Sécuriser les parcours des ressortissants étrangers en France (1/5)

MEDIAPART

http://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/190513/securiser-les-parcours-des-ressortissants-etrangers-en-france-15

Sécuriser, c’est tenter de rassurer. Rassurer qui? Les étrangers menacés par la dureté de la loi réglant leur séjour? La société française menacée par les étrangers? Premier volet des réformettes de 2013, un meilleur accueil dans les préfectures et l’harmonisation de leur interprétation de la loi.

Selon les services du premier ministre, «le gouvernement a souhaité aborder la question de l’immigration avec un esprit d’apaisement et de responsabilité», évoquant «une volonté du gouvernement de réorienter la politique d’immigration de notre pays en privilégiant la concertation et l’analyse plutôt que les réformes incessantes et finalement inefficaces». Dans le même esprit, le ministre de l’Intérieur a déclaré, en conclusion du débat sans vote au Sénat sur l’immigration professionnelle et étudiante, le 24 avril 2013, préparant une retouche de la loi: «Ce projet de loi ne doit pas être l’occasion d’un grand déballage sur toutes les problématiques d’immigration – parfois, nous aimons bien les « cathédrales législatives » –, qui risquerait de susciter des passions inutiles dans le contexte actuel.»

Ces déclarations, ces éléments de langage, illustrent bien la tartufferie du pouvoir. Regardons ce qu’il en est en réalité.

– Les « réformes incessantes et finalement inefficaces« , ce sont les modifications législatives au cours de années 2002-2012, qui ont conduit à une loi gravement inhospitalière et brutale, que le nouveau pouvoir se refuse à remettre en cause en profondeur.

– « Réorienter la politique d’immigration« , c’est deux ou trois retouches techniques de cette loi (dont une partie imposée de l’extérieur, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le Conseil d’Etat, ou encore par des décisions de l’Union Européenne), et une pléthore de circulaires, qui classent les gens par profil (étudiants, familles, certains travailleurs,…) pour leur faire miroiter une petite porte d’entrée. Or, qui dit circulaire dit impossibilité de recours devant la justice qui, elle, ne connait que la loi.

– Qui est apaisé, dans l’histoire? Peut-être l’opinion ainsi manipulée, mais certainement pas la majorité de nos voisins, ces étrangers toujours sous la menace.

La prochaine retouche annoncée de la loi sur le séjour des étrangers concernera des aspect partiels mais importants. Le travail a été préparé par un rapport intitulé « Sécuriser les parcours des ressortissants étrangers en France », élaboré à la demande du premier ministre. La synthèse de ce rapport évoque, à juste titre, certains états de fait inadmissibles auxquels il faut remédier.

«En ce qui concerne l’accueil en préfecture, le rapport insiste sur la nécessité de tirer un trait définitif sur des situations qui ont pu être constatées jusque dans un passé récent, qui ne faisaient pas honneur à la République (files d’attente de plusieurs heures, altercations à l’ouverture des guichets, journées et parfois nuits passées à attendre sans pouvoir accéder aux guichets, refus arbitraires de prise en charge de demandes de titre notamment).»

Le passé en question est récent, très récent. En témoigne ce dialogue, qui s’est déroulé dans un centre de réception des étrangers à Paris le 15 mai 2013, près d’un an après la prise de fonction du gouvernement actuel.

J’accompagnais deux personnes. Elles étaient 16ème et 23ème dans la queue. Mais les demandes de renouvellement passaient en tête. Entrées à 10h15.

Arrivée à l’accueil avec la première:

– Aujourd’hui nous ne prenons pas les demandes de titre salarié « cinq ans » (ndlr: l’un des profils de la circulaire du 28 novembre 2012).

– Pourquoi n’est-ce pas affiché? (le report au 3 juin des dépôts de demandes de titre de séjour après 10 ans de vie en France était affiché, et le vent en coulis était froid: on aurait pu repartir).

– Parce qu’on nous prévient le matin, par téléphone, alors que peut-on afficher?

– Qui?

– Demandez au ministère.

– Au ministère ou à la préfecture?

(Pas de réponse.)

