Sur les Assises de la VIe République, lettre ouverte au Front de Gauche

Par Antoine Trouillard

http://blogs.mediapart.fr/blog/antoine-trouillard/110913/sur-les-assises-de-la-vie-republique-lettre-ouverte-au-front-de-gauche

Ce texte interpelle le Front de Gauche sur le sens de sa proposition de VIe République, et l’invite à expliciter sa manière d’en concevoir les Assises. Il est donc adressé à tous les comités locaux des organisations qui le composent et, plus largement, à toutes celles et ceux qui s’interrogent sur la portée d’un tel projet.


Nul n’ignore aujourd’hui l’ampleur et la gravité de la crise écologique à laquelle nous sommes confrontés. Mais, à peu de choses près, tout se passe comme si de rien n’était.

Nous savons pourtant que l’activité humaine est responsable d’une extinction en masse des espèces naturelles telle que la Terre n’en a jamais connue dans son histoire [1] ; nous savons que notre consommation insatiable des énergies fossiles est à l’origine du réchauffement climatique actuel, nous savons pertinemment que si nos émissions de gaz à effet de serre dépassent un certain seuil – bientôt franchi – des réactions en chaîne peuvent se produire [2] qui bouleverseraient de façon radicale l’ensemble des écosystèmes de la planète et, par conséquent, menaceraient de ruiner nos propres conditions d’existence.

Nous savons cela, et encore bien d’autres choses. Par exemple, nous savons parfaitement que nous vivons, en Europe, au-dessus des limites de ce qui est écologiquement supportable à l’échelle du monde entier, mais nous continuons cependant d’approuver nos dirigeants politiques lorsqu’ils affirment vouloir renouer avec la «croissance économique» et la hausse du «pouvoir d’achat». Comment cela se fait-il ?

La réponse est d’une simplicité lumineuse : nous ne croyons pas ce que nous savons [3]. Ou plutôt : nous ne voulons pas le croire, nous refusons de l’admettre. De fait, si nous devions véritablement prendre en compte les enjeux immenses que charrie notre époque, cela impliquerait une telle remise en cause de nos usages, de nos catégories de pensée, de nos structures sociales, qu’il nous paraît préférable d’occulter la réalité, comme l’autruche enfouit la tête sous le sable. Notre mauvaise foi ne résulte pas tant, sans doute, d’une quelconque mauvaise volonté, que d’un sentiment général d’impuissance collective ; et en effet, comment pouvons-nous espérer modifier substantiellement le cours du développement économique et technologique de nos sociétés, comment pouvons-nous réorienter la puissance aveugle du système capitaliste, avant qu’elle ne nous projette au fond du précipice ?

Nous ne croyons pas ce que nous savons, c’est-à-dire, en pratique : nous nous abstenons, collectivement, de mettre en œuvre la refondation politique qui nous permettrait de tenter de répondre à ces questions. Or cela paraît d’autant plus surprenant que, d’une part, le principe de l’approfondissement de la démocratie met à peu près tout le monde d’accord ; et que, d’autre part, rien ne nous fait défaut pour nous engager dans cette aventure : ni les conditions matérielles, ni la créativité humaine, sous ses multiples formes, et dont nous recelons en abondance.

Ainsi, qu’il s’agisse par exemple de se prémunir contre le déferlement incontrôlé d’«innovations technologiques» extravagantes, lorsqu’elles ne profitent qu’à ceux qui les conçoivent ou qui sont chargés de les promouvoir, étant nuisibles à tous les autres [4] ; qu’il s’agisse de mettre un terme aux déprédations de la finance à l’échelle mondiale, ou de remettre en cause le paradigme d’une croissance économique indéfiniment poursuivie, laquelle, outre son absurdité manifeste, se fonde – en toute hypocrisie – sur une oppression des peuples déguisée en division internationale du travail ; qu’il s’agisse de réaliser la transition énergétique, de concrétiser le partage équitable du temps de travail comme celui des produits de l’activité économique et sociale ; qu’il s’agisse, enfin, de rétablir la dignité de la personne humaine ainsi que de l’ensemble des êtres vivants, en tâchant de négocier au mieux les effets irréversibles de la catastrophe écologique en cours, nous le savons parfaitement : rien de tout cela n’est possible sans un accomplissement authentique de la démocratie.

