Foot-fric : le PSG crève la bulle !

Nouvel Obs

Créé le 17-07-2012 à 19h31 – Mis à jour à 19h50
Renaud Dély

Le fric que les actionnaires qataris du club parisien déversent sur la Ligue 1 n’est pas seulement indécent. Il ne fait surtout que conduire un peu plus vite le foot-business à la catastrophe.

Zlatan Ibrahimovic, le 15 juin. (COLORSPORT/SIPA)

Zlatan Ibrahimovic, le 15 juin. (COLORSPORT/SIPA)

173 millions d’euros ! Voilà, au total, la somme que la Qatar Sport Investment (QSI), le holding qui détient le club parisien, devrait avoir déboursé en un an pour faire venir des joueurs dans la capitale. Sur un marché aussi irrationnel que celui des transferts du football professionnel, ces indemnités-là n’ont pas grand sens. Ces sommes ne sont souvent pas même versées dans leur intégralité que le joueur a déjà changé de club, son éphémère employeur inscrivant au passage sur ses livres de comptes une copieuse plus-value ou une perte nette, elles-mêmes largement fictives car aussitôt converties dans une autre transaction.

Bien plus significatifs que cette invraisemblable cavalerie, les montants des salaires des joueurs sont, eux, ancrés dans le monde réel. Ce sont ces revenus-là qui permettent de mesurer à quel point le foot-business a versé aujourd’hui dans une indécence sans limites. En l’occurrence, les sommes avancées par les propriétaires du PSG pour attirer des stars dans leurs filets confinent à l’absurde : plus de 16 millions d’euros de salaire brut annuel pour Zlatan Ibrahimovic, 9 millions pour Thiago Silva, 4, 5 millions pour l’autre Brésilien Maxwell, ou encore 4,2 millions pour l’Argentin Pastore ! Rien ne justifiera jamais qu’un individu, quels que soient ses talents, empoche un tel magot, et sûrement pas le fait de taper, même très bien, dans un ballon… Que certains pseudos amoureux du football défendent les méthodes des actionnaires qataris sous prétexte que ceux de Chelsea, du Real Madrid ou de Manchester agissent de même renseigne un peu plus sur le cynisme de la nature humaine… Passons.

L’essentiel ne réside pas dans la déliquescence morale de nos sociétés contemporaines où l’appât du gain, moteur d’une poignée de nantis, fait fantasmer la cupidité de beaucoup, beaucoup d’autres. Non, ce qui est le plus affligeant, c’est la grande cécité collective qui conduit aujourd’hui le monde du foot-business au bord du gouffre comme il a mené par le fond hier celui de l’immobilier aux Etats-Unis ou en Espagne. Depuis quelques années, il s’est constitué une bulle financière du ballon rond totalement artificielle et sans rapport avec la réalité de l’économie du sport même ultra-médiatisé. Songeons que pour assurer le bien-être de ses seuls 11 probables titulaires, le PSG – qui devrait posséder au final une trentaine de joueurs – devra leur verser chaque année 58 millions d’euros de traitements… Dans le monde de l’économie réelle, quelle longévité peut-on accorder à une entreprise dont le chiffre d’affaires dépend à ce point d’une masse salariale écrasante ?

C’est écrit, la bulle du football ne va tarder à exploser. Ce n’est qu’une question d’années, peut-être de mois. L’endettement record qui accable aujourd’hui les bilans comptables de plusieurs grands clubs italiens ou anglais n’est que l’amuse-gueule de la catastrophe en germe. Que le magot des droits télés, principal carburant de la bulle du foot, commence à se dégonfler et le séisme surviendra rapidement. En 2006, ce grand connaisseur et passionné de football qu’était Philippe Séguin, premier président de l’ancêtre de la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion) s’appuyait sur la désaffection de la Ligue Europa, mais aussi de certains matches de la Ligues des champions, pour prophétiser l’Apocalypse à venir. L’ancien président de l’Assemblée nationale était convaincu que le système allait se dévorer lui-même, lâchant au mensuel « So Foot », dans un soupir désenchanté: « J’espère qu’un jour tout cela s’effondrera. Que les gens n’iront plus au stade et que les audiences télé chuteront… ». Décidément, la lucidité de Philippe Séguin manque pour remettre sur pied des univers en manque de repères et de valeurs, qu’il s’agisse de l’UMP rongée par le cancer du lepénisme new-look ou du foot-business dévoré par le culte de l’argent-roi.

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