– On peut voir un responsable?

– Le responsable ne veut plus être appelé.

– Et quand peut-on revenir?

– Dans trois mois.

– Trois mois?

– Ou peut-être cet après-midi. On peut nous dire de reprendre, on ne sait pas…

– Tout ça pour rien?

– Au moins la personne aura la liste des pièces à fournir.

– Mais elle a tout, même la déclaration d’impôt de l’employeur.

– C’est comme ça je vous dis.

J’attends que la seconde soit appelée. Regard rapide sur le dossier: « c’est mal classé, classez et revenez ». En effet, la personne avait remis du désordre. On reclasse sur une chaise et on revient.

– Ah! c’est un dossier salarié trois ans. On ne prend pas les dossiers salariés trois ans aujourd’hui.

(Je commence à m’énerver.)

– Montrez. Vous étiez dans le 94 et vos enfants y étaient scolarisés, on ne prendra pas votre dossier à Paris. Je vous donne l’adresse où vous devez vous rendre.

– Vous avez regardé 2010, en 2012-2013 tout est à Paris.

– Pourquoi ne faites-vous pas une demande pour les enfants? (ndlr: autre profil de la circulaire)

– Je suis là depuis quatre ans et pas cinq.

– Il vous faut plus de 20 bulletins de salaire. (ndlr: exigés pour certains profils, alors que sans titre de séjour on n’a pas le droit de travailler)

– J’en ai 28.

– Je vous donne la liste de ce qu’il vous faut.

– Mais j’ai tout, vous voyez bien.

– Oui, mais on ne prend pas les trois ans aujourd’hui. Revenez dans deux mois.

Sorties à 11h45. Sans même une date. Dans la parfaite désinvolture. Sans ma présence la seconde était simplement renvoyée« .

Une réforme annoncée, «l’allongement de la durée de validité des titres aura un impact automatique sur la fréquentation des guichets des préfectures. Elle contribuera également à améliorer les conditions de travail des agents des services des étrangers des préfectures, dont le professionnalisme et l’implication, constatés à chacun des déplacements effectués par la mission, doit par ailleurs être salué.»

 

Une réalité lancinante reste l’étendue du pouvoir d’appréciation des préfets dans l’interprétation de la loi et, plus encore, des circulaires. Par exemple, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l’Intérieur dont il est question dans le dialogue ci-dessus permet, le temps d’une législature, la régularisation de personnes dont le déroulement de vie peut se mouler dans une série de critères. Le ministre de l’Intérieur le répète à l’envi: «La circulaire prévoit des critères stricts, exigeants, mais aussi uniformes, transparents et pérennes pour les étrangers en situation irrégulière.» (Intervention au Sénat, 24 avril 2013).

En effet, les disparités d’interprétation entre préfectures, entre guichets d’une même préfecture ou d’une période à l’autre sont légion. Un témoignage parmi d’autres: « Une convocation en préfecture pour un couple moldave (ndlr: en vue de leur régularisation avec cinq ans de vie en France et leur fille scolarisée depuis trois ans, en application de la circulaire du 28 novembre 2012). Reçus dans le même bureau, en même temps mais par deux personnes. J’accompagnais la dame, son employeuse s’est assise à côté du mari. Pour la dame pas de problème, dossier ok, des chèques emploi service depuis 2011 (ndlr: en principe non requis dans le profil invoqué). Lui n’en a pas et du coup on lui demande une promesse d’embauche. (ndlr: même remarque) Il ira la déposer cette semaine. Mais ce qui m’intrigue c’est que l’employée qui le recevait lui a assuré que la circulaire ne concernait qu’un parent par enfant !!!! Et donc lui, si la VPF (ndlr: Vie Privée et Familiale, le type de carte le plus favorable à une vie normale, surtout concernant le travail; c’est la carte prévue par la circulaire pour le profil invoqué) était refusée, ce serait peut-être une carte salarié. Quand je pense que par deux fois dans un autre bureau de la même préfecture on a refusé des dossiers parce qu’un seul parent se présentait !« .

