Communiqué de l’AEDH et de la LDH.

          Recensement des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des Roms étrangers en France – 1er trimestre 2013

 

Bruxelles, le 9 avril 2013

 

Dans un rapport « Recensement des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des Roms étrangers en France »,Philippe Goossens, membre du bureau de l’AEDH en charge du dossier discrimination et droit des minorités (incluant les droits des Roms), a compilé les chiffres des expulsions de Roms en France pour le premier trimestre 2013. A travers toutes les régions, plus de 4 000 personnes ont ainsi été expulsées de leurs lieux de vie sans solution de relogement. L’AEDH et la LDH dénoncent cette situation et appellent le gouvernement français à changer sa politique envers les Roms.

 

Cette étude donne un aperçu chiffré des évacuations forcées de Roms étrangers et des destructions de leurs lieux de vie en France. Pendant le premier trimestre 2013, 4 152 personnes ont été obligées de quitter leurs lieux de vie. Cela correspond à un cinquième des quelque 20 000 Roms, principalement originaires de Roumanie ou Bulgarie, qui vivent en France.

Comparé à celui du premier trimestre 2012, le nombre de personnes évacuées durant le premier trimestre 2013 est en forte augmentation tant pour celui des personnes évacuées de force par les autorités (2 873 contre 2 153) que pour celui des personnes rapatriées (272 contre 70) ou forcées d’abandonner leurs lieux de vie suite à un incendie ou une agression (1007 contre 777). De même le nombre rapporté d’OQTF (1) est de 642 comparé à 347.

La mise en application de la circulaire interministérielle du 26 août 2012 reste très rare et hétérogène. L’affirmation du ministre de l’intérieur selon laquelle « les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner » (2) est fausse, car la plupart des Roms présents en France souhaitent y vivre et s’y insérer.

En plus d’une présence policière accrue et de la multiplication des OQTF, le rapport dénonce l’absence de solution de relogement : les propositions d’hébergement d’urgence ne sont que de deux à trois jours. Elles sont généralement éparpillées et éloignées des lieux de scolarisation des enfants, et elles ne sont adressées qu’à une partie de la population du lieu de vie concerné.

« Je souhaite que, lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées. On ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d’un endroit sans solution. » (3). Un an après les promesses de François Hollande, le rapport montre que la situation concernant les évacuations s’est fortement dégradée avec la nouvelle majorité. Les autorités françaises continuent à pratiquer une politique de rejet qui provoque des préjudices graves et profonds à une population vivant déjà dans une très grande précarité. Elles continuent à violer les droits fondamentaux de ces personnes.

Ce discours attise des réactions d’intolérance de plus en plus fréquentes et qui se traduisent par la montée de la violence de la part des riverains et la radicalisation du rejet.

L’AEDH et la LDH considèrent que cette situation ne peut perdurer :

 

le gouvernement français doit respecter les engagements pris lors de la campagne présidentielle : cesser d’expulser les Roms de leurs lieux de vie sans solution, il doit promouvoir les droits fondamentaux de toutes les populations ;

 

la Commission européenne doit rappeler à la France les engagements pris lors de l’adoption des traités européens et notamment la directive européenne de libre circulation ;

 

si les stratégies nationales d’insertion sont louables, elles doivent être fondées sur le respect de tous les droits de ces populations, pour s’opposer efficacement aux discriminations et aux violences subies en France par les populations Roms.


Le rapport de ce premier trimestre 2013 est disponible
ici sur le site de l’AEDH (4)


(1) Obligation de quitter le territoire français.

(2) Valls : « Les démantèlements de camps Roms se poursuivront », Le Parisien, 14 mars 2013.

(3) Lettre de François Hollande à Romeurope, 27 mars 2012.

(4) Recensement des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des Roms étrangers en France – 1er trimestre 2013

 

L’Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme (AEDH) regroupe des ligues et associations de défense des droits de l’Homme des pays de l’Union Européenne. Elle est membre associé de la Fédération internationale pour la défense des droits de l’Homme (FIDH). Pour en savoir plus, consultez le site www.aedh.eu

Ligue des droits de l’Homme (LDH)

138 rue Marcadet 75018 Paris

Tel : 33 1 56 55 51 00  Email : communication@ldh-france.org

www.ldh-france.org

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Mediapart et ses chers confrères

Dimanche 7 Avril 2013
à 00:00 | Lu 56131 fois I 203 commentaire(s)
Aude Lancelin
Francois Mori/AP/SIPA

Francois Mori/AP/SIPA

Toujours sensible au romantisme noir des maudits, Edwy Plenel en appelle, dans son nouveau livre, le Droit de savoir (éd. Don Quichotte), paru le 14 mars, à ce que le journalisme d’enquête à la française élise enfin comme son «hymne secret» la fameuse chanson de Brassens : la Mauvaise Réputation.

Le directeur de Mediapart peut être rassuré concernant sa sulfureuse aura : ce n’est pas en accrochant à son tableau de chasse la même semaine Jérôme Cahuzac et un très remuant ex-président de la République que le site d’investigation pure player, qui vient de fêter ses 5 ans, reviendra de sitôt en grâce chez ses chers confrères.

Ainsi, jusqu’à la démission du ministre du Budget, aura-t-on entendu le chroniqueur de Canal + et de RTL Jean-Michel Aphatie sonner des mois durant l’hallali, évoquant une absence de preuves, et même un «accouchement prématuré», tandis que le lendemain encore, sur nouvelobs.com, Bruno Roger-Petit agitait la menace d’un «journalisme de bûcher».

Depuis les affaires Bettencourt, Takieddine, Tapie et Kadhafi, en passant par la chute de la maison Cahuzac, que n’a-t-on au juste entendu sur Mediapart ? Des années déjà que, dans le sillage de la Sarkozye, vent debout contre le site tout au long du précédent quinquennat, et évoquant, à la manière de Xavier Bertrand, «des méthodes fascistes», la grande majorité des autres médias reprennent du bout du clavier ses scoops quand ils ne répandent pas sur lui quantité d’ordures et décombres.

Le miracle de l’antimediapartisme, c’est en effet de mettre d’accord les pires adversaires idéologiques, de la gauche la plus mollo à la droite identitaire la plus ultra, en passant par l’inénarrable Jean-Vincent Placé.

Le clairvoyant Alain Minc aura aussi beaucoup fait pour la notoriété du site, en pronostiquant sur France Info sa mort imminente dès 2008, rejoignant pour une fois les détestations du mensuel fondé par Elisabeth Lévy, Causeur, évoquant un «journalisme à l’esbroufe», et dont le maître à penser, Alain Finkielkraut, volait encore récemment au secours de Jérôme Cahuzac, comparant Mediapart à une véritable «Stasi Internet».

Plus gênants encore que ces déchaînements souvent dictés par les options idéologiques de l’équipe Plenel, les articles d’authentiques chiens de garde que l’on peut soupçonner d’avoir été directement inspirés par les communicants proches de Jérôme Cahuzac, Marion Bougeard ou Stéphane Fouks, de l’agence Havas Worldwide (ex-Euro Rscg).

Le lendemain de la chute du ministre socialiste, Edwy Plenel pointait ainsi le fait qu’«une partie du monde médiatique» s’est livrée six mois durant à des «manips d’officines de communication pour essayer d’enrayer la marche de la vérité».

«Mediapart est un petit poisson face à de gros requins dans une mer polluée» déclarait il y a peu le même Plenel, à qui toutes les Cassandre prédisaient le pire après l’élection de François Hollande. Fort de ces nouvelles victoires et de ses 60 000 abonnés, le «petit poisson» a toutefois franchi la barrière de corail et il sera désormais difficile à avaler.


