Opposé au mariage pour tous, il plaide pour une union civile

Sud-Ouest

Opposé au mariage pour tous, Franck Allisio, secrétaire national de l’UMP et président des Jeunes Actifs au sein du parti, propose un autre type de contrat et plaide pour le statut de beaux-parents.

Des délégations régionales sont attendues aujourd'hui à Paris pour manifester contre le mariage pour tous.

Des délégations régionales sont attendues aujourd’hui à Paris pour manifester contre le mariage pour tous. (photo PQR)

« Sud Ouest Dimanche ». Comment expliquez-vous la mobilisation de ce jour contre le mariage pour tous ?

Franck Allisio : On touche avec ce texte à la famille, qui est la cellule de base de notre société, et au lien sacré de la filiation. Tous les Français ont une opinion sur ce sujet qui divise la société. Il y a aujourd’hui le camp des résolument pour, celui des résolument contre, et une majoritaire silencieuse qui est réservée, en réflexion sur ces sujets. Le gouvernement va trop vite, trop tôt et trop fort.

C’est davantage la question de la filiation qui pose problème ?

C’est le cœur du sujet. L’amendement sur la procréation médicalement assistée a certes été retiré. Mais ne soyons pas naïfs, ni hypocrites. En accordant aux couples homosexuels, par le mariage, les mêmes droits qu’aux couples hétérosexuels, on leur ouvre le droit à l’adoption, à la filiation et à la procréation médicalement assistée. C’est pour cette raison que les associations homosexuelles ont fait depuis des années du mariage l’axe central de leur combat.

Si on se marie, on peut adopter. C’est juridiquement mécanique. Le mariage entraînera donc l’adoption automatiquement et la procréation médicalement assistée à très court terme. Le malaise des Français est là. Ils ont l’impression qu’on leur cache une partie de ce qui va se passer.

Pourquoi prenez-vous la parole sur ces questions ?

Nous ne voulons pas nous contenter de protester. La génération que je représente à l’UMP, les trentenaires en fait, est sans doute la première à avoir vécu, comme enfant d’abord, puis comme parents, toutes les nouvelles formes de familles, éclatées, recomposées, divorcées, homosexuelles. Nous sommes bien placés pour faire des propositions alternatives au mariage pour tous.

Que peut changer l’union civile que vous proposez ?

Tout. L’union civile serait un autre contrat entre deux personnes du même sexe ou pas. Il accorderait les mêmes droits fiscaux, successoraux et patrimoniaux que le mariage. Pour cette affaire privée, le droit doit être égal pour tous. La question de la filiation en serait exclue. Ce serait une avancée pour des centaines de milliers de personnes en France. Et on pourrait prendre alors le temps de débattre et de réfléchir aux avancées futures sur l’adoption et la filiation.

Mais vous ne réglez pas le cas des couples homosexuels qui éduquent avec amour leurs enfants ?

Le deuxième point fort de la proposition de loi que nous préparons est de créer un statut légal du beau-parent. Il permettrait de protéger les enfants et les parents. Dans une famille, si une femme seule avec un enfant vit avec son ou sa compagne et qu’elle vient à disparaître, celui ou celle qui reste peut aujourd’hui être séparé du jour au lendemain de l’enfant qu’il ou elle a élevé. L’enfant lui-même, juridiquement, ne peut rester avec celle ou celui qui, sans être son père ou sa mère biologique, l’aura élevé, aimé, éduqué et protégé. Le statut de beau-père ou de belle-mère permettrait de régler ces absurdités pour les couples homosexuels et hétérosexuels d’ailleurs.

Ce serait là encore une avancée pour les couples homosexuels et leurs enfants. Nous prenons acte de l’évolution de la société et nous trouvons une solution à bien des problèmes qui se posent aujourd’hui aux couples homosexuels, mais nous n’ouvrons pas le droit à la filiation dont la société française ne veut pas majoritairement.

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Pilule, IVG, pacs, mariage pour tous : les opposants sont toujours les mêmes

Libération

11 janvier 2013 à 15:29

Tribune La pilule va «favoriser davantage les amours illicites et ébranler les assises de la famille», déclarait en 1966 un député gaulliste…

Par Daniel Borrillo, juriste, université de Paris Ouest/Nanterre

Le 31 janvier 1999 des milliers des personnes avaient manifesté dans les principales villes de France contre le pacs, beaucoup d’entre elles défileront à nouveau dimanche prochain contre le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Ces manifestations d’hostilité s’inscrivent dans une longue tradition d’opposition aux avancées sociétales et aux droits sexuels et reproductifs.

