Le Forum de l’eau à Rio inauguré en grande pompe……

Du Forum alternatif mondial de l’eau à Rio + 20

mercredi 11 avril 2012, par Marc Laimé

Organisé à Marseille du 14 au 17 mars dernier, en contrepoint du sixième Forum mondial de l’eau, le Forum alternatif mondial de l’eau (FAME) a rassemblé plus de cinq mille participants venus partager leurs expériences de lutte contre la marchandisation de l’eau, et en faveur de la reconnaissance de l’accès à l’eau comme droit humain fondamental. Une étape cruciale dans la perspective du Sommet de la Terre « Rio + 20 », quand, sur fond de crise systémique irrésolue, les odes à la « croissance verte » incarnent de nouvelles menaces de marchandisation accélérée des ressources hydriques.

Présenté par ses promoteurs comme un événement planétaire décisif, le sixième Forum mondial de l’eau a tourné à la déroute. Le président de la République, M. Nicolas Sarkozy, qui devait l’inaugurer en grande pompe en présence d’une centaine de chefs d’Etat, a fait défection in extremis, y déléguant son premier ministre, M. François Fillon, dont l’intervention a signé un fiasco diplomatique sans précédent

Aucune vision, aucune solution crédible et pérenne n’a émergé de ce forum alors que la crise de l’eau continue à faire des ravages et en dépit d’« engagements » mille fois ressassés auxquels nul n’accorde plus crédit.

Mais le Conseil mondial de l’eau n’en a pas moins annoncé, dans un communiqué en date du 14 mars 2012, vouloir « porter » les questions de l’eau et de l’assainissement à Rio de Janeiro (Brésil), à l’occasion de la conférence pour le développement, dite « Rio + 20 », qui se tiendra du 20 au 22 juin 2012, et qui a inscrit ces questions à son agenda.

Un Forum alternatif créatif

A contrario, le Forum alternatif qui se tenait en contrepoint a témoigné d’une étonnante résilience, à l’heure où les thuriféraires de la « croissance verte » érigent le greenwashing (laver plus écolo) en nouvel horizon indépassable de notre temps.

Car, en dépit des obstacles rencontrés pour faire vivre un grand moment d’échange d’expériences souvent méconnues, les protagonistes du FAME se sont réjouis d’un succès inattendu, et ont très vite songé à prolonger cette étape marquante des mobilisations pour l’eau, qui gagnent en ampleur depuis plus d’une décennie, comme l’atteste la déclaration adoptée à l’issue du Forum alternatif de Marseille.

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FAME la déclaration de Marseille

Une effervescence dont témoignent les dizaines de témoignages recueillis à l’occasion.

Ou cette métaphore voyant dans les luttes pour l’eau le miroir coruscant d’une campagne présidentielle française bien atone

Quelle gouvernance mondiale de l’eau ?

Forum et contre-forum ont aussi donné lieu à des remises en cause de l’existence même du Forum mondial de l’eau, auquel de nombreuses voix appellent à substituer – par le biais de la création, soutenue par la France, d’une Agence mondiale de l’environnement sous l’égide de l’ONU –, une nouvelle organisation onusienne spécifiquement dédiée à l’eau.

Une solution qui ne va pas de soi, si l’on en croit les réactions de parlementaires français à l’opinion exprimée par le président de Green Cross International, M. Mikhaïl Gorbatchev, s’inquiétant des risques inhérents au développement d’une nouvelle bureaucratie qui n’apporterait pas davantage de réponses pertinentes à la question de l’eau…

Nouvelles tensions autour du « Droit à l’eau »

Dans le même temps, de vives tensions se font jour au sein de la communauté internationale autour du « droit à l’eau », qui fait l’objet depuis plusieurs années de négociations complexes dans différentes instances.

Ce « droit à l’eau » ne se laisse pas appréhender aisément, et fait l’objet de polémiques récurrentes.

Riccardo Petrella, président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau (IERPE), en livrait une exégèse remarquée dans une tribune publiée le 9 août 2010 par le quotidien La Libre Belgique.

Or, peu après la tenue des Forum et contre-forum de Marseille, les défenseurs du « droit à l’eau » lançaient un nouveau cri d’alarme.

Dans la perspective du sommet « Rio + 20 », un premier brouillon de déclaration finale a été rédigé par le secrétariat de l’ONU. L’article 67 de ce draft provisoire réaffirmait l’importance de l’accès à l’eau potable comme droit humain fondamental, avant de le soumettre à d’éventuels amendements comme il est de règle en la matière.

Or, de nombreux pays du Nord refusent catégoriquement toute nouvelle avancée en ce sens.

Le débat est désormais clairement posé et va sans aucun doute monter en puissance à l’approche du prochain Sommet de la Terre, dans la perspective duquel se mobilise déjà la société civile internationale.

L’Union européenne, elle aussi, dans la perspective de ce même sommet, a dans un premier temps supprimé toute référence à l’idée de droit, insistant à l’envi sur la nécessité de considérer l’eau comme un capital qui fournit des services écosystémiques, pour l’instant invisibles et gratuits, auxquels doit être attribué un prix…

Dans une tribune publiée par l’hebdomadaire Politis le 29 mars 2012, Geneviève Azam, membre du Conseil scientifique d’Attac, stigmatisait cette dérive :
« Ces services sont par exemple ici ceux rendus pour la lutte contre le changement climatique, pour la biodiversité, pour la purification de l’eau, pour le maintien des sols. Comment calculer ce prix ? [Le projet] d’amendement [élaboré par la Commission européenne] ne le dit pas, mais tous les textes à notre disposition sont clairs : ce prix doit émerger des marchés de services écosystémiques et de “financements innovants” gagés sur ces services. C’est pourquoi, à la marchandisation des ressources, déjà ancienne, s’ajoute leur financiarisation.
Ces amendements illustrent la mobilisation de l’Union européenne pour mettre l’“économie verte” au sommet de l’agenda de Rio + 20. Cette économie verte prend acte de la dégradation de la planète et l’épuisement de la Terre viendrait de l’absence d’une évaluation économique de la nature, d’une information défaillante : les prix, censés orienter les comportements vers un équilibre, sont incomplets car les services rendus par la nature ne sont pas comptabilisés. Avec cette économie verte, il ne s’agit plus simplement de puiser dans le stock des ressources naturelles et de les intégrer au cycle de la production, mais de considérer la nature comme partie du cycle de la production. C’est bien plus qu’un verdissement du capitalisme ! »

Si l’on y ajoute les « nouvelles approches de marché pour lutter contre la pauvreté », vulgarisées par la revue Facts Reports sponsorisée par la Fondation Veolia, on mesurera combien ce nouveau capitalisme vert a tiré les enseignements de la période

Reste qu’on ne saurait trop inciter les militants sincères du « Droit à l’eau » à la circonspection.

Car ce concept, instrumentalisé de longue date par Veolia et Suez, est aussi devenu un véritable cheval de Troie pour les tenants de la marchandisation des services hydriques, comme on s’en convaincra sans peine en prenant connaissance d’une « Note à usage interne » élaborée en mai 2011 par le pôle études, veille & argumentaires de la direction de la communication de Veolia Environnement, qui y décrit par le menu tous les avantages qu’un opérateur privé peut attendre d’une maligne promotion du « Droit à l’eau »…

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« Questions-réponses sur le droit à l’eau »
Veolia Environnement, mai 2011.

Droit à l’eau et droit de l’eau

Ces débats revêtent donc désormais une nouvelle dimension, comme en ont témoigné les passionnants échanges intervenus au FAME, qui visaient à imaginer la création de nouveaux outils juridiques destinés, non seulement à promouvoir le « droit à l’eau » de celles et ceux qui en sont démunis, mais aussi à inventer les dispositifs et procédures qui permettraient tout autant de pénaliser les usages irrationnels de l’eau.

Des réflexions proches de celles déjà engagées par ailleurs relatives à l’institution d’un nouveau Tribunal international en charge des « crimes écologiques »…

Une initiative citoyenne européenne

Dans le prolongement du référendum organisé l’an dernier en Italie, qui a permis d’y stopper la libéralisation des services hydriques, la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP) annonçait pour sa part le 22 mars 2012, lors de la Journée mondiale de l’eau, le lancement de l’Initiative citoyenne européenne (ICE), « L’eau est un droit humain, pas une marchandise », et l’ouverture du site web www.right2water.eu, l’un des outils qui permettra de recueillir les signatures nécessaires au succès de l’opération [1].

Cette initiative a été présentée à la Commission européenne le 2 avril. La Commission dispose d’un délai de deux mois pour la valider. Ensuite, l’enregistrement officiel des signatures pourra démarrer et ses initiateurs disposeront d’un an pour collecter le million de signatures requises.