A Madrid, une «marée blanche» contre les privatisations d’hôpitaux

Mediapart

ven, 05/04/2013 – 07:27 |
Par Ludovic Lamant

De notre envoyé spécial à Madrid

À peine franchi le hall d’accueil, le visiteur est prévenu : « L’hôpital de Vallecas est à vendre. » Photocopiée des dizaines de fois, l’affiche barre les murs du rez-de-chaussée jusqu’à saturation. « Au départ, les services de propreté les enlevaient. Puis nous leur avons expliqué qu’à chaque feuille retirée, on en ajouterait trois autres… Depuis, ils nous laissent faire », se félicite Paloma Parrilla.

Cette aide-soignante de 48 ans, jean bleu et blouse blanche, est l’une des animatrices de la contestation qui s’est emparée de l’hôpital depuis l’automne dernier. L’avenir de ce complexe médical, ouvert en 2008 sur les hauteurs de Vallecas, un quartier populaire de la banlieue sud de Madrid, s’est trouvé brusquement mis entre parenthèses. Il fait partie des six hôpitaux publics de la région que l’exécutif madrilène veut privatiser.

Au nom des nécessaires économies à réaliser en temps de crise, Ignacio Gonzalez, le président de la communauté de Madrid, a défendu fin octobre son projet de réforme qui est parvenu, en quelques jours à peine, à braquer tous les professionnels de la santé. Pour se justifier, l’exécutif a avancé deux chiffres : le coût moyen d’un patient dans un hôpital géré par le secteur privé s’établirait à 441 euros à l’année – contre 600 dans le public. Il faudrait donc privatiser à tout va pour limiter la casse budgétaire. Si le plan aboutit, la proportion de lits d’hôpitaux gérés par le privé, à Madrid, passera de 3 % aujourd’hui à 30 %.

Depuis, la colère des blouses blanches gronde dans la capitale, alors que la crise sociale (25 % de chômeurs) ne faiblit pas. Cinq manifestations spectaculaires, mêlant professionnels et usagers, se sont emparées des rues de la capitale. Ce sont les forces vives de la « marée blanche »…

(voir des images du 18 novembre dans la vidéo ci-dessous)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=WqQ85veG8U4

…, comme on surnomme ce mouvement inattendu, qui se déroule en parallèle aux manifestations d’enseignants contre les coupes budgétaires (la « marée verte ») ou des travailleurs du social (la « marée orange »).

Pour Paloma Parilla, le plan d’octobre fut un choc. Elle avait accepté, en 2008, de laisser son poste d’infirmière dans un grand hôpital public du centre de la capitale, pour rejoindre celui, flambant neuf, de Vallecas, plus proche de son domicile. Si l’hôpital est privatisé, elle devra sans doute quitter les lieux, sans la garantie de retrouver rapidement une affectation.

Depuis 2008, elle a pourtant accepté les efforts budgétaires sans râler. Elle a fermé les yeux sur la baisse de son salaire année après année. À l’heure des comptes, l’addition est salée. Il y a d’abord eu, en 2009, la baisse de 5 % du salaire de tous les fonctionnaires d’Espagne, sur décision du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero. Depuis, les rémunérations ont été gelées. Mais Paloma a aussi perdu l’an dernier son « 14e mois », soit 1 200 euros, cette fois sur décision des autorités régionales, à Madrid. « Ils présentent cela comme une paie “extra”, pour Noël. Mais dans les faits, c’est bien le quatorzième de mon salaire annuel qui a été supprimé », explique-t-elle.

Depuis l’an dernier, elle doit travailler 112 heures de plus sur l’année, à rémunération égale. Sont aussi passés à la trappe un éventail d’avantages liés à son statut de fonctionnaire. Paloma, mère de trois enfants, touchait par exemple une aide de 250 euros à l’année pour financer leur scolarisation. Ce privilège a disparu en 2012. Au total, elle dit avoir perdu 2 000 euros de rémunération annuelle. Environ 18 % de son salaire total.« Face à tout cela, nous n’avons rien dit. Nous n’avons pas protesté quand on nous a baissé notre salaire, ou augmenté nos heures. Nous avons fait preuve de solidarité. Parce que l’on sait qu’au même moment en Espagne, il y a des gens qui perdent leur emploi, il y en a d’autres qui se font expulser de chez eux… Mais là, avec ce projet de privatisation, c’est très différent. On nous parle d’un changement de modèle global. Il n’en est pas question », prévient-elle.

« C’est l’improvisation totale »

« Jusqu’à quel point peut-on faire de la santé un marché ? » s’interroge Pedro Rodriguez, porte-parole du SAE, un syndicat d’aides-soignants. « Bien sûr qu’il faut faire des réformes, mais donner ces concessions à des entreprises qui veulent dégager des profits, et qui reposent sur des logiques de capital-investissement, c’est un risque que l’on ne veut pas prendre. »

En Espagne, ce projet n’a toutefois pas surpris tout le monde. Car cette tendance à la privatisation de la santé ne date pas d’hier. La précédente présidente de la région de Madrid, la très libérale Esperanza Aguirre, en avait déjà fait l’une des lignes directrices de sa politique. Mais la crise lui a donné un coup de fouet. Le marasme économique actuel est devenu l’excuse parfaite pour réformer à toute vitesse.

« Nous assistons à l’accélération d’un processus qui a débuté en 2001, lors du transfert aux autorités régionales des compétences de la santé », avance Mariano Sanchez Bayle, à la tête d’une fédération d’associations pour la défense de la santé publique. « Depuis 2001, il n’y a eu que des gouvernements du Parti populaire (PP, droite – ndlr) pour gérer la région, et jusqu’à présent, ils expérimentaient une privatisation petit à petit. Cette fois, on est en train de faire un grand pas. »

En 2008, la gestion des activités « non sanitaires » (cafétéria, propreté, techniciens de laboratoire…) des six nouveaux hôpitaux, dont celui de Vallecas, avait déjà été confiée à des sociétés privées. L’année suivante, une loi autorisait les usagers à choisir leur hôpital – manière de faire jouer la concurrence entre établissements. Mais le projet dévoilé en octobre dernier va bien plus loin. « Jusqu’alors, il n’y avait jamais eu de réaction populaire en matière de santé. Cette fois, ils se sont trompés : les gens ont réagi », poursuit Mariano Sanchez Bayle.

A l'entrée de l'hôpital La Paz: « La lutte continue »
A l’entrée de l’hôpital La Paz: « La lutte continue »

La réaction fut d’autant plus vive que le projet du gouvernement régional frôle, aux yeux de beaucoup, l’amateurisme. Jesus Frias est l’une des figures les plus respectées de la « marée blanche » des derniers mois. Chef de service à l’hôpital public La Paz, professeur à l’université autonome de Madrid, il ne décolère pas contre « l’improvisation totale » des autorités.

« Ce plan ne s’appuie sur aucune étude rigoureuse. À aucun moment, les professionnels de la santé n’ont été contactés. Il n’y a pas eu de commission préalable, qui nous aurait permis de réfléchir à ce changement de cap que l’on s’apprête à impulser », regrette Jesus Frias. Il fait partie du petit groupe de médecins censé négocier, depuis novembre, avec les autorités. Mais les réunions sont suspendues depuis deux mois, en raison des vives tensions de part et d’autre.

« Dans n’importe quel autre pays, on débattrait avec les citoyens et avec les professionnels de santé d’une modification du système de santé aussi importante. Mais ici, c’est en train d’être adopté sans aucune négociation préalable… Et les autorités sont incapables de le justifier autrement qu’en mettant en avant le contexte économique de la crise. Sauf que ce changement entraînera des conséquences profondes à très long terme », s’inquiète Frias.