Les parades préconisées sont tout à fait partielles et symboliques: rendre public le guide de l’agent d’accueil en préfecture, émettre des circulaires de clarification des procédures, remplacer dans certains articles de la loi l’expression « l’étranger dans telle situation peut recevoir tel titre », par « reçoit tel titre ». En attendant, les circulaires du ministre aux préfets restent une séries de suggestions, non d’injonctions.

Martine et Jean-Claude Vernier

Dans la même série

2. Rationaliser l’accueil des mineurs étrangers sans famille

3. Accélérer le traitement des demandes d’asile

4. Ramener un peu de droit dans le processus d’expulsion

5. Allonger la durée des titres de séjour pour certains profils

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Leïla et Jean-Claude, précaires de l’Éducation nationale

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Leïla et Jean-Claude travaillent tous les deux dans les écoles. Enfin, travaillaient. Ils sont deux des précaires de l’éducation nationale. Hier, en contrat CUI, aujourd’hui au RSA, et entre temps, dans la fierté d’être utile à la nation et aux élèves.

Leïla est le personnage d’une mini bande dessinée de JAC. Un personnage si réel, que les enseignants connaissent chacun un bon nombre de Leïla.

Jean-Claude est la personne qui travaillait avec moi à l’école. Il était aide administrative. C’est un peu un secrétaire. Il va répondre au téléphone, prendre des rendez-vous. Ventiler les informations auprès des enseignants, gérer la liste des élèves inscrits à l’étude, faire des photocopies, découper du matériel, participer aux fêtes d’écoles, renseigner les parents d’élèves sur les choses courantes de la vie de l’école…

Quand il est arrivé dans l’école, je l’ai donc « formé », plutôt converti, aux us et coutumes de l’Éducation nationale. J’ai créé une fiche de poste. Rien de tout cela n’existe. Sans-emploi depuis plusieurs années, ce poste, en contrat CUI, lui a été proposé il y a quelques années. Le but n’était nullement d’aider les écoles, mais de faire baisser les chiffres du chômage. Je me souviens de Villepin qui annonçait une baisse du chômage d’exactement le nombre de contrats qui venaient d’être signés.

Sauf que Jean-Claude a pris toute sa place dans l’école. Il est reconnu par les parents d’élèves et apprécié par les enfants. Au fur et à mesure qu’il parvient à être plus à l’aise dans l’école et dans ces tâches, je peux de mieux en mieux me consacrer aux élèves du point de vue d’un directeur. Projets pédagogiques, coordination du travail d’équipe, omniprésence auprès des enfants, notamment des plus remuants. Punir, certes, mais aussi parler, réfléchir aux sanctions, aux réparations, aux moyens de renouer le dialogue entre enfants. Tout un tas de choses qui demandent du temps. Pour l’élaboration de projets ambitieux, n’en parlons pas du temps. Tout cela devient possible, parce que Jean Claude est là. Son contrat a été plusieurs fois renouvelé. Mais le dernier prenait fin en avril. Il espérait un « nouveau » renouvellement auquel il avait droit. À plus de 60 ans, il attend d’avoir 65 ans pour avoir toutes ses annuités. Il a appris, parce qu’il a cherché l’information, le soir des vacances de printemps, qu’il ne pourrait pas retourner à l’école le 5 mai. Il y a là comme une forme de mépris. L’année n’est pas terminée, les personnes sont laissées dans l’attente et au dernier moment, on leur annonce que c’est fini. C’est un mépris pour l’école qui s’était organisée avec le secrétaire dans l’équipe et c’est aussi et surtout un mépris pour Jean-Claude, pour ce qu’il a su faire durant ces années.

Les conditions d’emploi ne sont pas idéales. 20 h au SMIC. Il ne manque pas de travail pourtant avec toutes les nouvelles demandes de ces dernières années faites aux directrices et directeurs. C’est pour cela que j’ai toujours défendu l’idée que la question des rythmes scolaires devait permettre à ces personnels de pouvoir cumuler les employeurs sur un même établissement (l’État durant 27 h et 8 h la collectivité territoriale). Replacer le directeur sur du pédagogique, c’est aussi un levier pour une transformation de l’école. Ces personnes sont donc devenues indispensables. Surtout quand elles sont compétentes comme Jean-Claude.

Je souhaite et demande à mon institution (c’est chose faite) que son contrat soit renouvelé sur mon école. Lui seul ? Tous ceux qui ont su trouver leur place dans les écoles doivent pouvoir la retrouver. Ils sont nombreux en ce mois de mai à s’être retrouvés à la porte des écoles.

Leïla, elle est assistante de vie scolaire (AVS), elle s’occupe des élèves qui supportent un handicap. Mais un bon dessin vaudra bien des discours ici ! Merci à JAC pour ces dessins (lien ici et ), comme toujours très justes. Merci aussi à toutes les Leïla (et surtout à celle qui est dans ma classe et celles qui sont venues les années d’avant — dont un homme —) qui interviennent, se dévouent malgré la précarité de leur situation.

Notons que des discussions sont en cours pour reconnaître le travail d’AVS, mais pas encore celui d’aide à la direction…Je ne vois pas comment il ne peut en être autrement dans l’avenir.

 

Leïla et Jean-Claude n’ont pas perdu que leur travail, leur emploi ; ils ont perdu leur métier. Ces métiers existent aujourd’hui dans les écoles. Ne pas les reconnaître, c’est saper les fondations d’une école que l’on veut portée vers plus d’intégration et plus de pédagogie.


Réveillons l’Assemblée: le 21 mai, refuser l’austérité!

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© Collectif Roosevelt

« La République, c’est la confiance et l’audace, affirmait Edwy PLENEL mardi dernier devant l’Assemblée nationale en citant le grand JAURÈS. Mesdames et messieurs les parlementaires, vous n’êtes pas prisonniers d’un parti. Emparez-vous des solutions que propose le collectif Roosevelt depuis un an. Vous avez déjà trop attendu. S’il y a de la défiance en ce moment, c’est parce qu’il y a eu trop de prudence, trop d’attente, trop de temps perdu. S’il y avait eu l’audace, il y aurait plus de confiance aujourd’hui dans le pays. »Comme tous les mardis jusqu’au 15 juin, le collectif Roosevelt sera mardi 21 mai devant l’Assemblée nationale, de 18h30 à 20h30, pour pousser les députés à l’audace, les réveiller, les mettre face à leurs responsabilités. En présence de Pierre LARROUTUROU, Emmanuel POILANE, Bruno GACCIO, Claude POSTERNAK, Christian CAUVIN (professeur d’économie à HEC), Olivier BERRUYER et d’autres intervenants, il sera cette fois question de refuser l’austérité et de prouver aux députés qu’il est possible de réduire les déficits sans austérité.
Même le FMI l’admet aujourd’hui, l’austérité ne fait qu’aggraver les problèmes. Pourtant, les gouvernements semblent s’y résigner et beaucoup pensent qu’il n’y a pas d’alternative crédible. Nous pensons au contraire qu’il est tout à fait possible de sortir de l’impasse sans pour autant laisser filer les déficits : il est possible de donner de l’oxygène à nos finances publiques sans provoquer une crise européenne et une crise financière. Comment ? Le Collectif Roosevelt apporte 3 solutions concrètes.
1. Court-circuiter les banques privées pour financer les dettes publiques

Est-il normal que les États payent 6 à 7 fois plus cher que les banques privées ? La Banque Centrale Européenne a prêté 1.000 milliards d’euros aux banques au taux de 1 %. Au même moment, les peuples d’Europe subissent des plans d’austérité car les marchés prêtent à certains États à des taux de 6, 7 à 11 %. Est-il normal qu’en cas de crise, les banques privées puissent bénéficier de taux à 1% mais qu’en cas de crise, les États soient obligés de payer des taux bien plus élevés ? Non ! Ce « deux poids deux mesures » est économiquement dramatique et inacceptable socialement !

Faire payer des taux d’intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans n’aide pas à responsabiliser les gouvernements mais ne fait qu’asphyxier nos économies au profit de quelques banques privées ! En nous inspirant de ce qu’ont fait les Banques centrales pour sauver le système financier, nous proposons que la « vieille dette » de nos États puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en œuvre cette idée : la BCE peut prêter aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des Banques centrales), elle peut donc prêter à 1 % à la Banque Européenne d’Investissement ou à une banque publique nationale qui, en retour, peuvent prêter à 1,1 % aux États. Rien n’empêche de mettre en place de tels financements dès le mois prochain ! Cela changerait radicalement la situation pour la Grèce, l’Italie et l’Espagne et cela ferait gagner plus de 10 milliards chaque année à la France comme à l’Allemagne.

2. Pour mettre fin au dumping fiscal, créer un impôt européen sur les dividendes

Depuis l’adhésion de l’Irlande et de la Grande-Bretagne, en 1973, tous les Etats sont poussés au moins-disant fiscal par les États qui baissent leur impôt sur les bénéfices pour attirer les entreprises. L’Irlande a baissé son taux à 12 % et tous les États membres ont dû baisser leur impôt sur les bénéfices…

Evolution de l'impôt sur les bénéfices en Zone Euro
Evolution de l’impôt sur les bénéfices en Zone Euro© Collectif Roosevelt

Le taux d’impôt sur les bénéfices des entreprises n’est que de 25 % en moyenne en Europe contre 40 % aux États-Unis. C’est le monde à l’envers !

Ce dumping fiscal est l’une des causes de l’endettement public. Jamais il n’y a eu autant de bénéfices mais jamais l’impôt sur les bénéfices n’a été aussi faible !

La dernière fois qu’on a connu un tel dumping fiscal, c’était aux États-Unis dans les années 1920 : le Texas baissait ses impôts pour attirer les entreprises. Puis la Floride baissait ses impôts… Dès qu’il arrive au pouvoir, Roosevelt met fin au cercle vicieux en créant un impôt fédéral sur les bénéfices. Il rend ainsi impossible le dumping entre États voisins. En 2013, il faut faire la même chose au niveau européen en créant un impôt européen sur les bénéfices.

On peut créer un impôt sur les dividendes, puisque c’est l’impôt sur les bénéfices qui a fortement diminué depuis vingt ans. Une écotaxe permettrait également de renforcer les ressources propres de l’Europe, tout en incitant les entreprises à diminuer leur consommation d’énergie. L’idée de créer un impôt européen avait déjà été avancée par Jacques Delors dans les années 1980. Après presque trente ans de réflexion, n’est-il pas urgent de passer à l’action ?

De plus, si le budget européen était financé par un impôt européen, les 21 milliards que la France paie chaque année pour financer le budget européen resteraient dans les caisses de Bercy. C’est 21 milliards de marge de manœuvre de plus pour notre pays par an !

3. Lutter radicalement contre les paradis fiscaux

La fuite vers les paradis fiscaux provoque chaque année un manque à gagner de 40 milliards –au moins- pour le budget de notre pays. Plutôt que d’imposer aux peuples des plans d’austérité qui aggravent la crise, nous devons déclarer la guerre aux paradis fiscaux :

  • En boycottant les entreprises ayant des filiales dans ces paradis fiscaux : plus aucune commande publique à une entreprise (banques, entreprise de travaux publics, fournisseurs de systèmes informatiques…) qui utilise les paradis fiscaux pour échapper aux impôts qui financent l’école, la santé, la police ou les retraites. Cette règle doit être inscrite sans tarder dans le code des marchés publics.
  • En votant une loi semblable à la loi FATCA votée aux USA à la demande de Barack OBAMA. Cette loi oblige les banques à être totalement transparentes sur tous les flux financiers concernant leurs clients sous peine de très lourdes sanctions. Si les Etats-Unis l’ont fait, pourquoi pas nous ?

Bonne nouvelle donc, il n’y a pas besoin d’austérité pour retrouver l’équilibre des finances publiques.

« Il n’y a pas de fatalité à la crise pour peu qu’on ait l’énergie pour trouver des solutions afin de la surmonter », expliquait Laurent MAUDUIT mardi soir. Venez nombreux devant l’Assemblée nationale donner aux députés de l’énergie et du courage ! Rendez-vous tous les mardis de 18h30 à 20h30 place Edouard Herriot, juste derrière l’Assemblée.

 
Roosevelt 2012 : 15 solutions concrètes et déjà plus de 100 000 citoyens engagés

Créé en janvier 2012 à l’initiative de Stéphane HESSEL, Edgar MORIN, Cynthia FLEURY, Pierre LARROUTUROU, Susan GEORGE, Bruno GACCIO, Patrick VIVERET, Emmanuel POILANE, Michel ROCARD, Gaël GIRAUD, Olivier BERRUYER, Dominique MEDA, Curtis ROOSEVELT et bien d’autres, le collectif Roosevelt 2012 propose 15 réformes, concrètes et financées, pour sortir de la crise en posant les bases d’un nouveau modèle de société.

En un an, ce mouvement a réuni plus de 100.000 signataires. 50 groupes locaux sont déjà constitués en France et des antennes ouvrent à présent dans d’autres pays européens (Belgique, Espagne, Grèce…).  www.Roosevelt2012.fr


Dordogne : en grève de la faim contre le mariage pour tous..

SUD-OUEST

Ce militant bergeracois de la Manif pour tous de 58 ans a cessé de manger il y a huit jours

 

Le Bergeracois est en grève contre la loi de la ministre Christiane Taubira

Le Bergeracois est en grève contre la loi de la ministre Christiane Taubira (Photo archives AFP/Fred Dufour)

 

Dimanche 12 mai au soir, ce Bergeracois a pris son dernier repas. Ce père de deux enfants âgé de 58 ans, a entamé il y a plus d’une semaine maintenant une grève de la fin pour le retrait de la loi Taubira ouvrant le droit au « mariage pour tous ».

Militant de la Manif pour tous, il a décidé de ne plus se satisfaire des défilés et des pétitions. Bien que la loi ait été promulguée par le président Hollande. « Je me suis demandé ce qu’amène ce mouvement. Des millions de personnes ne sont pas entendues. Il faut aller au-delà. J’ai donc repris mes lectures de jeunesse », confie ce géologue, universitaire. Il cite Gandhi, Lanza del Vasto, militant de la paix italien. « Dans le monde d’aujourd’hui, pour être écouté, faut-il aller jusqu’au bout ? Moi, j’ai décidé de le faire. » Son but : obtenir le retrait de la loi.

Premier maillon d’une chaîne

Il se définit comme le premier maillon d’une chaîne qu’il espère voir prendre de l’ampleur, celle des « Jeûneurs – grévistes de la faim ». Il parle également de son fils, étudiant à Paris, et militant de la première heure de la Manif pour tous. « Il était dans les premiers interpellés », pour, selon lui, « des actes de non-violence ».

Dès l’annonce au réseau national de son initiative, il dit avoir reçu plusieurs soutiens. « On peut soutenir de plusieurs façons, plaide-t-il. Directement en faisant la même chose, ou indirectement, par la pensée, la prière. » Il ne craint pas d’être un cas isolé. « Si je ne suis pas suivi, cela n’aura pas d’importance. L’acte est posé. »

« On peut retirer une loi »

Alors que depuis neuf jours il n’a pas avalé un aliment solide, sa motivation reste intacte. « Je compte aller jusqu’au moment où je serai entendu. » Il reconnaît que sa mission, amener le gouvernement à retirer la loi, relève de la gageure. « En apparence seulement. Car on peut retirer une loi, l’abroger, la modifier. » Avant de cesser de s’alimenter, il a consulté ses proches, dont le coordinateur de la Manif pour tous en Dordogne, Pierre Demoor. « Je voulais m’assurer de la pertinence de mon action. Voir si ce message peut être audible. »

Un message qu’il veut « intrinsèquement non violent ». « Je leur dis (NDLR : aux responsables politiques), ‘‘je ne vous en veux pas’’. Je pose un acte fort, grave. Car la loi qui vient d’être adoptée est grave. Certains enfants n’auront pas le droit d’avoir un père et une mère pour des raisons idéologiques. »

Pour lui, la grève de la faim est donc le dernier recours. « C’est le stade ultime de la non-violence que l’on s’adresse à soi-même. » Alors, s’il confesse « avoir encore quelques réserves », il se dit fatigué. Mais il sera à Paris dimanche pour la manifestation nationale.


Plus d’1,5 million de réfugiés syriens recensés par l’ONU

 

Monde

Libération

17 mai 2013 à 12:42
Une famille syrienne à Reyhanli dans la province de Hatay près de la frontière turco-syrienne le 12 mai.

Une famille syrienne à Reyhanli dans la province de Hatay près de la frontière turco-syrienne le 12 mai. (Photo Umit Bektas. Reuters)

La guerre en Syrie a fait plus de 94 000 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, ainsi que 4,25 millions de déplacés dans le pays selon l’ONU.

Par AFP

Plus d’1,5 million de Syriens ont trouvé refuge dans la région depuis le début du conflit, a indiqué vendredi l’ONU, déplorant le fort afflux enregistré depuis janvier avec près d’un quart de million de nouvelles arrivées par mois.

«Le nombre de réfugiés syriens qui ont quitté leur pays est supérieur à 1,5 million», a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), Dan McNorton, lors d’un point presse.

Quelque 473 000 réfugiés syriens vivent désormais en Jordanie, 470 000 au Liban, 347 000 en Turquie, 147 000 en Irak, 67 000 en Egypte et environ 10 000 dans les pays d’Afrique du Nord, selon le HCR.

Mais l’agence onusienne estime que le chiffre réel est «beaucoup plus élevé», a-t-il ajouté. Le HCR est d’autant plus inquiet, a souligné McNorton, que «le fossé qui se creuse de plus en plus entre les besoins et les ressources disponibles est (…) croissant».

Depuis janvier, le HCR a enregistré près d’un million de réfugiés, ce qui équivaut à un rythme d’environ 250 000 nouvelles arrivées par mois, a expliqué le porte-parole.

Ces quatre derniers mois, le HCR a assisté à une détérioration de la situation, a-t-il dit: «les réfugiés nous disent que l’augmentation des combats et les changements enregistrés concernant le contrôle des villes et villages, en particulier dans les zones de conflit, ont poussé de plus en plus de personnes à quitter» le pays.

Au Liban, par exemple, chaque jour plus de 4 200 personnes demandent à être enregistrées auprès du HCR. En avril, plus de 90 000 réfugiés se sont enregistrés, soit dix fois plus qu’en avril 2012, ce qui pousse l’organisation a ouvrir de nouveaux centres d’enregistrement dans le pays.

La guerre en Syrie a fait plus de 94 000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ainsi que 4,25 millions de déplacés dans le pays selon l’ONU. La population syrienne est estimée à 22 millions de personnes.

Le plus grand nombre de déplacés se trouve à Alep où l’on compte environ 1,25 million de personnes, puis dans la campagne autour de la capitale Damas où il y a environ 700 000 personnes, selon l’ONU.


Notre facho préféré.. Billet d’humeur par Daniel Schneidermann

 

Société
19 mai 2013 à 20:16

 

Par Daniel Schneidermann

C’est le jeune facho à la mode. On le voit partout. Sur M6, sur France 2, sur Canal + (beaucoup sur Canal +). Elle est si fraîche, si spontanée, la nouvelle bête immonde ! C’est bien simple, Bernard de la Villardière et Benoît Duquesne se l’arrachent. Il s’appelle Alexandre Gabriac, il a 22 ans, il habite Lyon, dans la vie il fait étudiant et chef des Jeunesses nationalistes, émanation juvénile et musclée du gollnischisme (de Gollnisch, Bruno, rival malheureux de Marine Le Pen à la présidence du Front national).

Les caméras l’accompagnent dans les manifs pour tous (ses militants tabassent un bolchévique, et chapardent un drapeau dans un bar gay ; on s’amuse). Elles l’accompagnent sur la tombe de Mussolini, but de pèlerinage annuel. Elles le suivent au pied de l’Acropole, où il va rendre visite aux camarades du mouvement néonazi, Aube dorée, qui ratonnent les immigrés dans les rues d’Athènes.

