Pourquoi le mariage gay attire autant de caricatures.

Rédigé par Juan Sarkofrance

le Jeudi 8 Novembre 2012 à 12:00 | 87 commentaire(s)

La prochaine légalisation du mariage homosexuel tient déjà toutes ses promesses. Les critiques caricaturales s’accumulent, et même d’où on ne les attend pas.

Et les autorités religieuses ont aussi commis l’inévitable maladresse ultime de s’inviter brutalement dans le débat.

Pourquoi le mariage gay attire autant de caricatures.

Religieux en rage
Ce n’était qu’une promesse de François Hollande. Nul reniement ni revirement, donc; simplement l’application d’un élément de son programme de campagne. Et ce mercredi 7 novembre, la mesure était adoptée en Conseil des ministres. Il y en a pour penser que le gouvernement hésite.

Il était prévisible que nos Eglises de Franc e se choquent. Ce projet est contraire aux représentations officielles du couple dans toutes les religions du pays. On aurait pu espérer que quelques esprits croyants éclairés réalisent qu’une telle ouverture du mariage civil pourrait mieux différencier l’importance symbolique de leurs unions religieuses.

En vain.

Après les propos outranciers puis démentis d’un cardinal Barbarin, Monseigneur André Vingt-Trois,  a « sonné la charge » dimanche 4 novembre, devant un parterre de confrères: « Imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants. »

Mais au final, de quoi se mêle-t-il, cet archevêque ? Que ne reste-t-il cloitré dans son domaine des cieux ? Seul le mariage civil est reconnu en France qui, rappelons-lui, est une République laïque. La légalisation du mariage gay détachera enfin, symboliquement et totalement le mariage civil de la sphère religieuse.

« Nous ne touchons pas à la Bible, nous touchons au Code Civil »
Christiane Taubira, 7 novembre 2012.

Sans surprise, la quasi-totalité de la droite politique a suivi ces hiérarques catholiques.

Valérie Pécresse, l’une des supportrices du candidat François Fillon rappelle sa position, dès dimanche, après la déclaration de l’archevêque: « Nous, nous ne sommes pas favorables au mariage homosexuel (…) non pas parce que nous ne sommes pas favorables à la reconnaissance de l’amour des couples homosexuels mais parce que ça touche à la filiation et que nous ne voulons pas voir disparaître la référence au père et à la mère dans le code civil ». Le mercredi suivant, Serge Dassault, l’industriel propriétaire du Figaro et sénateur UMP, grand amateur de formules qui tachent, nous lâche sur France Culture : « Y’a plus de renouvellement de la population à quoi ça rime ? On veut un pays d’homos ? Dans dix ans y’a plus personne, c’est stupide.» On ne touche plus le fond, mais les sous-sols.

La messe était dite.

Plus sexy que les traditions, il y avait la science et les droits de l’enfant. Le Figaro Magazine nous avait exhumé un militant et pédopsychiatre qui affirmait qu’un enfant devait pouvoir « s’originer », fut-ce dans une famille hétérosexuelle démembrée.

Caricatures
On accuse aussi la gauche de vouloir réécrire les manuels d’histoire pour revaloriser l’homosexualité. La critique vient même … de la la gauche. Certain(e)s se troublent: «Pourquoi faut-il que, même à gauche, des ministres se mêlent du contenu des manuels scolaires ? En quoi Najat Vallaud-Belkacem est-elle légitime pour affirmer que l’homosexualité de Rimbaud explique une grande partie de son œuvre ?» titre Rue89, le site affilié au Nouvel Obs.

La ministre et porte-parole du gouvernement avait osé cette remarque, un sacrilège: « Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbien, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre comme Rimbaud. » Et voici certains d’allonger la sauce, d’enchaîner la prose comme si la ministre avait annoncé une prochaine réécriture des manuels scolaires.

Rue89 renvoie en fait vers un autre billet, plus accablant, publié par RAGEMAG contre Caroline de Haas, conseillère en charge des relations avec les associations et de la lutte contre les violences faites aux femmes auprès de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. En cause, elle en ferait trop pour les droits des gays.