La difficulté provient donc d’abord de ce que nous ne parvenons pas à créer les conditions politiques minimales d’une convergence des revendications sociales autour d’un tel projet. Et s’il est possible que la conjoncture économique, continuant de se dégrader, nous donne à terme l’opportunité d’un changement radical de perspective politique et sociale [5], l’urgence de la situation nous contraint d’anticiper dès maintenant la forme que nous souhaiterions lui voir emprunter, et de nous efforcer d’en provoquer le surgissement.

Or la question de l’avènement d’une VIème République semble pouvoir correspondre, en France, à cette problématique de la convergence du mouvement social en vue d‘un approfondissement de la démocratie. D’un côté, elle suppose effectivement un consensus aussi vaste que possible ; de l’autre, elle permet de postuler un renouvellement radical de nos conceptions et de nos pratiques du politique, c’est-à-dire, au sens large, de nos institutions, de ce qui organise nos rapports sociaux, et nous permet de nous les représenter.

On sait que le Front de Gauche porte cette proposition d’un changement de régime républicain, et se donne explicitement pour ambition d’initier une «révolution citoyenne» qui, à la fois, doit réaliser un tel changement, et trouver elle-même à s’y accomplir. Mais cela signifie qu’au-delà de son propre effort de synthèse programmatique, il engage sa responsabilité à ce que, concrètement, quelque chose se passe qui aille dans ce sens. Aussi la logique de l’action qu’il entend mettre en œuvre doit-elle, dès à présent, se traduire dans les faits, sans quoi on voit mal comment on pourrait juger, à l’avenir, de sa légitimité à en maintenir la proposition.

Voila pourquoi je prends la liberté d’appeler le Front de Gauche à se déterminer publiquement à propos de l’organisation d’Assises de la VIème République. L’enjeu serait de permettre à l’ensemble des forces du mouvement social, associations, syndicats, partis politiques et, plus largement, à tous les citoyens désireux d’y participer, de collaborer à la préparation d’un processus démocratique devant aboutir à l’établissement d’une nouvelle Constitution de la République.

Paradoxalement, le caractère «formel» d’une telle démarche est la meilleure garantie de sa pertinence et de son efficacité. Ne serait-il pas illusoire, en effet, de prétendre échapper aux aspects règlementaires et procéduraux de la refondation politique? Refuser de s’y impliquer ne revient-il pas à admettre que ces règles doivent nous tomber du ciel ou, autrement dit, nous être imposées ? D’autre part, la convergence réelle, c’est-à-dire active, durable et conséquente, des acteurs de la vie démocratique autour d’un travail de redéfinition des règles qu‘elle se donne à elle-même, et quand bien même on ne l’obtiendrait d’abord qu’a minima, cette convergence n’est-elle pas le moyen le plus réaliste d’en arriver par la suite à une intégration concrète des enjeux planétaires au sein de toute la variété des dispositifs politiques ainsi renouvelés ? Bref, peut-on croire aujourd’hui bousculer profondément l’inertie des sociétés modernes sans s’accorder sur la manière – la plus démocratique – de le faire ?

Si donc il appartient au Front de Gauche, en tant que force politique porteuse d’un projet de refondation républicaine, d’initier la coordination qui donne corps et consistance à un nouveau processus constituant, et puisque les deux années à venir, situées au creux de l’agenda électoral, sont sans doute les plus favorables à cet égard, il lui revient d’en présenter, aussitôt que possible, les grandes lignes ainsi que le calendrier. Ce faisant, il expliciterait sa conception de la dialectique entre, d’une part, les ressorts de la prise du pouvoir et, de l’autre, le mouvement propre de ce qu’il nomme la «révolution citoyenne».

