OGM: le labo secret de Séralini

Mediapart.fr

13 octobre 2012 | Par Michel de Pracontal

Un bâtiment high-tech de couleur sombre, éclairé de pignons en bois clair, posé sur une vaste étendue verte, bordée de champs de maïs, à la périphérie de Saint-Malo. À quelques centaines de mètres, des moutons paissent dans l’enclos d’une ferme. De jeunes arbres sont plantés tout autour du bâtiment, protégé par une clôture grillagée. Sur le parking, un panneau vertical blanc et bleu porte l’indication « C.Ris Pharma ». C’est là que, dans le plus grand secret, a été menée, entre fin 2008 et fin 2010, la fameuse étude du professeur Séralini sur des rats exposés à la consommation d’un maïs OGM de Monsanto.

Rien, de l’extérieur, ne laisse soupçonner que c’est dans ce cadre presque bucolique, à l’écart du vacarme de la départementale, que s’est déroulée l’expérience de biologie la plus médiatisée de l’année. Et le PDG de C.Ris Pharma n’est pas bavard. Contacté par téléphone et par mail, il a opposé un mutisme total à nos questions. Nous lui avons demandé explicitement si sa société avait bien exécuté la fameuse étude de Séralini. Nous n’avons reçu ni démenti, ni confirmation, ni « no comment ». Aucune réponse.

Vue d'ensemble des locaux de C.Ris Pharma
Vue d’ensemble des locaux de C.Ris Pharma© DR

Absence de démenti ne vaut pas confirmation, mais les éléments de preuve rassemblés au cours de notre enquête ne laissent pas place au doute. Inutile de le préciser, ce n’est pas Gilles-Éric Séralini qui nous a révélé l’identité de son labo clandestin. Il reste fidèle à sa stratégie du secret total, dont il s’est expliqué dans Tous Cobayes !  – son livre-récit paru fin septembre : « Afin d’échapper aux pressions, aux “accidents”, aux censures possibles, l’expérience s’est déroulée dans la plus grande confidentialité », écrit-il. Le film de Jean-Paul Jaud qui met en scène les travaux de Séralini – Tous Cobayes ? (avec un point d’interrogation) – n’en révèle pas davantage, évoquant « un laboratoire, quelque part en Europe ».

L’obsession du secret manifestée par Séralini pouvait se comprendre pendant la durée de l’expérience. Aujourd’hui, elle apparaît beaucoup moins justifiée. La manip est terminée depuis plus d’un an, la collecte et l’analyse des données ont été faites, l’étude est publiée dans une revue scientifique et a fait la une des médias mondiaux. Rien ne s’oppose à ce que Séralini, dans un souci de faire progresser la connaissance, publie intégralement ses données et expose les conditions dans lesquelles il les a obtenues.

Pourtant, auditionné à l’Assemblée nationale, mardi 9 octobre, le professeur Séralini a entretenu le mystère. Le député UMP Bernard Accoyer lui a demandé où s’était déroulée l’expérience. Il n’a pas obtenu de réponse.

Les collaborateurs du professeur ne sont pas plus diserts. Le docteur Joël Spiroux, cosignataire de l’étude de Séralini, et président du Criigen (association fondée par la députée européenne Corinne Lepage qui soutient les recherches de Séralini), a indiqué dans un mail parvenu à Mediapart qu’il n’avait pas l’accord du laboratoire concerné pour communiquer son adresse : « Cela reste confidentiel jusqu’à nouvel ordre. »

Ce silence persistant interroge. Si l’étude s’est déroulée dans de bonnes conditions, si les résultats annoncés par Séralini reflètent fidèlement les données recueillies, pourquoi ne pas jouer la transparence ? L’ambiance de mystère maintenue par Séralini autour de son étude relève-t-elle d’une mise en scène destinée à attirer davantage l’attention ? Elle ne peut, en tout cas, que nourrir les doutes exprimés par de nombreux scientifiques sur la validité des résultats.

Notre enquête lève le voile sur une partie du mystère, en révélant l’identité du laboratoire secret de Séralini. Parmi les éléments de preuve que nous avons rassemblés et qui nous ont conduit au laboratoire de Saint-Malo, certains nous ont été fournis par des détails d’apparence anodine.