Le contre-exemple de Valence

Comme tant d’autres, ce médecin se dit prêt à réformer le système de santé, mais doute des effets d’une privatisation précipitée. « Pour gagner de l’argent dans le secteur de la santé, il n’y a que deux manières de s’y prendre. Soit l’on diminue la qualité des prestations, soit l’on diminue les effectifs des professionnels, et leur salaire. Or, les salaires ont déjà beaucoup baissé en Espagne, et sont très en deçà de la moyenne européenne. Et les effectifs ont déjà baissé de 5 000 personnes environ en cinq ans. Donc, ce qui nous fait peur aujourd’hui, c’est que la qualité des prestations baisse. Regardez ce qui s’est passé avec le NHS britannique ! »

Dans la bouche des interlocuteurs, médecins comme infirmiers, le modèle britannique revient en boucle, comme le plus sinistre des épouvantails. Tous ont en mémoire l’affaire de l’hôpital de Stafford, qui a éclaté en Grande-Bretagne en début d’année. Entre 400 et 1 200 patients sont décédés en cinq ans, faute de soins satisfaisants, dans cet hôpital, selon un rapport. « Les Britanniques, cela fait vingt ans qu’ils se sont engagés dans cette voie, et l’on en découvre aujourd’hui le résultat », tranche Jesus Frias.

Autre expérience qui invite à la prudence : la privatisation du secteur hospitalier engagée quelques années plus tôt dans la communauté de Valence, qui compte la troisième plus grande agglomération d’Espagne. D’après une étude publiée en mars par l’un des grands syndicats espagnols, UGT, le système de santé à Valence souffre de sous-investissement chronique. Il serait responsable de la mort de plus de 2 700 personnes qui, chaque année, pourraient être sauvées si elles étaient soignées ailleurs dans le pays.

Mobilisation publique à l'hôpital La Paz à Madrid (lire la boîte noire de l'article).
Mobilisation publique à l’hôpital La Paz à Madrid (lire la boîte noire de l’article).

Difficile de dire quel impact ces privatisations auront sur l’emploi du secteur. Mais les professionnels sont certains d’un autre effet pervers, si le projet aboutit : la « sélection des risques ». D’après eux, les usagers vont prendre l’habitude de se faire soigner dans des hôpitaux privés, près de chez eux, pour des maladies légères et simples à soigner, tandis qu’ils se rendront dans les grands hôpitaux publics pour guérir des maladies lourdes ou chroniques.

« C’est une bonne nouvelle pour les structures privées, puisque de petites opérations, par exemple, sont souvent très rentables. Par contre, les interventions les plus onéreuses vont se concentrer dans les hôpitaux publics, qui risquent d’être encore plus déficitaires », s’inquiète Pedro Rodriguez, du syndicat SAE. Dans le même temps, l’argent public fléché pour les hôpitaux publics est en baisse, en raison, précisément, de la privatisation en cours…

Mais pourquoi les autorités madrilènes se sont-elles lancées dans cette entreprise de privatisation, au moment où l’Espagne traverse sa crise la plus profonde depuis le retour de la démocratie ? Pour le PP, le risque politique semble massif. « Il y a bien sûr une composante idéologique très forte : comme Margaret Thatcher en son temps, le PP reste persuadé que le service public de la santé coûte trop cher, et qu’il faut faire des économies en basculant dans le privé », avance Mariano Sanchez Bayle.

Mobilisation publique à l'hôpital La Paz à Madrid (lire la boîte noire de l'article).
Mobilisation publique à l’hôpital La Paz à Madrid (lire la boîte noire de l’article).

A l’hôpital La Princesa, les autorités ont fait marche arrière

Mais l’explication est sans doute un peu courte. D’autres hypothèses circulent, que la publication, par la presse espagnole, des « carnets Barcenas », a relancées. Sur cette liste, tenue pendant 18 ans par Luis Barcenas, ex-trésorier du PP, figurent en bonne place une série d’entreprises de construction qui ont participé au financement occulte de dirigeants du PP jusqu’en 2008, si l’on en croit l’enquête du journal El Pais.

Or, pas moins de cinq de ces entreprises sont également concessionnaires d’hôpitaux semi-privatisés à Madrid. En tout, la communauté leur verse pas moins de 45 millions d’euros chaque année, au titre de la gestion de ces hôpitaux. Et ces entreprises ont tout intérêt à ce que la privatisation se poursuive. La proximité des intérêts politiques et financiers alimente tous les soupçons.

« Ce gouvernement nuit gravement à la santé » © 4ojos.com
« Ce gouvernement nuit gravement à la santé » © 4ojos.com

Au milieu de tant d’inquiétudes, La Princesa est devenue l’un des symboles d’une contestation qui fonctionne. Cet hôpital, l’un des plus prestigieux de Madrid, ouvert il y a 160 ans, situé dans le très chic quartier de Salamanca, vient d’être le théâtre d’un petit miracle. Selon le projet de réforme présenté en octobre, il devait être transformé en un centre spécialisé pour les plus de 75 ans. Tous les autres services, certains parmi les meilleurs d’Espagne, devaient être fermés.

D’emblée, les professionnels, comme les usagers du quartier, se sont mobilisés. « Nous avons recueilli plus de 360 000 signatures lors d’une pétition contre le démantèlement de l’hôpital, raconte Pilar Jimeno, une infirmière de La Princesa, syndiquée aux commissions ouvrières (CCOO). C’est un chiffre énorme, puisque le bassin de population autour de l’hôpital avoisine les 300 000 personnes. » 

« Je n’ai jamais vu une mobilisation aussi forte, qui mêlait des travailleurs avec des points de vue politique et des manières de penser très différents, avec des gens qui au départ n’avaient jamais milité », renchérit sa collègue Araceli Ortiz, elle aussi de La Princesa. Les assemblées quotidiennes, et l’avalanche de signatures, ont fini par payer : mi-novembre, la région de Madrid a fait marche arrière, et promis le maintien de l’ensemble des services menacés.

Les six hôpitaux sur le point d’être privatisés connaîtront-ils le même épilogue ? Le gouvernement de Madrid va-t-il plier ? Les professionnels de santé sont en tout cas déterminés à jouer la montre. Ils savent que plus l’affaire traîne, et les élections régionales de 2015 approchent, plus le PP risque de faire marche arrière, pour ne pas froisser ses électeurs. La mobilisation massive pour la défense de La Princesa, dans un quartier largement acquis à la droite, est une première et sérieuse alerte pour le pouvoir en place.

Autre stratégie : des recours en justice. Les autorités doivent publier « d’ici quelques semaines » les appels d’offres pour la gestion des six hôpitaux madrilènes en question. Syndicats, comme collectifs de médecins, n’excluent pas, si la situation se durcit, de porter ces procédures devant un tribunal, pour les bloquer. « Tout le processus de privatisation de ces services publics, qui, d’habitude, se fait dans l’ombre, en toute discrétion, va désormais se faire en pleine lumière. Pour le gouvernement, cela risque d’être beaucoup plus difficile à gérer », pronostique Jesus Frias.

A Vallecas: « A qui fais-tu confiance? A ton médecin ou à un politique? »
A Vallecas: « A qui fais-tu confiance? A ton médecin ou à un politique? »

 

La boîte noire :Ce reportage a été réalisé les 19 et 20 mars à Madrid.

Certaines des photos reproduites dans l’article (en page 3) sont celles de services de l’hôpital de La Paz qui, lors d’une action, avaient décidé, chacun leur tour, d’interpeller les autorités madrilènes en formulant une question précise, révélatrice de l’absurdité de la situation. « Monsieur le conseiller, pouvez-vous confirmer que le bénéfice dégagé par les hôpitaux privés sera d’autant plus important que les dépenses pour s’occuper des patients seront réduites ? » Ou encore : « Monsieur Gonzalez, pouvez-vous expliquer pourquoi il ne figure aucune entreprise à but lucratif parmi les gestionnaires des dix meilleurs hôpitaux aux États-Unis ? » L’exercice donne une idée de l’exaspération des troupes. Ces photos sont aujourd’hui exposées dans le hall de l’hôpital.

En page 4, nous avons reproduit un dessin de la « marée blanche », signalé par le site El Diario, et qui s’intègre dans les carnets du « 15-M », les mobilisations d’« indignés » qui parcourent l’Espagne depuis deux ans. À découvrir sur ce site ici.

On retrouvera ici les précédents épisodes de notre série consacrée aux «gagnants et perdants» de la crise en cours dans le Sud de l’Europe.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/international/250313/madrid-une-maree-blanche-contre-les-privatisations-dhopitaux

L’ex-para qui radicalise la « Manif pour tous »

Mediapart

lun, 08/04/2013 – 19:48 |
Par Karl Laske et Marine Turchi et Mathieu Magnaudeix – .fr

Jusqu’où vont-ils aller ? Le groupuscule « Printemps français », émanation radicale de la “Manif pour tous” de Frigide Barjot, a organisé dans la nuit de samedi à dimanche une opération coup de poing contre le « Printemps des assoces LGBT » (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), à l’espace des Blancs-Manteaux, dans le Marais, à Paris. Sur une vidéo de leur action, ils apparaissent masqués après avoir vandalisé la façade du lieu.

Devant l'espace des Blancs-Manteaux, dimanche.
Devant l’espace des Blancs-Manteaux, dimanche.© Capture d’écran de la vidéo du Printemps français.

Le « Printemps français », ce “mouvement dans le mouvement”, s’est illustré lors de la manifestation du 24 mars, en participant aux tentatives d’entrée en force sur les Champs-Élysées (lire notre article). La “Manif pour tous”, le collectif de Frigide Barjot, fonctionne comme une structure gigogne, de laquelle a émergé ce groupuscule (en écho aux printemps arabes selon ses organisateurs). Mené par une dizaine de personnes, il a surgi après la mobilisation du 13 janvier, sur la blogosphère d’extrême droite (notamment au sein de la frange catholique traditionaliste), puis via le site printempsfrancais.fr. Son objectif : forcer le gouvernement à abandonner son projet de loi sur le mariage pour tous. Et peut-être un peu plus. Pour certains radicaux, la « Manif pour tous », c’est apparemment l’insurrection qui vient…

Philippe Darantière.
Philippe Darantière.© Capture d’écran du portail de l’IE.

Un homme incarne cette radicalisation : Philippe Darantière, qui dirige dans l’ombre le « Printemps français ». « En 2013, La Manif Pour Tous est près de faire vaciller le gouvernement de François Hollande », a-t-il pronostiqué. Ancien officier parachutiste de 52 ans, reconverti dans l’intelligence économique, il a impulsé les débordements de la manifestation du 24 mars, visant à envahir les Champs-Élysées. Les affrontements avec les forces de l’ordre n’avaient, semble-t-il, rien de spontané.

Mediapart en a retrouvé la preuve dans une tribune publiée par Darantière sur le site Nouvelles de France, cinq jours avant les incidents : « Il serait pittoresque de voir le préfet de police de Paris prendre le risque de livrer la capitale au chaos de centaines de milliers de manifestants se massant dans les rues, saturant ses capacités de maintien de l’ordre et pressant de toute part les barrages de police qui prétendraient interdire l’accès aux Champs-Élysées… », écrit-il le 20 mars, prenant acte de l’interdiction préfectorale.

Le 24 mars, la première vague de manifestants, environ 200, qui tente de forcer les barrages est issue des milieux catholiques traditionalistes. Ceux-là mêmes que mobilise le « Printemps français ». Les militants de Renouveau Français – groupuscule nationaliste, catholique, contre-révolutionnaire qui combat le « lobby homosexualiste » –, ceux du GUD-Lyon et des anciens du GUD (Groupe Union Défense), s’y agrègent par la suite.
Dans sa tribune du 20 mars, Philippe Darantière appelle également à « livrer la contre-offensive sur le terrain de l’influence, de la reconnaissance et de la coercition ». La coercition ? « On objectera qu’une telle réaction de La Manif pour Tous serait illégale. C’est une fausse analyse. La logique même du rapport de forces est de contraindre l’autre partie par l’imposition de sa supériorité. À cette étape, tout est affaire de bluff et de contrôle de ses nerfs. »

Illustration diffusée par des militants du "Printemps français"
Illustration diffusée par des militants du « Printemps français »

Officiellement bien sûr, le « Printemps français » est mené par Béatrice Bourges, évincée du porte-parolat de la “Manif pour tous”. Présidente du “Collectif pour la famille” – qui regroupe « 79 associations françaises de défense du mariage et de la famille » et est engagé dans des combats anti-mariage pour tous depuis 2007 –, ancienne candidate divers droite aux législatives de 2012 à Versailles, Béatrice Bourges est proche de Christine Boutin, qui s’est effondrée, victime des lacrymogènes, le 24 mars, alors qu’elle s’approchait des barrages de police.

C’est pourtant bien Philippe Darantière qui tire les ficelles du mouvement et en détecte les faiblesses, ainsi que les perspectives. « La première faiblesse tient à une méconnaissance des principes du rapport de forces », explique dans sa tribune l’ancien para, qui suggère de ne pas oublier « le pouvoir coercitif »« qui s’exerce par la capacité de mobilisation et, si nécessaire, de blocage »« La seconde faiblesse tient à la structuration du mouvement, ou plutôt à son absence de structure », relève-t-il.

 

« Les actes du Printemps français pourrissent notre mouvement »

Catholique traditionaliste, présenté par son éditeur comme un militant « engagé dans le combat pro-vie et la défense de la famille », Darantière réclame, dans un livre écrit en 2005, une « action politique catholique » (voir ci-contre). Selon sa fiche Linkedin, il travaille comme « expert en relations sociales et syndicales », après « trente années d’expérience en prévention des risques et des crises », en qualité de « directeur des études chez IST Social Entreprises », une « société de conseil, études et formation en relations sociales et sociétales ».

L’Institut supérieur du travail est en réalité une structure liée au patronat de la métallurgie, bien connue pour avoir assuré la reconversion de nombreux militants d’extrême droite. Mais Darantière a surtout été commandant de compagnie de l’armée française et instructeur en opérations extérieures, en Afrique et dans l’océan Indien, ce qui lui vaut de solides amitiés dans les milieux mercenaires, et parmi l’équipe du célèbre Bob Denard, auteur de deux coups d’État aux Comores. Par la suite, il a rejoint l’équipe de Philippe Legorjus, l’ancien chef du GIGN passé au privé après l’affaire d’Ouvéa, comme « directeur des projets » chez PHL consultants (de 1991 à 1994), puis « directeur associé » d’Atlantic Intelligence (de 1995 à 2001).

Le « Printemps français » intègre aujourd’hui deux mouvances. D’un côté, une tendance ultra, qui souhaite renverser le gouvernement et estime que le Front national les a laissé tomber en désertant le combat contre le mariage pour tous (lire notre article). De l’autre, une tendance qui souhaite jouer la carte Christine Boutin aux municipales en 2014, et veut obtenir le maximum d’élus avec le parti chrétien démocrate (PCD). Si le FN ne prend pas part à ce mouvement, le député d’extrême droite (ex-FN) Jacques Bompard y est lui impliqué.

Selon Darantière, l’atout de la « Manif pour tous » est « celui des provinces ». Évoquant les « 70 manifestations » organisées par le collectif dans toute la France entre le 17 novembre et le 8 mars, le « demi-million de manifestants » envoyés à Paris le 13 janvier et les « 200 rassemblements » en France le 2 février, l’ancien para expliquait que les « provinces » étaient « le réservoir des manifestants du 24 mars ». « Leur détermination peut faire la différence », pense-t-il.

Depuis la mobilisation du 24 mars, les rassemblements des anti-mariage pour tous se sont en effet multipliés en province, à chaque déplacement d’un ministre (lire notre article). Mais ces derniers jours, une série de faits démontrent une radicalisation inquiétante des opposants au mariage pour tous, au-delà même du mouvement « Printemps français ».

