Ces Français qui se font enfumer en achetant un véhicule diesel

Capital.fr

Source :
25/10/2012 à 16:35 / Mis à jour le 25/10/2012 à 16:37

©REA
Un véhicule diesel n’est rentable qu’à partir de 20.000 kilomètres parcourus par an, selon l’UFC Que Choisir.

A la veille de la remise du rapport sur les prix des carburants commandé par le gouvernement, l’UFC Que Choisir lance un pavé dans la mare. L’association de défense des consommateurs démonte l’idée reçue, selon laquelle il est plus rentable d’acheter un véhicule diesel qu’une version essence équivalente.

Bien entendu, le diesel reste moins cher à la pompe, grâce à l’avantage fiscal dont il bénéficie. C’est d’ailleurs cette différence qui motive l’achat de la plupart des Français roulant au diesel, si l’on se fie à un sondage CSA, réalisé pour Que Choisir. Sur les 1.048 personnes interrogées, près des deux tiers (65%) font du prix du carburant leur critère principal de choix dans l’acquisition d’un véhicule.

Mais le prix d’achat des voitures roulant au gazole est généralement plus élevé. En outre, l’assurance et l’entretien de l’auto sont aussi plus coûteux. Au total, il faut parcourir au moins 20.000 kilomètres par an pour rentabiliser l’achat d’un diesel, estime l’institution, sans toutefois détailler son calcul.

Or, 71% des sondés affirment rouler moins de 20.000 km par an. Près de la moitié (47%) en parcourent même moins de 15.000. Pour eux, le choix d’un diesel n’est donc pas rationnel d’un point de vue financier, conclue l’UFC Que Choisir

Fort de ce constat, l’association appelle le gouvernement à supprimer progressivement la différence de taxation entre le diesel et l’essence. L’UFC demande aussi à ce que les consommateurs soient mieux informés sur le coût réel des véhicules, au travers d’un « coût kilométrique moyen », qui prendrait en compte tous les frais et pas seulement le prix d’achat.

Publicités

15 000 personnes à Bayonne pour soutenir Aurore Martin

La rédaction de Mediapart

10 novembre 2012 | Par

La manifestation était prévue de très longue date, mais l’arrestation et l’extradition vers Madrid de la militante de Batasuna Aurore Martin lui ont donné une nouvelle ampleur. Samedi, 15 000 personnes ont défilé à Bayonne, à l’initiative de l’organisation basque Herrira (Au pays), qui réclame le rapprochement de quelque 620 prisonniers, dispersés dans des prisons en France et en Espagne, du Pays basque et de leurs familles. L’organisation demande aussi la libération des détenus malades et conditionnables.

Parmi les élus présents, Sud Ouest a remarqué Philippe Poutou du NPA, les députés socialistes Colette Capdevielle et Sylviane Alaux, la sénatrice socialiste Frédérique Despagnac (une proche de François Hollande), Olivier Dartigolles, porte-parole national du PCF et élu à Pau, les conseillers généraux Kotte Ecenarro et Alain Iriart et aussi des maires et conseillers municipaux du Pays basque.

L’arrestation d’Aurore Martin et son extradition le 1er novembre ont suscité une vive polémique en France. Mediapart a révélé que François Hollande lui-même avait donné son feu vert. « Des consultations au plus haut niveau » impliquant les ministres concernés et le président ont été conduites avant d’ordonner le transfèrement de la jeune femme, a-t-on confirmé officieusement à l’Élysée.

Pour Herrira, la question du sort des prisonniers est au cœur de l’avancement du processus de paix, tel que tracé par les accords d’Aiete (Espagne) en octobre 2011, dans la foulée de l’annonce par l’ETA du renoncement à la violence, après plus de 40 ans de lutte armée pour l’indépendance du Pays basque.