Un bâtiment neuf avec des pignons de bois couleur miel donnant sur des champs de maïs

Un premier indice réside dans la description des lieux donnée par le professeur lui-même dans son livre : « Le bâtiment neuf, fonctionnel, est implanté dans un nouveau parc technologique quasi vide. Des pignons de bois couleur miel adoucissent ses lignes géométriques. Ses coursives blanches, ses lignes pures lui donnent de la légèreté. Au-delà, jusqu’à la lisière des bois, des champs de maïs, conventionnels cette fois. Qui imaginerait qu’on mène dans ce cadre champêtre des tests utilisant des technologies de pointe ? »

Autre détail mentionné dans le livre de Séralini, le linoléum bleu qui revêt le sol des locaux du laboratoire. Ce lino bleu très photogénique apparaît aussi dans le film (on l’aperçoit sur une vidéo d’un extrait du film disponible sur YouTube).

Vue des locaux de C.Ris Pharma
Vue des locaux de C.Ris Pharma © DR

Bien sûr, la description de Séralini ne permet pas, à elle seule, de retrouver le labo, qui pourrait se situer dans n’importe quel endroit où pousse du maïs. Il faut cependant que ce lieu soit une installation adéquate pour une expérience in vivo (notons au passage que le nom de code donné par Séralini à son expérience secrète était justement « In vivo »).

Dans la plupart des pays européens, les expériences in vivo, faites sur des animaux de laboratoire, sont sévèrement réglementées et ne peuvent être effectuées que dans des installations agréées. Or, en épluchant l’article scientifique de Séralini et de ses co-auteurs, nous avons découvert ce passage (que nous traduisons de l’anglais) : « le protocole expérimental a été conduit en accord avec notre éthique dans une unité de soins animaux autorisée par les ministères français de l’agriculture et de la recherche » (le texte intégral de l’article peut être consulté ici).

Le fameux labo est donc en France, pays qui, Jean-Paul Jaud a raison de le noter, se situe bien « quelque part en Europe »… En France, l’agrément d’une installation pour l’expérimentation animale est accordé pour une durée de cinq ans, après inspection de l’installation par les services vétérinaires de la préfecture. Mais il n’existe pas, à notre connaissance, de liste des établissements agréés qui sont installés dans un bâtiment moderne entouré de champs de maïs, avec des sols en lino bleu…

L’information décisive est fournie par une précision notée entre parenthèses dans l’article de Séralini : « (Agreement number A35-288-1) ». Dans notre pays cartésien et organisé, chaque installation agréée pour l’expérimentation animale porte un numéro qui commence par une lettre, suivie des deux chiffres du département puis du code Insee de la commune où se trouve l’installation (l’explication de la manière dont est formé le numéro d’agrément figure dans une lettre-circulaire DGS/PH du 30 octobre 1998, accessible sur internet).

Appliqué au numéro ci-dessus, le décryptage donne 35 pour le département d’Ille-et-Vilaine, et 288 pour le code Insee de Saint-Malo. Le fameux lieu secret se trouve donc sur le territoire communal de la cité des corsaires !

Tapez « Saint-Malo essais in vivo » sur Google : le premier item qui apparaît est un article de La Gazette du laboratoire daté de novembre 2008 et intitulé « C.Ris Pharma inaugure ses nouvelles installations sur le parc Atalante Saint-Malo ». On y apprend que la société C.Ris Pharma a été la première à s’installer, en octobre 2008, sur le site du Parc technopolitain Atalante Saint-Malo. Ce site étant lui-même né « de l’alliance entre Saint-Malo agglomération et la Technopole Rennes Atalante ».

Il s’agit en fait d’un réseau d’entreprises technologiques, qui possède quatre sites autour de Rennes, plus celui de Saint-Malo, localisé sur une ZAC en périphérie de la cité malouine.

Le Parc Atalante Saint-Malo est voué aux biotechnologies marines et aux technologies de la communication. En fait, seules deux sociétés y sont logées : C.Ris Pharma, qui a donc inauguré le parc à l’automne 2008, tout juste avant le début de l’expérience de Séralini ; et Goëmar, qui fabrique des engrais à base d’algues. Une troisième société, C-Weed, spécialisée dans l’aquaculture, est en cours d’installation.

Identifier des molécules anticancéreuses chez la roussette, un petit requin

Cliquons sur le site de C.Ris Pharma : merveille, le puzzle s’emboîte parfaitement ! La brochure publicitaire montre des images d’un bâtiment qui correspond point par point à la description de Séralini. On retrouve même le fameux lino bleu… Et comme on l’a vu, la société est implantée sur un site encore largement inoccupé, ainsi que l’a noté Séralini.