Pilule. Lorsqu’en 1966 les premières propositions de loi relatives à la contraception furent présentées au Parlement, les arguments utilisés étaient pratiquement les mêmes que ceux brandis aujourd’hui contre le mariage pour tous. Ainsi, un député gaulliste affirmait à l’époque que «la pilule allait favoriser davantage les amours illicites et ébranler les assises de la famille». Non seulement la famille mais la Nation toute entière se trouvait menacée, selon les élus conservateurs: «Une flambée inouïe d’érotisme entretenue et attisée par la propagande politique en faveur des techniques anticonceptionnelles hormonales menace notre pays.» Pourtant, une majorité de Français (57%) était favorable à la mise en vente de contraceptifs, comme aujourd’hui elle est favorable au mariage pour tous.

L’Eglise catholique était à l’époque, comme maintenant, la principale opposante au projet de loi. L’encyclique Gaudium et spes de 1965 précisait que «l’amour conjugal est trop souvent profané par l’égoïsme, l’hédonisme et par des pratiques illicites entravant la génération», et l’encyclique Humanae Vitae rappelait que «l’amour conjugal doit rester ouvert à la transmission de la vie» car il existe un»lien indissociable entre le mariage et la procréation».

IVG. La «fin de la civilisation» et la «pente savonneuse» allaient être aussi des arguments avancés lors du débat sur l’IVG. Le député catholique Pierre Bas s’exclamait en 1974 : «C’est changer de civilisation, effectivement qu’écrire dans notre droit que le fort peut tuer le faible» et le député Perrut affirmait, «aujourd’hui, c’est l’avortement, demain ce sera la suppression d’un enfant victime d’un handicap, après demain l’euthanasie…». Quant au député Jacques Médecin, il n’hésitait pas à prophétiser : «En France, comme partout, le commerce de la mort deviendra une spécialité lucrative d’avorteurs et d’avortoirs patentés où l’on se préoccupera de la revente des fœtus avortés, (…) où l’on procédera à des expériences dites scientifiques. C’est la barbarie organisée par la loi comme elle le fut, hélas il y a trente ans par les nazis en Allemagne.»

Ceux et celles qui s’opposent aujourd’hui à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe (et qui défileront demain contre l’euthanasie), sont les mêmes qui se sont opposés hier au divorce, à l’égalité entre les enfants nés hors-mariage et dans le mariage, à l’éducation sexuelle dans les lycées, à l’autorité parentale partagée, à la dépénalisation de l’homosexualité, à l’assistance médicale à la procréation, au pacs …

Si les évêques se disent aujourd’hui hostiles à l’homophobie, il faut rappeler qu’en 2004 la Conférence épiscopale s’est opposée au projet de loi réprimant les propos homophobes. Mgr Jean-Pierre Ricard jugeait ce projet de loi «inutile et dangereusement imprécis», en considérant de surcroit que «la volonté d’établir une surveillance et un contrôle du langage, notamment au nom de l’homosexualité, paraît contestable». Et si l’Eglise semble aujourd’hui prête à se rallier au pacs pour mieux s’opposer à l’ouverture du mariage, il ne faut pas oublier qu’en 1998  la conférence épiscopale s’est farouchement opposée dans ces termes : «Le risque du projet est que des tendances sexuelles particulières puissent devenir des références sociales à travers la portée symbolique de la loi.»

Les avancées sociales et sociétales ne furent jamais le résultat d’une concession des dominants ni d’un consensus; elles ont toujours été le fruit de la lutte politiques des groupes historiquement exclus et minoritaires. Comme dit l’Ecclésiaste : «Ce qui fut sera, Ce qui s’est fait se refera, Et il n’y a rien de nouveau sous le soleil.»

A l’heure des changements de société, la seule chose qui ne change pas, c’est la résistance à l’égalité. L’ouverture du mariage aux couples de même sexe s’inscrit dans un projet de société égalitaire qui a toujours été violement attaqué par les autorités religieuses, les associations familiales catholiques et l’ensemble des forces conservatrices. Comme tout progrès de l’histoire, il se fera contre elles et sans elles…