OGM : l’étude Seralini mise en pièce, son auteur sauvé du déshonneur

Mercredi 24 Octobre 2012 à 12:00
Journaliste à Marianne.

Les critiques de l’étude de Gilles Eric Séralini sur les OGM se suivent et se ressemblent, sévères. Les Agences françaises viennent de désavouer radicalement les résultats. Et pourtant, les mêmes qualifient l’étude d’ambitieuse et originale, comme si son auteur avait agi en lanceur d’alerte alors qu’il a semé la peur infondée. Etrange.


SIMON ISABELLE/SIPA

SIMON ISABELLE/SIPA
Lundi noir pour Gilles-Eric Séralini et le Criigen de Corinne Lepage, respectivement auteur d’une étude choc sur les OGM rendue publique avec fracas par le Nouvel Observateur  et l’un des commanditaires de l’étude (aux côtés des enseignes de grande distribution Carrefour et Auchan). A quelques heures d’intervalle, le Haut comité des biotechnologies (HCB) et l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail) ont rendu leur avis sur le travail du professeur de l’université de Caen : « c’est scientifiquement nul » auraient-ils pu écrire en résumé.

Bien sûr, les termes employés sont moins directs, mais tout aussi ravageurs quand ils s’adressent à un scientifique établi: « interprétations spéculatives des résultats », « absence d’analyse statistique des données concernant les informations », « conclusions insuffisamment soutenues par les observations », « présentation des résultats utilisés pour échafauder des hypothèses physiopathologiques non fondées », « l‘examen des courbes de mortalité ne permet pas de conclure à une différence entre les groupes de rats », etc. On cherche une phrase de reconnaissance scientifique dans l’un ou l’autre des deux avis, en vain. Bref, pour le HCB comme pour l’Anses qui ont travaillé en étroite collaboration pour répondre à l’urgence imposée par le gouvernement, « les résultats de ce travail de recherche ne permettent pas de remettre en cause les évaluations précédentes du maïs OGM NK603 et du Round-up ». Et le titre choc du Nouvel Obs « Oui, les OGM sont des poisons » est sans fondement.

Quelques jours auparavant , les six académies scientifiques françaises (médecine, science, pharmacie, vétérinaire, agriculture et technologie), unies pour l’occasion, avaient fait entendre leurs voix : « Ce travail ne permet aucune conclusion fiable » lit-on dans leur communiqué commun. Le désaveu est donc total, unanime même tant il fait suite aux avis concordants déjà exprimés des agences de sécurité sanitaire européenne, allemande et australienne.

« L’étude publiée le 19 septembre marque un tournant dans la carrière de M. Seralini, écrivait Hervé Kempf dans le Monde (21/09). Si sa qualité est validée, il prendra une nouvelle stature. Sinon… » Nous y sommes. Or que se passe-t-il ? Tout est fait par les responsables des Agences pour minimiser les avis de leur comité d’experts. « L’étude est ambitieuse, dit-on à l’Anses, et les questions qu’elle soulève originales ». Mieux, la demande de « financements européens dédiés à la réalisation d’études et de recherches d’envergure visant à consolider les connaissances scientifiques sur les risques sanitaires insuffisamment documentés » a occupé l’essentiel des propos de Marc Montureux, directeur général de l’Anses lors de la conférence de presse consacré à la présentation de l’avis, appuyant ainsi les mêmes propos du HCB prononcés quelques heures plus tôt.

« Il faut revoir les procédures d’homologation des OGM et des pesticides » s’est empressé de communiquer le gouvernement. Comme si les toxicologues, sans attendre les travaux de Seralini, ne travaillaient pas à l’amélioration de la détection des effets toxiques des OGM et des pesticides, comme s’ils ne cherchaient pas à changer les modèles d’expérimentation, et notamment à se passer des rats pour privilégier les essais sur des cellules, plus fiables ?

Pourquoi dès lors faut-il s’empresser de sauver le soldat Séralini en lui reconnaissant un rôle de lanceur d’alerte alors qu’il a semé la peur? Les Académies des sciences ont montré la voie dans leur communiqué : « Il est rare, en France, qu’un non-événement scientifique de cette nature suscite de telles passions jusqu’à mobiliser aussi rapidement les membres du Parlement ». La publication du Nouvel Observateur a ouvert une brèche dans laquelle les responsables politiques et les élus se sont engouffrés, sans précaution. A leur risque et périls.

Le ministre de l’Agriculture en personne, Stéphane Le Foll, a montré le chemin. Le jour de la publication de l’étude, il déclarait à la sortie du conseil des ministres : « Cette étude confirme le travail que j’ai fait avec Corinne Lepage au parlement européen pour avoir des critères pour refuser les OGM. Je vais maintenant reprendre nos positions sur le moratoire (à propos du Monsanto 810) pour qu’on tienne compte des risques encourus avec ces OGM. » Le lendemain il complétait ses propos sur Rtl, tout en prenant les précautions d’usage : « Si les Agences valident les résultats, on pourrait aller jusqu’à l’interdiction des importations d’OGM. » Et il ajoutait : « Je n’ai jamais été favorable aux OGM, c’est la continuation de pratiques agricoles que je réprouve » reconnaissant par la même occasion le bien fondé des fauchages de maïs et de soja engagés par les amis de José Bové.

En réalité, le ministre de l’Agriculture a trop emboîté le pas de l’étude avant même d’avoir pris les avis d’experts pour qu’une condamnation voyante de son auteur ne l’éclabousse à son tour. Selon nos informations, son attitude a même été partagée par un autre membre du gouvernement, non issu des Verts, qui s’est empressé de féliciter chaleureusement Corinne Lepage pour son initiative.

L’utilisation de la mauvaise science pour conforter des choix idéologiques deviendrait-elle la règle au gouvernement ?

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