A Moscou, l’absurde procès de trois chanteuses

LE MONDE | 31.07.2012 à 13h48

Par Editorial

Les trois jeunes femmes ont été arrêtées il y a quatre mois pour une "prière punk" anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou.

Il y a quelque chose de familier dans la salle du tribunal de Moscou où sont jugées, depuis lundi 30 juillet, les trois chanteuses du groupe punk Pussy Riot : c’est dans la même salle, devant le même tribunal, que l’ex-millionnaire du pétrole Mikhaïl Khordokovski a été condamné pour la deuxième fois en 2010, à l’issue d’un procès largement considéré comme politique.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les raisons pour lesquelles les trois jeunes femmes sont détenues depuis février et passibles aujourd’hui de sept ans d’emprisonnement sont tout aussi politiques. Maria Alekhina, 24 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, ont été arrêtées dans la cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur, où elles venaient de formuler à leur manière une « prière anti-Poutine ». Chanté et dansé devant et sur l’autel, dans une période où le mouvement de protestation populaire contre celui qui n’était encore que premier ministre battait son plein dans les rues de Moscou, le morceau implorait la Vierge Marie de « chasser Poutine ». Cette performance avait choqué de nombreux croyants et provoqué la colère du patriarche Cyrille, allié officieux du Kremlin.

Les trois chanteuses sont accusées d’actes de vandalisme motivés par la haine religieuse.

Arrivées menottées au tribunal, où elles ont pris place dans une cage transparente munie de barreaux, les jeunes femmes ont affirmé que leur cible n’était ni l’Eglise orthodoxe ni la religion chrétienne, mais le régime autoritaire de Vladimir Poutine, élu président le 4 mars. « Je pensais que l’Eglise aimait tous ses enfants, mais il semble qu’elle n’aime que ceux qui aiment Poutine », a déclaré Maria Alekhina par l’intermédiaire de son avocat. Ekaterina Samoutsevitch a, pour sa part, dénoncé « les mesures répressives visant à instaurer la peur chez les citoyens politiquement actifs ».

La manière dont les choses évoluent à Moscou depuis le retour de M. Poutine au Kremlin leur donne malheureusement raison. En moins de trois mois, l’ancien colonel du KGB a fait adopter par le Parlement une série de lois destinées à museler l’opposition. L’une d’elles qualifie d' »agents de l’étranger » et place sous surveillance renforcée les ONG qui bénéficient de financements étrangers. D’autres condamnent à de très lourdes amendes les organisateurs de manifestations non autorisées, visent à réglementer l’activité des sites Internet et repénalisent la diffamation.

Alexei Navalny, l’une des principales figures des manifestations massives lancées en décembre, a été convoqué lundi pour une série d’interrogatoires, au lendemain de révélations sur la corruption officielle sur son blog. Personne n’a vu là une coïncidence : il est clair que, sur le front intérieur comme en politique extérieure, Vladimir Poutine, qui n’a jamais compris ni accepté le mouvement de protestation des classes moyennes et urbaines russes, est dans une logique de durcissement.

M. Poutine se trompe de stratégie. Chez lui et à l’étranger, elle est totalement contre-productive, comme l’est le procès ridicule des trois chanteuses de Pussy Riot.

Editorial


Campements roms : il y aura démantèlement à chaque décision de justice, affirme Valls

Société
31 juillet 2012 à 09:18
Manuel Valls lors d'un meeting de François Hollande le 3 mars 2012.

Manuel Valls lors d’un meeting de François Hollande le 3 mars 2012. (Photo Robert Pratta.Reuters)

Les démantèlements de campements de Roms se poursuivront «chaque fois qu’il y a une décision de justice» en ce sens, a assuré mardi matin le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls.

Interrogé sur Europe 1, le ministre a déclaré : «Les préfets ont pour mission de démanteler les camps de Roms quand il y a eu une décision de justice. Les choses sont simples. Oui, quand il y a une décision de justice, il y aura démantèlement de ces campements

«Je ne peux pas admettre […] que dans ces campements, qui accueillent parfois des centaines de personnes dans la chaleur de l’été, il y ait des problèmes sanitaires insupportables», a-t-il ajouté.

«Chaque fois qu’il y a une décision de justice, chaque fois que les propriétaires de ces terrains, qui sont souvent des collectivités territoriales, en font la demande, il y aura ces démantèlements. C’est une politique à la fois ferme et respectueuse du droit», a conclu Manuel Valls.

Lire aussi le reportage de Libération dans un campement de Vaulx-en-Velin – Roms: la peur ne décampe pas.

Intervenant devant le Sénat la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur s’était dit «inquiet de la concentration dans une série de campements» et avait annoncé des «décisions de démantèlement».

Ces annonces ont inquiété les associations de soutien aux Roms, qui ont estimé que les expulsions sans solution de relogement ne faisaient que déplacer le problème.