieurs-Dames!

La CFDT est bien silencieuse, pour un syndicat qui serait majoritaire dans ce secteur …

Nouveau 05/11/2013, 08:07 | Par Le Père Vert Pépère en réponse au commentaire de Patrig K le 05/11/2013 à 07:44

Nouveau 05/11/2013, 09:29 | Par pilhaouer

C’est une excellente analyse mais peut-être faut-il ajouter un point fondamental :

La définition du prolétaire est de ne posséder que sa force de travail.

Et nous connaissons bien la contradiction qui fait que lutter pour le maintien de l’emploi est aussi maintenir nos chaines si le but ultime est bien l’abolition du salariat mais nous n’avons pas le choix et, de même, toute amélioration de la condition ouvrière peut apparaître comme un encouragement à perpétuer le système.

Ceci nous concerne tous et pas seulement les ouvriers de l’agro-alimentaire ou les paysans-travailleurs  bretons(souvenons-nous).

« Ecartelé entre l’agonie d’un système que j’exècre et la détresse des salariés qui en (sur-)vivent, je ne peux m’empêcher de souligner que cette crise de l’agroalimentaire breton illustre la différence qu’il peut y avoir entre récession et décroissance »

Mais la crise de l’agro-alimentaire n’est qu’un des aspects de l’histoire d’un système capitaliste qui ne se perpétue que par crises successives et qui est absolument incompatible avec toute idée de décroissance (un mot maladroit à mon sens car aussitôt traduit par régression et je préférerais une autre expression pour désigner la recherche du bonheur dans un développement harmonieux et respectueux de la nature et de ses resssources)

pilhaouer

http://blogs.mediapart.fr/blog/pilhaouer/041113/le-retour-de-chapeau-rond-rouge

Nouveau 05/11/2013, 14:01 | Par malto cortese en réponse au commentaire de pilhaouer le 05/11/2013 à 09:29

Décroissance, oui le mot est mal choisi, il fait peur;  sobriété heureuse, c’est pas mal…et c’est surtout possible!

Vers la sobriété heureuseQuant aux  gros nez rouges  qui s’en sont mis plein les popoches,

qu’ils rendent l’argent  qu’ils ont caché  dans des îles crocodiles aux travailleurs qu’ils ont exploité,   je veux bien voter pour ça!

Nouveau 05/11/2013, 21:05 | Par Le Père Vert Pépère en réponse au commentaire de malto cortese le 05/11/2013 à 14:01

Le terme exact serait l’a-croissance, mais pour des raisons phonétiques évidentes, cela ne va pas non plus. Alors pourquoi pas sobriété heureuse.

Il n’est pourtant pas parfait. Quand je consomme les produits des paysans locaux, je n’ai pas l’impression de faire dans la sobriété.

Nouveau 05/11/2013, 12:47 | Par Ivan Villa

Très bien ce billet. Nous sommes loin, ici, de la manif du blog réactionnaire (Medef, FNSEA, etc.) de Quimper.

Nouveau 05/11/2013, 21:02 | Par Le Père Vert Pépère en réponse au commentaire de Ivan Villa le 05/11/2013 à 12:47

Mais nous y parlons néanmoins de la colère que les salariés y ont exprimée.

Nouveau 05/11/2013, 13:40 | Par Oliv92

Merci pour ce superbe billet. En regardant le journal de France 2 hier, j’étais vraiment découragé. La plupart des problémes qui aboutissent aujourd’hui à une catastrophe sont connus depuis 10 ans, 20 ans… et rien n’a été fait, par personne. Ni les chefs d’entreprise, ni l’état, ni les régions, ni les salariés… tous se mettent la tête dans le sable en espérant que la catastrophe les épargne. Sans même parler de corruption, probable dans le cas de l’Ecotaxe.

Au passage, n’oublions pas de dénoncer le fameux « modèle allemand » :

* pas de salaire minimum … ce qui fait que les abattoirs en Ex-Allemagne de l’Est emploient principalement des gens d’Europe de l’Est acceptant de « travailler » pour 4 ou 5€ de l’heure

* les conditions d’application de l’Ecotaxe est beaucoup plus légère pour les transports internationaux, puisqu’un transport affrété depuis l’étranger n’est pas obligé d’appliquer les 5,2% d’augmentation forfaitaire obligatoire sur les transports franco-francais. Scandaleux.

Je vais finir par parler comme Le Pen, mais j’ai l’impression que toutes nos « Elites » n’ont qu’une idée en tête depuis 30 ans : piller, privatiser, se servir sur la bête, ouvrir les frontières, et surtout ne rien faire pour défendre les citoyens, salariés,…. francais.