Vendredi soir, c’est le rapporteur PS du texte, Erwann Binet, qui a été pris à partie à Saint-Étienne par une quinzaine de militants du groupe de droite radicale “Jeunesses nationalistes” d’Alexandre Gabriac, exclu du FN en 2011 pour un salut nazi. L’élu, qui multiplie les interventions en région depuis des semaines, a d’ailleurs décidé d’annuler les prochaines. « La frontière politique entre droite et extrême droite devient moins claire, constate Erwann Binet. Face à moi, depuis quelques semaines, ce sont toujours des gens avec les tee-shirts “Manif pour tous” mais avec des discours plus radicaux. »

Dans la nuit de vendredi à samedi, la voiture de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, en pointe dans la discussion au Sénat sur le mariage pour tous, a été « défoncée » par des inconnus. « Je ne sais pas qui c’est, mais évidemment je fais le lien avec la radicalisation des “anti”, je suis inquiète. » L’élue, qui a porté plainte, est devenue une cible de certains sites ou internautes d’extrême droite et dit recevoir de nombreux e-mails « insultants et de mauvais goût ».

Dimanche tôt dans la nuit, le lieu parisien abritant le « printemps des assoces » organisé par l’Inter-LGBT a été vandalisé et recouvert d’affiches de la “Manif pour tous”. Une action clairement revendiquée par le “Printemps français” :

Deux jeunes homosexuels, Wilfred et Olivier, ont aussi été agressés dans le XIXe arrondissement de Paris par des inconnus. Un geste qui a déclenché de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Un rassemblement contre l’homophobie est prévu mercredi soir à Paris, à 20 heures. « Je suis effaré de la façon dont s’est libérée en quelques semaines la parole homophobe », s’étonne le député écologiste Sergio Coronado. Il s’apprête à envoyer à Manuel Valls un courrier lui demandant d’agir contre les « instigateurs de ces violences, des groupuscules d’extrême droite connus des services de police ».

De son côté, Frigide Barjot a annoncé son intention de porter plainte : « La violence n’a pas de place chez nous. Nous condamnons les actes du Printemps français. Ils pourrissent notre mouvement, se plaint l’égérie du mouvement. Ils nous ont pillés, parodiés, ils portent préjudice à notre philosophie de la “Manif Pour Tous” ». Le député socialiste Erwann Binet estime toutefois que Frigide Barjot a bel et bien « voulu radicaliser le mouvement ».

La boîte noire :Sollicité, Philippe Darantière a fait savoir, via sa collaboratrice à l’IST, qu’il ne « donnerai(t) pas suite » à notre demande d’entretien.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/080413/lex-para-qui-radicalise-la-manif-pour-tous

Changer de cap par la rue ou l’Assemblée? Les gauches s’interrogent

Mediapart

mar, 09/04/2013 – 12:27 |
Par Mathieu Magnaudeix et Stéphane Alliès – .fr

Mercredi, on saura. C’est ce jour-là que le gouvernement Ayrault dévoilera les mesures qu’il compte prendre après le coup de tonnerre de l’affaire Cahuzac, avant de les détailler en conseil des ministres le 24 avril. Au programme, selon Matignon : « transparence complète sur les patrimoines » des responsables politiques, renforcement des sanctions contre les « manquements à la loi en matière financière et aux règles de déontologie et de probité », lutte contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux. Et dès la semaine prochaine, obligation pour les ministres de publier leur patrimoine.

Cet arsenal de mesures permettra-t-il de contenir la crise politique ? Certains veulent le croire. Ils sont en vérité assez peu nombreux. Car il faudra sans doute plus que des rustines institutionnelles pour réparer l’effet déflagratoire des aveux de Jérôme Cahuzac, qui s’ajoute à la désaffection de l’électorat de gauche, onze mois à peine après l’élection de François Hollande. Jusqu’au sein du gouvernement, la politique économique de ce début de quinquennat est mise en question. Par exemple par Arnaud Montebourg, qui affirme dans Le Monde de ce mardi, que « le sérieux budgétaire, s’il tue la croissance, n’est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d’ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l’Union à la débâcle. » C’était déjà le cas, la semaine dernière, de Cécile Duflot, en plein conseil des ministres.

Depuis une semaine, les idées fusent pour tenter de renouer le lien avec les Français. Au PS, quelques-uns prônent un remaniement, d’autres préfèrent faire le dos rond. Harlem Désir, le patron du parti au pouvoir, s’aventure à réclamer un référendum sur les questions institutionnelles – comme le font une dizaine de députés, parmi lesquels Olivier Faure, un très proche de Jean-Marc Ayrault, ou le n°2 du PS, Guillaume Bachelay (lire notre article). Le MoDem lance une pétition pour un référendum, Mélenchon puis le Front de gauche organisent une marche pour la VIe République le 5 mai, et les écologistes proposent de discuter collectivement.

Harlem Désir, premier secrétaire du PS
Harlem Désir, premier secrétaire du PS© Reuters

Dans le flottement de l’après-Cahuzac, un champ des possibles s’ouvre pour les tenants d’une autre ligne politique au sein même du PS. La gauche du parti réclame un changement de logiciel politique, en rupture avec l’austérité. Emmanuel Maurel, le chef de file du courant Maintenant à gauche (qui a fait 30 % face à Harlem Désir), n’espère pas trop de la rénovation institutionnelle. « Changer de constitution suppose un rééquilibrage des pouvoirs, au profit du Parlement ou du premier ministre. Je ne pense pas que François Hollande y soit prêt », lâche-t-il un brin désabusé, assurant pourtant défendre une VIe République « depuis très longtemps ».

Il plaide en revanche pour « un nouveau pacte majoritaire, qui inclurait le Front de gauche ». Et « sur une nouvelle ligne », notamment en matière de politique économique et sur l’Europe. Selon lui, « c’est par le PS qu’on peut parvenir à faire bouger les lignes », en fédérant les mécontentements à l’occasion de prochains votes internes, ou lors de la future convention sur l’Europe. « Mais quand on voit que le prochain conseil national est prévu pour durer deux heures… »

Proche de Benoît Hamon et secrétaire général de son courant, Guillaume Balas partage la priorité d’un virage économique et social, comme européen. Membres de la majorité du PS de Harlem Désir, les « hamonistes » (qui comptent une vingtaine de députés) ont du vague à l’âme. « On n’était pas d’accord sur la rigueur, on l’acceptait en échange d’une relance européenne, explique Balas. Mais aujourd’hui, cette relance n’existe pas et la dynamique est récessive. » Il appelle désormais « à ce qu’on acte les désaccords à Bruxelles, et qu’on entre vraiment dans le rapport de force ». Et supporte de moins en moins les injonctions de l’exécutif s’imposant aux parlementaires. « On le voit avec l’accord emploi, ça n’est plus possible de dire “on ne touche pas”. »

Un point de vue qui s’exprime aussi du côté de la Gauche durable (aubrystes) ou de la Gauche populaire. Pour les proches de Hamon, qui ont écrit une lettre à Harlem Désir, « notre attitude dans les prochaines semaines va dépendre de sa capacité à ouvrir des débats, sans présupposés. Il faut parler avec la direction du parti, comme avec les autres forces de gauche ».

Le Front de gauche, lui, remet en cause frontalement le cap économique et social pris depuis dix mois. Vendredi, Jean-Luc Mélenchon, coprésident du parti de gauche, a même annoncé une « marche citoyenne pour la VIe République » pour le 5 mai (sans en prévenir le reste du Front de gauche, qui s’est ensuite rallié), « pour que le peuple s’empare par une Constituante du grand coup de balai qu’il faut donner pour purifier cette atmosphère politique absolument insupportable ».

Lieutenant fidèle de Mélenchon, François Delapierre explique que « face à la décomposition avancée de la Ve République, on ne peut pas réfléchir à s’entendre sur des réformettes ». Et d’insister : « L’expérience de cette première année apporte la démonstration que le rafistolage est impossible. Il est temps de choisir entre ceux qui pensent que tout peut encore se calmer dans l’entre-soi, et ceux qui pensent que la sortie de crise passe par l’investissement citoyen. »

« Coup de balai »

Jean-Luc Mélenchon, pendant la campagne 2012
Jean-Luc Mélenchon, pendant la campagne 2012© Reuters

Écologistes et Front de gauche exhortent eux aussi le gouvernement à négocier un virage politique substantiel. Mais les deux formations divergent sur le fond et la stratégie. Les écologistes, qui ont deux ministres au gouvernement, appellent en priorité à des mesures de rénovation de la vie politique et à la lutte contre les paradis fiscaux.