Le chiffon rouge brûle entre PS et Front de gauche

Mediapart.fr

31 octobre 2012 | Par Stéphane Alliès

La crainte existait depuis longtemps, mais les socialistes pensaient toujours que les communistes n’oseraient pas. Et pourtant, à deux reprises ce mercredi, la faible majorité de gauche au Sénat a fait les frais du mécontentement des élus PCF, aidés par une droite trop heureuse de mettre en difficulté le gouvernement. Après avoir rejeté, par 187 voix contre 156, la proposition de loi sur la tarification progressive de l’énergie, dans la nuit de mardi à mercredi (lire ici), c’est la loi de programmation des finances publiques qui s’est retrouvée minoritaire en commission des finances (23 voix contre, 18 pour, 1 abstention), à la grande joie du rapporteur UMP, Philippe Marini, qui a déclaré : « C’est un vote d’opposition politique. Nous sommes les uns et les autres opposés à la politique annoncée par le gouvernement. »

À l’assemblée, le groupe communiste (renforcé par des élus ultramarins) s’était déjà abstenu lors du vote du budget, puis avait voté contre le projet de loi de finance de la sécurité sociale (PLFSS), mais sans être charnière comme au Palais du Luxembourg, les socialistes ayant à eux seuls la majorité absolue. Le député socialiste, et n°2 du PS, Guillaume Bachelay, s’est exprimé dans la matinée, à propos de la loi énergie : « Je le dis en amitié et en responsabilité : quand on est à gauche, on vote avec la gauche, pas avec l’UMP. »

Réplique quasi immédiate du porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, qui ne supporte pas vraiment la « leçon de gauchitude » et répond sous forme d’anaphore : « Quand on est de gauche, on ne s’attaque pas à la péréquation tarifaire de l’énergie (même tarif quel que soit son lieu d’habitation) qui garantit un traitement égalitaire entre les Français. Quand on est de gauche, on ne propose pas une loi élaborée sans aucune concertation avec les différents acteurs que sont les usagers et leurs associations, les élus, les organisations syndicales. Quand on est de gauche, on s’attaque aux hausses incessantes du prix du gaz qui provoquent un niveau de précarité énergétique jamais atteint. Quand on est de gauche, on ne court pas après le patronat en abandonnant l’engagement de campagne du candidat Hollande concernant une grande réforme fiscale. Quand on est de gauche, on propose en urgence un projet de loi pour protéger les salariés licenciés ou menacés de l’être. Quand on est de gauche, après 10 années de droite, on commence par s’occuper des salaires, du pouvoir d’achat, des services publics. » Avant de conclure : « Enfin, à l’argument qui vise à sous-entendre que les sénateurs Front de gauche ont voté main dans la main avec la droite, je ne résiste pas au fait de répondre que ce sont bien les parlementaires socialistes qui ont voté avec l’UMP le traité budgétaire européen qui promet l’austérité au peuple. »

À propos de la loi de programmation des finances publiques, le groupe PCF au Sénat a également fait allusion au récent TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) pour justifier son vote : « Filleule du traité budgétaire européen, avatar de la règle d’or, la loi de programmation des finances publiques est surtout la programmation, jusqu’à 2017, au nom de la convergence des politiques budgétaires européennes et de la réduction des déficits, de l’austérité de longue durée. Elle est faite de stagnation des effectifs de la fonction publique, de baisse des crédits, notamment en matière de logement, de politique de la ville, d’action sociale. »

Le ministre des relations avec le parlement, Alain Vidalies, a tenté de calmer le jeu. S’il dénonce « un parfum de IVe République dans ce genre de manipulation », il considère que « la situation politique particulière au Sénat (où la gauche n’a que six voix d’avance), ne justifie quand même pas qu’il y ait une alliance entre le Parti communiste et l’UMP pour rejeter un texte dont l’objectif principal était de permettre à 4 millions de bénéficiaires de minima sociaux d’avoir accès au tarif social et d’éviter les coupures de gaz et d’électricité pendant l’hiver ». Pour autant, estime le ministre, « le PCF n’appartient pas à la majorité gouvernementale » et, s’il « se situe dans la majorité présidentielle, il dit lui-même qu’il n’est pas au soutien de l’action du gouvernement. C’est une réalité ». Il indique enfin : « Compte tenu du positionnement aujourd’hui du PC, on essaye de les agréger, nous faisons l’effort, mais on n’y arrive pas. »