Quel cynisme.

Nouveau 05/11/2013, 13:45 | Par Paskal HENRY

Un billet loin des invectives et des fantasmes sur une population trop souvent classée comme réac (alors que les votes et l’histoire prouvent le contraire).

La Révolte des Bonnets Rouges de 2013, comme celle de 1675 doit déboucher sur une nouvelle prise de conscience globale en passant par la pédagogie, comme vous le faites.

Un débat dans le camp de la gauche sur la statégie et les solutions pour sortir de l’impasse, oui! Les travailleurs de cette région (comme ceux d’autres régions), qu’il soient salariés, paysans, artisants et parfois même petits patrons ont des intérêts communs qui ne sont pas ceux des banquiers et autres industriels de la finance. La division ne doit pas provoquer des affrontements dans le camp de ceux qui souffrent.

Nous avions peut-être besoin de Troadec et d’autres (NPA, des délégations CGT, etc.)  à Quimper pour que la manif’ ne soit pas qu’une manip’ , pour faire progresser la reflexion, pour que le MEDEF ne nous prenne pas pour des nigauds (les propos des manifestants de Carhaix critiquaient  la mainipulation du patronat et de la droite, et ne stigmatisaient, bien entendu pas une population) et, bien sûr, de  Mélenchon (de la CGT, de SUD, etc, à Cahraix.


Hollande : après l’heure c’est plus l’heure

Blog Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/051113/hollande-apres-lheure-cest-plus-lheure

« Pourquoi il ne changera rien » titre ce matin le journal Libération avec François Hollande en couverture, bouche pincée. Il ne changera ni d’équipe ni de ligne, même si tout change autour de lui. Hollande a-t-il raté le train qu’il avait mis sur les rails ?

« Le Président se retrouve presque nu devant l’opinion et ses adversaires », dit Frédéric Sawicki, professeur de Science Politique à la Sorbonne ». Le constat est imparable, mais il pose une question. Un vrai mystère. Comment, en dix-huit mois, en est-il arrivé là.

Il a l’air immobile. Pourtant, pendant sa campagne, il était en mouvement. Contrairement aux idées reçues, il n’avait pas promis la lune : il incarnait seulement un changement prudent. Changement d’homme, et changement d’époque, après la crise. Des impôts mieux répartis, qui feraient d’abord payer les riches, plus de justice, moins d’excès dans l’adoration de l’argent, une Europe plus sociale. Rien de révolutionnaire, mais une petite musique qui contrastait avec l’hymne libéral et débridé qui s’était fracassé sur la crise.

Le candidat Hollande était en phase avec l’histoire de la France et du monde, il anticipait un désir de plus d’Etat, de plus de protection, de plus de cadres. Après le cycle des années 80, la victoire idéologique de Reagan et Thatcher, venait celui des années 2010, et leur besoin de mesure, et de correction sans drame.

La suite lui a donné raison. Les certitudes des économistes officiels qui prévoyaient que des plans d’austérités féroces rameneraient la prospérité ont été balayés, et laissent la place à des idées de relance qui ne sont plus sacrilèges.

En France un parti centriste est né de la droitisation de l’UMP,

En Italie, Mario Monti, l’étoile de la commission européenne, l’homme qui connaissait le remède, c’est-à-dire la réduction de l’Etat, a été balayé.

En Allemagne la popularité d’Angela Merkel n’a pu contenir une certaine poussée à gauche, et la chancelière se retrouve à négocier avec les socio-démocrates, notamment sur la mise en place d’un salaire minimum, présenté il y a peu comme une insupportable rigidité économique.

Aux Etats-Unis, Barak Obama a été réélu malgré ou grâce au Tea Party. A New-York, le candidat Bill de Blasio, tient des propos qui feraient s’enfuir Gérard Depardieu sur la planète Mars, à propos de la hausse des impôts pour les riches. Oui, de la hausse des impôts. Il réclame aussi le retour de la puissance publique, la mise au pas des promoteurs immobiliers, la renaissance d’une école publique en déshérence, et le petit peuple devrait l’élire à la mairie à l’effroi de Wall Street.

Partout le même retour de balancier, mais en France, l’homme qui a anticipé le mouvement se retrouve à la remorque, enlisé dans un discours gestionnaire, tandis que la droite la plus dure rêve tout haut de révolution, ou de destitution, et que la gauche parait submergée.

Pourtant, aux dernières nouvelles, Hollande ne changera rien. Pourquoi ? Peut-être, tout simplement, parce que le changement c’était maintenant, et qu’après l’heure, c’est plus l’heure.

France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas