SNCF : « Je regrette le temps où nous étions usagers d’un service public »

Rue89

Claire Bethmont | Riveraine

Une usagère raconte son odyssée de Lorraine jusqu’en Haute-Savoie et le naufrage que représente selon elle la sous-traitance de lignes SNCF à des compagnies de bus.

Les billets de train de Claire Bethmont (C.B)

Voyageuse ordinaire, embarquée de justesse (7h41 au lieu de 7h50 annoncé sur le billet) à la gare de Pagny-Sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle), en route vers les miens à Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie) ce vendredi 10 mai 2013, et confiant mon destin aux alizés bienveillants de la SNCF, j’étais loin de me douter de l’odyssée qui m’attendait. A bord de quel Titanic avais-je donc posé ma valise ?

Making of

Claire Bethmont a envoyé le 15 mai 2013 une réclamation TER avec accusé de réception, auprès du service clientèle de la SNCF de Rhône-Alpes et des deux transporteurs de car (Rue89 a choisi de ne pas préciser les noms). Elle n’a pas encore reçu de réponses.

Contactée par Rue89, la direction régionale de la SNCF « mène l’enquête » et « n’a pas encore tous les éléments », ce vendredi, pour expliquer le fonctionnement de la sous-traitance de cette ligne de bus. Rue89

Grâce à l’avance prise à Pagny, j’arrive à Nancy avec un temps confortable qui me permet de repérer sans hâte anxieuse la voie de départ à 8h41 de mon TGV 6824 pour Lyon-Part-Dieu. Je case comme je peux la longueur de ma personne dans l’étroit espace réservé place 45, wagon 18, indiqué sur mon billet.

Un vieux Monsieur proteste contre l’exiguïté de sa case qui lui permet tout juste d’étendre ses jambes, performance que je ne puis quant à moi réussir. Sa fille ou sa petite fille lui enjoint de cesser ses récriminations. Contrairement à l’adage, toute vérité est bonne à dire et plus encore à être entendue. Vous avez bien raison, Monsieur, de protester contre cet espace qui nous est compté pour mieux nous entasser !

Le chauffeur de bus ne veut plus de voyageurs

Arrivée à Lyon-Part-Dieu avec trois minutes de retard, il ne me reste plus que trois minutes pour attraper l’autocar 39527 en direction d’Annecy (départ 13h08). Dans la gare, aucune information n’indique aux voyageurs où prendre l’autocar.

Dans l’urgence, je ne composte pas mon second billet de train et me précipite hors de la gare en demandant à des passants où se trouvent les bus. Le lieu repéré, je m’adresse au chauffeur du premier bus de la rangée. On me répond sans aménité d’aller voir plus loin. Je cours avec mes bagages à la recherche de mon bus en lisant les directions sur les pare-brise avant des véhicules. Aucun panneau en hauteur pour faciliter la prise d’informations !

Ouf, j’y suis enfin : il était temps. Je présente mon billet au chauffeur qui me reproche de façon peu polie de ne l’avoir pas composté. Il ne daigne pas écouter mes explications et poinçonne mon billet en maugréant. Il m’ordonne d’aller poser ma valise en soute, côté chauffeur. Je vais donc du côté opposé à la montée voyageurs pour ce faire.

A mon retour, côté montée voyageurs, le chauffeur m’arrête en annonçant qu’il n’accepte plus de passager, le bus étant rempli ! Une file de voyageurs à destination d’Annecy attendent en effet, mécontents. Je proteste en lui rappelant qu’il vient quelques instants auparavant de poinçonner mon billet et que ma valise se trouve dans la soute. Il s’en « souvient » alors, et me presse, sur un ton rogue, de monter à bord. Tout en me suivant jusqu’à cet endroit, il me donne l’ordre de m’asseoir au fond du bus où il reste une place libre.

De nombreux voyageurs en attente pour Annecy restent sur le trottoir. J’ose espérer que d’autres bus sont prévus pour eux !

Le chauffeur est « énervé »

Avant le démarrage, le chauffeur revient à l’arrière du bus et, sur un ton inacceptable, invective deux jeunes gens qui s’apprêtent à prendre un en-cas. Ils sont partis très tôt le matin et n’ont pas encore déjeuné. Le chauffeur menace de les faire descendre s’ils n’obtempèrent pas à son interdiction de manger.

Leur « manquement » peut se concevoir dans la mesure où chaque dossier est muni d’une tablette, avec un orifice pour y poser un verre, conçue de toute évidence pour permettre aux passagers de se restaurer comme cela se pratique dans le train. D’autant que l’on peut légitimement considérer ce bus comme un service public SNCF puisque non mentionné en tant que privé sur le billet délivré par la SNCF !

Démarrage du bus. J’exprime ma surprise, pour ne pas dire mon mécontentement, aux voyageurs qui sont assis avec moi au fond du véhicule : le jeune couple malmené verbalement, une dame et une jeune fille qui me rejoignent dans mon sentiment.

Tous m’expliquent que depuis le début, le chauffeur est « énervé », « pas à prendre avec des pincettes » et parle mal aux passagers…

Je trouve quant à moi ce comportement inadmissible et leur fais part de ma décision de déposer une réclamation, voire une plainte, à l’arrivée.

Par ailleurs, alors que la température extérieure oscille entre 16°C et 11°C (relevés tout au long du trajet sur le tableau d’affichage intérieur), la climatisation souffle sur nos têtes un air glacé. Nous avons froid et ne pouvons arrêter cette climatisation insensée. Au bout d’un moment, le chauffage est allumé sans que la climatisation soit stoppée. Nous touchons-là à l’absurde !

Au guichet « Information-accueil » de la gare d’Annecy

A l’arrivée à Annecy, le chauffeur s’éclipse après avoir ouvert les soutes. Je récupère ma valise et en faisant le tour complet de l’autobus, je constate qu’aucune raison sociale, aucune compagnie de transport ne sont indiquées sur ses flancs gris métallisé au contraire de la plupart des bus stationnés en gare routière.

Je relève donc le numéro d’immatriculation.

A ce moment, le chauffeur qui revient m’interpelle pour me demander ce qui ne va pas. Je lui explique que j’ai l’intention de déposer une réclamation, que je ne suis pas satisfaite de sa prestation, de son manque de respect des passagers et lui demande le nom de la compagnie pour laquelle il travaille. Il me répond d’une façon très agressive qu’il a autre chose à faire et il quitte rapidement les lieux avec son véhicule.

A la gare d’Annecy, je me rends au guichet « Information-accueil » et explique à l’employé que je voudrais déposer une réclamation contre le bus 39527. Le jeune préposé me dit alors qu’une autre dame lui a fait la même demande à propos du même bus… mais qu’il n’est pas en mesure de nommer la compagnie de transport incriminée. Il me remet un formulaire de réclamation.

Le contrôleur m’encourage à déposer une réclamation

Dans le TER 85117 (Annecy-Saint-Gervais 15h32-16h57), après avoir dûment composté mon billet en gare d’Annecy, j’expose le problème au contrôleur qui m’encourage à déposer cette réclamation et à contacter le service clientèle SNCF TER Rhône-Alpes qui sera en mesure de répondre à ma question sur le nom de la compagnie de bus à laquelle la SNCF a sous-traité le transport pour ce tronçon de trajet de mon voyage.

Arrivée à destination, en gare de Saint-Gervais-Le-Fayet, je réitère ma demande auprès du chef de gare qui prend le temps, pour me répondre, de chercher le nom de la compagnie de transport. D’après ses registres, il s’agit de « Voyages B. ». Il me donne leur numéro.

Je le remercie et regagne mon domicile où je compose le numéro indiqué. En cette période de jours fériés, le répondeur me donne un numéro d’urgence.

Le chef d’entreprise, au bout du fil, après m’avoir écoutée, me signale que le chauffeur incriminé ne travaille pas pour lui mais, au vu de l’immatriculation du bus, pour une autre compagnie à laquelle il sous-traite ce trajet : « Voyages L. » dont il me donne le numéro assorti d’un prénom.

Je joins la secrétaire que je mets au courant du problème et qui me demande d’envoyer la réclamation aux Voyages L. et non à la SNCF ! Je lui assure que j’enverrai aussi mon courrier à la SNCF dans la mesure où j’estime que les services de celle-ci doivent être au fait des manquements des sociétés privées avec lesquelles elle sous-traite qui elles-mêmes sous-traitent avec d’autres sociétés privées et ainsi de suite…

Une chaîne d’irresponsabilité soigneusement organisée ! La face cachée de l’iceberg qui fait sombrer le Titanic du service public et les usagers avec lui, les métamorphosant en clients dupés et mal servis.

Une chaîne de sous-traitance privée et anonymée

Au regard des faits ci-dessus énoncés, je tiens à exprimer mon indignation quant à la façon dont les voyageurs sont traités, embarqués dans l’odyssée d’un Titanic forcé par une volonté folle de prendre l’eau de toutes parts et qui se heurte à l’iceberg immergé d’une chaîne de sous-traitance privée et anonymée qui permet de rejeter la responsabilité des manquements sur l’autre.

Je regrette l’époque – qui devrait demeurer celle de l’avenir – où nous étions les usagers d’un service public de transport digne de ce nom et non les clients-otages d’un marché du transport de plus en plus privé.

Nous ne sommes pas du bétail à exploiter mais des clients – ex-usagers, hélas ! – qui payons suffisamment cher notre billet pour avoir droit à quelques égards et à un service, pardon, une prestation de qualité.

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Amnistie sociale, vote et fin

 

Mediapart


«Race» et droit de vote des étrangers, le retour

 

Mediapart


Le mariage pour tous validé par le Conseil constitutionnel

MEDIAPART

 

 

Qui sera le premier couple homosexuel à se marier ? On va vite le savoir : le Conseil constitutionnel a validé vendredi après-midi en totalité la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. François Hollande a annoncé que la loi serait promulguée et inscrite au Journal officiel ce samedi.

Le temps de publier les bans des marié.e.s, les premières unions de couples de personnes de même sexe pourront être célébrées « dès le mois de juin », a indiqué la ministre de la famille, Dominique Bertinotti. La maire socialiste de Montpellier, Hélène Mandroux, a déjà annoncé qu’elle célébrerait son premier mariage « dans les prochains jours ». Coïncidence : la décision du Conseil est tombée un 17 mai, Journée mondiale de la lutte contre l’homophobie.

« Aujourd’hui, c’est la loi, la loi de la République », a sobrement commenté François Hollande, en visite en Normandie. « La France franchit aujourd’hui un pas de plus vers l’égalité des droits », au terme d’un « débat parlementaire historique », s’est félicité le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. La garde des Sceaux, Christiane Taubira, a salué une « décision d’apaisement et de sagesse ». « Cette loi vient mettre un terme à des siècles de relégation et de discrimination d’une partie de nos concitoyens », a applaudi Dominique Bertinotti. « J’en pleure de joie », a commenté sur Twitter l’ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot.

Les associations lesbiennes, gaies, bi, trans, se réjouissent que la promesse 31 du programme de François Hollande devienne enfin réalité, après des mois et des mois de débat très durs. « C’est une belle avancée que connaît aujourd’hui notre pays même s’il est à regretter qu’elle ait dû se faire dans un tel contexte de mauvaise foi et de violences homophobes », déplore l’association SOS-Homophobie.Vendredi, une étude européenne réalisée par l’Agence des droits fondamentaux indique que deux tiers des lesbiennes, homosexuels, transsexuels et bisexuels vivant dans l’Union européenne n’osent pas se tenir par la main en public. Un sur trois dit par ailleurs avoir été victime de violences au cours des cinq dernières années.

À gauche, les partis se félicitent. Le PS célèbre une « victoire de la République de l’égalité ». « C’est la fin dans les faits d’une inégalité douloureuse », commente Ian Brossat (PCF). Qui rappelle néanmoins que « d’autres droits restent à conquérir » : les droits des trans-, mais aussi l’accès à la PMA pour les couples lesbiens. François Hollande a renvoyé la décision au Comité d’éthique, qui devrait se prononcer en novembre (mais s’est toujours montré opposé au recours à la procréation assistée pour les homosexuels). « Lutte contre l’homophobie, et pour l’adoption de la PMA, notre vigilance reste vivace », rappelle aussi le député écologiste Sergio Coronado.

Pour les opposants au mariage des couples de même sexe, qui ont prévu une nouvelle grande manifestation le week-end prochain, la décision du Conseil constitutionnel est une douche froide : à une réserve mineure près, tous les articles de la loi sont validés.

« Ce choix du législateur » n’est « contraire à aucun principe constitutionnel », ont estimé les juges (lire l’intégralité de la décision ici, et le communiqué de presse, au vocabulaire moins juridique).

Vendredi, les figures du mouvement anti-mariage ont accueilli la nouvelle sans cacher leur déception. « C’est une révolution institutionnelle. Nous sommes en train de changer de civilisation, de régime », n’a pas craint de déclarer l’égérie de la “Mani pour tous”, Frigide Barjot, qui a aussi remis en cause « l’indépendance des juges » (dont la plupart ont pourtant été nommés par la droite).

« Aujourd’hui, l’altérité dans le mariage et la filiation ont été gommées et nos institutions telles qu’elles existent depuis la Révolution française en sont modifiées », a-t-elle affirmé à l’AFP. « La résistance est en marche dans ce pays », a renchéri Christine Boutin. « Ce sera notre responsabilité en 2017 de proposer aux Français un autre projet pour la famille, plus généreux et plus respectueux des droits des enfants. Je m’y engage », a commenté le député UMP Hervé Mariton.

Les ténors de la droite, à l’instar de Fillon, admettent pourtant qu’il leur sera impossible de revenir sur la loi en cas d’alternance en 2017.


Tapie: le fisc a passé l’éponge sur 15 millions d’impôts

 

Mediapart


Karachi : des sondages sur Balladur payés par un intermédiaire en armement

Libération

18 mai 2013 à 12:30
Edouard Balladur en mai 2010.

Edouard Balladur en mai 2010. (Photo Jacky Naegelen. Reuters)

Un intermédiaire présumé, mis en examen dans le volet financier de l’affaire Karachi, a acquitté deux études sur les chances de succès d’Edouard Balladur à la présidentielle de 1995, a-t-on appris samedi de source proche du dossier, confirmant une information de France Info.

Pour cette source, il pourrait s’agir d’un «immense pas» venant renforcer les soupçons de détournement de commissions versées en marge de contrats d’armement au profit du financement de la campagne d’Edouard Balladur.

Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire ont récemment reçu des résultats partiels d’investigations lancées aux Etats-Unis sur les liens entre le consultant politique américain Paul Manafort et les intermédiaires Abdul Rahman El Assir et Ziad Takieddine, mis en examen dans l’enquête, selon cette source.

Ils ont ainsi obtenu une facture pour deux études d’opinion sur les chances d’Edouard Balladur, menées en octobre 1994 et janvier 1995, émises par la société Tarrance Group, dont Paul Manafort est le gérant, a indiqué à l’AFP la source proche du dossier.

Ils ont aussi reçu la copie d’un chèque de 52 000 dollars, comportant les références de cette facture, acquittée par le compte suisse de l’intermédiaire El Assir à la BCP à Genève à l’ordre de la société de Paul Manafort, a précisé cette source.

Ces études donnaient Edouard Balladur largement en tête devant Jacques Chirac, a-t-on ajouté. L’AFP n’a pu consulter ces documents dans l’immédiat.

Rétrocommissions

Les comptes d’El Assir avaient déjà fait apparaître des versements au profit de M. Manafort entre septembre 1994 et août 1995 mais sans qu’ils puissent être reliés à la campagne d’Edouard Balladur. Ils ont été évalués à 377 000 dollars.

En octobre 2011, Nicola Johnson, épouse de Ziad Takieddine, avait assuré que Paul Manafort était un ami d’El Assir et qu’il donnait des conseils pour la campagne d’Edouard Balladur.

Les intermédiaires Abdul Rahman El Assir et Ziad Takieddine sont soupçonnés d’avoir été imposés au dernier moment par le cabinet au ministère de la Défense de François Léotard dans la conclusion de contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan.

Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller de M. Léotard à l’époque, et Nicolas Bazire, directeur de la campagne de M. Balladur, sont également mis en examen dans cette affaire. Les juges d’instruction soupçonnent qu’une partie des commissions sur ces contrats, appelées rétrocommissions, ont pu financer la campagne d’Edouard Balladur.