Vigilance

LIBERATION

28 janvier 2013 à 21:56

Par sylvain Bourmeau

D’abord rappeler que la grossesse fait chaque année autrement plus de morts que la prise de pilules contraceptives. Dire, ensuite, que la «pilule» Diane 35 n’a jamais reçu d’autorisation de mise sur le marché comme contraceptif. Des praticiens peu scrupuleux et/ou mal informés n’ont pourtant pas hésité à la prescrire dans cette intention. Ce nouveau développement offre l’occasion de saisir comment, derrière une affaire relativement limitée (compte tenu du nombre de victimes) des décès liés à la prise d’un contraceptif oral, se cache un autre scandale de santé publique. Car la question est désormais de savoir pourquoi et comment des médecins, souvent gynécologues, ont pu proposer à leurs patientes des pilules de troisième et quatrième génération alors que, dans la quasi-totalité des cas, rien ne justifiait leur prescription, à l’exception des revenus conséquents qu’elles procuraient aux laboratoires qui les ont «inventées» pour des raisons purement commerciales. Après l’affaire du Mediator, et avant celle très probable des médicaments anti-Alzheimer, ce scandale vient souligner les graves dysfonctionnements de la pharmaco-vigilance et d’une presse médicale aux mains des industriels du secteur. A la notable exception de l’indépendante revue Prescrire, qui avait très tôt alerté à propos du Mediator comme des pilules de troisième et quatrième génération.

Publicités

« Père et mère », code civil, référendum… les contre-vérités sur le mariage homosexuel

La manifestation contre le projet de loi ouvrant droit au mariage entre personnes de même sexe a réuni dimanche 13 janvier entre 350 000 et 800 000 personnes dans les rues de Paris. Un succès de mobilisation pour ses organisateurs. Mais parmi les pancartes brandies par les manifestants, comme parmi les prises de position de ses représentants, nombre de slogans et d’arguments sont factuellement discutables, voire faux. Petit résumé de ces intox.

1/ Les mots de « père et mère » ne vont pas disparaître du code civil

Ce qu’on entend : « Nous allons lutter sur les conséquences du texte, dont la disparition du terme de « père » et de « mère » dans la plupart des articles du code civil. » (Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, interview au Monde).

Ce qu’il en est : C’est l’argument massue des anti-mariage, et l’un des plus entendus dans les cortèges, où il figurait sur nombre de pancartes. Il est pourtant faux.

Le projet de loi (qu’on peut consulter ici) prévoit effectivement de modifier le code civil afin de prendre en compte les cas de familles homoparentales. Dans un premier temps, le projet envisageait de substituer le terme de « parents » à celui de « père et mère » lorsque c’était nécessaire. Comme le précise l’exposé des motifs,

Lorsque cela s’avère nécessaire, les mots « père et mère » sont remplacés par le mot « parents » et les mots « mari et femme » par le mot « époux ». Ces substitutions concernent uniquement les articles qui s’appliquent à tous les couples. Dans tous les autres cas, les articles ne sont pas modifiés : tel est le cas dans l’ensemble des dispositions concernant la filiation établie par le seul effet de la loi.

Mais, comme le relatait La Croix en décembre, la possibilité de supprimer ces deux termes a ému des juristes, qui ont évoqué la possible confusion entre « parents » au sens de « père et mère » et celui, plus large, « d’ascendant », et ses conséquences juridiques éventuelles.

La majorité a reconnu le problème, et planche sur la question. Selon le Figaro, elle envisage désormais un article « balai » qui préciserait qu’il faut interpréter les mots « père et mère » en fonction du type de famille et les assimiler à « parents » en cas de famille homoparentale.

Et la garde des sceaux Christine Taubira l’a redit, dimanche 13 janvier sur TF1 : « Le code civil ne bouge pas sur la filiation. » Et de préciser : « Rien ne change pour les couples hétérosexuels, ni dans le code civil ni dans les actes du code civil. Seul l’article (…) concernant l’adoption, et qui inclut déjà la notion de parent, sera modifié. »

Reste un point encore flou : l’adaptation dans le livret de famille. Tant que la loi n’est pas votée, ces modifications ne sont pas encore envisagées. Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment la mise en place de plusieurs livrets en fonction du type de famille.

2/ Rien ne permet de dire que le fameux « parent A/parent B » remplacera les termes de « père » et « mère »

Ce qu’on peut lire : « On n’est pas des parents A, on n’est pas des parents B » (pancarte dans la manif).

Moins présent ces derniers temps, cet argument affirmant qu’à la place de « père et mère », le code civil et le livret de famille évoqueraient après la loi « parents A et B » ou « 1 et 2 » fit pourtant florès tout l’automne 2012. Et il se retrouve encore sur les pancartes de la manifestation de dimanche.

Là encore, comme nous l’avions expliqué en novembre, l’argument n’a aucune réalité s’agissant de la loi. Il vient d’une militante anti-mariage homosexuel, Béatrice Bourges, représentante du Collectif pour l’enfant, qui avait évoqué cette hypothèse au printemps, longtemps avant que les premiers documents de travail ne soient rendus publics.

La ministre de la famille, Dominique Bertinotti, avait dès novembre assuré que la loi ne contiendrait aucun de ces termes. Mais, comme pour la mention de « père et mère », l’inconnue subsiste concernant le futur livret de famille, qui n’est pas défini dans la loi mais par un arrêté ministériel. Au vu de sa forme actuelle, il faudra effectivement trouver une alternative aux termes « père » et « mère ». Mais rien ne dit que ce serait « parent A/parent B ». Une solution déjà évoquée serait par exemple d’avoir deux formats de livrets différents.

 >> Lire aussi le travail de nos confrères de Libé Désintox sur le sujet 

3/ Le code civil n’est pas un document intangible

Ce qu’on peut lire : « Touchez pas au code civil » (pancarte dans la manifestation).

Les anti-mariages invoquent aussi régulièrement la défense et la sauvegarde du code civil français, qui serait « bouleversé » par cette loi. C’est oublier que le code civil, créé en 1804 par Napoléon, ne cesse d’être modifié au fil de l’évolution de la société, et notamment pour ce qui touche à la famille.

En 1884, il rétablit le droit au divorce. En 1912, il autorise la recherche en paternité. En 1938, il définit la capacité civile de la femme mariée, jusqu’ici dépendante de son mari pour contracter ou agir en justice. En 1965, il intègre la réforme des régimes matrimoniaux. En En 1970, le législateur a ainsi supprimé la notion de « chef de famille » accordée au père automatiquement.  En 1972, on supprime l’inégalité juridique entre enfants naturels et illégitimes. En 1999, c’est l’adoption du pacs.

En clair, le code civil est, comme le droit en général, une matière vivante, qui évolue en même temps que la société. Arguer que ce document doit rester intangible est donc un contresens historique.

4. Le référendum réclamé par les manifestants n’est pas juridiquement possible

Ce qu’on entend : « Je suis dans la rue pour que la parole soit donnée au peuple. En tant qu’élu de la Nation, je n’ai pas reçu le mandat de voter sur des réformes aussi essentielles, c’est au peuple de le faire directement. » (Henri Guaino, dans le cortège du 13/01).

Ce qu’il en est : 115 parlementaires ont signé un appel lancé par le député UMP Henri Guaino en faveur d’un référendum sur le mariage homosexuel, selon une liste publiée samedi 12 janvier sur le site du Journal du dimancheNathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Valérie Pécresse figurent dans cette liste, ainsi que des parlementaires centristes, mais pas Jean-François Copé et François Fillon. C’est également le cheval de bataille de Christine Boutin et de l’UMP.

Pourtant, comme le notait Le Monde le 9 janvier,  le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut sans doute pas être l’objet d’un référendum. L’article 11 de la Constitution de 1958, à jour de la révision constitutionnelle de 2008, prévoit que le président de la République peut prendre l’initiative de soumettre au référendum tout projet de loi portant notamment « sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale ». Or, « dans l’interprétation traditionnelle, le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut être considéré comme un sujet de politique sociale », estime le constitutionnaliste Didier Maus. « C’est davantage une réforme sociétale du code civil ».

L’avis est partagé par un très grand nombre de constitutionnalistes reconnus, de Guy Carcassonne (lire son analyse sur le HuffingtonPost) à Pascal Jan, en passant par Didier Maus. L’UMP a rétorqué en évoquant la possibilité d’un référendum d’initiative populaire, en principe permis par la réforme constitutionnelle de 2008. Mais la loi organique qui doit permettre à ce principe d’entrer en vigueur n’a jamais été publiée, l’UMP, alors majoritaire, souhaitant d’abord en préciser les termes.

Dans tous les cas, l’hypothèse suppose que François Hollande souhaite organiser ce référendum, ce qu’il ne compte pas faire, puisqu’il juge que son élection a tranché la question.

5/ Ni la procréation médicalement assistée ni la gestation pour autrui ne sont dans le texte de loi

Ce qu’on peut entendre : « Nos ventres ne sont pas des caddies », « Non à l’OGM humain » (pancartes brandies dans la manifestation).

« Pour un enfant, il est mieux d’avoir un papa et une maman. Nous sommes nés d’un père et d’une mère et aucune loi ne changera ça. » (Cardinal Barbarin dans le cortège du 13/01)

Ce qu’il en est : Contrairement à ce qui est évoqué le plus souvent, il n’est pas question, dans la loi que le parlement s’apprête à discuter, de revenir sur le fait qu’un enfant soit né d’un père et d’une mère. Le projet de loi qui va entrer en discussion ne concernera que l’autorisation du mariage entre personnes de même sexe et l’adoption par des familles homoparentales.

Après de longs atermoiements, les socialistes ont renvoyé à un nouveau texte la question de la procréation médicalement assistée (PMA), qui permettrait à des lesbiennes d’avoir recours à l’insémination artificielle, une question qui touche à la bioéthique et demande des consultations nationales. Quant à la gestation pour autrui (GPA, le fait qu’une femme accepte de porter un enfant pour d’autres, ce qui reste illégal en France), même si elle est  brandie comme une conséquence de la loi, elle n’est pas prévue par le texte de loi, et les députés PS n’ont pas évoqué la question depuis longtemps.

Samuel Laurent, Alexandre Léchenet et François Béguin

 


Mariage homosexuel : ce qu’en disent les intellectuels

Marianne

Dimanche 27 Janvier 2013 à 05:00
Philippe Petit –

Le parlement doit examiner mardi 29 janvier le texte de la loi Taubira permettant aux homosexuels de se marier et d’adopter un enfant. Cette réforme est le fruit d’une longue histoire qui a commencé dans les années 1970. Qu’est-ce qui l’a rendue possible ? Pourquoi suscite-t-elle des craintes chez certains ? Récit et mise en perspective.

Mariage  homosexuel : ce qu'en disent les intellectuels

Ce n’est qu’un début. Nul ne peut prévoir aujourd’hui les conséquences du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe qui sera discuté au parlement le 29 janvier prochain. Ce projet est une révolution anthropologique, un bouleversement juridique, et surtout une grande réforme laïque imposant l’égalité de tous devant la loi.

Il signe « la reconnaissance de l’égale dignité des parents, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels », selon Eric Garnier, qui a écrit le meilleur livre sur « L’homoparentalité en France » (1). Il a déjà fait couler beaucoup d’encre, au point de laisser croire qu’il se réduisait à un affrontement entre les partisans du mariage pour tous et ses opposants. On ne compte plus les articles parus dans la presse, les débats à la télévision ou sur les ondes, et le nombre d’auditions devant la commission des lois à l’Assemblée Nationale ; ce projet est une aubaine pour les amateurs de polémiques qui sont partie prenantes, mais il est décevant quant à la forme qu’il a pris. Il fait souvent fi des doutes et interrogations de ceux qui n’ont pas d’avis préétabli, et il efface parfois les points litigieux concernant la filiation et les problèmes de bioéthique qui en découle. Le débat sur le mariage pour tous se présente alors comme l’arbre qui cache la forêt. Il déchaîne les passions, mais pour les faire taire.

Il accélère le pas, mais il brouille le sens de la marche. Les associations favorables ou pas au projet donnent le « la » et tentent d’imposer une hégémonie culturelle – la leur – qui reflète de manière imparfaite le besoin de comprendre de la majorité de la population. Il fallait réagir à cette rhétorique antifasciste ou religieuse, et c’est ce que nous avons tenté de faire. Il fallait étayer ce qui se dit aujourd’hui de la famille, de l’homosexualité, du mariage, de la filiation, et des nouvelles techniques de procréation qui s’émancipent dorénavant de la sexualité.

Ce n’est pas rien ! D’autant que lorsque « l’opinion publique a pris une pente, il est bien difficile de la lui faire remonter », disait déjà Balzac dans « Le contrat de mariage » (1835). Quelle pente ? Certainement pas celle que dénonçait l’auteur de la Comédie Humaine, la prison du mariage qui soumettait les femmes à la loi du mari ; le Code Civil qui a mis la femme en tutelle ; la tyrannie paternelle ; plutôt celle d’une réhabilitation du mariage dans un contexte inédit. On pourrait l’appeler la pente de l’inéluctable, si on considère à juste titre que le droit des homosexuels prend la suite du droit des femmes, et qu’il permet enfin aux homosexuels d’entrer dans le droit « par la grande porte du Code Civil » (Robert Badinter).

Ce projet de loi se présenterait alors comme l’aboutissement d’une lutte qui aurait commencé sous la Révolution française. C’est la thèse de José Luis Zapatero : grâce au mariage pour tous, la République Française sera plus républicaine. Qu’il y ait des homosexuels qui ne veulent pas se marier ne change rien à l’affaire. Pas plus que de savoir qu’aujourd’hui en France 56% des enfants naissent hors mariage. Seul importe un droit légitime, dès lors que le droit au mariage – et le droit d’héritage – s’inscrit dans une longue marche, dont l’horizon ne peut être que l’égalité de tous devant la loi. Cette révolution inéluctable, que la France prend avec un train de retard, au regard de l’Espagne, par exemple, qui a enregistré 3380 mariages entre personnes du même sexe sur 163 085 mariages en 2011, ce qui est somme toute minime, repose cependant sur certains présupposés qui ne sont pas toujours explicites.