En effet, soit la «consultation des organisations sociales» en vue de l’établissement des «modalités de l’élection [de l’Assemblée constituante] et du débat public» est considérée comme consécutive à l’élection du président de la République et de l’Assemblée nationale [6], auquel cas les implications pratiques du projet de VIème République sont reportées pour l’après de l’accession du Front de Gauche au pouvoir et, de ce point de vue, perçues comme secondaires ou inessentielles [7]. Soit, à l’inverse, la formalisation du processus constituant est conçue comme un préalable, voire comme la condition majeure de la victoire électorale qui doit le rendre effectif ; ce qui signifie qu’elle devient alors la clé de voûte du programme présenté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle.

Voilà qui n’est pas anodin. Car, selon cette logique, c’est la qualité de l’ouverture du Front de Gauche à l’ensemble des organisations composant la société civile [8] qui, matérialisée notamment lors des Assises de la VIème République, déterminerait sa capacité à incarner de façon crédible une offre politique alternative face au dévoiement oligarchique du régime républicain, mais surtout, à en assurer bientôt la prééminence au sein du paysage politique.

Au fond, le fait que le projet d’autonomie démocratique se soit installé comme l’horizon politique de notre temps [9], legs précieux de l’histoire des siècles derniers – et en particulier de l’histoire des luttes sociales qui l’ont enfanté – laisse à penser qu’un mouvement de refondation politique qui en assumerait le plein héritage se trouverait par-là même en situation de reporter l’espèce d’ «hégémonie culturelle» qui entoure ce projet sur le processus constituant qui s’en voudrait la plus sincère et fidèle expression ; avec, à la clé, la possibilité d’un rassemblement majoritaire autour de ce processus.

Cela dit, un tel rejaillissement suppose que l’on s’attache à faire prévaloir le sens profond du projet d’autonomie individuelle et collective sur l’interprétation étroitement utilitariste qu’en donne l’idéologie «libérale» aujourd’hui dominante, selon laquelle la liberté de l’homme s’identifie avec celle du consommateur, toute chose et toute relation existant – en droit – sous le signe de la marchandise [10]. Comprenons par là que si l’autonomie démocratique est la finalité du processus constituant, elle en est également le moteur et, en dépit du paradoxe, la principale condition de possibilité.

En somme, tout le défi des Assises de la VIème République serait d’aboutir à ce que la méthode qu’on se proposerait d’appliquer pour parvenir à un accomplissement authentique de la démocratie puisse faire l’objet, comme on l’a vu, d’un consensus radical ; de sorte que nul ne répugne à souscrire, en conscience, à ce qu’elle engage un profond mouvement de refondation politique de la société. Il s’agirait donc de s’accorder avant tout sur un ensemble de dispositifs qui encouragent la gestation d’un nouvel «imaginaire social instituant», qui permettent sa pleine expression, et en accompagnent résolument la mise en œuvre.

L’illustration la plus claire des vertus d’un tel consensus radical concerne ce que l’on appelle l’espace – ou le système – médiatique. Cet espace n’est pas un lieu neutre puisque, par définition, c’est lui qui accueille l’essentiel des luttes idéologiques au sein d’une société. Bien davantage, sa structure et son fonctionnement constituent un enjeu central de ces luttes idéologiques, car ils déterminent fortement la façon dont la société se donne elle-même en représentation, la façon dont elle va identifier les intérêts en présence, les rapports de force, les conflits et les contradictions qui la travaillent – ou bien les passer sous silence. Or comment peut-on imaginer que la mainmise actuelle des intérêts capitalistes sur la plus grande partie des organes d’information laisse aucune chance à un débat public de prospérer, dans la mesure où il se donnerait notamment pour objet l’émancipation des structures politiques et sociales à l’égard de ces mêmes intérêts?

Au contraire, un régime réellement démocratique et républicain entendrait non seulement que l’espace médiatique s’affranchisse de la tutelle qu’exercent actuellement, à titre de propriétaires, les représentants du grand capital – patrons de banque et autres industriels de l’armement – sur les principaux organes de presse ou acteurs de l’audiovisuel ; mais aussi, qu’il se libère de l’emprise de la propagande commerciale et de sa logique de privatisation de la chose publique – jusqu’à l’appropriation du mot lui-même : publicité. Car la propagande commerciale ne se contente pas en effet d’inciter à la (sur)consommation d’objets ou de services par la répétition délibérément obsédante de messages plus ou moins insidieux. En s’immisçant dans tous les interstices de l’espace médiatique, en y produisant de profonds effets systémiques (course à l’audimat, autocensure, conditionnement pour la vente du «temps de cerveau disponible», etc.) elle en façonne en réalité la structure au point de la conformer entièrement à son usage.

