Arte met à nu l’absurdité et le scandale de l’évasion fiscale

Mediapart

http://www.mediapart.fr/journal/economie/090913/arte-met-nu-labsurdite-et-le-scandale-de-levasion-fiscale

09 septembre 2013 |
Par Dan Israel

Sur fond de ciel gris et froid, dans la petite île anglo-normande de Jersey, un homme affable annonce poliment à ses interlocuteurs sidérés qu’il est à la recherche des plantations de bananes, dont ce petit bout de terre perdu dans la Manche est censé regorger. Une blague ? Si seulement… Officiellement, par la grâce d’un des artifices comptables dont les multinationales sont friandes pour éviter les impôts, Jersey est bien le plus grand exportateur mondial de bananes. Même si, bien sûr, pas un seul fruit tropical ne pousse sur ces terres peu hospitalières.

Evasion fiscale - Le Hold up du siècle
Evasion fiscale – Le Hold up du siècle© Arte

L’homme poli et bien mis se nomme Xavier Harel, le journaliste qui a réalisé (avec Remy Burkel) le documentaire diffusé ce mardi à 20 h 50 sur Arte, Évasion fiscale, le hold-up du siècle. Dans un autre passage de son film, toujours aussi pince-sans-rire il se met en scène à la recherche du « plus grand immeuble du monde » aux îles Caïmans. Dans ce petit et prospère paradis fiscal, un banal immeuble de bureaux abrite plus de mille entreprises. Sans avoir besoin de pousser les murs, puisqu’il ne s’agit en fait que d’une collection de boîtes aux lettres virtuelles, qui servent simplement à exempter d’impôt sur le revenu les entreprises censées y être domiciliées, mais en fait bien actives à la City, à New York ou un peu partout dans le monde.

Ainsi va le documentaire de Xavier Harel, journaliste pendant quinze ans à La Tribune et spécialiste des paradis fiscaux. Mediapart l’avait d’ailleurs invité pour un “live” sur le sujet (revoyez ce débat dans l’onglet Prolonger). Son travail est plein d’humour, mais d’un humour grinçant et pédago, nourri par une parfaite connaissance du sujet et de ses enjeux : l’homme a travaillé 18 mois sur le film, mais il avait déjà trimé deux ans pour écrire un excellent livre sur la question.

Evasion fiscale - Le Hold up du siècle
Evasion fiscale – Le Hold up du siècle© Arte

« Dans le film, je me mets régulièrement en scène pour prendre le téléspectateur à témoin, parce que si les enjeux sont colossaux, en fait, le principe est simple : on se moque de nous », explique le journaliste. À coup d’exemples absurdes, de passages historiques bien menés sous formes de petits films d’animation, et d’entretiens passionnants des défenseurs et des adversaires des paradis fiscaux (où on retrouve bon nombre des experts interrogés sur notre site), le documentaire parvient à rendre limpides les manipulations opaques menées au service des grandes entreprises qui cherchent à éviter l’impôt par tous les moyens.

« Faire croire qu’il se passe quelque chose dans ses paradis fiscaux, alors qu’il ne s’y passe rien. C’est ça, le secret du monde de l’offshore », décrypte Harel. Qui s’est donc employé à dévoiler ces tours de passe-passe montés années après années, sous couvert d’« optimisation fiscale » respectable. Pourquoi Colgate, qui possède toujours un de ses principales usines européennes à Compiègne, ne paie plus d’impôt en France ? Comment Amazon se débrouille pour faire évaporer ses bénéfices européens ? Mais aussi quel prix payent les États et les contribuables face à ces dérives ?

Les International tax awards récompensent les meilleurs intermédiaires

C’est un des mérites de ce film que de rappeler à quoi servent les impôts, et combien coûtent les services publics et autres biens communs (routes, crèches, hôpitaux) que nous employons en les croyant gratuits ou presque. 20 à 30 000 milliards de dollars sont dissimulés dans les paradis fiscaux, selon le film. En mettant tout en œuvre pour réduire leur facture fiscale, les multinationales « intaxables » et les riches évadés fiscaux mettent en péril le principe même de l’État, comme le prouve l’exemple douloureux de la Grèce, « le pays qui a fait de l’évasion fiscale une discipline olympique », où chaque année 15 à 20 % du PIB disparaît dans la nature, et où l’Église et les armateurs, première puissance financière du pays, sont exemptés d’impôts…

« Une des grandes difficultés du sujet, c’est qu’il est très abstrait, qu’il n’y a souvent rien à montrer », témoigne le réalisateur. Il contourne pourtant l’obstacle avec aisance, en multipliant les visites aux quatre coins de la planète. Au Delaware, tranquille paradis fiscal niché au sein des États-Unis, il rappelle que la moitié des sociétés cotées à Wall Street y ont installé leur siège social.