Pour Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, « le désaveu populaire est massif. Le pouvoir n’a plus la confiance des Français. Et surtout de celles et ceux qui, majoritairement, ont voulu mettre la barre à gauche » en mai. « La politique de François Hollande n’est plus légitime », dit-il, invitant socialistes et écolos à manifester en masse le 5 mai. « Je comprends leur désarroi et suis solidaire de leur peine, dit-il. Si nous ne voulons pas ouvrir un boulevard à une crise politique et l’extrême droite, nous devons tous nous rassembler ». « Il y a une majorité pour une autre politique », martèle Laurent.

Mais le secrétaire national marque aussi ses distances avec Mélenchon. Laurent a appris l’annonce de la marche du 5 mai vendredi dernier, quand Jean-Luc Mélenchon l’a décrétée. Lundi matin, sur France Inter, le président du groupe Front de gauche à l’Assemblée, André Chassaigne, s’est dit « pas sûr » de manifester. Le “coup de balai” de Mélenchon, il ne l’a pas digéré. « Jamais je n’emploie ce type d’expression, dit Chassaigne. Pour faire passer des idées qui sont complètement légitimes, il utilise une forme de politique spectacle. » « Coup de balai, ce n’est pas la formule qui me convient », précise aussi Pierre Laurent, qui promet de « lever les ambiguïtés, si elles existent, sur la perception de cette marche ». Il propose d’en faire un  grand rassemblement « contre l’austérité et la finance, pour une VIe République ». Et plaide encore et encore pour un débat public modéré.

Mais le versant extra-parlementaire du Front de gauche (toutes les formations, sauf le PCF) a moins à perdre que les partis davantage intégrés à la représentation nationale. « Même des “anti-Ve République” peuvent se sentir menacés quand elle vacille, nuance François Delapierre du PG. Cette histoire traverse chacun d’entre nous, personne n’est totalement extérieur au système. Ça nous le rend parfois agréable, parfois insupportable. »

Il souligne « le désaccord exprimé par Chassaigne, qui était soutenu par les identitaires du PCF face à Jean-Luc lors de l’investiture à la présidentielle », puis « le soutien de Patrick Le Hyaric, parlementaire européen et plutôt droitier dans le parti ». Delapierre note aussi le refus de manifester exprimé par Noël Mamère, « qu’on imaginait pourtant très à gauche chez les Verts », tout en se réjouissant de l’appel à défiler de l’écologiste Eva Joly, « dont les positions sur l’économie sont plus centristes ». Et Delapierre de constater : « Ceux qui se retrouveront à cette marche seront ceux qui pense qu’un replâtrage ne suffit plus. Ceux qui ne peuvent se contenter d’une nouvelle commission, avec un nouvel ancien de la promotion Voltaire. »

« Délitement »

Cécile Duflot et Pascal Canfin, ministres écolos
Cécile Duflot et Pascal Canfin, ministres écolos© Reuters

Lundi, le bureau exécutif d’EELV l’a redit : pas question de participer à la manifestation du 5 mai. Sans surprise : presque tous les leaders du parti ont déjà dit qu’ils ne défileraient pas. Mais sur les douze votants, six se sont abstenus. « C’est plus qu’on aurait pu le penser », estime Jérôme Gleizes, de l’aile gauche d’EELV.

Depuis une semaine, les écologistes, qui comptent deux ministres au gouvernement, ne savent pas sur quel pied danser. Peu diserts les premiers jours, responsables du parti, parlementaires et ministres ont longuement discuté dimanche soir par téléphone. Pas question de quitter le navire. Pour l’heure. « On ne pose pas ce genre de questions quand ça prend l’eau de partout », justifie le député Christophe Cavard.

Mais « le sujet n’est plus tabou », selon David Cormand, délégué national aux relations extérieurs d’ EELV. « Jusqu’ici, les militants étaient déçus. Depuis l’affaire Cahuzac, il y a une rupture. Certains envisagent de tout arrêter. » « On sait tous intuitivement que s’il n’y a pas de réponse de l’exécutif à la hauteur, on sortira pour ne pas sombrer avec le Titanic », dit un dirigeant. « On ne peut pas rester scotchés à une politique qui échoue », plaide Jérôme Gleizes.

Pour l’heure, les écologistes ne désespèrent pas d’influer. Mercredi, les ministres Cécile Duflot et Pascal Canfin, mais aussi les présidents de groupe au parlement et plusieurs députés ont publié leur déclaration de patrimoine (obligatoires, elles ne sont pas rendues publiques pour l’instant). Quelques élus socialistes ces derniers jours, ou encore Laurent Wauquiez et François Fillon à l’UMP ont fait de même… même si une telle publication dans le cas de Jérôme Cahuzac, qui cachait de toutes façons des avoirs à l’étranger au fisc, n’aurait guère été utile. Le vrai problème est que les déclarations de patrimoine ne sont guère contrôlées par la commission qui les collecte, faute de temps et de moyens.

Il ne s’agit que du « premier étage de la fusée », espère François de Rugy, coprésident du groupe écolo à l’Assemblée. Mardi, il compte déposer une proposition de loi sur la transparence de la vie politique et les conflits d’intérêts, déjà présentée en 2011 mais jamais adoptée, ainsi qu’un texte sur les paradis fiscaux. Une façon de tester la volonté réformatrice du gouvernement.

Dimanche, le secrétaire national Pascal Durand a aussi adressé une lettre aux partis, Modem compris, ayant voté François Hollande au second tour. Objectif affiché : les rencontrer « dès la semaine prochaine » afin d’« élaborer ensemble des propositions que nous porterions conjointement devant la nation ». « Le délitement social actuel peut engendrer une crise institutionnelle sans précédent depuis des décennies », écrit Durand, appelant de ses vœux « des mesures législatives fortes et courageuses » contre les conflits d’intérêts, l’évasion fiscale et « une véritable réforme institutionnelle ».

EELV espère encore peser sur le gouvernement de l’intérieur. Et notamment sur les députés socialistes, bien souvent ulcérés par l’affaire Cahuzac. « Si chacun fait son numéro on n’y arrivera pas. Mais il y a une majorité d’idées avec le Front de gauche, le PS et le Modem, au moins sur la question institutionnelle », explique un cadre écolo. « Il faut transformer la coalition de rejet de Nicolas Sarkozy qui a porté François Hollande au pouvoir le 6 mai en coalition de projet », plaide David Cormand.

« Bruit et fureur »

Eva Joly
Eva Joly© Reuters

Eva Joly, quant à elle, fait entendre une musique un peu différente. L’ancienne candidate à la présidentielle participera à la manifestation du 5 mai aux côtés de Mélenchon. « Pour dire clairement que nous voulons la VIe République, la fin du cumul des mandats, un vrai combat contre la finance, la fraude fiscale, la corruption, a justifié lundi Joly sur BFM-TV. Les mesures prises jusqu’à maintenant sont totalement insuffisantes. Je pense que beaucoup de nos militants y seront. »

Mais pour l’instant, Joly est bien seule à rejoindre de l’extérieur, le temps d’une marche, les rangs du Front de gauche – elle était d’ailleurs déjà venue saluer la manifestation contre le traité européen (TSCG), le 30 septembre dernier. Au PS, l’initiative fait chou blanc chez les dirigeants de l’aile gauche. Mais les positions ne sont pas encore figées. Les ex-socialistes du PG tentent de renouer des contacts avec leurs anciens camarades. « Nous ne sommes a priori pas hostiles à une manifestation, dit pour sa part Emmanuel Maurel. Mais pour faire une manif de gauche contre la gauche, comme c’est le cas, sûrement pas… Pourquoi pas un truc festif, pour dire “faisons-nous entendre”. Et pas “du balai”… » Les proches de Benoît Hamon sont plus fermes dans leurs refus. « Il est hors de question pour nous de diviser la gauche, dit Guillaume Balas. Dénoncer la majorité du parti majoritaire, c’est inefficace. »

Chez les écolos, la démarche d’Eva Joly passe mal. « Je ne me reconnais pas dans cet appel unilatéral de Mélenchon qui dit “du balai !” précise David Cormand. Le bruit et la fureur pour construire du débat démocratique, ce n’est pas une bonne idée. Ce champ lexical fait le lit de la violence et le jeu du Front national. » Le Front de gauche pense qu’une autre majorité à gauche est possible ? « Si ce gouvernement échoue, ce n’est pas une autre gauche qui va gagner… », s’inquiète Cormand.