Ce week-end, lors du congrès de Toulouse (lire ici), une délégation du PCF, emmenée par la sénatrice Éliane Assassi et le responsable des relations extérieures Francis Parny, a rencontré Guillaume Bachelay, afin de s’entendre sur de prochaines rencontres PS/PCF (il n’y en a pas eu depuis les législatives). Tout en regrettant la non-invitation faite au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, ils s’étaient alors dits plutôt satisfaits de leur échange. Parny nous confiait : « On ne fait pas de procès d’intention aux socialistes, ils veulent sortir de la crise comme nous, explique-t-il. Mais nous ne faisons pas la même analyse de la sortie de crise. » Le secrétaire national du PCF aux relations extérieures avoue son inquiétude : « Le problème, c’est que nous n’avons pas le sentiment d’être respectés. On se demande si le gouvernement peut tenir longtemps sans une partie de la gauche ? »

Le président du groupe des sénateurs socialistes, François Rebsamen, confiait déjà il y a deux semaines que « depuis l’arrivée de Pierre Laurent au Sénat, les consignes de la place du Colonel-Fabien sont transmises beaucoup plus vite… » Dans un courrier adressé à Harlem Désir ce week-end (lire ici en PDF), le secrétaire national du PCF, devenu en septembre sénateur de Paris en remplacement de Nicole Borvo-Cohen-Seat, exprimait de son côté son inquiétude : « Notre attitude est claire. Notre combat est en totale opposition à la droite et à l’extrême droite. Avec le Front de gauche, nous avançons d’autres solutions et voulons convaincre la gauche qu’ elles seraient plus efficaces à sortir notre peuple et notre pays de la crise. Nous appuyons tout ce qui va et ira dans le sens du changement voulu par les Français. L’ostracisme à l’égard de nos propositions n’est pas une bonne méthode, il est même un des problèmes de la situation actuelle. »

La boîte noire :

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/311012/le-chiffon-rouge-brule-entre-ps-et-front-de-gauche

Le monde des roms : un documentaire à voir sur médiapart…

http://www.mediapart.fr/journal/france/051112/dans-le-bidonville-de-moulin-galant-un-film-sur-les-roms-et-les-elus-locaux

Vote des étrangers : Chanter l’Arlésienne ou tenir parole?

Médiapart

10 novembre 2012 Par Roland Rappaport

L’Arlésienne, celle qu’on attend et qui ne vient jamais. Comment n’y pas songer en traitant du droit de vote aux élections municipales des étrangers non européens installés en France.

Pour l’essentiel, il s’agit des Algériens, des Tunisiens, des Marocains et également des Africains du Sénégal du Mali et de la Côte d’Ivoire sans oublier les vietnamiens c’est-à-dire ceux des pays des anciennes colonies françaises.

Au début des années 80, François Mitterrand, candidat à la présidence de la République, s’était engagé à leur accorder ce droit de vote. En 1985, s’exprimant devant le Congrès de la Ligue des Droits de l’Homme, il confirmait son engagement en ces termes «Cette revendication est juste. Le droit de vote des immigrés entrera inéluctablement dans nos lois».

Mais en 1988, dans sa «Lettre aux Français», François Mitterrand, tout en affirmant ne pas avoir oublié les assurances prodiguées, faisait savoir qu’il renonçait à leur donner suite pour ne pas bousculer l’opinion.

Quant à Nicolas Sarkozy, dans son livre publié en 2001 «Libre», on lisait qu’il ne voyait pas de raison de refuser le droit de vote aux élections municipales aux étrangers non européens durablement installés en France, respectant nos lois et payant leurs impôts. Le 25 octobre 2005, devenu Ministre de l’Intérieur et Président de l’UMP et évidemment futur candidat à la présidence de la République, il confirmait sa position en ajoutant voir dans ce droit un facteur d’intégration. L’un de ses plus proches, Brice Hortefeux, déclarait le 26 octobre 2006: «Il faut simplement pour aboutir un peu d’audace et d’imagination ». Le 24 octobre 2008, devenu Président de la République, Nicolas Sarkozy, interrogé sur ce thème lors d’une émission de TF1, déclarait n’avoir pas changé de point de vue mais, déplorait-il, « Je n’ai pas de majorité pour le faire».