En Suisse, il rencontre l’éternelle mauvaise conscience nationale, Jean Ziegler (voir en fin d’article la version longue de l’entretien, en exclusivité sur Mediapart), mais aussi Rudolf Elmer, un lanceur d’alerte qui a fait six mois de prison préventive pour avoir dénoncé les malversations aux îles Caïmans de la banque helvète Julius Bär, qu’il dirigeait sur place.

Harel se risque aussi, caméra cachée, aux International tax awards, rencontre annuelle de tous les grands cabinets de conseils, où KPMG, Deloitte et autres Price Water House Cooper s’auto-congratulent sur les astucieux montages fiscaux qu’ils ont élaborés pour enrichir leurs clients. Moments étonnants, et jamais vus à la télé, où les experts de l’évasion cachent mal leur fierté à être reconnus dans leur art délicat.

« S’attaquer aux grandes failles de la législation internationale, comme le G20 vient de s’engager à le faire, c’est bien, mais pas suffisant, prévient Xavier Harel. La prochaine étape, indispensable, c’est de s’occuper de tous ces intermédiaires, cabinets de conseil, banques, fiscalistes, qui permettent au système d’exister et de prospérer. » Pour l’heure, on se félicitera déjà de voir leurs pratiques si clairement exposées.

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Le documentaire relaye durant quelques minutes le discours du Suisse Jean Ziegler, professeur de sociologie, député socialiste de Genève pendant près de trente ans, rapporteur spécial des Nations unies à l’ONU sur le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, puis vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Auteur du livre Destruction massive (Le Seuil), Ziegler joue depuis des années le rôle de poil à gratter de la Confédération helvétique. Il raconte le rôle incontournable de la Suisse dans le système mondial d’évasion fiscale, et comment selon lui, elle fonde sa richesse sur l’exploitation des ressources de ses voisins et des pays du Sud. Il n’accorde aucune circonstance atténuante au « gouvernement de laquais » de son pays, qui serait à la merci des entreprises nationales.

  • En accord avec Arte et Maha productions, Mediapart propose une version longue de cet entretien, remontée par nos soins à partir des rushes de l’interview :

La boîte noire :L’évasion fiscale est largement analysée sur Mediapart, et ce documentaire réussit l’exploit, à mes yeux, d’être à la fois clair, complet, et agréable à regarder. Il était normal de lui accorder une bonne place.

Devant l’intérêt du sujet, nous avons demandé, et obtenu, l’autorisation de diffuser un extrait plus large d’une des interviews réalisée lors du tournage. Remerciements à Arte et Maha Productions.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/economie/090913/arte-met-nu-labsurdite-et-le-scandale-de-levasion-fiscale
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Charte de la laïcité : Vive l’Ecole laïque

Par Jean Baubérot

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/090913/charte-de-la-laicite-vive-l-ecole-laique

J’étais, ces derniers jours, dans mon Limousin natal, où une belle fête a été organisée pour les 70 ans du Musée fondé par mon père, à Châteauponsac. Et là, qu’est-ce que j’apprends ? Qu’une Charte de la Laïcité va être affichée dans les établissements scolaires, mais que, en transitant de la rue de Grenelle aux différents rectorats, le texte a été tronqué, sous prétexte que les élèves ne peuvent pas lire les textes « interdits aux moins de 18 ans »… alors que, justement, avec Internet, ce sont ceux-là qui les intéressent… d’ailleurs moi-même quand j’avais 12 ans… Mais, bref, j’ai contacté aussitôt la NSA qui, dans les millions de mails que stockent ses agents, m’a trouvé le texte initial. J’en réserve l’exclusivité à Mediapart, en soulignant les passages perdus entre la rue de Grenelle et les différents rectorats.

1 La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi, sur l’ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances. C’est le rappel de la Constitution. En conséquence la laïcité doit être indivisible, et le Concordat est immédiatement aboli en Alsace-Moselle, la laïcité doit être démocratique et la présente Charte est soumise aux remarques critique des élèves, la laïcité doit être sociale et on ne pourra parler des éventuelles « atteintes à la laïcité » qu’après avoir abordé de front toutes les atteintes à l’égalité.

2 La République laïque organise la séparation des religions et de l’Etat. L’Etat est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. Il n’y a pas de religion d’Etat. En conséquence il n’y aura plus d’enterrement officiel d’une personnalité politique dans une cathédrale. L’enterrement religieux de tout représentant de la puissance publique sera une cérémonie privée, c’est-à-dire libre et non officielle.

3 La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression des convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites d’un ordre public démocratique. En conséquence si la puissance publique doit être neutre, pour assurer la liberté de conscience de tous, l’espace public n’a pas à être neutre. C’est au contraire un lieu de libre débat des différentes convictions. Il n’a pas à être monopolisé par la publicité et autres bêtises.

4 La laïcité permet l’exercice de la citoyenneté en conciliant la liberté de chacun avec l’égalité et la fraternité de tous dans le souci de l’intérêt général. En conséquence l’apprentissage de la citoyenneté doit s’effectuer grâce à la création « du groupe scolaire à structure démocratique auquel l’enfant participe comme futur citoyen et où peuvent se former en lui, non par des cours et des discours, mais par la vie et l’expérience, les vertus civiques fondamentale » comme le proposait la Commission Langevin-Wallon en 2047, euh pardon en 1947.

5 La République assure dans les établissements scolaires le respect de chacun de ces principes. En conséquence, à partir de la rentrée scolaire 2013 cette égalité et cette fraternité seront concrétisées par un échange de professeurs : les enseignants des lycées Henri-IV, Janson-de-Sailly et Louis-Le-Grand iront enseigner en ZEP et vice-versa.

6 La laïcité de l’école offre aux élèves les conditions pour forger leur responsabilité, créer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient faire leur propre choix. En conséquence, elle les rend vigilants contre tous ceux qui les considèrent comme « des espaces de cerveaux disponibles ».

7 La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée. Et cela rend d’autant plus nécessaire la disposition prise à l’Article 5 et la République cesse, dès aujourd’hui, de consacrer plus d’argent à un élève de milieu favorisé qu’à un élève de milieu défavorisé.

8 La laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression des élèves dans les limites du bon fonctionnement de l’Ecole comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions. Et elle n’oublie pas que l’Article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme de 1789 parle de la liberté des « opinions, mêmes religieuses ». La liberté d’expression religieuse fait partie intégrante de la liberté d’expression, dans le contexte où l’école apprend à chacun la distinction entre savoirs et convictions (cf. Article 12).

9 La laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre. En conséquence la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE), normalisée puis supprimée par Nicolas Sarkozy est solennellement rétablie avec l’indépendance qu’elle avait sous Jacques Chirac et davantage de moyens. D’autre part, les blagues sexistes sont interdites au Parlement (haut lieu « d’infantilisation des femmes » selon S. Mazellier, députée PS) et l’égalité des salaires entre les femmes est les hommes est décrétée dès maintenant par Ordonnance.

10 Il appartient à tous les personnels de transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité, ainsi que les autres principes de la République. Ils veillent à leur application dans le cadre scolaire. Il leur revient de porter la présente charte à la connaissance des parents d’élèves. En conséquence  le ministre de l’Education nationale veillera soigneusement à ce que son collègue, Ministre de l’Intérieur, n’instrumentalise pas la laïcité, à des fins suspectes, en prétendant s’interroger sur la « compatibilité » d’une religion (et d’une seule !) avec la laïcité.

11 Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions. Ce devoir de neutralité concerne les agents publics, en conséquence il ne saurait s’appliquer aux parents d’élèves. Si une mère d’élève peut préparer des gâteaux pour la fête de l’école, revêtue d’un foulard, elle doit pouvoir faire traverser les clous avec la même tenue. Certes, le tribunal de Montreuil a prétendu que l’interdire ne serait pas une « atteinte excessive » à la liberté de conscience. Mais cela reconnait implicitement qu’il y a atteinte à cette liberté, alors que, comme le dit si bien l’Article 3 de la Charte (et la loi de 1905)  : « La  laïcité garantit la liberté de conscience ».

12 Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu’à l’étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question du programme. Bien sûr, et le Conseil d’Etat l’avait indiqué dès 1989 ; cependant : « La précision des savoirs » est-il écrit : En conséquence, constatant des erreurs dans certains manuels et dans des documents officiels à propos de la laïcité, une formation sera donnée par des gens compétents (et non par les auteurs de ces erreurs !!!) pour apprendre aux enseignants à être capable de distinguer entre savoirs et convictions.

13 Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République. Bien sûr ; de même nul ne peut se prévaloir de son appartenance idéologique.

14 Dans les établissements scolaire publics les règles de vie des différents espaces, précisées dans le règlement intérieur sont respectueuses de la laïcité. Le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. « Etablissements scolaire publics » est-il écrit.  Il convient donc d’expliquer, de façon rationnelle et laïque, en quoi deux laïcités différentes sont appliquées dans des établissements publics et des établissements sous contrats et financés à plus de 80% sur fonds publics. Il conviendra également d’expliquer, de façon rationnelle et laïque, pourquoi il existe des cours de religion dans les établissements scolaire publics de trois départements français, en toute laïcité sans doute.

15 Par leurs réflexions et leurs activités les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement. En conséquence la critique, par les élèves, des incohérences de la laïcité dominante, son instrumentalisation par certains politiques… sera fort bienvenue.

Et oui, l’institution scolaire (et la République dont elle devrait être le fleuron) a vraiment  beaucoup de progrès à faire pour être laïque : je propose donc que la Charte (dans sa version intégrale, bien sûr !) soit, pour le moment, affichée dans tous les bureaux du Ministère, de l’Administration et dans les Rectorats. Ultérieurement, on pourra étendre l’affichage aux Etablissements scolaires.


Hollande ou le socialisme géostationnaire

 

Mediapart

 

09 septembre 2013 |
Par christian salmon

Après avoir été, à la tête du parti socialiste, l’homme de la synthèse, François Hollande est-il en train de devenir le président des contradictions paralysantes ? Depuis son élection en mai 2012, la chronique des couacs, casus belli, et autres querelles interministérielles qui émaillent la vie quotidienne du gouvernement ne saurait être imputée seulement à l’apprentissage du pouvoir, à des erreurs de communication ou à un défaut de synchronisation de l’agenda du gouvernement.

Du renvoi de Nicole Bricq du ministère de l’écologie un mois après sa nomination, au limogeage brutal de Delphine Batho avant l’été, de la démission refusée d’Arnaud Montebourg, désavoué publiquement par Matignon à propos de Florange, à la démission forcée de Jérôme Cahuzac coupable d’avoir menti aux plus hautes autorités de l’État … De l’adoption honteuse, parce que sans contrepartie, du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) aux accrochages incessants entre le ministre du redressement productif et les ministres de l’écologie à propos du nucléaire ou de l’exploitation du gaz de schiste ; de la « triangulation » politique de M. Valls qui assoit sa popularité en empruntant à la droite voire à l’extrême droite ses thèmes de prédilection sur les Roms, l’insécurité, l’immigration, la laïcité, aux bisbilles dignes de Clochemerle entre le « Bercy d’en haut » et le « Bercy d’en bas », on n’en finit pas d’énumérer les accrochages, coups de gueule et autres escarmouches entre ministres du gouvernement, clos immanquablement par le rappel ubuesque venu de Matignon qu’il n’y a qu’une ligne au gouvernement.

Ces conflits ne sont pas réductibles à des querelles de territoires ou à des conflits d’égos ou encore à des divergences quant au rythme des réformes, comme nous en persuade le décryptage compulsif des médias… Ce n’est pas non plus un signe de vitalité démocratique témoignant de l’intensité et de la richesse des débats au sein du gouvernement.

Un classique présidentiel: le déplacement dans une école pour la rentrée des classes. Ici, à Denain.

Un classique présidentiel: le déplacement dans une école pour la rentrée des classes. Ici, à Denain.© (Elysée)

Bien sûr il y a des différences d’appréciations qui font l’objet d’arbitrages à Matignon ou à l’Élysée. C’est la vie quotidienne des démocraties et la notion d’arbitrage, quand elle n’est pas soumission aux lobbys ou à des organes transnationaux, est inhérente à l’idée même de démocratie. Un arbitrage, c’est la forme politique d’un choix qui s’exerce au nom de l’intérêt général à travers la délibération démocratique…

Les « arbitrages » de notre président-Janus sont des non-choix. Le dernier en date, sur la réforme pénale, en fournit un exemple éclairant. C’est un non-choix entre le « tout carcéral » et le pari de la probation, une sorte d’amalgame de réponses pénales et d’affichage sécuritaire, une compression à la César, de procédures judiciaires, de clichés sécuritaires, de slogans médiatiques sur la récidive… Voilà le césarisme de François Hollande, un césarisme paradoxal, à base d’indécision, dont la « compression » est la forme politique.

L’Observatoire international des prisons (OIP) a ainsi déploré à propos de la réforme pénale que se poursuive une « politique de l’affichage » au lieu « d’opter pour la pédagogie en faveur d’une justice pénale plus efficace à prévenir la récidive, à favoriser la réparation et la réinsertion, tout autant qu’à sortir le système pénitentiaire d’une surpopulation chronique et d’une atteinte constante aux droits fondamentaux. »

Au chapitre des non-choix du hollandisme, la liste ne fait que s’allonger depuis un an et inclut bon nombre de promesses du candidat normal, ajournées voire carrément reniées quand il s’agit de renégocier le traité européen de Lisbonne, d’abandonner la taxe à 75 % des revenus supérieurs à 1 million d’euros par an, ou de l’incapacité de mener à bien la réforme fiscale, ou encore du refus d’accorder le droit de vote des étrangers aux élections locales et d’exiger des policiers un récépissé lors des contrôles d’identité…

Loin de s’apaiser au cours de l’été, l’ambivalence du hollandisme est apparue au grand jour. Alors qu’il avait réussi une séquence estivale assez bien calibrée au cours de laquelle on l’a vu faire le tour de la France avec un message social, une prophétie auto-réalisatrice sur la reprise de la croissance, son message s’est vu perturbé par deux de ses ministres « ex-strauss-khaniens », Pierre Moscovici et Manuel Valls.

