Mali : l’heure du départ

Éditorial

Par Denis Sieffert24 janvier 2013

Àpropos de l’intervention française au Mali, nous avons entendu depuis deux semaines beaucoup de circonlocutions. Entre ceux qui soutiennent franchement et ceux qui s’opposent sans ambages (le NPA et Noël Mamère, à peu près seuls je crois), nous avons été affligés d’argumentaires alambiqués qui traduisent surtout de l’embarras. Raison de plus pour réaffirmer une position que nous avons exprimée nettement la semaine dernière. Oui, selon nous, il fallait intervenir pour faire barrage à l’avancée des jihadistes vers Bamako. Oui, la prise de Bamako par ces brigands déguisés en musulmans aurait été un désastre pour les femmes (elles d’abord) et les hommes de la capitale malienne. Et oui, c’eût été la promesse pour demain d’une autre guerre bien plus meurtrière encore. Mais cet engagement ne vaut pas blanc-seing pour la suite. Et cela n’empêche évidemment pas de deviner, derrière les desseins humanitaires, la gestion des intérêts d’Areva et de Total, ni de s’interroger sur les causes profondes de cette crise, à la fois sociales et nationales. La question touareg, par exemple, et plus généralement la place du Mali dans le commerce international. Nous faisons allusion, bien sûr, aux cours du coton et à ces quatre millions de Maliens dépendant de ce secteur, livrés à la concurrence de producteurs américains grassement subventionnés. D’où un dramatique appauvrissement.

On ne refera pas ici l’histoire des rapports Nord-Sud. Mais à force de négliger ou d’aggraver des problèmes de fond, on crée des situations d’urgence qui sont de toute façon détestables, quelque solution qu’on leur trouve. Pour en revenir au « temps court » de la politique, et même de la guerre, disons que si la France de M. Hollande a bien fait de bloquer l’offensive jihadiste, elle aurait grand tort de poursuivre aujourd’hui d’autres objectifs.

Jean-Yves Le Drian nous inquiète quand il affirme vouloir « la reconquête totale du Mali ». La formule sonne désagréablement. Ce n’est évidemment pas à la France de « reconquérir le Mali ». Et même si on fait grâce au ministre de la Défense d’une tournure maladroite, ces mots font redouter une dérive. Jusqu’où vont-ils nous mener ? Certes, il faut espérer qu’une force interafricaine prenne le relais. Mais il ne faut ni que l’attente soit trop longue ni que la France ait, « en attendant », la tentation de s’installer dans les villes du nord ou de pourchasser les jihadistes dans leurs dernières « poches de résistance », comme l’a également laissé entendre M. Le Drian. Autrement dit, l’heure est venue du repli. En évitant autant que possible que l’armée malienne se livre à des représailles, comme c’est déjà le cas contre des Touaregs. S’il s’en tenait réellement là – ce qui n’est pas acquis à l’heure où nous écrivons –, François Hollande pourrait être gratifié d’un sans-faute. Les méchantes langues diront même qu’il montre plus de fermeté dans la lutte contre les jihadistes que dans la résistance au Medef. Mais ce n’est pas notre propos ici. En revanche, le président de la République n’a pas été irréprochable dans l’affaire de la prise d’otages. Les mots de satisfecit prononcés à l’adresse du régime algérien après le carnage de Tigantourine étaient-ils vraiment nécessaires ? Était-on obligés, après un assaut qui a abouti à la mort de la quasi-totalité des otages, de juger que l’Algérie avait eu « les réponses les plus adaptées » ? Devait-on prononcer un tel éloge à l’issue d’une opération où les dirigeants algériens ne se sont posé, semble-t-il, à aucun moment la question du sort des otages ? Certes, la France venait d’obtenir, difficilement, l’autorisation de survol du territoire algérien pour mener à bien son opération au Mali. Mais tout de même, est-ce bien le même président de la République qui condamne si fermement le régime syrien – avec raison – et qui tresse des lauriers à son clone algérien ? N’oublions pas que M. Bouteflika, et les généraux qui l’inspirent, sont en quelque sorte des miraculés des révolutions arabes.

L’hommage est d’autant plus difficile à entendre que l’on connaît maintenant le degré d’implication du régime d’Alger dans la dérive dite islamiste. Les preneurs d’otages du site de Tigantourine, à commencer par le désormais fameux « émir » Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne », sont des sous-produits du coup de force militaire de janvier 1992. À l’époque, on s’en souvient, l’armée, la même que celle qui a donné l’assaut à Tigantourine, avait interrompu un processus électoral favorable aux islamistes, marquant ainsi un coup d’arrêt à un mouvement démocratique entamé par le soulèvement d’octobre 1988. L’Algérie avait mené sa « révolution arabe » avant tout le monde. Mais, au lieu d’accepter que le mouvement islamiste entre dans le champ politique, les généraux l’avaient rejeté dans le maquis, précipitant une apocalypse qui fit 150 000 morts. Cette catastrophe n’en finit pas d’essaimer dans la région. À propos du Mali, nous parlions des problèmes irrésolus de l’histoire qui finissent toujours par resurgir. Nous y sommes là aussi avec cette terrible prise d’otages et la répression qui s’ensuivit.

Publicités

Périgueux veut bâillonner les noctambules.

Comment font Agen et Bayonne?

Tandis que Périgueux commence à réunir les patrons de bars, des élus de Bayonne, Angoulême et Agen dressent le bilan de leurs actions

L'O2 Ziem, rue Limogeanne, l'un des nouveaux hauts lieux de la jeunesse locale, avec sa terrasse

L’O2 Ziem, rue Limogeanne, l’un des nouveaux hauts lieux de la jeunesse locale, avec sa terrasse (Jean-Christophe Sounalet)

La chasse aux oiseaux de nuit est ouverte. Voilà des années que le débat sur les nuisances nocturnes à Périgueux – d’apéros sauvages en trafics gênants ou ras-le-bol des riverains sous le vacarme des noctambules – anime les Conseils municipaux, les réunions de quartier et les bavardages au marché. Comme partout, en fait, où les habitants préfèrent s’endormir à l’heure où les bars s’éveillent. Et où les élus cherchent le fragile équilibre entre un centre-ville à repeupler et une jeunesse à combler.

Que faire ? Après celles de 1994 et 2006, la mairie prépare pour le printemps une nouvelle charte de la vie nocturne, sorte de protocole de « bons comportements » pour tous les acteurs de la nuit.

Une première réunion a été organisée ce mercredi à la mairie autour du Comité local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) avec les responsables des polices nationale et municipale, des patrons d’établissements, un substitut du procureur et l’Agence régionale de santé, entre autres associations de prévention.

Dans les autres villes qui ont déjà réalisé un tel document, les riverains et les étudiants ont aussi été impliqués. L’idée est que tout le monde se comprenne, connaisse la loi et travaille sur une réponse aux nuisances. « La charte n’est pas un document opposable à un tiers, mais la valeur symbolique est forte », explique Jean-François Cros, le patron de l’Irish Corner, qui a participé à la réunion. « C’est un engagement à se comporter correctement », résume le substitut Baptiste Porcher. Mais « on est tous tombé d’accord pour dire que c’est ambitieux de faire vivre une ville sans bruit », complète le gérant de la Régence et l’Ubu, Patrick Chérifi. « Dans toutes les villes, c’est le même problème : il faudrait raccompagner chaque client jusqu’à chez lui… »

En Conseil municipal, le 13 décembre, le maire avait parlé d’une « enquête pour comprendre pourquoi à Périgueux il y aurait peut-être plus d’incivilités la nuit qu’ailleurs ». Et de dégainer un argument surprenant : la densité des comptoirs serait plus forte ici.

« Le mythe de l’ennui »

Vrai ou pas, il y a de quoi faire avec une vingtaine de bars ouverts tard le samedi, cinq discothèques (six, avec la nouvelle à Trélissac), et d’autres projets s’annoncent, qui rallongeront l’attraction nocturne du centre-ville. Et multiplieront les foules fumantes sur le trottoir et l’ingurgitation massive d’alcool hors des bars, façon de se soûler à moindre frais.

C’est tout le paradoxe du débat. Beaucoup de lieux festifs, c’est bien, « cela casse le mythe d’une ville où l’on s’ennuie », note Jean-François Cros. Mais ce sont également des nuisances. Le cafetier de Francheville reconnaît le besoin de la profession de « lancer un appel aux consommateurs : « évitez de scier la branche sur laquelle vous êtes assis » », en mugissant sous les fenêtres des riverains. Mais il s’agace des plaintes du voisinage : « Quand on habite en centre-ville, l’inconvénient, c’est le bruit. Les gens l’oublient… » Quant à résorber le goût des jeunes pour l’alcool… Bref, tout reste à inventer. En attendant, Périgueux peut toujours s’inspirer des autres. Bayonne et Agen revendiquent le succès de leurs dispositifs. On peut aussi innover : « Je ne serais pas opposé à une participation de la Ville, là où il faut un accompagnement à l’isolation phonique des appartements », a expliqué Michel Moyrand, lors du Conseil de décembre.


Douze ans de mariage gay en Hollande : un bilan terrifiant. [Un peu d’humour ne fait pas de mal.]

Minorités"
Laurent Chambon | Co-fondateur de Minorités

A la Gay Pride d’Amsterdam, le 3 août 2012 (MARGRIET FABER/AP/SIPA)

Voilà presque douze ans que deux hommes ou deux femmes peuvent aussi se marier aux Pays-Bas. L’ouverture du mariage était une première mondiale, les pays scandinaves ayant jusqu’alors inventé de nouvelles formes de contrats pour les couples du même sexe.

C’était un lundi matin, au lycée où j’enseigne le français, au lendemain de l’énorme cortège des opposants à l’égalité entre hétéros et homos (il faut bien appeler ça par son nom) avec des slogans haineux et des serre-tête bleu marine. La télévision néerlandaise avait ouvert le journal du dimanche soir sur des images spectaculaires et un commentaire ahuri de la correspondante à Paris, du style « des centaines de milliers de Français refusent l’égalité pour les homos ».

« Pourquoi les gens étaient dans la rue ? »

Ma classe de cinquième (première classe de collège ici) est un peu nerveuse et je leur demande ce qui ne va pas.

« Monsieur, pourquoi les gens étaient dans la rue en France pour refuser le mariage des gays ? »

Je leur explique donc que le gouvernement de gauche, formé après l’élection présidentielle de l’année dernière (tout le pays l’avait suivie et commentée), a lancé un débat sur l’ouverture du mariage aux couples du même sexe. J’essaye d’en profiter pour parler de l’opposition droite/gauche et du nom des différents partis. Mais je sens la classe fébrile.

« Mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ils sont contre. »

J’essaye de leur expliquer le poids de l’Eglise, les problèmes de l’opposition à se rassembler, tout ça. Ça n’arrange rien, ça bavarde, je sens que ça va finir par des punitions.

Finalement une fille un peu plus verbale que les autres se décide…

« Non mais monsieur, on ne comprend pas pourquoi ça les dérange que d’autres personnes se marient. Cela ne les concerne pas. On ne va pas les obliger à se marier avec un autre homme s’ils sont des hommes, ou avec une autre femme s’ils sont des femmes. »

« Oui, vous n’expliquez pas bien, on ne comprend toujours pas pourquoi ! »

Bref, le prof est nul.

L’office de tourisme était ravi

Et c’est vrai, j’avais du mal à trouver un seul bon argument en faveur des manifestants de la veille. Je pouvais essayer de les balader avec un truc sur l’Eglise ou l’UMP au bord de l’explosion, sous menace du FN, mais pas de vraie raison crédible à leurs yeux. Je ne sais pas si c’est pareil dans les collèges et les lycées français, mais ma collègue de français, dans la salle d’à côté, a eu le même genre de questions, et elle a eu le même embarras à expliquer pourquoi.

En 2013, ça fait douze ans que les couples de même sexe peuvent se marier. On est arrivés là grâce à un débat, à la fin des années 80, sur la question de l’égalité. Ce débat a débouché sur un changement constitutionnel en 1991 (l’article premier de la Constitution stipule que tout le monde doit être traité de façon égale), et sur la mise en place d’un partenariat civil ouvert à tous les couples en 1997.

Ce partenariat a été amélioré à tel point que ses conséquences juridiques étaient les mêmes que le mariage, ce qui a fait que le mariage a finalement été ouvert à tous les couples au début du XXIe siècle. Le maire d’Amsterdam s’est empressé de marier plusieurs couples de même sexe le 1er avril 2001 à 00h01, en présence des caméras du monde entier. Amsterdam, ville la plus tolérante du monde. L’office de tourisme était ravi.

Et depuis ? Rien.

Enfin si. Pas mal de choses, même. Mais pas comme on pourrait l’imaginer.

Eliminés de tous les concours de l’Eurovision

On a eu le 11 Septembre et l’assassinat de Pim Fortuyn, folle populiste amateur de jeunes prostitués marocains. Les Pays-Bas se sont déchirés sur la question de l’islam, Rita Verdonk a été la première à draguer les homos pour qu’ils votent pour elle, au nom de l’égalité homos-hétéros menacée par les méchants musulmans. Geert Wilders l’a remplacée, sans rien changer de ce côté.

Surtout, les Pays-Bas ont été systématiquement éliminés de tous les concours de l’Eurovision, même après avoir essayé les folles, les vieux, une Turque, des Noirs, des beaufs, d’autres folles, des grandes blondes. Rien à faire. Un vrai drame national.

Beaucoup de catholiques, pour la plupart hétérosexuels, ont quitté l’Eglise à cause de son attitude intransigeante et de sa haine des homos. Les gays et les lesbiennes ne sont pas nombreux, mais entre leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs amis et leurs collègues, ça commence à faire du monde.

Pas mal d’Eglises protestantes ont beaucoup bougé sur la question. Les plus progressistes condamnent toute discrimination comme étant contraire à l’esprit du message de Jésus. Les autres ont beaucoup de mal à justifier le traitement différent entre les couples de même sexe et les autres, de la même façon qu’elles ont du mal à justifier la position inférieure des femmes dans la société, la famille et la communauté.

Des imams homophobes désavoués

Les partis politiques chrétiens-démocrates ont nommé des ministres ouvertement gays et lesbiennes. Le CDA a même nommé un homo laid, obèse et incompétent comme ministre du Budget dans l’avant-dernier gouvernement, preuve s’il en est que même les homos peuvent accéder à un poste où ils s’illustrent par leur nullité et leur laideur, comme les hétérosexuels.

Quand il a révélé s’être finalement marié avec son partenaire, les Hollandais ont applaudi poliment, se demandant discrètement quel homme voudrait bien d’un mari aussi moche. L’attrait du pouvoir peut-être ? Ou si ça se trouve il est vraiment gentil. Ou très doué au lit. Personne n’a de réponse à ce jour.

Du côté du judaïsme (micro-communauté essentiellement amstellodamoise) et de l’islam (même proportion qu’en France), rien.

Enfin si, j’exagère. Des imams homophobes ont été désavoués par leurs ouailles et pour certains renvoyés dans leur pays d’origine. Pour le reste, les musulmans bien en vue rappellent que faire preuve d’intolérance est inacceptable, et les mosquées organisent des cercles de discussion pour aider les vieux qui ne parlent pas bien néerlandais à dépasser leur homophobie culturelle. Et même, pour certains, à renouer le contact avec leurs enfants homos. Eh, la famille avant tout.

Les protestants ultra-fondamentalistes (rassemblés politiquement derrière le SGP : femmes interdites d’élection, la Bible est leur programme, 2% de l’électorat), quant à eux, s’enfoncent dans la talibanisation. Leurs dérives sectaires sont l’objet des moqueries dans la presse et sur Internet, et la mixité homme-femme leur a été imposée par les tribunaux. Les journaux protestants analysent régulièrement avec les spécialistes l’isolement du SGP et de leurs ouailles du reste de la société, et s’inquiètent du fait que pour la première fois les Néerlandais ne les trouvent plus mignons ou folkloriques, mais effrayants.

Les « cas de conscience » au chômage

Les deux sujets de discorde qui existent encore sont l’enseignement et les « weigerambtenaren » (de « weigeren », refuser, et d’« ambtenaar », fonctionnaire). Mais pour combien de temps ?

Dans l’enseignement religieux sous contrat, un trou dans la loi permettait aux écoles ultra-religieuses de licencier des enseignants qui sortaient du placard. Finalement, le seul cas qui a jamais eu lieu a été jugé illégal (surtout parce que l’école n’a pas suivi les protocoles en vigueur, en particulier un premier entretien avant licenciement). Et l’opinion est désormais quasiment unanimement défavorable à cette possibilité.

En tant que prof dans l’enseignement public, je n’ai jamais caché que j’étais marié avec un homme. Les seules questions qui torturent mes élèves sont pourquoi je n’ai pas encore adopté d’enfants (« Vos enfants auraient vraiment des bonnes notes en français ! ») et de savoir si mon mari est beau.

Dans les mairies, certains fonctionnaires d’état civil avaient la possibilité de refuser d’unir les couples de même sexe au nom de leur liberté religieuse. On les appelle donc les « weigerambtenaren ». Il s’agit en fait de quelques cas de chrétiens fondamentalistes dans quelques petites communes de province, qui n’ont jamais débouché sur l’impossibilité de se marier pour des couples de même sexe. En gros, personne n’en a encore vraiment souffert en vrai.

Les communes qui avaient licencié des « weigerambtenaren » ont été condamnées à réintégrer ces fonctionnaires, parce les juges ont estimé que c’était la commune qui avait obligation de marier les couples qui le désiraient, et pas les fonctionnaires. En gros, la commune devait s’assurer que ces fonctionnaires intolérants étaient remplacés par d’autres en cas de risque de discrimination.

Après d’âpres discussions, les chrétiens fondamentalistes jouant aux victimes, le gouvernement actuel (une alliance gauche-droite où ne figure aucun parti religieux) a décidé qu’après dix ans, ça suffisait les bêtises et que les fonctionnaires allaient devoir accepter de marier tous les couples, sinon le CWI (le Pôle emploi local) serait l’endroit idéal où aller raconter leurs malheurs de chrétiens opprimés. Et sans indemnités.

L’extrême droite pro-mariage gay

Enfin, détail piquant (même si je pense, et je l’ai dit dans mon dernier livre, que le Front national de Marine Le Pen va suivre la même voie), l’extrême droite néerlandaise a largement instrumentalisé l’égalité hommes-femmes et homos-hétéros pour mieux ostraciser les musulmans.

Une extrême droite homophobe ? Cela n’existe plus. Son public-cible (surtout les petits Blancs des classes moyennes inférieures des banlieues construites sur les polders) ne comprendrait pas pourquoi on discriminerait son voisin, son enfant, son frère, sa sœur ou soi-même.

Ah oui, j’oubliais. Dernière chose : la police est entraînée à s’enquérir de l’origine homophobe, sexiste ou raciste de violences, qu’elles soient verbales ou physiques. La conséquence est que les violences motivées par l’homophobie donnent lieu à des condamnations deux fois plus sévères. Sans exception.

Perspective terrifiante, pour les homophobes

Donc oui, les intégristes de tout poil qui se sont rassemblés par centaines de milliers à Paris ont des soucis à se faire. On voit bien, avec une décennie de recul, qu’aux Pays-Bas l’ouverture du mariage a eu des conséquences tangibles :

  • plus grande tolérance envers les homos ;
  • stigmatisation des violences homophobes, verbales comme physiques ;
  • énorme perte de crédibilité pour l’Eglise catholique ;
  • pressions pro-femmes et pro-homos au sein des Eglises protestantes ;
  • isolement/talibanisation de l’extrême droite chrétienne, coupée de l’extrême droite politique et de l’immense majorité des habitants…

Perspective terrifiante, donc.

Pour les homophobes.


L’enseignement de l’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire

Mediapart

mar, 22/01/2013 – 18:39 | Par Lucie Delaporte

Luc Chatel, prédécesseur de Vincent Peillon rue de Grenelle, avait été alerté il y a deux ans de la situation plus que préoccupante de l’enseignement de l’arabe à l’école. En 2011, signe d’une discipline à l’agonie, aucun poste n’avait été ouvert au Capes. Le ministre s’était alors engagé à relancer les recrutements. Chose promise, chose due, en 2012, « un » poste a donc été proposé au concours. Deux admissibles sélectionnés pour aboutir à ce faramineux résultat de… zéro admis !

Alors que l’arabe est utilisé quotidiennement pas près de trois millions de personnes en France, 200 millions de locuteurs dans le monde (source enquête Langues et cités, Bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques), une infime minorité d’élèves l’apprennent à l’école. Et, plus troublant encore, leur nombre ne cesse de refluer depuis quinze ans. Dans le secondaire, il a été divisé par deux sur cette période pour atteindre aujourd’hui 6 800 élèves. À peine plus de deux cents établissements du secondaire dispensent désormais des cours d’arabe. Près de la moitié des départements ne disposent d’aucune section. Les recrutements dans cette discipline sont à l’arrêt et ne font, de toute façon, plus vraiment recette. L’an dernier, les deux admissibles au Capes ne se sont pas même déplacés pour l’épreuve d’oral. Prof d’arabe ? Pas un métier d’avenir visiblement…

« Le service de ces enseignants est le plus souvent éclaté sur deux ou trois établissements. Quand vous devez faire 3 heures de cours ici, 5 heures là, c’est très difficile d’exercer correctement votre métier, de vous intégrer à l’équipe pédagogique », déplore Moktar Elgourari, membre de l’APLV (association des professeurs de langues vivantes), qui comprend que les arabisants cherchent d’autres débouchés. Dans l’indifférence quasi générale, l’arabe est en passe de disparaître du paysage scolaire. Officiellement la demande n’existerait pas ou plus. « C’est complètement faux. L’enseignement secondaire est démissionnaire », affirme pourtant Luc Deheuvels, vice-président de l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Comment en est-on arrivé là ?

La France a pourtant été pionnière sur cet enseignement, et ce depuis François Ier, rappelle Luc Deheuvels. L’agrégation d’arabe existe depuis 1906. Par ailleurs, malgré le repli actuel, « notre pays reste le seul pays d’Europe à dispenser des cours d’arabe dans le cadre de l’éducation nationale. Non seulement les autres pays européens ne le font pas mais n’envisagent pas de le faire », souligne de son côté Bruno Levallois, inspecteur général d’arabe et président du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe (IMA).

Mais l’enseignement de l’arabe est longtemps resté cantonné dans l’Hexagone à quelques lycées d’élite. C’est au début des années 1970, avec la massification de l’enseignement et l’arrivée d’une importante immigration du Maghreb, qu’il décolle véritablement. Des sections d’arabe s’ouvrent un peu partout pour atteindre dans le secondaire un « pic » au milieu des années 1980 – encore modeste cependant au regard des effectifs des autres langues – de 15 000 élèves.

Les lois de décentralisation, en donnant aux chefs d’établissement la maîtrise de leur enveloppe budgétaire, brisent cette dynamique. Quand, jusque-là, le ministère faisait la carte des options et l’imposait aux établissements que ça leur plaise ou non, les chefs d’établissement commencent à faire leurs comptes. Et ferment à tour de bras les sections de langues « minoritaires », trop coûteuses. Des langues telles que le russe, le portugais ou même l’allemand perdent alors un terrain qu’elles ne regagneront jamais. Les suppressions massives de postes dans l’éducation ces cinq dernières années n’ont fait qu’aggraver le phénomène. Pour l’enseignement de l’arabe, le choc va être plus sévère encore.

La demande se reporte sur des associations communautaires ou confessionnelles

À la même époque, l’immigration s’impose dans le débat comme un « problème ». Le Front national s’incruste dans le paysage. « Dans l’ensemble de la classe politique l’attitude assimilationniste domine, se souvient Bruno Levallois. Reprenant en partie un réflexe colonial, ils pensent que pour s’assimiler les jeunes immigrés doivent oublier leur religion, leur culture d’origine, la langue de leurs parents. »

La crispation sur le voile à l’école s’inscrit dans ce contexte. Le sujet est politiquement sensible. Les ministres de l’éducation qui se sont succédé depuis quinze ans n’étaient manifestement pas mécontents de ne plus trop avoir la main du fait de la décentralisation. « L’arabe est assimilé dans l’imaginaire de l’époque à la langue des ayatollahs, la langue des mosquées. Dans le milieu enseignant et de gauche, il y avait aussi souvent une réelle crainte que la laïcité à l’école soit mise à mal par ces jeunes musulmans. Du coup, beaucoup de chefs d’établissement ont considéré qu’enseigner l’arabe à l’école était une erreur magistrale et que ces jeunes issus de l’immigration devaient apprendre l’anglais et l’espagnol comme tout le monde », souligne encore Bruno Levallois.

À l’opposé, les tenants de la « pédagogie-couscous », sorte d’idéalisation naïve et non exempte de stéréotypes de la culture d’origine (« Alors Moustapha, tu vas nous raconter comment on prépare le couscous chez toi… »), sont minoritaires et desservent presque tout autant l’image de la langue arabe, la réduisant uniquement à une langue d’immigration. Parallèlement, la demande des familles, qui ressentent que cet enseignement n’est pas toujours le bienvenu dans l’institution scolaire, se reporte de plus en plus sur des associations communautaires ou confessionnelles. « Et là, on trouve tout et n’importe quoi. Souvent les parents ne savent d’ailleurs pas très bien à qui ils confient leurs enfants », regrette Moktar Elgourari.

En fait, alors que cet enseignement ne relève pas de l’État français, c’est paradoxalement au primaire que les élèves d’arabe à l’école sont les plus nombreux. Rue Jean-François Lépine, dans le quartier populaire de la Goutte d’or à Paris, une petite grappe d’élèves se pressent dans le hall de l’école primaire pour le cours d’arabe du mercredi après-midi. Dans le premier degré, via le dispositif ELCO (enseignement des langues et cultures d’origine), ces cours sont assurés depuis la fin des années 1970 par des enseignants financés par l’Algérie, le Maroc et la Tunisie à la suite d’accords bilatéraux passés avec ces pays.

Selon les chiffres fournis par le ministère, 60 000 élèves suivent des cours d’ELCO en arabe. « Nous avons 36 élèves inscrits sur deux niveaux. Les élèves viennent des écoles environnantes », nous explique le directeur Maurice Ould, qui loue dans ce dispositif un rapprochement entre l’école et ces familles lesquelles, grâce à cet enseignement, se sentent plus intégrées à l’école. « Nous apprenons ici l’arabe littéral. Les élèves viennent de toutes origines », précise l’enseignante qui dépend du consulat algérien.

Au départ, il s’agissait pour ces pays de préparer le retour de leurs ressortissants. Puis, tout simplement de maintenir un lien avec leurs enfants et petits-enfants. Reste que cet enseignement, souvent critiqué pour son ancrage communautaire, est aussi rarement à la pointe de la pédagogie. L’enseignante choisit elle-même ses manuels qui sont, pour partie, totalement hors d’âge. L’assiduité des élèves sur cette tranche du mercredi après-midi n’est pas non plus toujours facile à maintenir, reconnaît-elle. « Il y a souvent de quoi vous dégoûter… D’ailleurs beaucoup d’élèves ne restent pas ! » assure Bruno Levallois. Plusieurs études ont pointé ces dysfonctionnements des ELCO, par ailleurs encore très marginalisés au sein des établissements et où malgré plusieurs réorientations successives, l’enseignement reste effectivement bien poussiéreux. Et là aussi les effectifs régressent.

Dans ce paysage sinistré, l’enseignement supérieur tire encore son épingle du jeu. L’arabe est enseigné dans une vingtaine d’universités où 5 000 à 6 000 étudiants suivent des cours d’arabe, le plus souvent en complément de leur formation. L’excellence de certains cursus attire même des étudiants de toute l’Europe. Pour combien de temps ? « À l’Inalco, les postes ne baissent pas mais nous sommes la réserve d’Indiens », admet Luc Deheuvels. « Tout cela reste fragile. Dans le paysage universitaire de la LRU, et sa logique gestionnaire, on risque d’assister au même mouvement que dans le secondaire. »

À moins qu’un volontarisme politique n’inverse la tendance. Bruno Levallois se veut plutôt optimiste. « La société commence à évoluer. Il me semble que le débat commence à être plus raisonnable, même s’il reste très tendu sur l’islam. L’idée qu’on puisse s’assimiler en apportant ses atouts linguistiques et culturels fait son chemin. » En espérant qu’il ne soit pas trop tard…Pour Luc Deheuvels, « les réveils risquent d’être difficiles ».

La boîte noire :

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/200113/lenseignement-de-larabe-est-en-passe-de-disparaitre-du-paysage-scolaire

Le Medef et Cahuzac d’accord pour dynamiter les retraites

Mediapart

mer, 16/01/2013 – 08:53 | Par Laurent Mauduit

Le gouvernement semble déterminé à bousculer les uns après les autres tous les grands acquis sociaux. Dès que le patronat formule un souhait, il cherche à l’accomplir. On aurait pu penser qu’après le « choc de compétitivité » décidé sous la pression des milieux patronaux, qu’après la réforme du marché du travail, qui vient d’être conclue à la demande de François Hollande, l’Élysée et Bercy laisseraient l’opinion un peu souffler. Eh bien non ! De nouvelles tractations ont repris, toujours sous la pression du patronat, pour mettre en œuvre une réforme explosive, puisque son but est de casser le mode actuel d’indexation des retraites, pour faire baisser leur pouvoir d’achat.

De fait, le gouvernement n’en finit pas d’annoncer des réformes socialement discutables, tantôt sur la pression de Bruxelles, tantôt sur la pression des milieux patronaux. Dès l’alternance, il y a eu ainsi la mise en œuvre d’une politique d’austérité budgétaire et salariale, avec à la clef des coupes claires dans les dépenses de l’État, et le refus de tout « coup de pouce » en faveur du Smic, mis à part l’aumône consentie au 1er juillet 2012 de +20 centimes d’euro par jour.

Dans la foulée, le gouvernement a aussi choisi de ne pas mettre en œuvre la « révolution fiscale » pourtant consignée dans les 60 engagements de François Hollande et qui devait prendre la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG). Et en plus de cela, il a fait le cadeau aux très grandes fortunes de plafonner les « niches fiscales », mais sans intégrer dans le dispositif les deux niches les plus scandaleuses, celle qui porte sur les investissements dans les DOM-TOM et qui a donné lieu à des dérives invraisemblables, et celle, plus petite mais encore plus sulfureuse, qui concerne le cinéma, via le dispositif des Sofica.

Mais c’est surtout en faveur des entreprises et de leurs dirigeants que le gouvernement a multiplié les réformes les plus discutables et les plus inégalitaires. Il a d’abord suffi que quelques grands patrons, s’auto-qualifiant de « pigeons » (mais étant pour certains d’entre eux de vrais évadés fiscaux), froncent des sourcils pour que le gouvernement s’empresse de remettre en cause son projet de taxation plus équitable des plus-values de cession.

Puis, il y a eu la mise en œuvre du « choc de compétitivité » demandé par le patronat, au terme duquel le gouvernement va apporter 20 milliards d’euros aux entreprises sous forme de crédit d’impôt, sans la moindre contrepartie. Autrement dit, l’effet d’aubaine va jouer à plein : certains grands groupes, notamment ceux du CAC 40, pourront en jouer pour gonfler leurs dividendes. Et ce sont les Français qui en feront doublement les frais. D’abord au travers d’un durcissement des économies budgétaires. Ensuite au travers d’un relèvement de la TVA – que François Hollande avait fait grief à Nicolas Sarkozy de vouloir mettre en œuvre.

Dynamitage du droit du licenciement

Et puis, pour finir, il y a donc eu l’initiative de François Hollande qui a poussé les partenaires sociaux à engager un accord de flexisécurité, qui s’avère, sans grande surprise, être un accord de dupes : si le Medef a accepté quelques modestes concessions, en prenant soin que son financement repose en partie sur les salariés, il a obtenu, en retour, un véritable dynamitage du droit du licenciement. Ce qui va conduire à une accélération des plans de réduction des effectifs, comme viennent le confirmer les 7 500 suppressions de postes annoncées par Renault – entreprise dont le principal actionnaire est encore l’État.

Bref, cela a été depuis l’alternance une rafale sans fin de mesures socialement douloureuses ou inéquitables. À croire qu’il n’y a pas eu d’élection présidentielle ; que la même politique économique et sociale se poursuit, celle impulsée jusque-là par Nicolas Sarkozy. Voilà maintenant que les tractations se portent sur les retraites. Le Medef a en effet décidé de faire de la surenchère – pourquoi s’en priverait-il ? – en proposant de casser le système d’indexation des retraites. Et le ministre du budget, Jérôme Cahuzac – que l’Élysée a visiblement décidé de protéger – a fait comprendre que le gouvernement accueillait cette idée avec intérêt.

Pour comprendre ce qui se dessine, il faut d’abord avoir à l’esprit le mode actuel d’indexation des retraites. Jusqu’en 1993, le mode d’indexation des retraites de base était plutôt favorable, puisqu’il suivait l’évolution des salaires. Puis, cette année-là, Édouard Balladur a pris, en plein été, une première réforme dont l’une des mesures – à l’époque très contestée par la gauche – a consisté à prendre pour référence de l’indexation pour les retraites du privé non plus l’évolution des salaires mais celle des prix (hors tabac). À l’époque, les socialistes ont déploré que les retraités y perdent beaucoup en pouvoir d’achat.

Puis, en 2003, François Fillon a prolongé cette réforme, en décidant que ce mode d’indexation s’appliquerait aussi à la fonction publique. Ce que les socialistes ont toujours à l’époque vivement dénoncé.

Quant aux régimes de retraite complémentaire, le mode d’indexation suit également les prix (hors tabac), mais chaque année le mode de gouvernance de ces régimes impose que le choix final de la revalorisation soit entériné au terme d’une concertation entre les partenaires sociaux.

Le Medef veut maintenant inverser la mécanique habituelle. Il a voulu brusquer les choses, en proposant de mettre en chantier un véritable plan d’austérité pour les régimes de retraite complémentaire. Et il pense sans doute que cela fera jurisprudence pour le régime de base.

Cinq ans d’austérité

C’est à l’occasion d’une troisième réunion de négociations entre les partenaires sociaux, mardi 15 janvier, que le Medef a abattu ses cartes. Voici ces propositions telles que les résume la CGT sur son site Internet :

« Le plus important est que ce projet reste dans une veine très régressive avec en particulier : • Évolution des pensions pour 2013 au niveau de l’inflation moins 1,5 point, puis de 2014 à 2017 au niveau de l’inflation moins 1 point.  • Une baisse du taux de réversion de 60 à 56 % dès le 1er janvier 2014 et un âge minimum qui passerait de 55 à 60 ans à l’Arrco. Le texte propose également une réduction de 30 % des droits des chômeurs. Enfin, le Medef propose dans ce même projet des dispositions pour le moyen et le long terme, alors même que ces points devaient initialement faire l’objet de débats ultérieurs, dans le prolongement de la concertation annoncée par le gouvernement sur les retraites. Inutile de développer sur la nature des mesures avancées, puisqu’elles portent principalement sur le recul de l’âge d’accès à une retraite sans abattement (de 62 à 64 ans d’ici 2027). »

C’est donc un plan massif d’austérité que propose le Medef pour les deux grands régimes de retraite complémentaire que sont l’Agirc (pour les cadres du privé), et l’Arrco (pour les salariés). Un plan d’austérité qui durerait cinq ans, de 2013 à 2017, avec des pertes de pouvoir d’achat considérable. Dans la foulée, le Medef préconise aussi une baisse du montant des pensions de réversion qui passerait de 60 à 56 % du montant de la pension versée au conjoint.

À cette provocation, dans une conjoncture d’effondrement du pouvoir d’achat, on serait enclin de ne pas prêter attention. Mais précisément, si le Medef a fait cette proposition, c’est qu’il savait qu’il avait une bonne chance d’être entendu. Et effectivement, le gouvernement a fait savoir que si une telle réforme voyait le jour pour les retraites complémentaires, il pourrait s’en inspirer pour les régimes de base, en soumettant cette idée à la concertation qui doit avoir lieu dans les prochains mois pour dessiner la prochaine réforme des retraites.