La charge fut violente, aussi violente que la critique s’avère finalement vaine.  La cause – la légalisation du mariage gay – ne serait pas en cause. Mais il faudrait la jouer discret, cesser de proclamer autant d’urgence sur un sujet prétendument évident. Ainsi écrit l’auteur de RAGEMAG :

« L’exemple du « mariage pour tous » est révélateur de la stupidité ambiante : des guenons et des macaques font une bataille de boue. Le citoyen, au milieu, s’excuse de s’inquiéter pour son pouvoir d’achat. Disons-le sans ambages : le mariage pour tous peut bien passer, non parce que cela va dans le sens de l’Histoire – il n’y en a pas – mais simplement parce qu’il n’y a aucun bon argument contre.»

Fichtre !

Quelle ignorance du monde! Les discriminations contre l’homosexualité commencent jeune, très jeune.

Pourquoi ne pas reconnaître ce besoin de dé-passionner, dé-stigmatiser le débat dès l’adolescence ?

Il y a ensuite l’autre argument. Le gouvernement devrait être mono-sujet. Variante du « it’s the economy, stupid ! » que nous proclamions contre Nicolas Sarkozy quand il nous lançait à la figure et sans crier gare son débat sur l’identité nationale, certains estimeraient donc que la Grande Crise exclurait toute avancée sociétale. Quel choix ! La crise, protéiforme, frappe tout. Elle favorise déjà les clivages, aggrave les inégalités, facilite les caricatures. Elle sert d’argument régulièrement invoqué comme une technique bien facile de management du plus grand nombre.

Pourquoi donc se priver d’avancées de nos libertés publiques ?

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Quand se soigner devient un privilège…

Jeudi 8 Novembre 2012 à 12:00 |

Faute d’argent, plus d’un Français sur cinq reporte ou renonce tout bonnement à se soigner. Ce phénomène touche les plus démunis mais aussi les classes moyennes, et inquiète de plus en plus les professionnels de la santé.

 

GIRAUD FLORE/SIPA

GIRAUD FLORE/SIPA
Décrocher un emploi n’est pas toujours une bonne nouvelle. Quand il était au chômage, Luc, 43 ans, pouvait se faire soigner. Comme 4 millions de Français, il était bénéficiaire de la couverture maladie universelle (CMU), mais aussi de la CMU-C, une complémentaire gratuite réservée aux personnes dont les revenus n’excèdent pas 661 e par mois ; un plafond, soit dit en passant, très inférieur au seuil de pauvreté (803 euros pour une personne seule). Aujourd’hui, il a décroché un emploi dans une association, mais, revers de la médaille, il a perdu ses droits à la CMU. Et, du coup, il ne va plus chez le médecin, la Sécurité sociale ne couvrant ses dépenses qu’à hauteur de 55 %.

La difficulté d’accès à la santé ne frappe pas seulement les plus démunis, elle touche désormais les classes dites «moyennes». Ces ménages qui ne sont pas éligibles aux aides telles que l’aide médicale de l’Etat (AME) ou la CMU (voir l’encadré, p. 25), mais qui ne gagnent pas assez pour se payer une mutuelle efficace. Selon le baromètre Europ Assistance 2012, 27 % des Français ont renoncé à, ou reporté des soins de santé au cours de l’année. Même constat pour le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (Cecop), qui détaille les motifs invoqués : pour 57 % des répondants, c’est le «manque d’argent» qui les a maintenus à distance de leur médecin et, pour 41 % d’entre eux, «parce que le remboursement aurait été insuffisant».

>> Lire aussi : L’hôpital public, un grand corps malade

Pour l’UFC-Que choisir, l’inflation des dépenses de santé rend indispensable l’adhésion à une complémentaire. Et c’est bien là que se dessinent les contours d’une médecine à plusieurs vitesses. Bénéficier de la CMU n’ouvre pas toutes les portes des cabinets médicaux. Loin de là. «Si vous dites à la secrétaire que vous êtes à la CMU, elle vous donne un rendez-vous dans trois mois. C’est une façon de vous dire qu’on ne veut pas de vous», estime Ludovic, 36 ans, qui est au revenu de solidarité active (RSA)*. Le motif invoqué par les médecins pour justifier ce non-respect des droits ? Le retard des remboursements par les caisses.

Indispensable mutuelle

Pour tous les autres, ceux qui doivent se débrouiller seuls pour bénéficier d’une mutuelle, l’accès aux soins est fonction de la taille du compte en banque. Quand la carte Vitale ne suffit plus, c’est la carte de crédit qui fait la différence. Car les performances de couverture des mutuelles ou des assurances varient évidemment en fonction de leur coût : pour être bien protégé, il faut y mettre le prix, une mutuelle coûtant en moyenne 481,20 euros par an. «Si on a de quoi payer, on est bien remboursé, dit Marc Paris, du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss). C’est le principe de l’assurance individuelle : certains ménages sont très bien pris en charge, mieux que jamais même, et d’autres sont exclus du système.» Au congrès de la mutualité, le 20 octobre 2012, François Hollande a fait la promesse qu’à l’horizon 2017 tous les Français auront accès à une mutuelle. Pour l’instant, ils sont 8 % à y renoncer.