L’un, Moscovici, a réussi en une petite phrase à doucher les espoirs de reprise que François Hollande s’acharnait à accréditer au cours de ses voyages en province. L’autre, Manuel Valls, est allé jusqu’à prononcer la veille de l’interview présidentielle du 14 juillet un discours de politique générale. Du coup, c’est l’autorité de François Hollande qui s’est trouvée délégitimée, et l’image de son mandat réduite à une sorte de régence aiguisant l’appétit des prétendants.

Valls ou le marketing narratif

Manuel Valls, cet été en Camargue.

Manuel Valls, cet été en Camargue.© (dr)

En marquant au fer rouge un taureau camarguais au début de l’été, Manuel Valls n’a pas seulement mis en scène une image d’autorité, il a dévoilé le ressort caché de sa stratégie de conquête du pouvoir : le marketing narratif. Car c’est du marquage des bêtes (brand, en anglais) que vient le mot marketing (branding). Le “marquage par le feu” du taureau camarguais révèle à son insu peut-être la stratégie marketing de Valls : installer une brand culture cohérente, qui raconte le produit Valls. Un mélange d’autorité, de pseudo « authenticité » et de réelle agressivité.

C’est le triple A du Vallssisme. Non seulement une mise en scène mais une performance complexe dans laquelle se conjuguent des effets de citation (référence à la conquête sarkozyste) et une succession de messages transgressifs destinés à se différencier de ses collègues ministres par ses messages sécuritaires  sur les Roms, l’islam, le voile à l’université, le regroupement familial, ou encore le pilonnage médiatique de la réforme pénale de Taubira. En 2012, La Rochelle avait été le théâtre du conflit entre Montebourg et Moscovici sur la Banque publique d’investissement (BPI). En 2013, ce fut la guerre ouverte entre Valls et Taubira sur la réforme pénale…

Valls a appris des spins doctors anglo-saxons la triangulation politique inventée par les conseillers de Clinton et mise en œuvre par Blair et son conseiller Alastair Campbell. Cela consiste à se placer au-dessus des frontières politiques, à adopter des éléments de programme et de langage empruntés au camp d’en face et à se construire une image politique neutre, qui vous vaut l’adhésion d’une opinion de droite. Ainsi Valls n’hésite pas à affirmer que la politique de sécurité n’est ni de droite ni de gauche. Que les politiques d’ajustement néolibérales sont des politiques de bon sens. C’est ainsi qu’il en vient à dénoncer le “laxisme” de Christiane Taubira ou à évoquer une politique de répression lorsqu’un fait divers se produit.

En lançant ces signaux à l’électorat de l’opposition, il bénéficie d’une cote favorable dans les enquêtes d’opinion et se hisse au rang de candidat incontournable dont la crédibilité est bâtie sur les sondages. Car les médias n’adorent rien moins que leur propre créature. Un produit politique doté d’une forte identité, qui raconte une histoire capable de nourrir leur agenda dévorant. C’est le cercle enchanté de la légitimité sondagière. Mis sous tension médiatique, l’électeur, en joueur averti, ne veut pas perdre, il ne choisit pas, il anticipe un choix déjà ratifié par les sondages, il se rallie à la victoire annoncée. C’est le pari de Valls, s’installer durablement à la tête des sondages pour imposer sa légitimité de présidentiable, y compris contre François Hollande.

L’université d’été du PS a fait éclater au grand jour le désarroi qui mine l’action du gouvernement. Ce désarroi est tout d’abord politique car le parti socialiste pour la première fois depuis Épinay est privé de fait d’une stratégie comparable à celle du Front populaire, du Programme commun ou de la Gauche plurielle. La fracture durable avec le Front de gauche, quelles que soient les tentatives de semer la division en son sein à l’approche des municipales, l’oblige à ne compter que sur ses propres forces et sur celles rétives de ses alliés écologistes et radicaux.

Le Parti socialiste privé de stratégie n’est plus le parti d’Épinay ; est-il le parti de Solferino pour autant comme Jean-Luc Mélenchon aime à le dire ? S’il fallait lui assigner une localisation en guise d’identité politique, mieux vaudrait alors le qualifier de valoisien sinon de « vallssien », comme le Vieux Parti radical ou le new Labour de Blair, des partis électoralistes adeptes de la triangulation idéologique, voués aux synthèses artificielles et aux contorsions électorales, ballotté constamment comme le petit-bourgeois de Marx entre le Capital et le Travail, et qui n’ont gardé du patrimoine génétique de la gauche que la défense pavlovienne de la laïcité ; une laïcité recyclée et détournée de l’exigeante défense de la République et de ses droits contre la puissance intrusive de l’Église pour viser un Islam peu institué et des populations originaires des banlieues plutôt que des beaux quartiers ; ce qui en change radicalement la donne sociopolitique.