Or voici donc par exemple : la suppression de la propagande – notamment commerciale – ou, ce qui revient au même, sa taxation prohibitive, est-elle de nature à faire l’objet d’un consensus radical ? Et certes on ne voit pas ce qui pourrait venir s’opposer au constat de son illégitimité sociale et politique, étant à l’évidence une forme parfaitement pure d’aliénation – les motifs économiques sensés en justifier l‘existence s‘avouant d’ailleurs n’être que dérisoire supercherie [11]. De l’autre côté, le tarissement de la gigantesque manne «publicitaire» [12] ne manquerait pas d’engendrer une révolution complète de l’architecture du système médiatique ainsi que de son fonctionnement, et entrainerait par conséquent une reconfiguration radicale des modalités de la représentation des rapports sociaux, c’est-à-dire au final : de leur traduction en termes politiques.

On a là un des enjeux majeurs du processus constituant. Car de ce que le régime et le gouvernement en place, quels qu’ils soient, se satisfassent de la reconduction permanente d’un tissu médiatique qui décourage systématiquement la discussion critique et la compréhension collective du politique, au profit d’une culture du divertissement – ou de l’abrutissement – de la masse des «administrés» [13], il ne s’ensuit pas qu’ils parviennent, à l’avenir, à s’en justifier aussi aisément qu’aujourd’hui ; et cela d’autant moins qu’un puissant mouvement de refondation politique s’emploierait à mesurer leur incapacité – réelle ou feinte – à l’aune de ses propres actions et propositions [14].

Ainsi, quoique cela revête naturellement une dimension stratégique, s’astreindre à abattre un par un chacun des leurres pseudo-démocratiques régulièrement agités sous nos yeux comme autant de hochets [15] nous engage d’abord – et surtout – à éviter nous-mêmes de nous payer de mots. Et c’est pourquoi finalement toutes les questions politiques fondamentales posées dans le cadre de la préparation du processus constituant doivent se poser aussi à propos de la façon dont, concrètement, au cours du processus lui-même, il faudrait qu’elles le soient : dans quel(s) espace(s), selon quelle(s) temporalité(s), modalités, etc. [16]

D’une manière générale, tout ce qui permet l’intégrité du débat démocratique entraine son intégralité : plus le questionnement sera riche, honnête et vigoureux, plus il suscitera d’intérêt parmi la masse des citoyens et obtiendra leur adhésion, voire leur participation active. En cela, les Assises de la VIème République, que nous appelons de nos vœux, se doivent d’être exemplaires : en s’efforçant de dépasser le jeu des affiliations partisanes et des luttes d’influence, en tâchant d’abattre les clôtures qui circonscrivent le champ du politique et en interdisent l’accès au plus grand nombre, elles doivent conduire à une réappropriation collective de la chose publique et, par une critique rigoureuse de nos usages du politique, à une véritable renaissance de la démocratie.

A coup sûr, les dissensions seront nombreuses et profondes. Mais s’il est facile de moquer l’ingénuité d’une conception «procédurale» et «consensuelle» de la révolution politique, et quoiqu’on puisse trouver sans doute mille et une raisons d’en contester le principe, d’en suspecter les tenants et aboutissants, de s’amuser à les tordre ou à les confondre, la controverse autour d’un projet de refondation politique demeure le seul moyen de le nourrir et de le renforcer. Aussi compliqué que cela paraisse, s’il existe un chemin vers la démocratie, nous ne pourrons jamais l’emprunter qu’ensemble et de concert.