Nous nous sommes rendus sur les lieux, et avons pu vérifier que l’aspect du site était conforme, au-delà du domaine vraisemblable de la coïncidence, au portrait qu’en brosse Séralini. On retrouve même les champs de maïs s’étendant jusqu’à la lisière des bois.

Dans la région, C.Ris Pharma est surtout connue pour avoir impulsé le projet Sealacian, qui vise à identifier des molécules anticancéreuses chez la roussette (un petit requin). Son PDG, Pierrick Auvray, est un jeune patron très dynamique, qui anime un réseau d’entreprises locales, et dont la société a été couronnée en 2010 par les oscars d’Ille-et-Vilaine.

Entrée du Parc technopolitain Atalante Saint-Malo
Entrée du Parc technopolitain Atalante Saint-Malo© DR

À première vue, aucun rapport avec les rats boursouflés de tumeurs qui illustrent la publication désormais célèbre du professeur Séralini. Cependant, quelques clics sur le site de C.Ris Pharma révèlent que cette société fait aussi des études de toxicologie, et notamment des études de toxicité chronique sur les rongeurs, sur des durées de trois semaines à deux ans… précisément la durée de l’étude de Séralini.

Il est aussi indiqué que toutes les études sont exécutées en accord avec les BPL, les « bonnes pratiques de laboratoire », un ensemble de normes et de règles de travail définies par l’OCDE. Si l’on consulte le site de l’Ansm, l’Agence de sécurité du médicament et des produits de santé (ex-Afssaps), on constate que la seule entreprise malouine mentionnée sur le programme d’évaluation de la conformité aux BPL est précisément C.Ris Pharma. Selon Rennes Atalante technopole, C.Ris Pharma s’est vu accorder par l’Afssaps (devenue l’Ansm) un certificat de conformité aux BPL en mai 2008.

Or, Séralini et ses collègues écrivent dans leur article, en anglais, que l’expérience a été menée dans une installation conforme aux BPL : « GPL environnment according to OECD guidelines » (en fait, il y a une coquille, le sigle correct en anglais étant GLP pour good laboratory practices). Le site web du Criigen précise aussi que l’expérience a été menée dans un « environnement BPL ».

Un autre élément renforce ce faisceau de présomptions : Gilles-Éric Séralini et Pierrick Auvray se connaissent de longue date. En 1998, Auvray a soutenu, à l’université de Caen, une thèse de biologie sur l’aromatase (une enzyme nécessaire à la biosynthèse des œstrogènes). Son directeur de thèse n’était autre que Séralini.

Pierrick Auvray et Gilles-Éric Séralini ont été co-auteurs de six articles scientifiques sur l’aromatase publiés entre 1998 et 2003, date de la création de C.Ris Pharma. Même après être devenu chef d’entreprise, Auvray a continué à travailler avec Séralini. En 2010 et 2011, l’équipe de Séralini a publié deux articles sur les effets protecteurs de certains mélanges d’extraits végétaux contre les effets toxiques des herbicides. Parmi les herbicides étudiés figurait l’inévitable Roundup de Monsanto ; les composés testés étaient des médicaments à base de plantes fabriqués par Sevene Pharma, un laboratoire de produits « détox » installé dans les Cévennes. Pour les deux articles, il est mentionné dans le paragraphe « remerciements » qu’une partie du travail a été effectuée chez C.Ris Pharma.

Notons au passage que les deux articles, qui démontrent l’efficacité des produits Sevene Pharma, sont financés par cette firme. Trois salariés de Sevene Pharma sont co-auteurs d’un des articles, deux du second. Ce qui n’empêche pas les scientifiques de Caen de déclarer, à la fin de l’article, qu’ils n’ont pas de conflits d’intérêts.

Les compétences de C.Ris Pharma lui permettent d’exécuter des études de toxicologie

On peut donc, selon les critères de Séralini et de son équipe, publier un article qui démontre les vertus d’un produit fabriqué par une firme, en étant financé par cette firme et en travaillant avec ses salariés, sans que la notion de conflit d’intérêts entre en ligne de compte…

Le problème ne se pose pas, en revanche, pour C.Ris Pharma, qui est un prestataire privé. Dans le jargon professionnel, C.Ris Pharma est ce que l’on appelle une « CRO », une contract research organisation. Une telle société effectue des travaux de recherche à la demande pour des laboratoires privés ou publics. Les CRO se sont développées rapidement depuis le début des années 2000, poussées par la demande des grandes firmes pharmaceutiques désireuses de réduire leurs coûts. À cette fin, les firmes ont diminué leurs investissements de recherche et se sont recentrées sur les activités jugées stratégiques. Ce qui, de plus en plus souvent, les a conduites à externaliser des travaux.