Mais le désarroi socialiste est idéologique. La question qui se pose en son sein, et Valls et Taubira l’ont posée chacun à sa manière, l’un en protestant de son appartenance à la gauche, l’autre par la pédagogie et l’explication. Qu’est-ce qu’être « de gauche » aujourd’hui ? Une crise d’identité politique qui a pour figure et pour nom l’actuel président. De ce point de vue, les performances réalisées par Manuel Valls puis Christiane Taubira à l’université d’été du PS offrent une image caricaturale de la contradiction ontologique dans laquelle est enfermée la politique gouvernementale.

Le hollandisme, un champ magnétique

D’un côté le calcul électoraliste, de l’autre la déconstruction patiente du discours de la droite sur la récidive, d’un côté les séductions du marketing politique, de l’autre le combat culturel. D’un côté la politique considérée comme une série télévisée, de l’autre un moment d’intense discussion. D’un côté l’autorité d’une image, de l’autre la force d’une conviction (lire également ici notre billet de blog). C’est le choix entre le marketing électoral et l’action politique réelle, entre l’art de la mise en scène politique (le stage craft) et l’art de gouverner (le state craft) ; entre la distraction médiatique et la délibération politique. Ce choix, François Hollande ne peut pas l’assumer.

Réunion ministérielle sur la réforme pénale, le 30 août.

Réunion ministérielle sur la réforme pénale, le 30 août.© (Elysée)

Le hollandisme n’est ni une idéologie ni une pragmatique du pouvoir, c’est un champ magnétique. Il ne se contente pas d’attirer les ambitions, il les attise, les aiguise, les fait jouer comme des pôles opposés y trouvant sa propre énergie. Ce n’est donc pas un manque d’autorité qu’il faut déplorer chez François Hollande mais plutôt une forme d’énergétique perverse qui se joue des ambitions opposées, des excès et des transgressions pour assurer la stabilité d’un non-choix.

Mettant en réserve la popularité actuelle de Manuel Valls, tout en dépensant jusqu’à la corde l’impopularité durable de Jean-Marc Ayrault, l’habileté de François Hollande consiste à se servir de l’énergie médiatique née des couacs et des polémiques, d’en réguler les flux, de se jouer de leurs forces et de leurs faiblesses. L’homme lige des transcourants s’y entend à jouer des pôles opposés. Il règne non pas en divisant mais en se dédoublant Valls/Taubira ou encore Moscovici/Montebourg…

Ce n’est pas tant la synthèse des motions et des résolutions qu’il cherche à obtenir à l’Élysée, comme il le faisait si bien lors des congrès socialistes, que leur interaction. Plutôt que celui de l’affrontement idéologique, c’est la logique du courant alternatif qui régit l’énergétique politique hollandaise. Ou pour prendre une autre métaphore, une forme de socialisme non plus autogestionnaire mais « géostationnaire », qui se déplace, comme les satellites du même nom, de manière exactement synchrone avec la planète néolibérale et qui reste donc constamment au-dessus du même point de la surface.

D’où cette sensation d’atemporalité et ce défaut d’historicité qui a marqué ce début de quinquennat et que tente de faire oublier la proclamation d’un an II aussi peu chargé d’attentes, aussi étale politiquement que son an I. C’est pourquoi l’activisme médiatique d’un Valls ou d’un Montebourg, loin d’incarner un retour du volontarisme en politique, constitue la figure et l’exacte mesure de l’immobilisme de ce gouvernement.

Car la multiplication des couacs ne reflète pas l’intensité des discussions au sein de ce gouvernement mais l’absence de délibération et surtout le refus de trancher entre deux conceptions de la politique : celle qui s’efforce de déconstruire les fondamentaux de la droite en matière de sécurité, de transition écologique, d’éducation, de logement, de politique pénale, de santé publique, d’immigration, ou celle qui s’efforce, à l’image de Clinton et de Blair, de trianguler l’opinion en consolidant et en légitimant l’idéologie dominante, cette machine néolibérale à fabriquer des histoires de victimes et de vilains, de héros méritants et de vils fraudeurs, de courageux travailleurs et d’étrangers profiteurs.