« Mélenchon se pose en premier opposant de gauche, dit François de Rugy, coprésident du groupe écolo à l’Assemblée. Il veut casser le PS en deux, casser l’alliance entre EELV et le PS, au minimum nous casser nous… » Chez les écolos, dont l’ADN et fédéraliste et très pro-européen, beaucoup craignent aussi que la VIe République façon Front de gauche soit jacobine et plutôt eurosceptique.

À la gauche du parti, Jérôme Gleizes se veut moins affirmatif et estime que « les conditions ne sont pas réunies » pour manifester aux côtés de Jean-Luc Mélenchon. « Son initiative nous inspire beaucoup d’inquiétudes. La méthode avec laquelle cette marche a été décidée n’est pas la bonne. Elle doit reposer sur un mouvement populaire, ne pas être qu’une campagne de com centré sur un Mélenchon engagé dans je ne sais quelle course avec le Front national. »

Fidèle d’Eva Joly, le député Sergio Coronado est plus nuancé. « Les mots d’ordre de Mélenchon avec ce registre de la vengeance ou de l’injure ne me satisfont pas. En même temps, je trouve qu’on est dans une grande mansuétude à l’égard de responsables socialistes qui présentent Mélenchon comme un fasciste ou un Déat. » Élu des Français étrangers en Amérique latine, Coronado rappelle que les mêmes mots d’ordre « contre l’oligarchie y ont été lancés. Ici aussi le monde de l’entre-soi et de la noblesse d’État est en train de trembler ».

Selon l’ancien porte-parole d’Eva Joly à la présidentielle, c’est cette « conscience aiguë de la lutte nécessaire contre l’oligarchie » qui a convaincu Eva Joly de manifester aux côtés de Mélenchon. « Dans le contexte actuel, je ne comprends pas l’esprit de chapelle, dit-il. La gauche a oublié qu’elle était là pour émanciper et changer les choses. Eva, elle, pose cette question. »

La boîte noire :

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La lutte contre l’évasion fiscale en Europe bute sur l’unanimité

Mediapart

mar, 09/04/2013 – 07:10 |
Par Ludovic Lamant

La publication des «offshore leaks», la crise chypriote et les rebondissements de l’affaire Cahuzac obligent les défenseurs du secret bancaire en Europe à lâcher du lest. La première inflexion est venue dimanche du Luxembourg, dont le ministre des finances, Luc Frieden, a affirmé vouloir « renforcer la coopération avec les autorités fiscales étrangères ». « Nous ne sommes plus strictement opposés (à lever le secret bancaire – ndlr) », a-t-il précisé dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Sur le site du «FAZ»
Sur le site du «FAZ»

Si l’annonce reste encore à concrétiser, elle marquerait un changement de cap, qui devrait grandement faciliter la tâche de la commission européenne dans les mois à venir. Le grand-duché était, avec l’Autriche, l’un des deux pays bloquant la révision, enclenchée en 2008, de la « directive épargne », un texte censé instaurer l’échange automatique d’informations bancaires au sein des États-membres de l’Union. La commission chiffre à 1 000 milliards d’euros le coût de la fraude fiscale et de l’évasion, chaque année, à l’échelle de l’Union – soit environ sept fois le budget annuel de l’UE.

« Cette annonce du Luxembourg est extrêmement bienvenue… Maintenant il reste à convaincre l’Autriche », résume l’eurodéputé belge Philippe Lamberts, spécialiste des questions financières (Verts). De fait, Vienne s’est trouvé toute la journée de lundi sous le feu des critiques. « Ce sera très difficile pour l’Autriche de maintenir sa position », a anticipé la porte-parole du commissaire européen à la fiscalité, Algirdas Semeta, qui s’est ouvertement interrogée : « Comment l’Autriche peut-elle maintenir sa résistance à la transparence et à l’échange automatique d’information quand tous les autres États-membres avancent dans cette direction ? »

À Vienne, pourtant, les positions n’ont pas bougé d’un iota. Le vice-chancelier de la coalition au pouvoir, Michael Spindelegger, a répété lundi ce que sa ministre des finances avait déjà expliqué la veille : « Le secret bancaire doit être conservé. » « Il s’agit de protéger la sphère privée, il s’agit d’éviter que mon voisin puisse savoir combien d’argent j’ai sur mon compte », a-t-il précisé. Vienne plaide, plutôt qu’un accord global européen, pour une série de traités bilatéraux en la matière. Un discours sur ce point identique à la Suisse voisine.

Bruxelles avait déjà tancé l’Autriche sur le sujet en novembre 2012, et l’opération, à l’époque, n’avait rien donné. L’affaire est d’autant plus tendue que l’Autriche s’apprêterait à négocier un accord d’échange automatique d’informations avec les États-Unis. Tout en refusant un accord similaire avec l’ensemble de ses partenaires de l’Union.

Le feu vert du Luxembourg, comme celui de Vienne, est crucial pour une simple raison : à Bruxelles, c’est la règle de l’unanimité qui prévaut en matière de fiscalité, domaine considéré comme l’un des piliers de la souveraineté des État-membres. Il faut donc un accord à 27, sinon rien. Ce qui rend laborieuse, et très incertaine, la tentative d’amélioration du texte actuel sur le secret bancaire, pourtant imparfait aux yeux de beaucoup.

Entrée en vigueur le 1er juillet 2005, après seize ans de négociations et de nombreux compromis, la « directive épargne » organise le fameux principe d’échange automatique d’informations, entre les 27 États de l’Union. En clair, dès qu’un citoyen européen ouvre un compte dans un autre pays de l’Union, l’institution financière envoie, mécaniquement, ces donnés à l’administration de l’État membre dont il est originaire. Sauf que ce texte, pour reprendre l’expression du journaliste Xavier Harel, dans son enquête (La Grande Évasion – Les liens qui libèrent, 2010), est « une véritable passoire ».

D’abord, l’Autriche, la Belgique et le Luxembourg ont obtenu de bénéficier d’un « régime transitoire », qui leur permet d’échapper à la règle. Eux pratiquent la technique suivante : un prélèvement à la source sur le montant des dépôts de ressortissants européens, dont une partie est redistribuée au pays d’origine, sans que le nom du détenteur du compte ne soit divulgué. Une manière de préserver le secret bancaire, tout en affichant des gages de bonne volonté. La Belgique, depuis, est rentrée dans le rang, mais les deux autres États campent, jusqu’à présent, sur leurs positions.

Aucune « liste noire » établie par Bruxelles

À l’heure actuelle, l’échange d’information automatique n’existe donc, au sein des 27 (et non des 25), que s’il est motivé par une décision de justice. En clair : lorsque la personne en question a déjà été convaincue de fraude.

Surtout, comme l’explique Xavier Harel, « l’échange d’informations ne porte que sur les personnes physiques ; les personnes morales – sociétés, fondations, trusts – en sont exclues ». Conséquence, l’essentiel du patrimoine détenu sur des comptes à l’étranger passe au travers des mailles européennes. Dans le projet de texte « amélioré », la commission propose ainsi d’intégrer « les fonds d’investissement, les fonds de pension et les instruments financiers innovants ». Mais la révision est bloquée, à cause du veto de Vienne en particulier.