Il importe que l’Histoire ne bégaie pas. L’Assemblée Nationale s’était prononcée en mai 2000 en faveur du droit de vote aux élections locales de tous les habitants d’une même commune et ce, sans aucune exclusive. Aux suffrages de la majorité se sont ajoutés les votes de députés de l’opposition, tels Jean-Louis Borloo et Gilles de Robien. Celui-ci soulignait que la France avait trop tardé et qu’il était temps d’en finir avec une position regrettable. Il a fallu attendre plus de dix ans le moment du changement de majorité pour que le Sénat décide à son tour, fin 2011, qu’il importe de mettre fin à cette discrimination. Dans les mois suivants, en 2012, François Hollande, alors candidat, a solennellement déclaré «Président de la République, je leur accorderai ce droit».

Mais voici déjà revenu le temps des tergiversations et des reculs. Pourquoi tenir cette promesse puisqu’il n’y a pas de demande dans la société s’efforce de faire valoir notre Ministre de l’Intérieur dont la voix trouve de nombreux échos chez des élus de son propre parti.

Lors des débats au Sénat en octobre 2011, le Premier Ministre d’alors, Monsieur Fillon, avait développé à l’appui de son refus tout d’abord l’argument suivant :«Comme la République, la citoyenneté est une et indivisible» et en conséquence, pour la citoyenneté, un seul fondement, la nationalité. Le droit de vote constituant l’un des attributs essentiels de la citoyenneté, il ne pourrait s’exercer en dehors du lien citoyen-nationalité. Selon le Premier Ministre, les dissocier serait prendre le risque du communautarisme.

Nous avons là une conception fermée, dépassée historiquement, de la notion de citoyenneté. Professer que dans notre pays, l’habit de citoyen ne puisse être revêtu que par un Français, c’est ignorer la réciprocité du lien indissoluble de la citoyenneté avec la démocratie. Des enquêtes ont fait apparaître que pour qualifier la citoyenneté, les générations les plus jeunes placent en tête l’exercice de la démocratie.

Faire entendre sa voix parmi celle des autres, participer activement aux débats qui traversent la société, vérifier que les avis exprimés ne le sont pas en vain, c’est exercer la démocratie, c’est s’inscrire dans la collectivité des citoyens. Quant à l’accès à l’exercice de la démocratie, il contribue à la prise de conscience des valeurs de la République.

Malgré les retards accumulés dans l’accession à la citoyenneté, les aspirations au progrès de la démocratie ne sont pas demeurées sans effet. Ainsi, dans le domaine capital de l’éducation et de la formation existent aujourd’hui des instances réunissant des représentants élus des enseignants, des parents et aussi des élèves. Ensemble ils réfléchissent aux conditions les plus favorables à l’acquisition des savoirs, ils réagissent aux préoccupations et difficultés des jeunes écoliers et adolescents. Ils s’efforcent de trouver des solutions aux handicaps et obstacles auxquels ils sont confrontés. Ce concours de bonne volonté contribue au partage des valeurs sur la base de droits et devoirs réciproques. Qui oserait aujourd’hui prétendre exclure du droit de choisir parmi les représentants des parents l’un des membres d’une famille en raison de sa nationalité?

Au plan de la vie économique et de l’activité des entreprises, tous les salariés, sans aucune exclusive, sont électeurs et éligibles aux différentes instances, délégués du personnel, comité d’entreprise. Une loi votée en 1983, complétée en 2001, impose la présence d’un administrateur salarié élu par le collège de sa catégorie au sein des conseils d’administration et conseils de surveillance des entreprises du secteur public et para-public. Dans ces instances se débattent des problèmes touchant aux conditions de travail, à la politique de l’emploi, aux choix industriels et économiques. Il n’est aujourd’hui personne qui propose de soumettre cette citoyenneté sociale à une condition de nationalité.

La participation de tous les habitants sous conditions d’ancienneté de résidence et non de nationalité aux décisions prises au plan local au niveau des communes est unanimement considérée comme un corollaire nécessaire au processus de décentralisation. Des progrès ont d’ailleurs été accomplis à propos du droit à l’information. L’accès aux documents administratifs a été généralisé et organisé par le Législateur. A l’échelon communal, chacun peut avoir connaissance des délibérations et votes des élus notamment en matière budgétaire. Des consultations sont aussi organisées à propos des projets de développement et dans la sphère de l’urbanisme auxquelles tous les habitants sont invités à participer activement. Aucune catégorie n’est exclue du droit de voter lors des élections des représentants des habitants aux conseils d’administration des offices HLM et des OPAC. S’agissant de questions essentielles comme le montant du budget communal et le nombre de conseillers municipaux, le critère est celui du nombre d’habitants. Pour autant une catégorie d’entre eux, «les étrangers non communautaires» comme on les désigne pudiquement, demeure privée du droit de vote. Ils sont pour l’ensemble de la France de 1,8 à 2 millions de personnes installées à 80 % depuis plus de dix ans et souvent regroupées dans les quartiers et banlieues les plus pauvres de nos villes. Ainsi se perpétuent des situations véritablement ubuesques. A Saint-Denis (93) où vivent 100 000 personnes, le maire élu recueille moins de 7 000 suffrages. Dans le 19e arrondissement de Paris ce sont 25 % des 200 000 habitants qui sont interdits de vote. Cette exclusion d’un champ important de la vie sociale ne peut être ressentie que comme une discrimination douloureuse. Les effets, pessimisme, découragement, refuge identitaire dans la sphère communautaire, sont évidemment néfastes voire dangereux Les enfants de ces familles, le plus souvent français, ne sont évidemment pas indifférents à la façon dont leurs parents sont traités. On sait combien est fragile et faible leur participation aux différents scrutins. De nombreuses voix s’élèvent pour déplorer l’absence de mixité sociale qui perdure au plan de l’habitat. Il est permis de penser que les dirigeants des municipalités se seraient davantage attachés à la recherche de solutions si ceux qui sont directement concernés pouvaient faire entendre leur voix à l’occasion des élections locales.

Lors des débats qui se sont déroulés au Sénat voici un an, Monsieur Fillon s’était efforcé de justifier, par les liens historiques et l’existence d’un projet d’avenir commun, le régime dérogatoire réservé aux étrangers communautaires, ressortissants des pays de l’Union Européenne à savoir le droit de vote et d’éligibilité au plan communal.

Puisqu’il est fait appel à l’Histoire, citons ce que déclarait de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944 « dans l’extrémité où une défaite provisoire l’avait refoulée, c’est dans ses terres d’Outre-mer, dont toutes les populations, dans toutes les parties du monde, n’ont pas une seule minute, altéré leur fidélité, que la France a trouvé son recours et la base de départ pour sa libération ». Et ce jour-là à Brazzaville, le Général de Gaulle évoquait ainsi notre pays: « La France, c’est-à-dire la Nation, dont l’immortel génie est désigné pour les initiatives qui par degré élèvent les hommes vers les sommets de dignité et de fraternité où quelque jour tous pourront s’unir ». Et quinze ans plus tard, s’exprimant à Dakar, il déclarait voir dans la foule innombrable venue le saluer et l’écouter « un capital de compréhension, d’estime, d’affection réciproques dont nous avons tous hérité et que nous serions bien fous, ou bien coupables, de renier aujourd’hui au milieu d’un monde où se dressent tant d’hostilité, de fureur et de haine ».

Le 12 août 2004, le Président Chirac, remettant la légion d’honneur à des vétérans, déclarait le faire en hommage aux soldats africains tombés pour la France. Et l’année suivant dans un discours intitulé « Les principes de la laïcité dans la République », il saluait « les ressortissants du Maghreb et de l’Afrique noire qui ont si puissamment contribué à la croissance des trente glorieuses avant de faire souche sur notre sol ».