Pourquoi parler de « mariage pour tous » ? Le mariage, par définition, ne peut pas être « pour tous ». L’accès au mariage est assorti de conditions – âge, consentement, notamment – et d’interdits, on ne peut épouser son père ou sa mère, il ne peut donc être accessible à qui veut. Etait-il nécessaire de légiférer pour tous à l’occasion d’une faculté de se marier et d’adopter pour quelques uns ? Fallait-il au nom de l’homoparentalité – qui nécessite évidemment un cadre juridique – faire la chasse au nom de père et de mère et tordre les mots de la loi existante afin de pouvoir écrire d’un enfant qu’il est « fils de » et non « né de » ? Ces questions ont évidemment surgi dans les nombreuses tribunes qui sont parus dans la presse. Mais elles sont vite apparues comme le révélateur d’une guerre de tranchées entre les partisans de l’ordre familial – la Manifestation pour tous du 13 janvier – et les bataillons des nouvelles familles. Il aurait fallu qu’elles soient moins massives et moins intimidantes pour éviter les amalgames.

Car le débat sur le mariage pour tous est un débat à plusieurs étages, il faut d’abord monter au premier, celui de la famille, avant d’atteindre le palier du mariage, et celui de la filiation.

Ce projet surgit dans une époque où le nombre de mariages ne cesse de baisser depuis le pic de l’an 2000, où 305 000 couples s’étaient alors mariés. On en compte 249 000 en 2010. Il est aussi la conséquence du lent déclin de la présomption de paternité – le fait de déduire du mariage (fait connu), le fait que le mari de la mère est le père de l’enfant (fait inconnu) – qui fut pendant des siècles le pilier de l’ordre familial. Et il aura fallu deux guerres mondiales et la montée en puissance du féminisme pour que le droit de la famille rattrape son retard sur les mœurs. Il aura fallu passer par ce que la sociologue Irène Théry aujourd’hui acquise à la cause du mariage pour tous a appelé dans un livre fondateur « Le démariage » (1993). La famille fut longtemps en effet un sujet de littérateurs, elle est depuis Durkheim, le fondateur de la sociologie, devenue un vivier pour toutes les sciences humaines. Elle mêle l’archaïque (la prohibition de l’inceste) et le moderne (le désir d’autonomie), et est en proie aux interprétations les plus diverses, laissant croire aux uns à sa désinstitutionalisation, aux autres à son regain de vitalité. Mais ce qu’on a commencé à appeler la crise de la famille est finalement assez récent.

La sociologue Evelyne Sullerot a raconté également en 1997 dans un livre désormais classique le grand remue-ménage qui s’est produit après le familialisme consensuel des années 1945-1955. Il devait déboucher à ses yeux sur un démaillage systématique de la cellule familiale (2). Dans la maison du père assiégée les murs se fissuraient de partout. La reconnaissance de l’égalité des époux ne pouvait être différée plus longtemps et les lois régissant mariage, divorce, filiation, autorité parentale devaient être profondément modifiées de 1965 à 1975. C’est ainsi que dans la foulée en 1966 la loi portant réforme de l’adoption – la fameuse adoption plénière – par imitation forcée de la nature, permit aux enfants adoptés d’avoir les mêmes droits et les mêmes obligations que les enfants dits légitimes et permit également l’adoption par une seule personne. Un an plus tard, et en attenant la loi Veil sur l’IGV en 1975, les femmes eurent la possibilité d’avoir recours à la contraception, les naissances non désirées se firent plus rares, les enfants adoptables aussi. Ce fut néanmoins le véritable acte de naissance de la parenté sociale ; une brèche en tout cas dans la sacro sainte parenté biologique qui permit plus tard, lorsque se développèrent les études sur l’homoparentalité en France (3), de distinguer trois dimensions de la parenté et de leur donner un statut distinct : être né de (lien biologique), être enfant de (lien légal de filiation), être élevé par (lien social).

Une deuxième brèche fut tout autant essentielle. Le cœur du mariage qui fut représenté pendant des siècles par la présomption de paternité, s’est déplacé au cours de ces années décisives du côté du lien que constitue le couple. « Ce qui importait auparavant n’était pas que la paternité repose sur la vérité biologique, mais qu’elle s’inscrive dans le mariage, seul lieu légitime de la procréation. La loi du 3 janvier 1972 a entamé cette idée en prônant l’idée que l’intérêt de l’enfant serait que sa filiation soit conforme à sa réalité biologique. Cette idée a été confortée ensuite car les progrès de la science ont permis de savoir par une expertise biologique qui est le père », écrit Anne-Marie Leroyer, professeur de droit à la Sorbonne (4). La présomption, ravalée au rang de simple règle de preuve, fut ainsi progressivement écartée, et donc plus facilement contestée, par le père, la mère, voire plus tard par l’enfant, ouvrant ainsi la voix aux actions en contestation de paternité.

Comme le souligne Irène Théry qui défendit un temps l’union civile pour les couples de même sexe, « le mariage n’est pas une institution éternelle » ; et le déclin de la présomption de paternité en apporte la preuve. On dira, quel drôle d’institution, que celle qui repose sur une présomption ! Mais c’est que le mot mariage aujourd’hui n’a plus le même sens que celui qui fut le sien du XIII siècle, où émergea le droit canon, au terrible XX siècle ! Il était censé organiser la société, il n’organise plus qu’un rapport de couple. C’est pourquoi on se trompe de bataille en en faisant le nerf de la guerre sociale entre gardiens d’un ordre disparu et prophètes d’un monde nouveau. Le mariage civil  homosexuel ne rétablit pas une « aura » du mariage laquelle ne perdure plus que dans les lieux de culte, il fait partie intégrante de cette mutation, et ce en dépit de l’enjeu éminemment symbolique de la revendication du « mariage », et non d’une union spécifique pour les couples homosexuels, laquelle est cependant revendiquée par certains d’entre eux. Car ce « mariage pour tous » ne plaît pas à tous, pour un certain nombre de couples homosexuels il est perçu plutôt qu’un progrès comme une régression à un modèle religieux du passé qui ne concevait de filiation légitime que dans le mariage. Ainsi certaines femmes ayant eu ou adopté seules des enfants se voient-elles dans l’obligation d’épouser leur compagne pour ensuite divorcer officiellement – alors qu’elles en sont déjà séparées en bons termes – afin que ces dernières puissent bénéficier d’un droit de garde.

Le mariage redevenant ainsi la voie royale permettant d’atteindre la félicité domestique. Ce paradoxe n’efface pas cependant l’essentiel. Puisqu’il ne repose plus sur une complémentarité hiérarchique des sexes, puisque la loi de 1972 a établi l’égalité des droits des enfants nés dans le mariage et hors mariage, la fiction du mariage, c’est était une, a perdu de sa consistance, hors les religions qui ont le devoir de la maintenir. Précisons toutefois que ce n’était pas pour des raisons de mœurs que la loi de 1972 fut votée, la part des enfants naturels étaient à  l’époque finalement très faibles, mais pour des raisons de légitimité. Mais en élargissant le cadre de cette légitimité – au père, à la mère, aux enfants mêmes – une brèche s’est ouverte dans le droit de filiation qui ne s’est jamais refermée.

Ces années charnières – 1966 et 1972 – elles impriment encore de nos jours leurs marques. Et si Robert de Saint Loup, père de famille, homosexuel, militaire, qui perdit sa croix de guerre au bordel, déchiré entre sa sexualité et sa paternité, comme Colette, mais sur un mode mineur, entre la sienne et son amour pour sa mère, font figure de personnages d’un autre temps, il n’est pas sûr que le droit puisse répondre à toutes les questions que posent l’homoparentalité ou plus simplement les parents homosexuels. Et c’est heureux. Car si le droit avait réponse à tout, ce n’est pas simplement la fiction du mariage qu’il faudrait anéantir, mais la fiction propre aux rencontres. Il n’en demeure pas moins que le droit est ce qui porte à conséquence concernant le concept de filiation.

Ce n’est donc pas un hasard si le débat s’est focalisé sur celle-ci. Le fait que l’acte procréatif ait été dissocié de la sexualité ouvre naturellement – si on peut dire – la porte à toutes les formes de fécondation. Pour l’heure, le gouvernement socialiste n’a pas fourni toutes les clés. Il s’en tient à l’adoption plénière pour les couples du même sexe. Mais cela n’empêche pas de faire un inventaire de l’état des lieux avant le débat parlementaire. Tout n’est pas limpide dans l’univers impitoyable de la filiation, même si on se rassure en insistant outre mesure sur la capacité narrative des parents à raconter la véritable histoire de leur enfant, né d’une PMA, ou d’une mère porteuse. Ils ne feront ni mieux, ni plus mal, avec les moyens du bord, en fonction de leur trajectoire de vie, comme tous les parents du monde, uniques en leur genre, et tout aussi aventureux. Sans doute. Cette quiétude a néanmoins des limites. La filiation n’est pas qu’un  roman familial, elle est un lien de droit qui unit un enfant au père ou/et à la mère que le droit désigne. Elle est un lien que le droit institue et non un fait que la nature désigne. Ce lien donne une place à l’enfant dans la parenté et une identité dans la société. Et comme le mariage, il a connu des ruptures récentes, qui nous obligent à le reconsidérer. Jusqu’où ? Ce sera l’enjeu de ce siècle. La filiation en effet a d’abord désigné à partir du XIII siècle le lien charnel du père avec le fils. Elle était une notion juridique fondée sur la mimétique avec la nature. Une acception qui a perduré jusqu’à nous. « La première rupture est le détachement progressif de la notion juridique de filiation de l’engendrement. Ce détachement est très net avec la loi du 11 juillet 1966, introduisant la possibilité pour une personne seule d’adopter » souligne Anne-Marie Leroyer. Il s’est poursuivi ensuite avec les lois portant réforme de la filiation : l’ordonnance du 4 juillet 2005 qui stipule que le père ou la mère que le droit désigne peut ne pas être le géniteur.

« Ce détachement est aussi net avec le droit de la procréation médicalement assistée, encadré par les lois des 29 juillet 1994 et 6 août 2004, les père et mère étant ceux légalement désignés et non les tiers donneurs », souligne Anne-Marie Leroyer. Mais la seconde rupture, la plus importante, pour l’heure non consacrée par le droit français, et c’est l’enjeu du débat, réside dans le détachement du concept de filiation de l’idée de reproduction bisexuée. Le père et la mère s’effacent devant les parents. Et cela se traduit par un changement de vocabulaire dans les textes, comme on le vérifie dans les pays qui ont admis l’adoption conjointe par deux personnes du même sexe. Le terme parent introduit alors un vocabulaire de la filiation qui ne distingue plus les sexes.

Et la notion de filiation se retrouve sans lien avec l’altérité sexuelle. Faut-il s’en plaindre ? La question est presque dépassée. Elle concerne pourtant tous les citoyens. Car si la filiation « est sans rapport avec l’engendrement ni avec la reproduction bisexuée, elle devient un concept juridique détaché de la nature des choses et qui n’a plus guère de raison d’en suivre ni le modèle, ni les limites », précise la professeure de droit qui sur ce point a horreur du vide.

On en est là. Exit la nature, exit la généalogie, la filiation n’est plus qu’un concept nominaliste, un nom qui s’est affranchi de ses attaches générationnelles pour vivre sa vie de concept sans avoir de comptes à rendre à quiconque. La science a pris le dessus, et le droit s’incline ? Car dans cette perspective, pourquoi poser des conditions d’âge pour l’établissement de ce lien de filiation ? Pourquoi limiter le nombre de parents à deux ? Interdire un lien qui modifierait les structures généalogiques de la parenté ? Ces questions sont sous-jacentes au débat concernant l’assistance médicale à la procréation aux couples du même sexe. Elles ne sont pas sans rapport avec la prudence du gouvernement qui s’en tient pour l’heure à l’adoption plénière qui a le grand avantage de rompre in abrupto le lien avec la biologie. Mais elles étaient déjà en germe dès lors que furent dissociées la filiation et l’engendrement.

Une chose est sûre, ces ruptures dont certains craignent qu’elles aillent trop loin sont trop récentes pour les appréhender à leur juste valeur. Nous manquons de recul pour en mesurer les effets. N’était la confiance dans l’humanité qui anime l’anthropologue Françoise Héritier, peu encline cependant à satisfaire la gestation pour autrui, il est trop tôt pour savoir ce que produira à l’échelle du monde ce grand chambardement juridique. Reste qu’aujourd’hui des enfants naissent encore sans passeport juridique à cause de leur origine procréative. Ils ne peuvent être tenus responsables de leur mode de conception. Le chantier éthique risque donc de se prolonger. Et le combat, continuer.

Comme le clamait une manifestante lors de la manifestation pro mariage pour tous du 16 décembre 2012 : « mes parents sont hétéros, pourtant je suis névrosée ». Et comme l’affirme la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, « le brevet de bon parent n’existe pas ». Mais le droit, lui, s’il n’est pas une simple règle malléable à merci, a le pouvoir de limiter la casse. Il institue la vie ; il énonce une limite. C’est la seule chose que l’on puisse attendre d’un débat parlementaire qui accouchera d’un nouvel état civil : instituer l’enfant, l’aider à trouver sa place, pour qu’il puisse dire un jour : « mes parents sont homosexuels, pourtant je suis névrosé » !

(1) Editions Thierry Marchaisse, 19 euros.
(2) Le grand remue-ménage, Fayard.
(3) Homoparentalité une chance pour la famille ? de Stéphane Nadaud, 2002. Et : Qu’est-ce que l’homoparentalité de Martine Gross, Payot.
(4) Droit de la famille, PUF, 15 euros.


Mali : l’heure du départ

Éditorial

Par Denis Sieffert24 janvier 2013

Àpropos de l’intervention française au Mali, nous avons entendu depuis deux semaines beaucoup de circonlocutions. Entre ceux qui soutiennent franchement et ceux qui s’opposent sans ambages (le NPA et Noël Mamère, à peu près seuls je crois), nous avons été affligés d’argumentaires alambiqués qui traduisent surtout de l’embarras. Raison de plus pour réaffirmer une position que nous avons exprimée nettement la semaine dernière. Oui, selon nous, il fallait intervenir pour faire barrage à l’avancée des jihadistes vers Bamako. Oui, la prise de Bamako par ces brigands déguisés en musulmans aurait été un désastre pour les femmes (elles d’abord) et les hommes de la capitale malienne. Et oui, c’eût été la promesse pour demain d’une autre guerre bien plus meurtrière encore. Mais cet engagement ne vaut pas blanc-seing pour la suite. Et cela n’empêche évidemment pas de deviner, derrière les desseins humanitaires, la gestion des intérêts d’Areva et de Total, ni de s’interroger sur les causes profondes de cette crise, à la fois sociales et nationales. La question touareg, par exemple, et plus généralement la place du Mali dans le commerce international. Nous faisons allusion, bien sûr, aux cours du coton et à ces quatre millions de Maliens dépendant de ce secteur, livrés à la concurrence de producteurs américains grassement subventionnés. D’où un dramatique appauvrissement.

On ne refera pas ici l’histoire des rapports Nord-Sud. Mais à force de négliger ou d’aggraver des problèmes de fond, on crée des situations d’urgence qui sont de toute façon détestables, quelque solution qu’on leur trouve. Pour en revenir au « temps court » de la politique, et même de la guerre, disons que si la France de M. Hollande a bien fait de bloquer l’offensive jihadiste, elle aurait grand tort de poursuivre aujourd’hui d’autres objectifs.

Jean-Yves Le Drian nous inquiète quand il affirme vouloir « la reconquête totale du Mali ». La formule sonne désagréablement. Ce n’est évidemment pas à la France de « reconquérir le Mali ». Et même si on fait grâce au ministre de la Défense d’une tournure maladroite, ces mots font redouter une dérive. Jusqu’où vont-ils nous mener ? Certes, il faut espérer qu’une force interafricaine prenne le relais. Mais il ne faut ni que l’attente soit trop longue ni que la France ait, « en attendant », la tentation de s’installer dans les villes du nord ou de pourchasser les jihadistes dans leurs dernières « poches de résistance », comme l’a également laissé entendre M. Le Drian. Autrement dit, l’heure est venue du repli. En évitant autant que possible que l’armée malienne se livre à des représailles, comme c’est déjà le cas contre des Touaregs. S’il s’en tenait réellement là – ce qui n’est pas acquis à l’heure où nous écrivons –, François Hollande pourrait être gratifié d’un sans-faute. Les méchantes langues diront même qu’il montre plus de fermeté dans la lutte contre les jihadistes que dans la résistance au Medef. Mais ce n’est pas notre propos ici. En revanche, le président de la République n’a pas été irréprochable dans l’affaire de la prise d’otages. Les mots de satisfecit prononcés à l’adresse du régime algérien après le carnage de Tigantourine étaient-ils vraiment nécessaires ? Était-on obligés, après un assaut qui a abouti à la mort de la quasi-totalité des otages, de juger que l’Algérie avait eu « les réponses les plus adaptées » ? Devait-on prononcer un tel éloge à l’issue d’une opération où les dirigeants algériens ne se sont posé, semble-t-il, à aucun moment la question du sort des otages ? Certes, la France venait d’obtenir, difficilement, l’autorisation de survol du territoire algérien pour mener à bien son opération au Mali. Mais tout de même, est-ce bien le même président de la République qui condamne si fermement le régime syrien – avec raison – et qui tresse des lauriers à son clone algérien ? N’oublions pas que M. Bouteflika, et les généraux qui l’inspirent, sont en quelque sorte des miraculés des révolutions arabes.

L’hommage est d’autant plus difficile à entendre que l’on connaît maintenant le degré d’implication du régime d’Alger dans la dérive dite islamiste. Les preneurs d’otages du site de Tigantourine, à commencer par le désormais fameux « émir » Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne », sont des sous-produits du coup de force militaire de janvier 1992. À l’époque, on s’en souvient, l’armée, la même que celle qui a donné l’assaut à Tigantourine, avait interrompu un processus électoral favorable aux islamistes, marquant ainsi un coup d’arrêt à un mouvement démocratique entamé par le soulèvement d’octobre 1988. L’Algérie avait mené sa « révolution arabe » avant tout le monde. Mais, au lieu d’accepter que le mouvement islamiste entre dans le champ politique, les généraux l’avaient rejeté dans le maquis, précipitant une apocalypse qui fit 150 000 morts. Cette catastrophe n’en finit pas d’essaimer dans la région. À propos du Mali, nous parlions des problèmes irrésolus de l’histoire qui finissent toujours par resurgir. Nous y sommes là aussi avec cette terrible prise d’otages et la répression qui s’ensuivit.


Périgueux veut bâillonner les noctambules.

Comment font Agen et Bayonne?

Tandis que Périgueux commence à réunir les patrons de bars, des élus de Bayonne, Angoulême et Agen dressent le bilan de leurs actions

L'O2 Ziem, rue Limogeanne, l'un des nouveaux hauts lieux de la jeunesse locale, avec sa terrasse

L’O2 Ziem, rue Limogeanne, l’un des nouveaux hauts lieux de la jeunesse locale, avec sa terrasse (Jean-Christophe Sounalet)

La chasse aux oiseaux de nuit est ouverte. Voilà des années que le débat sur les nuisances nocturnes à Périgueux – d’apéros sauvages en trafics gênants ou ras-le-bol des riverains sous le vacarme des noctambules – anime les Conseils municipaux, les réunions de quartier et les bavardages au marché. Comme partout, en fait, où les habitants préfèrent s’endormir à l’heure où les bars s’éveillent. Et où les élus cherchent le fragile équilibre entre un centre-ville à repeupler et une jeunesse à combler.

Que faire ? Après celles de 1994 et 2006, la mairie prépare pour le printemps une nouvelle charte de la vie nocturne, sorte de protocole de « bons comportements » pour tous les acteurs de la nuit.

Une première réunion a été organisée ce mercredi à la mairie autour du Comité local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) avec les responsables des polices nationale et municipale, des patrons d’établissements, un substitut du procureur et l’Agence régionale de santé, entre autres associations de prévention.

Dans les autres villes qui ont déjà réalisé un tel document, les riverains et les étudiants ont aussi été impliqués. L’idée est que tout le monde se comprenne, connaisse la loi et travaille sur une réponse aux nuisances. « La charte n’est pas un document opposable à un tiers, mais la valeur symbolique est forte », explique Jean-François Cros, le patron de l’Irish Corner, qui a participé à la réunion. « C’est un engagement à se comporter correctement », résume le substitut Baptiste Porcher. Mais « on est tous tombé d’accord pour dire que c’est ambitieux de faire vivre une ville sans bruit », complète le gérant de la Régence et l’Ubu, Patrick Chérifi. « Dans toutes les villes, c’est le même problème : il faudrait raccompagner chaque client jusqu’à chez lui… »

En Conseil municipal, le 13 décembre, le maire avait parlé d’une « enquête pour comprendre pourquoi à Périgueux il y aurait peut-être plus d’incivilités la nuit qu’ailleurs ». Et de dégainer un argument surprenant : la densité des comptoirs serait plus forte ici.

« Le mythe de l’ennui »

Vrai ou pas, il y a de quoi faire avec une vingtaine de bars ouverts tard le samedi, cinq discothèques (six, avec la nouvelle à Trélissac), et d’autres projets s’annoncent, qui rallongeront l’attraction nocturne du centre-ville. Et multiplieront les foules fumantes sur le trottoir et l’ingurgitation massive d’alcool hors des bars, façon de se soûler à moindre frais.

C’est tout le paradoxe du débat. Beaucoup de lieux festifs, c’est bien, « cela casse le mythe d’une ville où l’on s’ennuie », note Jean-François Cros. Mais ce sont également des nuisances. Le cafetier de Francheville reconnaît le besoin de la profession de « lancer un appel aux consommateurs : « évitez de scier la branche sur laquelle vous êtes assis » », en mugissant sous les fenêtres des riverains. Mais il s’agace des plaintes du voisinage : « Quand on habite en centre-ville, l’inconvénient, c’est le bruit. Les gens l’oublient… » Quant à résorber le goût des jeunes pour l’alcool… Bref, tout reste à inventer. En attendant, Périgueux peut toujours s’inspirer des autres. Bayonne et Agen revendiquent le succès de leurs dispositifs. On peut aussi innover : « Je ne serais pas opposé à une participation de la Ville, là où il faut un accompagnement à l’isolation phonique des appartements », a expliqué Michel Moyrand, lors du Conseil de décembre.


Douze ans de mariage gay en Hollande : un bilan terrifiant. [Un peu d’humour ne fait pas de mal.]

Minorités"
Laurent Chambon | Co-fondateur de Minorités

A la Gay Pride d’Amsterdam, le 3 août 2012 (MARGRIET FABER/AP/SIPA)

Voilà presque douze ans que deux hommes ou deux femmes peuvent aussi se marier aux Pays-Bas. L’ouverture du mariage était une première mondiale, les pays scandinaves ayant jusqu’alors inventé de nouvelles formes de contrats pour les couples du même sexe.

C’était un lundi matin, au lycée où j’enseigne le français, au lendemain de l’énorme cortège des opposants à l’égalité entre hétéros et homos (il faut bien appeler ça par son nom) avec des slogans haineux et des serre-tête bleu marine. La télévision néerlandaise avait ouvert le journal du dimanche soir sur des images spectaculaires et un commentaire ahuri de la correspondante à Paris, du style « des centaines de milliers de Français refusent l’égalité pour les homos ».

« Pourquoi les gens étaient dans la rue ? »

Ma classe de cinquième (première classe de collège ici) est un peu nerveuse et je leur demande ce qui ne va pas.

« Monsieur, pourquoi les gens étaient dans la rue en France pour refuser le mariage des gays ? »

Je leur explique donc que le gouvernement de gauche, formé après l’élection présidentielle de l’année dernière (tout le pays l’avait suivie et commentée), a lancé un débat sur l’ouverture du mariage aux couples du même sexe. J’essaye d’en profiter pour parler de l’opposition droite/gauche et du nom des différents partis. Mais je sens la classe fébrile.

« Mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ils sont contre. »

J’essaye de leur expliquer le poids de l’Eglise, les problèmes de l’opposition à se rassembler, tout ça. Ça n’arrange rien, ça bavarde, je sens que ça va finir par des punitions.

Finalement une fille un peu plus verbale que les autres se décide…

« Non mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ça les dérange que d’autres personnes se marient. Cela ne les concerne pas. On ne va pas les obliger à se marier avec un autre homme s’ils sont des hommes, ou avec une autre femme s’ils sont des femmes. »

« Oui, vous n’expliquez pas bien, on ne comprend toujours pas pourquoi ! »

Bref, le prof est nul.

L’office de tourisme était ravi

Et c’est vrai, j’avais du mal à trouver un seul bon argument en faveur des manifestants de la veille. Je pouvais essayer de les balader avec un truc sur l’Eglise ou l’UMP au bord de l’explosion, sous menace du FN, mais pas de vraie raison crédible à leurs yeux. Je ne sais pas si c’est pareil dans les collèges et les lycées français, mais ma collègue de français, dans la salle d’à côté, a eu le même genre de questions, et elle a eu le même embarras à expliquer pourquoi.

En 2013, ça fait douze ans que les couples de même sexe peuvent se marier. On est arrivés là grâce à un débat, à la fin des années 80, sur la question de l’égalité. Ce débat a débouché sur un changement constitutionnel en 1991 (l’article premier de la Constitution stipule que tout le monde doit être traité de façon égale), et sur la mise en place d’un partenariat civil ouvert à tous les couples en 1997.

Ce partenariat a été amélioré à tel point que ses conséquences juridiques étaient les mêmes que le mariage, ce qui a fait que le mariage a finalement été ouvert à tous les couples au début du XXIe siècle. Le maire d’Amsterdam s’est empressé de marier plusieurs couples de même sexe le 1er avril 2001 à 00h01, en présence des caméras du monde entier. Amsterdam, ville la plus tolérante du monde. L’office de tourisme était ravi.

Et depuis ? Rien.

Enfin si. Pas mal de choses, même. Mais pas comme on pourrait l’imaginer.

Eliminés de tous les concours de l’Eurovision

On a eu le 11 Septembre et l’assassinat de Pim Fortuyn, folle populiste amateur de jeunes prostitués marocains. Les Pays-Bas se sont déchirés sur la question de l’islam, Rita Verdonk a été la première à draguer les homos pour qu’ils votent pour elle, au nom de l’égalité homos-hétéros menacée par les méchants musulmans. Geert Wilders l’a remplacée, sans rien changer de ce côté.

Surtout, les Pays-Bas ont été systématiquement éliminés de tous les concours de l’Eurovision, même après avoir essayé les folles, les vieux, une Turque, des Noirs, des beaufs, d’autres folles, des grandes blondes. Rien à faire. Un vrai drame national.

Beaucoup de catholiques, pour la plupart hétérosexuels, ont quitté l’Eglise à cause de son attitude intransigeante et de sa haine des homos. Les gays et les lesbiennes ne sont pas nombreux, mais entre leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs amis et leurs collègues, ça commence à faire du monde.

Pas mal d’Eglises protestantes ont beaucoup bougé sur la question. Les plus progressistes condamnent toute discrimination comme étant contraire à l’esprit du message de Jésus. Les autres ont beaucoup de mal à justifier le traitement différent entre les couples de même sexe et les autres, de la même façon qu’elles ont du mal à justifier la position inférieure des femmes dans la société, la famille et la communauté.

Des imams homophobes désavoués

Les partis politiques chrétiens-démocrates ont nommé des ministres ouvertement gays et lesbiennes. Le CDA a même nommé un homo laid, obèse et incompétent comme ministre du Budget dans l’avant-dernier gouvernement, preuve s’il en est que même les homos peuvent accéder à un poste où ils s’illustrent par leur nullité et leur laideur, comme les hétérosexuels.

Quand il a révélé s’être finalement marié avec son partenaire, les Hollandais ont applaudi poliment, se demandant discrètement quel homme voudrait bien d’un mari aussi moche. L’attrait du pouvoir peut-être ? Ou si ça se trouve il est vraiment gentil. Ou très doué au lit. Personne n’a de réponse à ce jour.

Du côté du judaïsme (micro-communauté essentiellement amstellodamoise) et de l’islam (même proportion qu’en France), rien.

Enfin si, j’exagère. Des imams homophobes ont été désavoués par leurs ouailles et pour certains renvoyés dans leur pays d’origine. Pour le reste, les musulmans bien en vue rappellent que faire preuve d’intolérance est inacceptable, et les mosquées organisent des cercles de discussion pour aider les vieux qui ne parlent pas bien néerlandais à dépasser leur homophobie culturelle. Et même, pour certains, à renouer le contact avec leurs enfants homos. Eh, la famille avant tout.

Les protestants ultra-fondamentalistes (rassemblés politiquement derrière le SGP : femmes interdites d’élection, la Bible est leur programme, 2% de l’électorat), quant à eux, s’enfoncent dans la talibanisation. Leurs dérives sectaires sont l’objet des moqueries dans la presse et sur Internet, et la mixité homme-femme leur a été imposée par les tribunaux. Les journaux protestants analysent régulièrement avec les spécialistes l’isolement du SGP et de leurs ouailles du reste de la société, et s’inquiètent du fait que pour la première fois les Néerlandais ne les trouvent plus mignons ou folkloriques, mais effrayants.

Les « cas de conscience » au chômage

Les deux sujets de discorde qui existent encore sont l’enseignement et les « weigerambtenaren » (de « weigeren », refuser, et d’« ambtenaar », fonctionnaire). Mais pour combien de temps ?

Dans l’enseignement religieux sous contrat, un trou dans la loi permettait aux écoles ultra-religieuses de licencier des enseignants qui sortaient du placard. Finalement, le seul cas qui a jamais eu lieu a été jugé illégal (surtout parce que l’école n’a pas suivi les protocoles en vigueur, en particulier un premier entretien avant licenciement). Et l’opinion est désormais quasiment unanimement défavorable à cette possibilité.

En tant que prof dans l’enseignement public, je n’ai jamais caché que j’étais marié avec un homme. Les seules questions qui torturent mes élèves sont pourquoi je n’ai pas encore adopté d’enfants (« Vos enfants auraient vraiment des bonnes notes en français ! ») et de savoir si mon mari est beau.

Dans les mairies, certains fonctionnaires d’état civil avaient la possibilité de refuser d’unir les couples de même sexe au nom de leur liberté religieuse. On les appelle donc les « weigerambtenaren ». Il s’agit en fait de quelques cas de chrétiens fondamentalistes dans quelques petites communes de province, qui n’ont jamais débouché sur l’impossibilité de se marier pour des couples de même sexe. En gros, personne n’en a encore vraiment souffert en vrai.

Les communes qui avaient licencié des « weigerambtenaren » ont été condamnées à réintégrer ces fonctionnaires, parce les juges ont estimé que c’était la commune qui avait obligation de marier les couples qui le désiraient, et pas les fonctionnaires. En gros, la commune devait s’assurer que ces fonctionnaires intolérants étaient remplacés par d’autres en cas de risque de discrimination.

Après d’âpres discussions, les chrétiens fondamentalistes jouant aux victimes, le gouvernement actuel (une alliance gauche-droite où ne figure aucun parti religieux) a décidé qu’après dix ans, ça suffisait les bêtises et que les fonctionnaires allaient devoir accepter de marier tous les couples, sinon le CWI (le Pôle emploi local) serait l’endroit idéal où aller raconter leurs malheurs de chrétiens opprimés. Et sans indemnités.

L’extrême droite pro-mariage gay

Enfin, détail piquant (même si je pense, et je l’ai dit dans mon dernier livre, que le Front national de Marine Le Pen va suivre la même voie), l’extrême droite néerlandaise a largement instrumentalisé l’égalité hommes-femmes et homos-hétéros pour mieux ostraciser les musulmans.

Une extrême droite homophobe ? Cela n’existe plus. Son public-cible (surtout les petits Blancs des classes moyennes inférieures des banlieues construites sur les polders) ne comprendrait pas pourquoi on discriminerait son voisin, son enfant, son frère, sa sœur ou soi-même.

Ah oui, j’oubliais. Dernière chose : la police est entraînée à s’enquérir de l’origine homophobe, sexiste ou raciste de violences, qu’elles soient verbales ou physiques. La conséquence est que les violences motivées par l’homophobie donnent lieu à des condamnations deux fois plus sévères. Sans exception.

Perspective terrifiante, pour les homophobes

Donc oui, les intégristes de tout poil qui se sont rassemblés par centaines de milliers à Paris ont des soucis à se faire. On voit bien, avec une décennie de recul, qu’aux Pays-Bas l’ouverture du mariage a eu des conséquences tangibles :

  • plus grande tolérance envers les homos ;
  • stigmatisation des violences homophobes, verbales comme physiques ;
  • énorme perte de crédibilité pour l’Eglise catholique ;
  • pressions pro-femmes et pro-homos au sein des Eglises protestantes ;
  • isolement/talibanisation de l’extrême droite chrétienne, coupée de l’extrême droite politique et de l’immense majorité des habitants…

Perspective terrifiante, donc.

Pour les homophobes.


L’enseignement de l’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire

Mediapart

mar, 22/01/2013 – 18:39 | Par Lucie Delaporte

Luc Chatel, prédécesseur de Vincent Peillon rue de Grenelle, avait été alerté il y a deux ans de la situation plus que préoccupante de l’enseignement de l’arabe à l’école. En 2011, signe d’une discipline à l’agonie, aucun poste n’avait été ouvert au Capes. Le ministre s’était alors engagé à relancer les recrutements. Chose promise, chose due, en 2012, « un » poste a donc été proposé au concours. Deux admissibles sélectionnés pour aboutir à ce faramineux résultat de… zéro admis !

Alors que l’arabe est utilisé quotidiennement pas près de trois millions de personnes en France, 200 millions de locuteurs dans le monde (source enquête Langues et cités, Bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques), une infime minorité d’élèves l’apprennent à l’école. Et, plus troublant encore, leur nombre ne cesse de refluer depuis quinze ans. Dans le secondaire, il a été divisé par deux sur cette période pour atteindre aujourd’hui 6 800 élèves. À peine plus de deux cents établissements du secondaire dispensent désormais des cours d’arabe. Près de la moitié des départements ne disposent d’aucune section. Les recrutements dans cette discipline sont à l’arrêt et ne font, de toute façon, plus vraiment recette. L’an dernier, les deux admissibles au Capes ne se sont pas même déplacés pour l’épreuve d’oral. Prof d’arabe ? Pas un métier d’avenir visiblement…

« Le service de ces enseignants est le plus souvent éclaté sur deux ou trois établissements. Quand vous devez faire 3 heures de cours ici, 5 heures là, c’est très difficile d’exercer correctement votre métier, de vous intégrer à l’équipe pédagogique », déplore Moktar Elgourari, membre de l’APLV (association des professeurs de langues vivantes), qui comprend que les arabisants cherchent d’autres débouchés. Dans l’indifférence quasi générale, l’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire. Officiellement la demande n’existerait pas ou plus. « C’est complètement faux. L’enseignement secondaire est démissionnaire », affirme pourtant Luc Deheuvels, vice-président de l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Comment en est-on arrivé là ?