Pour tenter de rouvrir ce chantier à l’arrêt, la commission a présenté, en décembre dernier, un « plan d’action », qui liste une trentaine de mesures pour lutter contre l’évasion fiscale. Il revient désormais aux capitales de l’entériner. « On espère une discussion du texte avant la fin de la présidence irlandaise de l’Union », soit d’ici juin 2013, explique-t-on au cabinet du commissaire Semeta.

Preuve de la relative impuissance de Bruxelles en la matière, l’exécutif bruxellois se contente d’exhorter chaque État à établir de lui-même sa propre liste noire des paradis fiscaux, encourageant toutefois les uns et les autres à adopter des critères similaires… Pas question, pour l’instant, du côté de Bruxelles, d’établir, comme le fait l’OCDE, une liste partagée par les 27, de peur de froisser l’un des siens.

Le commissaire lituanien Algirdas Semeta le 6 décembre 2012 à Bruxelles © CE.
Le commissaire lituanien Algirdas Semeta le 6 décembre 2012 à Bruxelles © CE.

 

Conscient, semble-t-il, de la difficulté pour les Européens d’avancer de concert sur ces sujets, Pierre Moscovici, ministre de l’économie, devait annoncer, dans la semaine, une « initiative » avec son homologue allemand, dans la lutte contre le blanchiment d’argent. C’est, à peu de choses près, la méthode que préconisait l’économiste Gabriel Zucman, dans un entretien vendredi à Mediapart : « Les enceintes comme l’Union européenne ne sont pas le bon cadre. On trouvera toujours des pays qui bloqueront la dynamique pour préserver leurs intérêts. Il faut donc en sortir et bâtir une coalition appropriée. »

Le patron de Bercy s’est également prononcé pour un « Facta européen », en référence à la législation entrée en vigueur en 2010 aux États-Unis contre l’évasion fiscale. Le texte oblige les établissements bancaires, partout dans le monde, à transmettre aux autorités américaines les revenus dégagés par leurs clients américains sur leurs comptes. À Bruxelles, le commissaire Semeta se montre lui plus prudent. S’il salue l’objectif, il plaide pour en revenir à la feuille de route, plus modeste, qu’il a présentée en décembre.

Pour Philippe Lamberts, eurodéputé vert, favorable lui aussi à un « Facta européen », c’est le principe tout entier des décisions à l’unanimité qu’il faut revoir. « Si l’on en reste à des systèmes nationaux de fiscalité, on se retrouvera systématiquement avec des petits qui paient plein pot, et des grands qui paieront peu, ou pas du tout. Il faut donc une fiscalité harmonisée au niveau européen », avance-t-il. « Cela passe par une réforme des traités, d’abord pour que le parlement ait son mot à dire sur ces questions, ensuite pour que l’on revienne sur cette règle de l’unanimité. »

La taxe sur les transactions financières, sur le point de se concrétiser, prouve que tous les chantiers fiscaux ne sont pas forcément soumis à la règle de l’unanimité. Les chefs d’État partisans de cette taxe ont décidé d’activer, l’an dernier, une procédure dite de « coopération renforcée » : un noyau dur de 11 pays devrait avancer en éclaireurs, pour tester cet instrument, les 16 autres États membres restant en retrait.

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La boîte noire : n/a

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Des associations dénoncent la « radicalisation » des actes homophobes

Le Monde

08.04.2013 à 19h47 • Mis à jour le 08.04.2013 à 21h25Par Michaël Szadkowski et François Béguin

Wilfred de Bruijn

« Je suis désolé de vous montrer ça. C’est le visage de l’homophobie. » La légende de la photo postée par Wilfred de Bruijn sur son profil Facebook, dimanche, et qui a depuis beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, explique pourquoi ce Néerlandais a voulu médiatiser son agression, survenue dans le nuit du 6 avril dans le 19e arrondissement de Paris.

« Mon ami a pris la photo dimanche matin, après la nuit passée aux urgences. Au départ, c’était pour la police« , raconte-t-il au Monde lundi, après son retour du commissariat, où il a porté plainte pour « agression volontaire en réunion avec caractère homophobe ». « Puis j’ai décidé de la rendre publique, en sachant que dans mon réseau, il y avait des personnalités et des associations pour relayer cette image. » 

Si les circonstances précises de son agression restent floues pour lui – « Je ne me souviens de rien, je me suis réveillé en sang dans l’ambulance » –, son ami, avec qui il marchait bras dessus bras dessous au moment de l’agression, assure : « Trois ou quatre personnes nous sont tombées dessus après avoir remarqués ‘Tiens, voilà des homos’. » Wilfred assure, par ailleurs, qu’on ne lui a « rien volé ».

Cet ancien militant du Centre lesbien, gay, bi et trans de Paris et Ile-de-France estime qu’il y a « un lien entre ce genre d’actes et le climat politique actuel. Je ne veux pas faire d’amalgames, mais c’est ma réponse aux propos choquants et terrifiants qu’on a entendus dans le débat public ces derniers mois [à propos du « mariage pour tous« ], tenu par des personnes censées être responsables, comme Henri Guaino ou l’archevêque de Paris ».

S’il a retiré tous les miroirs de son appartement « parce qu’[il] ne supporte plus [s]on visage », Wilfred a néanmoins accepté que cette photo soit affichée sur les pancartes qui seront brandies lors de la manifestation du 10 avril à Paris, qui aura pour objectif de dénoncer les récentes agressions et provocations homophobes. Le rassemblement est organisé par Act Up Paris et le collectif Oui oui oui. Le collectif se dit « inquiet de la flambée de haine et de violence » et appelle les pouvoirs publics à « prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les agressions homophobes, lesbophobes et transphobes ».

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Des propos qui s’inscrivent dans la lignée du communiqué publié lundi 8 avril par l’association SOS Homophobie, qui dénonce une « semaine de violences homophobes » et s’inquiète de la tournure « dramatique » des débats. L’association fait état d’une augmentation « sans précédent » du nombre de témoignages reçus, avec une moyenne de dix par jour, selon elle (soit trois fois plus que les années précédentes).

« Il y a un climat d’homophobie qui pousse à la commission d’actes d’agression », estime Elisabeth Ronzier, la présidente de SOS Homophobie, jointe par Le Monde. Pour elle, il y a actuellement une « crispation », voire une « radicalisation » de l’homophobie dans la mesure où le débat sur le mariage pour tous « dure depuis trop longtemps ». Une fois le texte définitivement adopté, « il faudra réparer tout le mal qui a été fait », dit-elle.

Dans la mesure où ces témoignages portent aussi bien sur des propos homophobes, tenus dans les médias ou dans un cadre familial ou professionnel, que sur des agressions verbales ou physiques, il est difficile d’en tirer un constat chiffré d’une hausse des violences.

« RADICALISATION DES COMPORTEMENTS PAR MIMÉTISME »

Le constat est le même au Refuge, une association qui accueille des jeunes homosexuels de 15 à 25 ans rejetés par leur famille. Elle aussi a vu tripler son nombre d’appels. Elle reçoit depuis décembre entre 400 à 450 appels par mois, contre 150 en moyenne par mois en 2011 et 2012. « Il y a une hausse des appels de jeunes en situation d’isolement, souligne Nicolas Noguier, le président et fondateur de l’association. Ce sont des profils dont nous n’avions pas connaissance avant, des jeunes dont les parents tiennent des propos homophobes lorsqu’ils regardent la télévision en famille, par exemple. »

Nicolas Noguier fait également état de signalement de nombreux cas d’homophobie dans les cours des lycées. « Avec les prises de position qui se sont radicalisées, il y a une radicalisation des comportements par mimétisme. On ne pense pas qu’il y a une augmentation de l’homophobie, mais le débat sur le mariage pour tous agit plus comme un révélateur, ajoute-t-il. Il permet une certaine libération de la parole homophobe. » Pour lui, la loi actuellement au Sénat est « nécessaire », mais « elle s’accompagne de dommages collatéraux importants ».

Michaël Szadkowski et François Béguin