Le Président Nicolas Sarkozy, lors d’un déjeuner offert le 13 juillet 2010 aux chefs d’Etats africains, affirmait: « Il est des dettes qui ne s’éteignent jamais, celles que la France a contractées envers vos pays où commençait de briller, voici soixante-dix-ans, la flamme de la France libre et dont les fils ont versé leur sang pour libérer la France ».

Elu au mois de mai Président de la République, François Hollande n’a pas attendu longtemps avant de se rendre à Dakar. Il y a pris la parole le 12 octobre devant les députés réunis à l’Assemblée Nationale du Sénégal: « Notre amitié est fondée sur notre histoire, une Histoire belle, cruelle, rebelle…L’histoire d’une fraternité, ainsi celle des combats menés ensemble. La France se souvient qu’en 1914 et 1940, elle a pu compter sur le concours de nombreux sénégalais enrôlés de gré ou de force sous le drapeau tricolore et dont le courage a permis à la France d’être ce qu’elle est aujourd’hui…nous ne l’oublierons jamais ». François Hollande ne pouvait bien sûr manquer de rappeler les combats menés ensemble et les sacrifices de nombreux sénégalais mais il s’est aussi exprimé à propos de l’avenir: « Le temps de la Franceafrique est révolu. Il y a la France et il y a l’Afrique. Il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité ». Il a aussi mis l’accent sur la volonté de construire « la francophonie de demain, communauté de langues, d’initiatives et de valeurs promise à un grand avenir ». Quarante-huit heures plus tard, il participait au sommet des Chefs d’Etat de la Francophonie à l’issue duquel ont été arrêtés des objectifs précis:

– que la langue française devienne une langue de communication internationale porteuse de développement et de modernité,

– en finir avec les obstacles que rencontre la mobilité des francophones, étudiants, chercheurs, artistes, entrepreneurs, hommes d’affaires, travailleurs,

– oeuvrer pour le développement du volet économique,

– s’attacher à la réduction de la fracture numérique au sein de l’espace francophone et à une meilleure présence des contenus en français sur la toile.

Ainsi, nous avons avec les pays anciennement colonisés, aujourd’hui indépendants, des liens historiques indissolubles. Et nous nous sommes naturellement engagés avec succès dans la recherche et la définition de perspectives communes. Aujourd’hui, des écrivains, des chanteurs, des musiciens, beaucoup de créateurs, nés dans nos anciennes colonies, s’exprimant dans notre belle langue, sont accueillis et fêtés avec intérêt et plaisir et personne ne leur demande d’abandonner leur nationalité à laquelle ils tiennent parce qu’acquise comme fruit de leur indépendance

Le Président François Hollande dispose donc d’atouts considérables pour en finir avec l’Arlésienne et être fidèle à sa parole.  Mais, objectent certains, les sondages disent que le moment n’est pas encore venu. Qu’en est-il?

De 1994 à 1997, 30 % de nos concitoyens se prononçaient en faveur du droit de vote des immigrés. Selon tous les instituts de sondages, ce pourcentage était de 44 % en 1998, 50 % en 1999. Il avait atteint 55 % en 2000 au moment du vote favorable à l’Assemblée Nationale. Lorsque le Sénat s’est prononcé à la fin de l’année dernière, le pourcentage avait atteint 61 % et jusqu’à 75 % chez les plus jeunes. Aujourd’hui, on en serait à seulement 40 %, le pourcentage dépassant sensiblement 50 % pour les plus jeunes. Face à la persistance de la crise, à la montée du chômage, à l’augmentation constante du nombre de personnes connaissant la pauvreté, nos concitoyens sont évidemment de plus en plus préoccupés par leur avenir et celui de leurs enfants. Ces inquiétudes sont instrumentalisées par certains dirigeants politiques qui n’hésitent pas à proclamer que l’expulsion des immigrés serait l’un des remèdes à la crise. Il est vrai que la période est difficile mais cette situation doit conduire à assumer les choix et engagements pris. Ce droit de vote n’a pas été inscrit dans le programme du candidat François Hollande à la légère. Il n’ignorait pas l’existence de la crise et la complexité des problèmes. C’est bien sûr après mûre réflexion et pour des raisons sérieuses et légitimes qu’il en a décidé et l’a fait savoir. Il est souvent reproché aux dirigeants politiques de très vite oublier leurs engagements ce qui conduit au scepticisme et à une désaffection de la vie politique. Il est donc de la plus haute importance que le Président de la République respecte la parole donnée. Plutôt que de s’incliner devant les sondages, il importe d’engager une campagne de communication, d’explications, de leçons de démocratie en s’appuyant sur l’expérience sociale des français, leur ouverture à la réflexion et leur générosité.

Roland Rappaport, avocat au barreau de Paris.

Tous les commentaires

10/11/2012, 19:54 par Juliette BOUCHERY

Je suis fascinée par la façon dont ce gouvernement instrumentalise les refus de son peuple. Dès qu’ils n’ont pas envie de faire quelque chose, ils prétextent que le peuple « ne serait pas d’accord », « ne nous suivrait pas », « ne nous a pas élus pour ça ». Quand en revanche le peuple manifeste un massif désaccord avec ce qu’ils ont décidé de faire (TSCG par exemple), là, tout à coup, ils n’entendent plus rien !

10/11/2012, 20:46 par Chougnax

Cher maître Rappaport qui vous dites avocat, peut-être avez-vous lu, du temps de vos lointaines études de droit, la Constitution. Sans doute avez-vous constaté à cette occasion (probablement unique, d’où l’empl;oi du singulier) que sa révision, nécessaire à l’accomplissement de cet engagement multiprésidentiel, requiert soit un vote du Congrès à la majorité des trois cinquièmes, soit l’accord du peuple consulté par référendum, et préalablement, en toute hypothèse, un vote conforme des deux assemblées. Celui-ci était hors d’atteinte jusqu’aux élections sénatoriales de septembre 2011, qui ont fait basculer la majorité au palais du Luxembourg. Le Palais-Bourbon a suivi le même chemin en juin dernier. Il est douteux, cependant, qu’il se trouve 555 parlementaires sur 925 pour adopter le projet ; il s’en faut d’une bonne trentaine de voix, peut-être même d’une quarantaine, Borloo (entre autres) s’étant dédit depuis son vote de naguère. Reste le référendum. Mais ne risque-t-il pas d’aboutir à enterrer l’affaire pour longtemps ?

11/11/2012, 08:02 par Leséparges

Je pense que la gauche de la gauche joue le jeu le plus stupide et dangereux possible .

Vous vous étonnez que ce gouvernement fonctionne avec une politique centre gauche . Mais il le fait en fonction de ses soutiens et des rapports de force .

A droite il est combatu à outrance .

Et la gauche de la gauche le tatanne en permanence : autre adversaire résolu .

Cela pouvait se comprendre dans le cadre des élections mais « le peuple » s’est prononcé .

Il me semble que si j’étais à gauche de la gauche je tenterais de pro poser une plate forme commune qui pourrait être compatible avec ce que peut faire ou accepter le PS , dans le cadre des rapports de force et non de la surenchère idéologique .

Soit cette plate forme est acceptée car elle permet de faire avancer un certain nombre de points et donc est un bon compromis , et dans ce cas certaines mesures importantes seront traitées , parce que en contrepartie la hache de guerre sera enterrée , soit la gauche de la gauche continue son travail de sape , mais sans garantie qu’au bout du compte ses idées seront appliquées un jour . Car la droite est combattive et l’extrême droite se renforce  plus rapidement que les effectifs radicaux .

Voilà me semble t’il où devrait se situer le débat .

Maintenant vous pouvez continuer de taper à l’aveugle au marteau piqueur . Mais je n’en vois pas l’intérêt . Enfoncer des portes ouvertes pour le plaisir d’une petite minorité , ne peut que déstabiliser un consensus fragile , et faire prendre des risques immenses pour la majeure partie des gens dont vous dites vous préoccuper .

Ce propos m’est personnel et n’engage que moi .