Pour faire face aux dépenses de santé, certains font appel à des microcrédits auprès des CCAS, les centres communaux d’action sociale. «Beaucoup de nos centres reçoivent des demandes de ce type. Pourtant, à l’origine, ça ne fait pas vraiment partie de nos champs d’action», rappelle Hélène-Sophie Mesnage, de l’Union nationale des CCAS. Un tiers des CCAS estiment que les frais de santé constituent un poste de dépenses que les ménages qu’ils rencontrent renoncent à assumer. Un constat qui les a conduits à accompagner les familles dans leur quête de spécialistes qui ne pratiquent pas de dépassements d’honoraires. Une denrée rare : selon la très récente enquête de l’UFC-Que choisir, 80 % des Français habitent dans une zone où l’accès à un gynécologue ou à un ophtalmologue au tarif de la Sécu est compliqué. Pour 27 % d’entre eux, c’est la consultation d’un simple généraliste qui relève de la mission impossible, surtout dans les grandes villes et en zone rurale.

Le manque de spécialistes pratiquant des tarifs raisonnables révèle une discrimination tout aussi choquante que la barrière financière : pour se livrer à un tel parcours du combattant, il faut avoir le temps d’attendre. Une visite annuelle chez le gynécologue peut, certes, se prévoir longtemps à l’avance, mais certainement pas une affection «surprise». Celui qui doit faire face à un imprévu de santé se retrouve dans la même situation que l’étourdi qui a oublié ses clés en partant de chez lui : faire appel à un serrurier, quel qu’en soit le coût, ou bien rester dehors.

* Cité par Caroline Desprès dans «Le renoncement aux soins pour raisons financières», Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), mars 2012.

 

POURQUOI LES LUNETTES SONT SI CHÈRES

Selon le baromètre Europ Assistance, les Français qui ont reporté des soins, ou y ont renoncé, ont commencé par délaisser d’abord les soins dentaires (19 %) et, immédiatement après, l’achat de lunettes (10 %). Deux secteurs historiquement mal remboursés par l’assurance maladie : chez le dentiste, seul le traitement des caries est pris en charge et, chez l’opticien, la Sécurité sociale couvre environ un douzième des coûts d’une paire de lunettes. Pour financer ses binocles, c’est donc vers les mutuelles que l’on se tourne. Sauf que, même pour les mutuelles, les prix pratiqués par les opticiens, qui margent entre 60 et 80 %, deviennent prohibitifs. Elles sont de plus en plus nombreuses à créer un «réseau d’opticiens partenaires» avec qui elles négocient des tarifs préférentiels. Pour bénéficier du meilleur remboursement, le consommateur doit donc se rendre dans l’une des boutiques «partenaires» de sa mutuelle. Pour les bénéficiaires de la CMU complémentaire, le choix proposé par les opticiens se limite en général à cinq montures. Pour ceux qui ne trouveraient pas leur bonheur dans ce qu’on leur propose, le reste à charge est en moyenne de 165 €. A ce tarif, pas étonnant que beaucoup fassent le choix de rester dans le flou.

Source : Crédoc 2011.

LES AIDES AUX PLUS DÉMUNIS

Aide médicale de l’Etat (AME) : dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Prise en charge à 100 % des soins médicaux et d’hospitalisation en cas de maladie ou de maternité dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale.

Couverture maladie universelle (CMU) : protection maladie obligatoire pour les personnes qui ne sont pas déjà couvertes par un autre régime obligatoire d’assurance maladie. Le bénéficiaire paie ses dépenses de santé (consultations médicales, médicaments, examens médicaux) et l’assurance maladie rembourse la part obligatoire, également appelée «part Sécurité sociale».

CMU complémentaire : complémentaire santé réservée aux revenus n’excédant pas 661 € par mois. Prise en charge à 100 % de la part complémentaire des dépenses à hauteur de 100 % des tarifs de la Sécurité sociale.

Aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) : pour les revenus n’excédant pas 874 € par mois. Elle permet d’avoir une réduction de la cotisation à payer à l’organisme de protection complémentaire.