Deux personnes du même sexe..

EDITORIAL DU MONDE

18/19Novembre 2012

Dès à présent, une chose est sûre : en janvier 2013, quand il arrivera en discussion devant le Parlement, le projet de loi ouvrant à  » deux personnes de même sexe «  le droit de se marier aura fait l’objet d’un débat public très approfondi.

C’est heureux. En effet, au-delà du code civil, cette réforme concerne chacun dans ce qu’il a de plus intime : sa conception de l’amour, du couple, de la parentalité et de la famille ; mais aussi ses convictions philosophiques, morales ou religieuses.

De fait, depuis l’été, débats et controverses sont incessants. Les représentants des religions, à commencer par l’épiscopat français, ont exprimé avec beaucoup de vigueur leur opposition à cette réforme qui menacerait, peu ou prou, les fondements mêmes de la famille et de la société.

D’autres, psychanalystes notamment, ont contesté, dans le droit à l’adoption, l’effacement symbolique du père et un  » droit à l’enfant «  qui oublierait dangereusement les droits de l’enfant. La droite, enfin, n’a pas manqué d’attiser la polémique, dans l’espoir d’embarrasser le gouvernement, voire de le contraindre à renoncer, comme en 1984, à propos de l’école privée.

Alors que les opposants au projet se mobilisent, ce week-end, dans toute la France, le moment est donc venu de le redire : cette réforme – toute cette réforme et, à ce stade, rien que cette réforme – est légitime, nécessaire et progressiste. Elle obéit, d’abord, à une logique historique. Depuis une trentaine d’années, les homosexuels sont passés de l’ostracisme (au mieux une maladie, au pire un crime) à la tolérance, puis à la reconnaissance, presque à l’indifférence. Dans tous les pays occidentaux, l’évolution des moeurs et des mentalités a été spectaculaire.

Ajoutons que la famille ne se conforme plus à un modèle unique ni même dominant. Moins de la moitié des couples français sont  » légaux « , mariés ou pacsés. Le mariage lui-même n’obéit plus guère aux motifs traditionnels du lignage ou de la religion, mais bien davantage aux exigences et aux choix de la vie affective, similaires entre personnes du même sexe ou de sexes différents.

La réforme répond ensuite à une nécessité démocratique : celle de l’égalité des droits. L’instauration du pacs, en 1999, a reconnu légalement le couple homosexuel, mais l’a exclu du droit à l’adoption et à la famille. Le projet de loi du gouvernement met fin à cette discrimination et assure, en outre, une meilleure sécurité pour le conjoint. Comme c’est déjà le cas dans des pays aussi variés que la Suède, l’Espagne, la Norvège, les Pays-Bas ou la Belgique.

Enfin, en ouvrant aux couples homosexuels le droit à l’adoption (notamment de l’enfant d’un des conjoints), le projet de loi permettra de régulariser de nombreuses situations, bricolées et incertaines, qui existent déjà. Il permettra aux enfants qui n’ont qu’un seul parent biologique et un parent  » social  » d’avoir une double filiation, comme les autres enfants.

Ce débat est tout sauf anodin. Il convient, y compris pour le gouvernement, de le conduire avec conviction et sérénité.

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Le chef François-Xavier Roth s’élève contre les discours opposant les musiques

Le chef François-Xavier Roth, pédagogue passionné, parcourt les pays et les répertoires. Fondateur de l’orchestre Les Siècles en 2003, il s’élève contre les discours opposant les musiques

Le Monde 18/19/11/2012

A 41 ans, François-Xavier Roth est l’une des figures singulières de la jeune génération de chefs d’orchestre français. Il travaille notamment avec l’Atelier symphonique départemental : un ensemble composé d’élèves des conservatoires et écoles de musique de l’Aisne, d’amateurs et de quelques musiciens de son orchestre Les Siècles.  » Notre histoire a commencé il y a cinq ans, explique-t-il. Nous avons développé une action auprès des jeunes musiciens. Le plus difficile est de leur donner confiance. Nous sommes dans un territoire rural, modeste, et ils ont tendance à penser que la musique classique n’est pas pour eux . «  Le fils du célèbre organiste Daniel Roth, qui a d’abord enseigné la flûte, a toujours été révolté par cette  » injustice « , lui qui a baigné dès sa plus tendre enfance dans les sons de l’orgue paternel.  » J’ai pu mes urer à quel point la musique peut changer la vie d’un jeune. Les politiques devraient se rendre compte à quel point la culture est un enjeu décisif. « 

Musicien prolifique et décomplexé, invité à diriger de nombreux orchestres, François-Xavier Roth parcourt les répertoires, du baroque au contemporain, sans se soucier d’une image qu’il semble parfois brouiller à dessein. Il fait partie, dit-il, d’une génération plus libre que les précédentes où tout était beaucoup plus figé et cloisonné.  » Aujourd’hui, on ne se pose plus de questions. On veut faire quelque chose et on crée si nécessaire l’outil dont on a be soin. « 

François-Xavier Roth a donc fondé en 2003 Les Siècles, un orchestre à géométrie et à instruments variables.  » Je voulais des musiciens capables de jouer chaque répertoire sur les instruments d’époque, d’assumer une prise de risque collective. Les Siècles est un orchestre de projets dont chaque programme comporte une odyssée. Nous ne sommes jamais exactement identiques. « 

Depuis quelques mois, il est au coeur d’une polémique. Nommé en septembre 2011 en Allemagne, à la direction de l’Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg, il a appris qu’une fusion était envisagée avec l’orchestre de la SWR de Stuttgart que dirige un autre chef français, Stéphane Denève.  » Cette fusion est le résultat d’un audit commandé à un institut de Munich, que le conseil de surveillance de la radio a entériné, précise-t-il. Une vision purement comptable qui va tuer deux orchestres de renom avec leurs tradit ions.  » Il a cependant découvert que, sous la logique des chiffres – selon lui irrecevable puisque le Land de Bade-Wurtemberg est un des plus riches d’Allemagne -, se cache un débat plus inquiétant.

 » Ce sont ces discours populistes qui opposent la musique, notamment symphonique (la Hochkultur, la culture supérieure) – au sport, à la pop, à la télévision… Les Allemands sont en train de détruire une partie de leur patrimoine. «  Francois-Xavier Roth rappelle que, après la seconde guerre mondiale, les orchestres allemands ont été créés  » parce que les cathédrales étaient détruites « , et l’Opéra de Berlin fut reconstruit alors que les gens manquaient encore de tout.  » La fragilité dans laquelle nous sommes aujourd’hui pourrait permettre un certain nombre d’abus. Il faut faire évoluer les choses, non les détruire. Nous devons nous battre à la fois pour le passé et l’avenir. « 

Marie-Aude Roux


Une famille de sans-papiers menacée d’expulsion

Les membres du réseau RESF militent pour que ces Albanais arrivés en 2008 puissent rester.

Nikoll, sculpteur sur bois, avec sa femme Nora et leur fils né à Périgueux.

Nikoll, sculpteur sur bois, avec sa femme Nora et leur fils né à Périgueux. (Photo Jean-Christophe Sounalet / « sud ouest »)

C’est une famille albanaise qui a dû fuir son pays à cause des troubles politiques et qui aujourd’hui se retrouve sans moyens de subsistance, tout en restant menacée en cas de retour dans leur pays. Voilà la situation, telle que l’ont présentée les membres périgourdins d’RESF. Ils militent pour que Nikoll, Nora et leur fils puissent rester à Périgueux où ils sont arrivés en 2008. Le couple a eu un enfant, né à Périgueux deux ans après leur arrivée. Depuis plusieurs semaines, la famille est sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire (OQTF). Une mesure qui ne fait que renforcer sa précarité et son désarroi.

« Du zèle »

« Nikoll est sculpteur sur bois et sur pierre. Il pourrait trouver du travail. Mais ce n’est pas possible car son domaine ne fait pas partie des 14 métiers en tension, listés par l’État français », explique Yves Bordes, un des représentants d’RESF. « Pour ces 14 métiers, dont la liste a été publiée officiellement le 12 août 2011, une régularisation par le travail peut être possible. Mais les personnes sans-papiers qui font un autre métier se retrouvent bloquées », déplore RESF. Détaillant la situation de cette famille albanaise, Yves Bordes estime que « cela donne l’impression que la préfecture de Dordogne fait du zèle. On constate que la réception des gens n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre de la République ». De manière plus générale, il se dit déçu de la politique d’immigration du gouvernement Hollande. « Pour les étudiants étrangers et pour la naturalisation, c’est un peu moins dur. Mais on ne voit pas de différence de traitement pour les personnes sans-papiers », regrette-t-il.