C’est Jérôme Cahuzac, à l’occasion d’un entretien dans Les Échos, qui a fait comprendre quelles étaient les intentions du gouvernement. « Les partenaires sociaux devraient se mettre d’accord d’ici à mars sur une désindexation, au moins partielle, des pensions Agirc-Arrco. Le gouvernement doit-il faire de même en désindexant les retraites au 1er avril ? », lui demande le quotidien. Réponse du ministre du budget : « Un accord de ce type des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires serait un élément d’appréciation très important. On ne pourra pas ne pas en tenir compte. Pour autant, rien n’est décidé aujourd’hui et rien ne le sera sans qu’une concertation approfondie soit menée, comme c’est du reste prévu sur ce dossier. L’accord sur l’emploi montre que cette méthode est la bonne. »

Traduction des Échos : « Ceci signifie qu’une telle décision, si elle était prise par les partenaires sociaux, pourrait servir de modèle pour résorber une partie du problème du financement… des régimes de retraite de base. Une question qui sera abordée au printemps. »

Malheureusement, pour le Medef et pour Jérôme Cahuzac, un compromis est pourtant loin d’être trouvé sur les retraites complémentaires. Même si la CGT est la seule centrale à refuser catégoriquement une revalorisation inférieure à l’inflation, les quatre autres confédérations n’acceptent pas le projet du Medef en l’état et demandent que si la revalorisation se situe sous l’inflation, il y ait en contrepartie une hausse des cotisations. Pour l’heure, le plan d’austérité est donc encore loin d’être ratifié. Et la seule certitude, c’est que Jérôme Cahuzac n’éprouve aucune gêne à marcher main dans la main avec le patronat.

Même le quotidien des milieux d’affaires et de la droite le suggère : dans la détermination de la politique économique et sociale du gouvernement, c’est le Medef, pour l’essentiel, qui fixe actuellement le cap.

La boîte noire : n/a

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/economie/150113/le-medef-et-cahuzac-d-accord-pour-dynamiter-les-retraites

Guéant est impliqué dans le scandale Tapie

Mediapart

jeu, 24/01/2013 – 17:59 | Par Laurent Mauduit

Du fait d’une cascade d’événements nouveaux, le scandale Tapie est vraisemblablement à un tournant et l’étau judiciaire se resserre autour de ses principaux protagonistes. D’abord, la Brigade financière a procédé jeudi matin, comme l’a révélé Le Monde, à des perquisitions aux domiciles de Bernard Tapie et de Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy et actuel PDG de France Télécom. Ensuite, la justice s’intéresse aux rencontres nombreuses que Nicolas Sarkozy a eues avec le même Bernard Tapie. Enfin, Mediapart détient la preuve qu’une partie de la fortune obtenue par Bernard Tapie à la suite de l’arbitrage, qui est au cœur de cette affaire, provient d’une négociation fiscale dans laquelle Claude Guéant, à l’époque secrétaire général de l’Élysée, a interféré.

Claude Guéant
Claude Guéant© Reuters

Cette négociation fiscale, que Mediapart est en mesure de révéler, a effectivement joué un rôle majeur dans la constitution de la fortune de Bernard Tapie. Initialement, les trois arbitres qui sont chargés de départager le litige entre le Consortium de réalisations (CDR, la structure publique où ont été cantonnés en 1995 les actifs douteux de l’ex-Crédit lyonnais) et Bernard Tapie, au sujet de la vente du groupe de sport Adidas, rendent le 7 juillet 2008 une sentence qui alloue à l’ex-homme d’affaires un dédommagement de 403 millions d’euros, intérêts compris, dont 45 millions d’euros au titre du préjudice moral.

À l’époque, quand ces chiffres sont connus, ils déclenchent une vive polémique dans le pays. À cause de l’énormité des sommes en cause et notamment de celles qui concernent le préjudice moral. À cause aussi des irrégularités qui sont très vite connues et qui semblent avoir émaillé de bout en bout la procédure – jusqu’au recours à une procédure arbitrale, alors que jusqu’en 2006, c’est la justice ordinaire qui est saisie de l’affaire et qui semble en passe de rejeter une bonne partie des demandes de Bernard Tapie.

Mais, pour apaiser les polémiques qui montent dans les semaines qui suivent, de nombreuses voix s’élèvent pour indiquer que Bernard Tapie ne recevra qu’une infime partie de ces 403 millions d’euros. Le jour même où la sentence est rendue publique, le 11 juillet 2008, c’est le conseil de l’ex-homme d’affaires, Me Maurice Lantourne, qui apporte, le premier, cette précision, dans un entretien à l’Express.fr (on peut le retrouver ici).

Citant en un passage l’avocat, voici ce qu’écrit l’hebdomadaire : « Selon les calculs de Maurice Lantourne, une fois payées les créances publiques (190 millions d’euros) et une fois provisionnées d’éventuelles impositions et tous les frais, il restera un solde d’environ 92 millions d’euros “qui servira à désintéresser les créanciers tiers pour environ 30 millions d’euros ainsi que les frais à la charge des époux Tapie (environ 30 millions d’euros)”. Le solde sera connu à la fin des opérations de liquidation, précise l’avocat. D’après ses indications, il devrait donc avoisiner les 30 millions d’euros. »

Ce même 11 juillet 2008, le ministère des finances publie de son côté un communiqué de presse qui ne cite pas encore de chiffres, mais qui, lui aussi, minimise l’ampleur des sommes en cause : « La plus grande part de l’indemnité arrêtée par la sentence retournera aux caisses publiques, par le règlement de la créance détenue par le CDR et par le paiement des impôts et des cotisations sociales qui étaient dus à l’État », peut-on lire.

Deux mois plus tard, le mardi 23 septembre 2008, la ministre des finances Christine Lagarde est entendue sur ce scandale Tapie par la Commission des finances de l’Assemblée nationale (le compte rendu officiel est ici) et elle est de nouveau interrogée sur le solde net qui devrait rester à Bernard Tapie. Sans vouloir être trop précise, elle confirme l’évaluation de l’avocat : « J’ignore le montant exact de la fiscalité pesant sur les sommes en question, hors préjudice moral. L’ordre de grandeur dont je dispose est tout à fait estimatif car les arbitres n’ont pas encore statué sur la date à laquelle doit être calculé le traitement fiscal. Mes services m’ont indiqué que, après déduction des impôts et des créances détenues par l’État, 30 millions d’euros devront être réglés au bénéfice des époux Tapie. »

Le directeur de cabinet du budget a « les chocottes »

Or on sait désormais que la somme perçue, en net, par Bernard Tapie n’a strictement rien à voir avec cela. Très vite, dans le courant de l’année 2008, de source parlementaire, des chiffres de plus en plus élevés circulent, faisant état d’un gain net de 120 à 150 millions d’euros pour Bernard Tapie, une fois réglés tous ses arriérés d’impôts payés.

Et le 4 août 2011, quand finalement les sept hauts magistrats de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) se prononcent pour une saisine de la commission d’instruction de la CJR visant l’ancienne ministre de l’économie, pour des faits de « complicité de faux par simulation d’acte » et de « complicité de détournement de fonds publics » (lire Cour de justice : le document qui accable Christine Lagarde), ils précisent dans leur « décision motivée » (on peut la consulter ici) : « Le CDR s’est trouvé devoir une somme totale de 403 millions d’euros aux parties adverses et, après compensation avec diverses créances, il aurait versé un montant net de près de 304 millions d’euros. » Que sont les créances en question ? S’agit-il aussi des créances fiscales ?

Dans tous les cas de figure, il est maintenant certain que le gain pour Bernard Tapie a été de cinq à dix fois supérieur aux évaluations avancées par son avocat et par Christine Lagarde. C’est d’ailleurs ce que confirment les dépenses considérables engagées par Bernard Tapie depuis qu’il a perçu ce pactole : l’achat pour 40 millions d’euros de l’un des plus beaux yachts du monde, puis l’achat de l’une des villas les plus chères de Saint-Tropez pour 47 millions d’euros (lire La vie de nabab de Bernard Tapie), et maintenant l’acquisition avec Philippe Hersant du Groupe Hersant Media (GHM), pour une mise de fonds de 25 millions d’euros chacun (lire Scandale Tapie, Acte II).

Comment Bernard Tapie a-t-il donc pu obtenir en net non pas une trentaine de millions d’euros, mais cinq à dix fois plus ? Pour une part, la réponse coule de source : quand un contribuable fait face à un dossier fiscal passablement embrouillé – et incontestablement, c’est le cas dans l’affaire qui nous occupe –, la loi offre à l’administration des impôts une marge de négociation ou d’appréciation dans la définition exacte du montant de l’impôt.

Or dans le cas de Bernard Tapie, c’est à l’évidence une procédure exceptionnelle qui a été mise en œuvre. Selon des informations très détaillées dont Mediapart dispose, c’est le principal collaborateur du ministre du budget Éric Woerth, Jean-Luc Tavernier (actuel patron de l’Insee), qui à l’époque prend en main les échanges avec Bernard Tapie, pour établir le montant des impôts qu’il doit. Et surtout, procédure encore plus exceptionnelle, Claude Guéant, à l’époque secrétaire général de l’Élysée, s’en mêle, en recevant Bernard Tapie pour parler avec lui de son dossier fiscal.

C’est Bernard Tapie qui en a fait lui-même la confidence dans le courant du mois de mai 2009 à un spécialiste des questions fiscales auquel il demande conseil. Au cours de son échange avec son interlocuteur, dont Mediapart a pu prendre connaissance, Bernard Tapie raconte qu’il a rencontré la veille, dans « l’après-midi », Claude Guéant et qu’il a évoqué avec lui son dossier fiscal. Puis il poursuit en racontant que la proposition fiscale qui lui a été faite par Jean-Luc Tavernier ne lui convient pas. Et il s’emporte : « C’est un peu n’importe quoi. Il a les chocottes. Il ne veut rien faire. Je vais vous dire : un grand dangereux n’a peur que d’une chose, c’est de dangers plus grands. Bon, comme il a pas compris ; on va lui faire comprendre. Vous allez voir, ça va pas être long. »

Le propos laisse donc entendre que les services compétents des impôts ont été effectivement dessaisis du dossier ou en tout cas court-circuités, pour que le dossier soit traité en direct par le directeur de cabinet d’Éric Woerth ; puis que Claude Guéant s’est lui-même saisi du dossier fiscal face à un directeur de cabinet qui avait « les chocottes » et qui était peu enclin à accepter la solution fiscale proposée par le contribuable Bernard Tapie.

Soupçon d’interventions répétées au plus haut niveau de l’État

Cité comme témoin par le professeur de droit Thomas Clay dans la procédure qui l’opposait à Bernard Tapie, lors de l’audience que la XVIIe chambre correctionnelle de Paris avait consacrée à cette affaire, le 21 octobre 2011 (lire Au tribunal, Bernard Tapie en arroseur arrosé), l’auteur de ces lignes avait déjà fait mention de ces faits dont il avait connaissance. Mais dans le nouveau contexte judiciaire de l’affaire Tapie, ils prennent un grand relief. Car d’un seul coup, les investigations judiciaires s’accélèrent.

Le site Internet du Monde a en effet révélé, ce jeudi 24 janvier, que la Brigade financière a procédé dans la matinée à des perquisitions aux domiciles de Bernard Tapie et de Stéphane Richard. Selon le quotidien, les policiers agissaient sur commission rogatoire de trois juges du pôle financier parisien, Serge Tournaire, Guillaume Daïeff et Claire Thépaut. Trois procédures judiciaires portant sur le scandale Tapie sont effectivement en cours.

D’abord, plusieurs hauts fonctionnaires ont été renvoyés devant la Cour de discipline budgétaire pour leurs responsabilités dans cette affaire. Christine Lagarde, elle, fait donc l’objet d’une instruction de la CJR, et pourrait prochainement y être entendue, sans que l’on sache encore si ce sera sous un statut de témoin assisté ou si elle sera mise en examen. Enfin, le parquet de Paris a ouvert en septembre 2012 une information judiciaire pour « usage abusif de pouvoirs sociaux et recel de ce délit ».

C’est dans le cadre de cette dernière procédure que les juges d’instruction ont décidé de faire procéder à ces perquisitions, après avoir obtenu au préalable, la veille, l’extension de leur saisine aux faits de « détournement de fonds publics » et de « faux ». En quelque sorte, les procédures judiciaires s’emboîtent les unes dans les autres : les magistrats de la CJR doivent vérifier dans le cas de Christine Lagarde s’il y a eu ou non complicité de détournement de fonds publics ; ceux du pôle financier s’il y a eu ou non, le cas échéant, recel.

Le Monde poursuit en apportant ces précisions : « L’enquête pourrait aussi éclabousser Nicolas Sarkozy, président de la République au moment des faits. Selon nos informations, le juge Jean-Michel Gentil, chargé à Bordeaux de l’affaire Bettencourt, dans laquelle l’ex-chef de l’État est témoin assisté, a récemment transmis aux magistrats de la Cour de justice une copie de certains agendas de M. Sarkozy susceptible d’éclairer leur enquête. Il apparaît que sur la période-clé 2007-2008, M. Tapie a été reçu à de nombreuses reprises par M. Sarkozy, d’abord au ministère de l’intérieur, puis à l’Élysée, une fois ce dernier élu président de la République, en mai 2007. L’homme d’affaires, proche de M. Sarkozy, a appelé à voter pour lui lors des élections présidentielles de 2007 et 2012. Les agendas transmis par M. Gentil attestent également de rencontres entre M. Sarkozy et Pierre Mazeaud, l’un des trois arbitres (avec Pierre Estoup et Jean-Denis Bredin) choisis pour trancher le litige. »

Les informations de Mediapart sur l’intervention de Claude Guéant dans le dossier fiscal de Bernard Tapie complètent ces faits, qui viennent alimenter le soupçon d’interventions répétées au plus haut niveau de l’État pour avantager Bernard Tapie. Ce soupçon était aussi au cœur de la « demande d’avis » de l’ex-procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, à l’origine de la saisine de la CJR : le magistrat observait que, de bout en bout, la procédure d’arbitrage avait été irrégulière et que Christine Lagarde avait fait constamment « échec à la loi » (lire Christine Lagarde a fait « échec à la loi », dénonce le procureur Nadal).

Le Monde apporte enfin une ultime précision : « Par ailleurs, les enquêteurs ont désormais entre les mains une lettre anonyme, expédiée dans une enveloppe à en-tête du ministère des finances. Ils aimeraient bien en connaître l’auteur. Ce courrier a été adressé à François Bayrou. Dans cette missive, dont le président du MoDem a confirmé au Monde l’existence, le “corbeau” assure que Mme Lagarde ne saurait être tenue responsable d’une procédure qui lui aurait été imposée par l’ex-avocat de M. Tapie, Jean-Louis Borloo (éphémère ministre des finances entre mai et juin 2007) et Nicolas Sarkozy. “C’était une ‘note blanche’ que j’ai immédiatement transmise à la justice”, explique M. Bayrou. »

Le mystère de la « note blanche »

Grâce à une source judiciaire, Mediapart a pu prendre connaissance de cette « note blanche », dont disposent les magistrats et qui est intitulée « Christine Lagarde n’a rien à se reprocher dans l’arbitrage CDR-Crédit lyonnais ». Visiblement écrite dans le souci de dédouaner Christine Lagarde, elle pointe la responsabilité de Jean-Louis Borloo, éphémère ministre des finances juste avant elle, et indique que toutes les grandes décisions dans ce dossier sont venues de l’Élysée. Elle indique aussi que le président du CDR, Jean-François Rocchi, ainsi que le président de l’EPFR (l’établissement public actionnaire du CDR), Bernard Scemama, auraient reçu des instructions écrites de Christine Lagarde – « lettres d’instructions que la ministre a été contrainte de signer » – alors qu’elle-même n’a naturellement pas pu obtenir une « couverture » identique de l’Élysée. Jusqu’à ce jour, l’existence de telles lettres n’avait pas été évoquée.

