Obama-Romney : le faux suspense

Nouvel Obs

Il n’y a pas de suspense : Barack Obama est pratiquement certain d’être réélu président ce mardi.

On ne va pas se faire que des amis en écrivant cela. Journaliste arrogant ! Gâcheur de suspense ! Et l’objectivité, c’est pour les journalistes du « Monde » ? On va bien rire, demain ! Mais le fait est là : Obama sera presque certainement réélu président des Etats-Unis. Sondage après sondage, quels que soient les Etats-clés en question, le démocrate l’emporte assez nettement sur le républicain pour que le doute ne soit plus permis. Nate Silver, du « New York Times », qui compile et mouline tous ces sondages avec une maestria ayant fait ses preuves en 2008 et 2010, évaluait lundi soir à 92,2% la probabilité d’une victoire d’Obama. Comme il l’a fort bien expliqué dans son blog 538, il faudrait que l’immense majorité des sondages soient biaisés dans une seule et même direction pour que Romney l’emporte.

Et pourtant, les médias font comme si… « Obama et Romney à égalité », clame CNN, « tossup » (« 50-50 »), titrent les journaux.

Pourquoi ce faux suspense ? Trois raisons.

Respecter la démocratie

La première est recevable, les deux autres moins. Entretenir le suspense, c’est reconnaître implicitement que l’électeur décidera, et s’interdire de fausser le jeu démocratique en l’influençant. C’est afficher un respect presque sacré de la glorieuse incertitude des urnes : les meilleurs sondages peuvent se tromper, mieux vaut une fois pour toutes faire acte d’humilité.

Le problème est que cette justification est un peu trop noble, un peu trop belle pour refléter la réalité du paysage médiatique de 2012.

Maintenir le suspense

La deuxième raison du faux suspense, bien plus réelle à mon avis, est de maintenir jusqu’au bout l’incertitude de la course de chevaux – car c’est bien ainsi que les médias couvrent désormais les campagnes présidentielles. Et pourquoi pas ? Sauf que cela conduit à cacher une réalité objective – Obama dispose d’un avantage net, il est le grand favori – au profit d’un mensonge – les deux candidats ont autant de chances de gagner, la course se décidera par une photo au finish. N’est-ce pas une escroquerie ?

Un train de retard

La troisième raison, la plus intéressante à mon avis, est que les médias ont un train de retard sur les campagnes. Ils en sont encore à disséquer les petites phrases, à monter en épingle des événements sans conséquence durable, bref, à lire dans le marc de café électoral, quand les campagnes, elles, sont à la tête de machines de guerre ultra-sophistiquées.

La politique, comme tous les autres univers, est en train d’être profondément changée par la révolution des technologies de l’information. Les candidats sont informés plus vite, plus exactement, et plus complètement de la réalité électorale. Les erreurs sont possibles, bien sûr, mais quand un Nate Silver avance ses probabilités, il se base sur une masse de sondages très importante et venant de sources multiples, une richesse impensable il y encore quelques années.

Ce qui lui permet d’écrire (le 3 novembre) : « Les arguments [selon lesquels la grande majorité des sondages seraient biaisés en défaveur de Romney, NDLR] sont potentiellement plus cohérents, intellectuellement, que ceux qui prétendent que la course est trop serrée pour qu’on puisse désigner un leader. Ce n’est pas vrai. Si les sondages dans les Etats ont raison, alors M. Obama gagnera le collège électoral. Si vous ne pouvez reconnaître cela (…) après une journée où M. Obama mène dans 19 sondages sur 20 dans des Etats-clés, alors vous devriez abandonner toute prétention à informer le public plutôt que de le divertir ».

Sasha Issenberg, qui a étudié de près le « labo de la victoire » d’Obama, a lui aussi ridiculisé le retard technologique des médias dans leur analyse de la politique. Sa critique est méthodique, argumentée et un peu glaçante – que reste-t-il du grand drame humain de la politique, si l’on confie les clés de la loco journalistique à des matheux, statisticiens et faiseurs de sondages sans émotion ? Mais c’est une critique que l’on ne peut pas balayer d’un revers de main. Le monde de la politique a changé, et c’est ce qui nous permet – désolé ! – de gâcher le suspense en annonçant la victoire d’Obama.

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Piketty : le crédit d’impôts, «ça manque d’ambition et c’est illisible»

Libe

6 novembre 2012 à 12:48
Recueilli par Dominique ALBERTINI

L'enquête préliminaire ouverte à Paris à la suite d'une plainte pour violences entre conjoints déposée par la député PS de Moselle Aurélie Filippetti à l'encontre de l'économiste Thomas Piketty a été classée sans suite mercredi, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

Le gouvernement a tranché : pas de diminution des cotisations sociales pour les entreprises, comme le prônait le rapport Gallois, mais un crédit d’impôt proportionnel à leur masse salariale. Un choix qui agace l’économiste Thomas Piketty, proche du PS, selon qui elle complexifie le système fiscal et élude la question du financement de la Sécurité sociale. (Photo Mehdi Fedouach. AFP)

Que pensez-vous du dispositif annoncé par Jean-Marc Ayrault pour donner de nouvelles marges aux entreprises ?

Cela manque d’ambition, c’est illisible, c’est une couche de complexité supplémentaire sur un système fiscal déjà très complexe. La seule raison de procéder ainsi plutôt que par une diminution des cotisations sociales, c’est de reporter l’effort budgétaire de l’Etat à 2014 [le versement aux entreprises intervenant l’année suivant la déclaration d’impôt, ndlr]. On est simplement dans une volonté de contourner l’obstacle.

Quel obstacle ?

Au-delà de la question de la compétitivité, il fallait aussi s’attaquer à la structure du financement de la Sécurité sociale. A l’heure actuelle, les cotisations financent les retraites, le chômage… C’est justifié, car il s’agit de revenus de remplacements, proportionnels à ce que vous avez cotisé. Mais elles financent également l’assurance maladie, la famille, la construction : des dépenses qui n’ont pas à peser sur le travail. Les cotisations patronales représentent 40% d’un salaire, mais 20% seulement sont justifiées. Il faut faire peser le financement de la sécurité sociale sur une assiette plus large que le travail.

Mais la mesure permet-elle d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises ?

Même de ce point de vue, elle passe à côté de son objectif. Elle est complexe, et l’on ne sait rien de sa pérennité. Si l’on veut vraiment agir sur la compétitivité, on a besoin d’y voir clair pendant quelques années. Or, je suspecte que ce choix d’un crédit d’impôt s’explique par la facilité à jouer de cet outil. Par exemple, il sera tentant, à l’avenir, de le moduler, par exemple au profit des entreprises qui ont le plus augmenté la masse salariale d’une année sur l’autre. Mais à l’inverse, si une entreprise diminue ses effectifs, vous n’allez pas augmenter ses impôts. C’est la voie ouverte à une usine à gaz fiscale.

Quelles conséquences sur l’emploi ?

On peut espérer que ces vingt milliards d’euros ne seront pas dépensés en vain. Mais l’efficacité de ce mécanisme sera moindre que celle d’une baisse des cotisations. Je rappelle par ailleurs que l’actuelle majorité a annulé cet été une baisse des cotisations sur les bas salaires et une hausse de la TVA, qu’elle réintroduit aujourd’hui : tout ça pour en arriver là !


L’expulsion d’Aurore Martin est une erreur politique doublée d’une erreur humaine…

Lettre LDH FIDH Aurore Martin def 6 11 12