C’est là le dilemme historique du hollandisme : déconstruire ou trianguler ; déconstruire l’idéologie dominante néolibérale ou s’en servir à des fins électorales. Car il n’y a pas de politique de gauche sans un travail de déconstruction idéologique des évidences partagées implantées dans les esprits depuis trente ans par la politique néolibérale. Déconstruction des politiques pénales d’enfermement et de répression systématique qui remettent en question le principe de l’individualisation de la peine au profit d’une automaticité des peines planchers. Déconstruction d’un modèle de croissance et d’hyperconsommation au profit d’un autre modèle de transition écologique. Déconstruction des préjugés sur la fraude sociale, l’immigration, l’insécurité. Déconstruction enfin d’une démocratie médiatique conçue et organisée pour brouiller tout débat démocratique, et installer à coup de talk-show et d’éditoriaux les évidences partagées du néolibéralisme… Déconstruction démocratique de l’Europe.

L’alternative à la politique menée depuis son élection par François Hollande est simple : déconstruire « Tina », l’icône néolibérale de Mrs. Thatcher (« There is no alternative »).

Hollande ne se contente pas de droitiser la gauche, il blanchit son discours néolibéral, il neutralise le combat culturel. Le hollandisme est sans doute la forme politique de l’insouveraineté néolibérale ; fossoyeur non seulement de la gauche mais du politique (lire également ici et ici).

2002 désormais est devant nous…

Lénine critiquait une certaine tendance gauchiste à tout ramener à la politique, ce qu’il appelait « le saut à la politique ». Les socialistes français ont fait le chemin inverse. Ils ont inventé « le saut hors de la politique », qui consiste à réduire les problèmes politiques à des problèmes de gestion et les problèmes de gestion à des problèmes de comptabilité (lire notre précédent article). À faire de la politique un théâtre moral où s’affrontent des valeurs… Faute de souveraineté populaire et de stratégie politique, les socialistes sont condamnés à un électoralisme de bon aloi qui consiste à donner des signes aux fractions éclatées d’un électorat volatil mais aussi aux faiseurs d’opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité ; sondages, agences de notation, éditorialistes…

C’est donc une politique des signes. Elle consiste à adresser des signes d’optimisme en pleine crise de confiance, des signes de volontarisme en situation d’insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l’intention des marchés… Chaque ministre est chargé non plus d’un domaine de compétences et d’une autorité régalienne mais d’un portefeuille de signes. À Valls, celui des signes d’autorité. À Montebourg, le portefeuille des signes du redressement industriel. À Moscovici, celui des signes de connivences avec le Medef. À Cahuzac, celui des signes de la rigueur. À charge pour le premier d’entre eux d’en être l’arbitre – l’arbitre des élégances des signes – car les signes ont une fâcheuse tendance à diverger et à se contredire d’où la répétition inexpliquée des couacs… Politique des signes ou pensée magique qui s’efforce de provoquer le retour « définitif et durable » de la croissance perdue…

Harlem Désir à l'université d'été du PS, le 26 août.

Harlem Désir à l’université d’été du PS, le 26 août.© (Reuters)

Reste le parti socialiste. Peut-il être l’intellectuel collectif capable de déconstruire l’idéologie néolibérale qui s’est imposée à tous les gouvernements européens depuis trente ans ? Ou ne sera-t-il qu’un syndicat des sortants, un parti attrape-tout, jouant de la triangulation pour tromper des électeurs réputés amnésiques et qui s’en vont toujours plus nombreux vers le Front national ?

Quatre ans avant un certain 21 avril 2002, Pierre Bourdieu, dans « Pour une gauche de gauche », imputait la poussée du Front national aux élections régionales de 1998 non pas au soi-disant laxisme en matière de sécurité ou d’immigration, comme le répète depuis trente ans une certaine gauche pavlovienne, convaincue que pour battre le FN il faut parler la même langue que lui, mais à une certaine pratique politique « instrumentale et cynique, plus attentive aux intérêts des élus qu’aux problèmes des électeurs ». Et Bourdieu d’avertir : « Les majorités de gauche ont conduit au désastre chaque fois qu’elles ont voulu appliquer les politiques de leurs adversaires et pris leurs électeurs pour des idiots amnésiques. » L’avertissement n’a rien perdu de son actualité. 2002 désormais est devant nous…

La boîte noire :Christian Salmon, chercheur au CNRS, auteur, notamment, de Storytelling – La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (2007, La Découverte), collabore de façon à la fois régulière et irrégulière, au fil de l’actualité politique nationale et internationale, avec Mediapart.

Début mai, il a publié chez Fayard La Cérémonie cannibale, essai consacré à la dévoration du politique. On peut lire également les billets du blog de Christian Salmon ici sur Mediapart.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/090913/hollande-ou-le-socialisme-geostationnaire

FN : Faux culs et vrais blocages

BLOG Mediapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/100913/fn-faux-culs-et-vrais-blocages

Revoilà le serpent de mer, disait hier Alain  Juppé à propos de l’alliance de l’UMP et du Front National, qu’il refuse énergiquement. Ce serpent, c’est François Fillon qui vient de le revigorer, en admettant qu’on puisse voter pour l’extrême droite à condition que son candidat soit moins « sectaire » que celui de la gauche.