En fait, Christine Lagarde a toujours nié avoir reçu des instructions de l’Élysée dans cette affaire. Pressée de questions par un membre de la commission des finances, un certain Jérôme Cahuzac, elle avait répété à de nombreuses reprises, le 23 septembre 2008, lors de son audition par les députés (la revoilà) qu’elle avait toujours agi de sa propre initiative, sans consigne élyséenne. Et au plan judiciaire, elle risque d’avoir à en endosser, dans tous les cas de figure, la responsabilité, puisque la plupart des actes administratifs ont été signés par elle. C’est en particulier elle qui a donné des instructions écrites aux hauts fonctionnaires représentant l’État dans les organismes ad hoc pour décider de l’arbitrage, puis ensuite de ne pas engager de recours contre la sentence devant la justice. Et c’est elle aussi qui a décidé de garder l’affaire secrète, quand elle a appris que l’un des arbitres avait caché ses liens avec l’avocat de Bernard Tapie.

Mais de nombreux faits – dont ceux que nous révélons aujourd’hui – attestent que la plupart des instructions sont venues de l’Élysée. Et c’est Stéphane Richard, ami proche de Nicolas Sarkozy et à l’époque directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui en était le plus souvent le relais au cabinet de la ministre des finances.

C’est donc sans doute la raison pour laquelle son domicile a, lui aussi, été perquisitionné, ce jeudi matin – Stéphane Richard ayant déjà été interrogé comme témoin par la CJR en décembre 2011, ainsi que l’a révélé Mediapart. Car l’actuel patron de France Télécom est aussi l’un de ceux qui ont joué un rôle clef dans ce scandale. Révélé le 21 mai 2011 par Mediapart, le rapport de la Cour des comptes (on le trouvera ici dans sa version intégrale ou on peut le télécharger là) indiquait en effet que le jour même de son entrée en fonction comme ministre des finances, Jean-Louis Borloo avait donné instruction à Stéphane Richard de lancer l’arbitrage, alors même que les services de Bercy y étaient opposés, pensant que la procédure pouvait être illégale. Le rapport de la Cour des comptes explique en particulier ceci : « L’ancien directeur de cabinet du ministre de l’économie a indiqué, lors de son audition par la Cour, le 20 juillet 2010, qu’il lui avait été signifié par le ministre, dès sa prise de fonction le 22 mai 2007, que l’orientation avait été prise d’aller en arbitrage. »

Or Jean-Louis Borloo est l’avocat historique de Bernard Tapie. C’est lui qui a été son conseil dans ses tumultueuses aventures tout au long des années 1980 et au début des années 1990. C’est donc ce dossier dont hérite ensuite, à la mi-juin 2007, Christine Lagarde. Et elle n’ignore évidemment rien de ses petits secrets, puisqu’elle a le même directeur de cabinet, en la personne de… Stéphane Richard.

Les conséquences de ces investigations qui s’accélèrent pourraient être considérables. Aussi bien au plan politique, puisque Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde sont mis en cause, qu’au plan économique, puisque avec l’argent public qu’il a perçu de l’arbitrage, Bernard Tapie s’est allié à Philippe Hersant pour prendre le contrôle d’un très grand groupe de presse. Car les deux histoires, naturellement, sont liées : la négociation fiscale a permis à l’ex-homme d’affaires d’avoir un magot encore plus important que prévu, ce qui lui permet aujourd’hui de mettre la main sur une ribambelle de journaux parmi lesquels La Provence, Var Matin, Nice Matin ou encore Corse Matin

 

La boîte noire :

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/economie/240113/gueant-est-implique-dans-le-scandale-tapie

Luc Chatel et Vincent Peillon… ou quand l’hôpital se moque de la charité

Le Monde
24 janvier 2013

Luc Chatel accuse Vincent Peillon de ne pas être assez audacieux sur les rythmes scolaires et d’attaquer le sujet par « le petit bout de la lorgnette ». En écoutant France Info, ce jeudi matin, une expression vient à l’esprit. Ce ne serait pas un peu l’hôpital qui se moque de la charité?…

« Il ne s’agit pour seulement de toucher à l’école le mercredi matin dans le primaire, il faut jouer sur l’ensemble des paramètres : la durée de l’année scolaire, de la journée et de la semaine dans le primaire et le secondaire », a déclaré le dernier ministre de l’éducation de Nicolas Sarkozy. Sa remarque montre qu’il maîtrise bien ce sujet difficile.

Monsieur Chatel, lui, avait d’autres ambitions sur le sujet qu’une réforme qui y va tout doux, ne prévoit pas d’allongement de l’année de cours en tapant dans les 60 jours de vacances d’été, et ajoute juste en catimini une pauvre petite demi journée par semaine pour alléger un peu les journées scolaires des enfants. Si l’on en croit la lettre de mission qu’il avait en son temps envoyée au président de la Conférence nationale sur les rythmes scolaire, ce Haut marnais était autrement ambitieux sur ce sujet d’une importance capitale.

En juin 2010, il installe une Conférence nationale sur les rythmes scolaires. Fin 2010, le débat a lieu. Début 2011 c’est l’heure de la synthèse, et en mai 2011, il a en mains le rapport d’orientation qu’il attendait.  Là, le ministre qui estimait lors de l’installation de la Conférence que « la mission de l’École est de proposer à tous les élèves les meilleures conditions de vie scolaire, les plus favorables à leur apprentissage et à leur réussite » estime qu’il n’a pas suffisamment d’informations pour pouvoir avancer sur ce sujet.

Il demande alors à sa Conférence nationale de creuser quelques questions et de lui remettre un second rapport. Mais  le temps passe tellement vite rue de Grenelle que lorsque le ministre Luc Chatel, reçoit le travail définitif, le 25 janvier 2011, il est trop tard pour agir!

Pourtant, ses fortes ambitions sur le sujet, n’ont pas décru au fil de ses trois années. Au moment du rendu de cette copie définitive, il rappelle refuser « les rustines » et souhaiter une évolution  « globale » des rythmes.  Et d’ajouter alors: « la fenêtre de tir est optimale pour bouger », en allusion aux échéances électorales de mai 2012. « Le président de la République est très intéressé par ce débat. Nous prendrons donc nos responsabilités en prenant les décisions que nous pourrons prendre cette année. Pour autant, les principaux « aménagements » ne devraient s’effectuer « qu’à partir de la rentrée 2013 ».

On sait ce qu’il advint le 6 mai 2012, mais on sait aussi qu’on n’avait rien vu venir comme changement avant… Comme le faisait remarquer l’autre ancien ministre de l’éducation, Luc Ferry,  sur Radio Classique ce même jeudi matin: il n’y a qu’un moyen de n’être pas contesté lorsqu’on est ministre de l’éducation, c’est de ne rien faire.

Maryline Baumard