La France a pourtant été pionnière sur cet enseignement, et ce depuis François Ier, rappelle Luc Deheuvels. L’agrégation d’arabe existe depuis 1906. Par ailleurs, malgré le repli actuel, « notre pays reste le seul pays d’Europe à dispenser des cours d’arabe dans le cadre de l’éducation nationale. Non seulement les autres pays européens ne le font pas mais n’envisagent pas de le faire », souligne de son côté Bruno Levallois, inspecteur général d’arabe et président du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe (IMA).

Mais l’enseignement de l’arabe est longtemps resté cantonné dans l’Hexagone à quelques lycées d’élite. C’est au début des années 1970, avec la massification de l’enseignement et l’arrivée d’une importante immigration du Maghreb, qu’il décolle véritablement. Des sections d’arabe s’ouvrent un peu partout pour atteindre dans le secondaire un « pic » au milieu des années 1980 – encore modeste cependant au regard des effectifs des autres langues – de 15 000 élèves.

Les lois de décentralisation, en donnant aux chefs d’établissement la maîtrise de leur enveloppe budgétaire, brisent cette dynamique. Quand, jusque-là, le ministère faisait la carte des options et l’imposait aux établissements que ça leur plaise ou non, les chefs d’établissement commencent à faire leurs comptes. Et ferment à tour de bras les sections de langues « minoritaires », trop coûteuses. Des langues telles que le russe, le portugais ou même l’allemand perdent alors un terrain qu’elles ne regagneront jamais. Les suppressions massives de postes dans l’éducation ces cinq dernières années n’ont fait qu’aggraver le phénomène. Pour l’enseignement de l’arabe, le choc va être plus sévère encore.

La demande se reporte sur des associations communautaires ou confessionnelles

À la même époque, l’immigration s’impose dans le débat comme un « problème ». Le Front national s’incruste dans le paysage. « Dans l’ensemble de la classe politique l’attitude assimilationniste domine, se souvient Bruno Levallois. Reprenant en partie un réflexe colonial, ils pensent que pour s’assimiler les jeunes immigrés doivent oublier leur religion, leur culture d’origine, la langue de leurs parents. »

La crispation sur le voile à l’école s’inscrit dans ce contexte. Le sujet est politiquement sensible. Les ministres de l’éducation qui se sont succédé depuis quinze ans n’étaient manifestement pas mécontents de ne plus trop avoir la main du fait de la décentralisation. « L’arabe est assimilé dans l’imaginaire de l’époque à la langue des ayatollahs, la langue des mosquées. Dans le milieu enseignant et de gauche, il y avait aussi souvent une réelle crainte que la laïcité à l’école soit mise à mal par ces jeunes musulmans. Du coup, beaucoup de chefs d’établissement ont considéré qu’enseigner l’arabe à l’école était une erreur magistrale et que ces jeunes issus de l’immigration devaient apprendre l’anglais et l’espagnol comme tout le monde », souligne encore Bruno Levallois.

À l’opposé, les tenants de la « pédagogie-couscous », sorte d’idéalisation naïve et non exempte de stéréotypes de la culture d’origine (« Alors Moustapha, tu vas nous raconter comment on prépare le couscous chez toi… »), sont minoritaires et desservent presque tout autant l’image de la langue arabe, la réduisant uniquement à une langue d’immigration. Parallèlement, la demande des familles, qui ressentent que cet enseignement n’est pas toujours le bienvenu dans l’institution scolaire, se reporte de plus en plus sur des associations communautaires ou confessionnelles. « Et là, on trouve tout et n’importe quoi. Souvent les parents ne savent d’ailleurs pas très bien à qui ils confient leurs enfants », regrette Moktar Elgourari.

En fait, alors que cet enseignement ne relève pas de l’État français, c’est paradoxalement au primaire que les élèves d’arabe à l’école sont les plus nombreux. Rue Jean-François Lépine, dans le quartier populaire de la Goutte d’or à Paris, une petite grappe d’élèves se pressent dans le hall de l’école primaire pour le cours d’arabe du mercredi après-midi. Dans le premier degré, via le dispositif ELCO (enseignement des langues et cultures d’origine), ces cours sont assurés depuis la fin des années 1970 par des enseignants financés par l’Algérie, le Maroc et la Tunisie à la suite d’accords bilatéraux passés avec ces pays.

Selon les chiffres fournis par le ministère, 60 000 élèves suivent des cours d’ELCO en arabe. « Nous avons 36 élèves inscrits sur deux niveaux. Les élèves viennent des écoles environnantes », nous explique le directeur Maurice Ould, qui loue dans ce dispositif un rapprochement entre l’école et ces familles lesquelles, grâce à cet enseignement, se sentent plus intégrées à l’école. « Nous apprenons ici l’arabe littéral. Les élèves viennent de toutes origines », précise l’enseignante qui dépend du consulat algérien.

Au départ, il s’agissait pour ces pays de préparer le retour de leurs ressortissants. Puis, tout simplement de maintenir un lien avec leurs enfants et petits-enfants. Reste que cet enseignement, souvent critiqué pour son ancrage communautaire, est aussi rarement à la pointe de la pédagogie. L’enseignante choisit elle-même ses manuels qui sont, pour partie, totalement hors d’âge. L’assiduité des élèves sur cette tranche du mercredi après-midi n’est pas non plus toujours facile à maintenir, reconnaît-elle. « Il y a souvent de quoi vous dégoûter… D’ailleurs beaucoup d’élèves ne restent pas ! » assure Bruno Levallois. Plusieurs études ont pointé ces dysfonctionnements des ELCO, par ailleurs encore très marginalisés au sein des établissements et où malgré plusieurs réorientations successives, l’enseignement reste effectivement bien poussiéreux. Et là aussi les effectifs régressent.

Dans ce paysage sinistré, l’enseignement supérieur tire encore son épingle du jeu. L’arabe est enseigné dans une vingtaine d’universités où 5 000 à 6 000 étudiants suivent des cours d’arabe, le plus souvent en complément de leur formation. L’excellence de certains cursus attire même des étudiants de toute l’Europe. Pour combien de temps ? « À l’Inalco, les postes ne baissent pas mais nous sommes la réserve d’Indiens », admet Luc Deheuvels. « Tout cela reste fragile. Dans le paysage universitaire de la LRU, et sa logique gestionnaire, on risque d’assister au même mouvement que dans le secondaire. »

À moins qu’un volontarisme politique n’inverse la tendance. Bruno Levallois se veut plutôt optimiste. « La société commence à évoluer. Il me semble que le débat commence à être plus raisonnable, même s’il reste très tendu sur l’islam. L’idée qu’on puisse s’assimiler en apportant ses atouts linguistiques et culturels fait son chemin. » En espérant qu’il ne soit pas trop tard…Pour Luc Deheuvels, « les réveils risquent d’être difficiles ».

La boîte noire :

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/200113/lenseignement-de-larabe-est-en-passe-de-disparaitre-du-paysage-scolaire