Les champs de maïs et les bois qui bordent le parc Atalante Saint-Malo
Les champs de maïs et les bois qui bordent le parc Atalante Saint-Malo© DR

C.Ris Pharma est une CRO spécialisée dans le développement préclinique de nouvelles molécules, in vivo et in vitro, en particulier dans le domaine du cancer, des maladies neurodégénératives, métaboliques et génétiques. Elle compte (ou a compté) parmi ses clients Sanofi-Aventis et Ipsen.

Mais les compétences de C.Ris Pharma lui permettent, on l’a vu, d’exécuter des études de toxicologie correspondant aux caractéristiques de celles de Séralini. Le laboratoire de Caen, qui ne possède pas les équipements nécessaires, a donc pu s’adresser à la société de Pierrick Auvray pour lui confier l’étude sur les rats et les OGM.

Le principe généralement adopté dans ce type de situation est le suivant : le « donneur d’ordre » – ici Séralini – établit un protocole de l’étude et le confie, après discussion, au prestataire. Ce dernier effectue le travail, puis livre à son commanditaire l’ensemble des données expérimentales et le rapport d’études. Le donneur d’ordre, qui a commandé l’étude, est propriétaire des résultats et peut les publier comme il le souhaite, sous la forme qu’il choisit. Ou ne pas les publier du tout, ce qui est souvent le cas s’il s’agit d’une firme privée.

Si Séralini s’est adressé à un prestataire, ce n’est pas seulement, comme il l’a écrit, par souci de confidentialité, mais aussi parce que son laboratoire de Caen n’est pas en mesure de mener une telle étude. Cela implique également que l’étude n’a pas été réalisée par l’équipe de Séralini, mais par son prestataire. Dans le film de Jean-Paul Jaud, on voit Séralini et deux chercheurs de son équipe s’activer à l’intérieur du labo clandestin. Mais l’équipe de Caen ne s’est pas transférée pendant deux ans chez son prestataire. Le travail a été mené, au quotidien, par les salariés du prestataire, qui ne sont jamais apparus sur les écrans. La discrétion est la première qualité du prestataire.

La discrétion sied aussi à Pierrick Auvray. Comme on l’a vu plus haut, le PDG a refusé de répondre à toutes nos sollicitations, que ce soit par téléphone ou par courriel. Ce silence n’efface pas le fait que le numéro d’agrément indiqué par Séralini conduit bel et bien à Saint-Malo. Afin d’obtenir une confirmation supplémentaire, nous nous sommes tournés vers les services compétents de la préfecture d’Ille-et-Vilaine, c’est-à-dire Rennes.

Réponse de Jacques Parodi, directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations : « Par mail en date du 1er octobre vous sollicitez mes services pour connaître l’identité et les coordonnées de l’établissement portant le n° d’agrément A35-288-1. J’ai le regret de vous informer que s’agissant de données privées je ne peux donner suite à cette requête. »

« Nous pensons que ces animaux auraient dû être euthanasiés bien plus tôt »

Cette réponse laisse perplexe : l’agrément d’un établissement d’expérimentation animale fait l’objet d’une procédure de contrôle par les services vétérinaires de la préfecture et d’un arrêté préfectoral. Peut-il être considéré comme une information d’ordre privé ? A fortiori dans un contexte d’intérêt public, puisque si Séralini a raison, il a mis en évidence un risque majeur pour la santé des populations ! Comprenne qui pourra.

Bien sûr, Gilles-Éric Séralini sait pertinemment, lui, où s’est déroulée son étude. Les motifs qui justifiaient sa discrétion pendant la durée de l’expérience n’existent plus. Mais le professeur persiste dans son silence. Et refuse de répondre aux nombreuses questions soulevées par sa publication. En particulier, pourquoi les groupes testés ne comportent-ils que 10 rats (par sexe) ? Et la taille des tumeurs, photographiées et filmées, est-elle compatible avec le respect des règles d’éthique en matière d’expérimentation animale ? N’aurait-on pas dû euthanasier les animaux plus tôt ?

Les abords du Parc technopolitain Atalante Saint-Malo
Les abords du Parc technopolitain Atalante Saint-Malo© DR

Sur le premier point, Séralini a riposté en affirmant que, pour faire autoriser son maïs NK603, Monsanto avait également utilisé des groupes de 10 rats. C’est une contre-vérité : les groupes testés par Monsanto comportaient 20 rats de chaque sexe.