Convenons du moins qu’un tel effort ne saurait être vain. Car rien ne dit qu’un jour ou l’autre, l’espoir d’une renaissance démocratique ne puisse être durablement compromis ; d’ores et déjà, les libertés civiles et politiques ne paraissent pas si assurées qu’on puisse négliger de les affermir et de les réactiver. Or si de multiples alternatives se construisent actuellement en rupture avec les exigences insensées d’un système capitaliste qui nous mène droit à l’abîme, si ces alternatives paraissent composer une sorte de «révolution invisible» vers une société plus sobre, plus juste et plus solidaire, celle-ci ne pourra voir le jour qu’à partir du moment où ces alternatives seront parvenues non seulement à s’unir autour d’une remise en cause radicale de notre mode de vie, mais à s’accorder sur les moyens d’en changer. Que les contributions des citoyens se multiplient en ce sens, qu’elles en viennent à se rejoindre, à s’organiser, et les meilleures chances nous seront données de bâtir, en des temps qui s’annoncent difficiles, un monde humain plus respectueux de tous les êtres qui l’habitent.

Antoine Trouillard                                                                                  Bordeaux, le 8 septembre 2013

1-  La vitesse d’extinction des espèces terrestres est de nos jours 100 à 1000 fois supérieure à celle des cinq précédentes crises de la biodiversité (survenues respectivement il y a 440, 370, 250, 215 et 65 millions d’années), cf Philippe Lebreton, Le futur a-t-il un avenir?, Pour une responsabilité socio-écologique, Editions Sang de la Terre, Médial, Paris, 2012, p.134.

2-  On pense notamment aux conséquences de l’acidification des océans sur la chaîne alimentaire des êtres vivants, et à celles qui s’ensuivraient de la libération, à cause du réchauffement des océans, des hydrates de méthane contenus dans les fonds marins, qui sont des gaz à effet de serre vingt-cinq fois plus puissant que le CO2. Voir l’article bien documenté de Florence Leray, Atmosphère, atmosphère! Quand le climat sature, paru dans la revue Entropia, 14, printemps 2013.

3-  selon la formule de Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2002, p.142, qui poursuit : «Le défi qui est lancé à la prudence n’est pas le manque de connaissance sur l’inscription de la catastrophe dans l’avenir, mais le fait que cette inscription n’est pas crédible».

4-  Le philosophe Günther Anders note qu’une fois la bombe nucléaire «inventée», et quel que soit le degré de nécessité inscrit dans le développement technologique qui a pu y conduire, la seule chose à faire en ce qui concerne une telle «invention» est de tout mettre en œuvre pour qu’on ne s’en serve jamais, et non pas, comme on le pense couramment,  qu’on n’ait jamais à s’en servir. Idée extrême – à propos d’un objet qui ne l’est pas moins – pouvant nous inciter à réfléchir à ce qui, d’une manière générale, «nous empêche d’empêcher», qu’on pense à la prolifération des drones «chasseurs-tueurs», à la dissémination des organismes génétiquement modifiés, à l‘extension illimitée des pratiques de surveillance et d‘espionnage, etc. Cf. L’obsolescence de l’homme, Editions de l’Encyclopédie des nuisances, Ivréa, 2002, p.261-361.

5-  L’épuisement accéléré des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz, uranium) qui représentent aujourd’hui plus de 90% de la production énergétique mondiale, ne peut manquer à terme d’augmenter sensiblement le prix de l’énergie, donc celui des transports et de l’ensemble des biens de consommation. Les structures économiques des sociétés modernes reposant largement sur l‘abondance d‘une énergie à bas prix, comment réagiront-elles à une raréfaction et un renchérissement – sans doute assez brusques – des ressources énergétiques ?

6-  ainsi que le proposait le programme du FdG pour l’élection présidentielle de 2012, intitulé L’humain d’abord, p.25.

7-  On lit d’ailleurs également dans le programme L’humain d’abord que l’Assemblée constituante «sera élue au suffrage universel, dès 2012. Elle sera élue à la proportionnelle intégrale sans seuil, avec la parité.» Or il est évident qu’une élection au scrutin proportionnel, quoique réputée plus «représentative», s’appuie en premier lieu sur les forces relatives des différents appareils de parti et, pour le dire simplement, sur le «capital électoral» dont ils bénéficient respectivement. Prévue immédiatement après l’élection du président de la République et celle de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire sans aucun temps de latence, l’élection de l’Assemblée constituante à la proportionnelle a toutes les chances de contredire la volonté affichée d’un renouvellement du corps politique, et d’aboutir finalement à la paralysie complète de la chambre fraîchement élue.