François Fillon a donc changé d’avis. Il y a un an, quand son rival Jean-François Copé avait prôné le « Ni-Ni », il avait répondu que lui ne mettait pas « le FN et le PS sur le même plan ». Plus net encore, au printemps, il s’était démarqué de Nicolas Sarkozy en proclamant que le Front est à combattre « parce qu’il est en dehors des limites du pacte républicain ».

C’était beau comme de l’Antique. Tellement antique que ce Fillon est périmé.

Adieu le Ni-Ni de Copé, qui consiste à s’abstenir, bonjour le Ou-Ou de Fillon, qui admet qu’on puisse voter « Ou bien » pour le PS « Ou bien » pour le Front National, en fonction de la bonne mine du candidat.

Pourquoi ce revirement ? Parce que l’ancien Premier Ministre, quelque soit la hauteur sur la quelle il entend se percher, ne peut pas se couper de la base militante de l’UMP, que cette base s’est radicalisée, et qu’elle ne supporte plus que son seul adversaire, le Parti socialiste, puisse profiter d’une division de la famille de la Droite, dans laquelle elle inclut le Front National.

Conséquence, si l’extrême droite réussit la poussée qu’on lui prédit aux municipales, le barrage théorisé par l’ancien ministre Bruno Le Maire ne résistera pas. Le Maire expliquait l’an dernier que l’Etat major de l’UMP refusait sans état d’âme tout rapprochement avec Marine Le Pen, mais que plus on descendait sur le terrain, et plus la tentation devenait intense.

Donc l’UMP est embourbée, le PS crie au scandale, et ça fait trente ans que ça dure, trente ans que ce débat se drape dans la morale, même si chacun sait bien qu’il est truffé d’opportunisme à droite et d’hypocrisie à gauche.

Le Parti Socialiste a la nausée pour la galerie, mais il se frotte les mains. Une poussée du Front National pourrait lui sauver la mise. Et l’UMP se tortille pour faire joli, comme Fillon l’année dernière, et comme tant d’autre avant lui, mais il cède et il cèdera, comme Fillon cette semaine.

Car le problème n’est pas là, ou pas seulement. L’urgence morale est d’abord un blocage institutionnel. Une impasse politique entretenue par un mode de scrutin qui ne mesure pas les forces, mais qui écrase les uns, le centre, la gauche de la gauche, la droite de la droite, et surdimensionne les autres, le PS et l’UMP.

Seule une vraie dose de proportionnelle donnerait son poids  à chacun des partis, aussi détestable ou fréquentable qu’il soit, par rapport à ce qu’il est, et non plus par rapport à ses alliances ou ses inimitiés.

La proportionnelle a des défauts, mais l’Allemagne s’en accommode, pendant que la France radote dans son corset majoritaire, en agitant ses serpents de mer, ou en frayant avec eux.

France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas


Mort de Clément Méric : nouvelle mise en examen

Le Monde.fr avec AFP |

10.09.2013 à 10h40

Samuel Dufour, l’un des deux skinheads écroués depuis juin dans l’enquête sur la mort de Clément Méric s’est vu notifier une nouvelle mise en examen. Le jeune homme est déjà poursuivi pour violences volontaires en réunion en raison de sa participation présumée à cette rixe, qui avait conduit à la mort du jeune étudiant de Sciences Po. Les enquêteurs cherchent à déterminer s’il a pu porter des coups mortels au militant d’extrême gauche, a déclaré mardi une source judiciaire, qui, confirmant une information de RTL, explique qu’il a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Ils sont désormais deux à être poursuivis de ce chef, avec Esteban Morillo, 20 ans au moment des faits. Ce sympathisant des groupuscules d’extrême droite Troisième Voie et Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) avait reconnu en garde à vue avoir « frappé à mains nues » Clément Méric et lui avoir « donné deux coups », avait déclaré le procureur de la République de Paris, François Molins, le 8 juin.

Lire : « Mort de Clément Méric : Esteban Morillo ne veut plus être associé à certains groupuscules »

L’autopsie avait démontré que le jeune étudiant était mort le 5 juin des suites de plusieurs coups qui lui avaient été portés, et pas du choc sur le plot métallique sur lequel il était tombé. Les enquêteurs s’emploient à déterminer les circonstances exactes de cette bagarre entre skins et militants d’extrême gauche, parmi lesquels Clément Méric, survenue à la sortie d’une vente privée de prêt-à-porter dans le quartier de la gare Saint-Lazare.

Deux autres skins, de 23 et 25 ans, ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion, et une femme de 32 ans pour complicité de ce chef. Ils ont été laissés libres sous contrôle judiciaire.