L’ « anti-rapport Gallois » d’Attac et de la fondation Copernic

08 novembre 2012

« En finir avec la compétitivité ». Tel est l’objectif poursuivi par sept militants d’Attac et de la fondation Copernic, économistes pour la plupart, qui, dans une étude de 27 pages, critiquent les principaux points du rapport de Louis Gallois sur la compétitivité et dénoncent le « triple ralliement » du pacte du gouvernement « aux dogmes libéraux : à celui des salaires et des cotisations sociales comme cause de la désindustrialisation et du chômage, à celui de la nécessité de la baisse des dépenses publiques et à celui de la TVA antisociale ».

« Un tel pacte faustien, par lequel la gauche vend sa raison d’être, ne donne hélas rien en échange », assurent ensemble Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Norbert Holcblat, Michel Husson, Pierre Khalfa, Jacques Rigaudiat et Stéphanie Treillet. La tonalité générale de leurs travaux est donnée, et elle n’est guère surprenante, compte tenu de l’appartenance de la majorité de ces auteurs à la mouvance altermondialiste ou anti-libérale.

« UN MARRONNIER »

Leur étude mérite qu’on s’y attarde. Elle note d’abord et à juste titre que le thème de la compétitivité est « un marronnier des débats de politique économique » et qu’il est difficile d’en proposer une définition claire et admise par tous, « sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations ».

Le diagnostic du rapport Gallois sur l’état de l’industrie française, sur son décrochage et sur son déficit d’innovation est partagé. En revanche, Attac et la Fondation Copernic apportent un éclairage différent sur les causes des faiblesses industrielles françaises : ils contestent l’argument patronal selon lequel le niveau historiquement bas du taux de marge des entreprises empêcherait celles-ci d’investir dans l’innovation et font observer que, dans les années 1990, ce taux de marge avait augmenté mais que l’effort en recherche et développement (R&D) était resté globalement stable.

LOGIQUE FINANCIÈRE

Constatant que la part des revenus nets distribués par les sociétés non financières en 2011 a atteint 9 % de leur valeur ajoutée, soit le point le plus haut depuis la seconde guerre mondiale, les auteurs en concluent que les entreprises ont choisi de continuer à augmenter les dividendes plutôt que d’investir dans l’innovation. Ils font aussi observer que les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises sont asservies à la logique financière des grandes groupes, contrairement à leurs homologues allemandes ou italiennes, et que les exportations françaises sont plus sensibles que les exportations allemandes au taux de change de l’euro.

L’alourdissement du « coût du travail » n’est pas la cause des pertes de parts de marché françaises. Depuis dix ans, les coûts salariaux unitaires français (salaire par unité produite) ont évolué comme la moyenne européenne, rappellent nos sept auteurs en faisant remarquer que « la mondialisation près de chez nous brouille les cartes ». Et de rappeler que l’amélioration de la compétitivité-prix de l’Allemagne ne s’explique pas seulement par le gel des salaires mais aussi par la délocalisation de segments productifs entiers vers les pays d’Europe centrale et orientale (PECO).

La contribution des grandes entreprises « nationales » aux performances de leur pays de rattachement peut se dégrader à partir du moment où elles réalisent une partie croissante de leur chiffre d’affaires à l’étranger (cf Renault et  la Roumanie), ce phénomène pouvant être amplifié par l’utilisation des prix de transfert entre sociétés membres d’un même groupe de manière à localiser le bénéfice final dans un pays à fiscalité avantageuse.

« VOIE SANS ISSUE »

Plutôt que de se focaliser sur le coût du travail, mieux vaut s’intéresser à celui du capital. « En l’espace de douze ans, la part des revenus distribués par les sociétés non financières a pratiquement doublé par rapport à leur excédent brut d’exploitation (EBE), et presque doublé par rapport à leur valeur ajoutée brute (VAB), déjouant donc la coupure avant/après la crise, au point d’absorber plus des 4/5 de leur EBE », écrivent les auteurs. « Crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité. »

On ne sera pas surpris qu’Attac et la Fondation Copernic préconisent d’abandonner la logique même de la compétitivité, cette « voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice »,  et proposent un autre modèle de développement qui rompt avec le consumérisme.

http://bercy.blog.lemonde.fr/2012/11/08/l-anti-rapport-gallois-dattac-et-de-la-fondation-copernic/