La taille des tumeurs, spectaculaire à l’écran, a été mise en cause par une association de vétérinaires pathologistes, l’ESTP (European Society of toxicologic pathology), dans une lettre adressée à l’éditeur de la revue Food and Chemical Toxicology, qui a publié l’étude de Séralini. « Nous avons été choqués par les photographies du corps entier d’animaux atteints de très grosses tumeurs, écrivent les vétérinaires. En regardant ces lésions, nous pensons que ces animaux auraient dû être euthanasiés bien plus tôt comme l’impose la législation européenne sur la protection des animaux de laboratoire. »

Les vétérinaires soulèvent une autre question : dans une étude de ce type, l’analyse histopathologique, autrement dit l’examen des tissus après autopsie des rats, doit être validée par un scientifique ayant participé directement à l’étude. En effet, les conclusions s’appuient sur cette analyse. Autrement dit, un pathologiste du laboratoire prestataire aurait dû accréditer le traitement des données d’histopathologie. « Pourquoi le scientifique responsable de l’évaluation anatomo-pathologique dans l’étude (c’est-à-dire le pathologiste de l’étude) n’est-il pas identifié parmi ceux qui ont contribué au travail ? »

La question posée par les vétérinaires montre les limites de la stratégie de publication de Séralini, qui passe totalement sous silence le rôle de la société prestataire. Certes, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une collaboration entre deux équipes au sens classique, il est logique qu’aucun employé de la société prestataire ne soit signataire de l’article et ne soit identifié. Mais il était possible d’identifier la société elle-même en précisant son rôle dans l’évaluation anatomo-pathologique. Dans les deux articles écrits avec Sevene Pharma, Séralini avait bien cité C.Ris Pharma et indiqué en quoi consistait sa contribution.

Au total, l’obsession du secret de Séralini finit par nuire à la crédibilité de son étude, déjà bien malmenée. Et ce secret ne pourra de toute façon être maintenu. Les éléments que nous avons rassemblés au cours de notre enquête désignent, au-delà du doute raisonnable, l’entreprise de Saint-Malo comme le lieu de l’expérience clandestine du professeur Séralini. Toute autre hypothèse nécessiterait un enchaînement de coïncidences invraisemblable.

Reste à comprendre pourquoi le prestataire de Séralini tient tant à conserver l’anonymat. Quelle meilleure publicité pourrait espérer cette société, que de se voir associée à une étude qui a permis une découverte d’intérêt majeur pour la santé publique ? Sauf si, tout compte fait, il ne s’agit pas d’une découverte majeure. Ou si le prestataire préfère se tenir à l’écart de toute polémique. Ou les deux.

La boîte noire : Avant de publier cet article, nous avons demandé à l’équipe de Gilles-Eric Séralini s’il était encore utile de maintenir confidentielle l’adresse du laboratoire où avait été faite l’expérience. Nous avons précisé que nous avions des informations permettant de localiser ce laboratoire, et nous avons posé la question de savoir si c’était Séralini et son équipe qui souhaitaient ne pas divulguer l’identité du laboratoire en question, ou si ce souhait était celui du laboratoire lui-même.

Voici la réponse que nous a donnée le docteur Joël Spiroux, proche collaborateur de Gilles-Éric Séralini, et qui nous est parvenue peu après la parution de notre article :

« Monsieur,

Vous n’êtes pas sans savoir que ce type d’étude expérimentale OCDE n’est pas
à la portée des structures animalières des laboratoires universitaires et
les autres clients des laboratoires agréés sont les industriels depuis
plusieurs décennies d’où la confidentialité.
Je me suis entretenu hier au soir avec le Directeur du laboratoire qui a
réalisé notre étude. Il a réitéré sa demande de maintien de la
confidentialité.
Par ailleurs, je vous précise que la validation de notre étude est donnée
par la revue scientifique et non par des critiques de lobbyistes patentés.
Nous vous suggérons d’enquêter sur leurs CV.

Nous sommes prêts à tout débat avec Médiapart, comme nous le sommes avec
tous les médias. »

Dont acte. Nous avons répondu à Joël Spiroux que Mediapart était prêt à débattre avec l’équipe du professeur Séralini. Nous annoncerons bien sûr la date et les modalités de ce débat, dès que nous les connaîtrons.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/121012/ogm-le-labo-secret-de-seralini