8-  ainsi, bien sûr, qu’aux partis politiques qui pourraient se montrer enclins à s’associer à lui dans le cadre d’une telle dynamique (Europe Ecologie – les Verts, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti pour la Décroissance, Parti Pirate, etc.)

9-  ce dont on trouve un indice, parmi bien d’autres, dans l’engouement, aussi puissant qu’éphémère, pour le mouvement des «Indignés» et son fameux slogan «démocratie réelle!»

10-  Sur le concept d’«autonomie politique», on ne peut que renvoyer à l’ensemble de l’œuvre de Cornélius Castoriadis, qui s’en est fait l’inlassable éclaireur.

11-  La propagande commerciale ou «publicité», en tant que système d’imposition symbolique, s’oppose intégralement au projet d’autonomie individuelle et collective. Comme il ne saurait être question d’énumérer ici l’ensemble de ses effets destructeurs, qu’ils soient écologiques, culturels, psychologiques, sanitaires, etc., je ne peux que renvoyer à la lecture de l’ouvrage décisif du groupe Marcuse, De la misère humaine en milieu publicitaire, La Découverte, 2004. Notons simplement que, d’un point de vue économique, elle consiste par définition à effectuer une distorsion de la concurrence entre les produits mis en circulation sur le «marché», réduisant à néant les fondements épistémologiques de la théorie «néoclassique» sur laquelle repose l’orthodoxie du fameux «libéralisme économique». Essentiellement parasitaire, la propagande commerciale suscite et oriente le désir de consommation vers l’achat de certains produits, aux dépens des autres, ne faisant en somme que privilégier certains moyens de production et favoriser certaines entreprises – généralement industrielles et transnationales – en défavorisant les autres – artisanales et locales. Qu‘elle puisse être profitable, c’est donc encore une fois à l’avantage exclusif de ceux qui en font usage ; s’étonnera-t-on qu’ils persistent à en vanter les mérites ?

12-  Rappelons que l’ensemble des dépenses «publicitaires» s’élève chaque année en France à hauteur de 30 milliards d’euros nets (dont un bon tiers est consacré au financement des médias «traditionnels», presse, radio, télévision), ce qui représente l’équivalent du budget de l’Education Nationale. Autant d’argent qui, bien entendu, se répercute au final sur le prix des produits dont on aura fait la promotion.

13-  La dépossession politique des gouvernés sur laquelle repose la domination de l’oligarchie s’accommode d’ailleurs parfaitement d’un régime de surproduction de l’information tel que celui que nous connaissons actuellement, qui sature la sensibilité des individus et nourrit leur indifférence à l’égard du monde qui les entoure – soit, en premier lieu, de celui qu’ils partagent réellement avec leurs semblables.

14-  La conception d’un véritable processus constituant exigerait en effet que l’on se figure, comme on l’a brièvement évoqué, les conditions de l’épanouissement d’une profonde révolution du système médiatique, et que l’on puisse envisager, par exemple, la transformation des médias d’information en coopératives à participation populaire et à but non-lucratif. De ce point de vue, proposer comme Jean-Luc Mélenchon de soumettre l’élection du président de France Télévisions au suffrage universel s’apparente à une tartufferie démocratique d’assez mauvais effet.

15-  ou lancés comme des sortilèges, qu’on songe aux simulacres de la «démocratie participative» servant à entériner les grands projets d’aménagement du territoire, ou à l’invocation récurrente du bon génie de «l’opinion publique» à travers tous les types d’artefacts sondagiers.

16-  Ainsi par exemple du rôle et des prérogatives de l’Etat, des différents types d’expression de la souveraineté populaire, de la nature même de l’activité politique, des moyens de restreindre l‘emprise du développement technologique sur le vivre ensemble, etc. Autant dire qu’il est impensable de traiter collectivement de ces questions sans s’en donner le temps, ni les moyens.

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