Il ouvre volontiers aux caméras la porte de son studio de 15 m2. Dans sa bibliothèque, un rayonnage entier sur Le Pen, son grand homme. En guise de posters, fanions et affiches, parmi lesquels des souvenirs émouvants des pèlerinages mussoliniens. Interviews en série, comme à Cannes (le téléphone du service de presse figure sur le site du mouvement). «Que pensez-vous de l’Allemagne hitlérienne ?» lui demande Canal +. Long silence. Intense réflexion. «Je réfléchis bien, parce que cette question peut nous entraîner très très loin.» Encore plus long silence, conservé au montage par le journaliste. Puis : «Nous, on ne se positionne pas en fonction de la bien-pensance. On autorise chez nous un regard libre.» Bien joué, le coup de la liberté de penser. L’élément de langage a été long à venir, mais ça valait le coup d’attendre. «Etes-vous antisémite ?» insiste le reporter. Grand sourire de rugbyman après un essai transformé : «Ni plus ni moins que Saint-Louis.»

Alexandre Gabriac s’est acquis une notoriété nationale de basse intensité en 2011, en faisant le salut nazi. La photo, postée sur Facebook, s’était retrouvée sur le site de l’Obs. Cette incartade lui valut exclusion immédiate du Front national. Laquelle exclusion provoqua un incident diplomatique entre Marine (favorable) et Jean-Marie Le Pen (opposé). A l’époque, Gabriac jurait que la photo était un montage. Comme le temps passe ! Aujourd’hui, devant les caméras qui se bousculent dans son studio, il assume. D’ailleurs, le salut nazi n’est pas seulement un salut nazi. Dédramatisons tout ça. C’est aussi un salut olympique, ou une manière de se dire bonjour, dans la rue. Un geste jovial.

Alexandre Gabriac est un facho providentiel. A cette médiatisation subite, tout le monde trouve son compte. Son groupuscule inconnu acquiert une notoriété nationale : il va engranger des adhésions. En excluant le diable, Marine Le Pen se dédiabolise, et souligne tout ce qu’elle n’est pas (antisémite, nostalgique du nazisme, etc). Quant aux télés, elles adorent les fachos télégéniques. Les skinheads de Serge Ayoub (alias Batskin) ont vieilli. Les royalistes sont désespérément ringards. Les hooligans peuvent toujours faire l’affaire (saisissant reportage sur les hooligans polonais dans le dernier Envoyé spécial), mais il faut un peu de renouvellement. La joyeuse bande des saucissons pinard commençait à s’user un peu. Va donc pour Gabriac qui, filmé dans les manifs pour tous sur fond de cantiques, répète devant tous les micros son aversion pour «l’accouplement sodomite». «L’accouplement sodomite», c’est bon coco. S’il le dit deux ou trois fois, on pourra même le recycler au Petit Journal. Ce besoin de fachos, tout de même.

Il nous faut notre petit facho ou notre nazillon de poche, caricatural à souhait. Ce fut jadis Le Pen père lui-même, avec ses Durafour crématoire. Alexandre Gabriac fait encore mieux l’affaire. Il est à l’aube de sa carrière. Dans cinq ans, il plaisantera avec Denisot sur le plateau du Grand Journal. Dans dix ans, député. Dans vingt ans, attendri, comme Madelin, Longuet ou Devedjian, il se penchera sur les frasques de ses jeunes années, et revisionnera avec Arthur ses premières télés. Symétriquement, ce goût des fachos pour le cabotinage. Tous ces gars sévèrement burnés, avec leurs rangers, leurs treillis, leurs entraînements en forêt, les imaginer refaire la prise, et montrer leur meilleur profil.

Quant à savoir si cette omniprésence médiatique exagère l’importance d’un phénomène politique permanent de génération en génération, et finalement toujours marginal (la présence en France de quelques centaines de militants d’une extrême droite radicale), et pourrait finir par le faire grossir, en une sorte de prophétie autoréalisatrice, c’est une autre question, qu’on se posera plus tard.