Par ce biais, la FSESP et plusieurs organisations de la société civile à travers l’Europe vont faire campagne pour la reconnaissance de l’eau comme un droit fondamental dans l’Union.

Pour Mme Carola Fischbach-Pyttel, secrétaire générale de la FSESP, « l’accès à l’eau est un droit humain. Les services publics comme l’eau et l’assainissement ne doivent pas être libéralisés et dominés par les intérêts commerciaux et d’entreprise. Une initiative citoyenne couronnée de succès exprimera à la Commission et aux gouvernements que les citoyens veulent une Europe sociale et rejettent une Europe dominée par les entreprises ».

Notes

[1] ICE « L’eau est un droit humain, pas une marchandise » :
Contact : Pablo Sanchez.


Foot-fric : le PSG crève la bulle !

Nouvel Obs

Créé le 17-07-2012 à 19h31 – Mis à jour à 19h50
Renaud Dély

Le fric que les actionnaires qataris du club parisien déversent sur la Ligue 1 n’est pas seulement indécent. Il ne fait surtout que conduire un peu plus vite le foot-business à la catastrophe.

Zlatan Ibrahimovic, le 15 juin. (COLORSPORT/SIPA)

Zlatan Ibrahimovic, le 15 juin. (COLORSPORT/SIPA)

173 millions d’euros ! Voilà, au total, la somme que la Qatar Sport Investment (QSI), le holding qui détient le club parisien, devrait avoir déboursé en un an pour faire venir des joueurs dans la capitale. Sur un marché aussi irrationnel que celui des transferts du football professionnel, ces indemnités-là n’ont pas grand sens. Ces sommes ne sont souvent pas même versées dans leur intégralité que le joueur a déjà changé de club, son éphémère employeur inscrivant au passage sur ses livres de comptes une copieuse plus-value ou une perte nette, elles-mêmes largement fictives car aussitôt converties dans une autre transaction.

Bien plus significatifs que cette invraisemblable cavalerie, les montants des salaires des joueurs sont, eux, ancrés dans le monde réel. Ce sont ces revenus-là qui permettent de mesurer à quel point le foot-business a versé aujourd’hui dans une indécence sans limites. En l’occurrence, les sommes avancées par les propriétaires du PSG pour attirer des stars dans leurs filets confinent à l’absurde : plus de 16 millions d’euros de salaire brut annuel pour Zlatan Ibrahimovic, 9 millions pour Thiago Silva, 4, 5 millions pour l’autre Brésilien Maxwell, ou encore 4,2 millions pour l’Argentin Pastore ! Rien ne justifiera jamais qu’un individu, quels que soient ses talents, empoche un tel magot, et sûrement pas le fait de taper, même très bien, dans un ballon… Que certains pseudos amoureux du football défendent les méthodes des actionnaires qataris sous prétexte que ceux de Chelsea, du Real Madrid ou de Manchester agissent de même renseigne un peu plus sur le cynisme de la nature humaine… Passons.

L’essentiel ne réside pas dans la déliquescence morale de nos sociétés contemporaines où l’appât du gain, moteur d’une poignée de nantis, fait fantasmer la cupidité de beaucoup, beaucoup d’autres. Non, ce qui est le plus affligeant, c’est la grande cécité collective qui conduit aujourd’hui le monde du foot-business au bord du gouffre comme il a mené par le fond hier celui de l’immobilier aux Etats-Unis ou en Espagne. Depuis quelques années, il s’est constitué une bulle financière du ballon rond totalement artificielle et sans rapport avec la réalité de l’économie du sport même ultra-médiatisé. Songeons que pour assurer le bien-être de ses seuls 11 probables titulaires, le PSG – qui devrait posséder au final une trentaine de joueurs – devra leur verser chaque année 58 millions d’euros de traitements… Dans le monde de l’économie réelle, quelle longévité peut-on accorder à une entreprise dont le chiffre d’affaires dépend à ce point d’une masse salariale écrasante ?

C’est écrit, la bulle du football ne va tarder à exploser. Ce n’est qu’une question d’années, peut-être de mois. L’endettement record qui accable aujourd’hui les bilans comptables de plusieurs grands clubs italiens ou anglais n’est que l’amuse-gueule de la catastrophe en germe. Que le magot des droits télés, principal carburant de la bulle du foot, commence à se dégonfler et le séisme surviendra rapidement. En 2006, ce grand connaisseur et passionné de football qu’était Philippe Séguin, premier président de l’ancêtre de la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion) s’appuyait sur la désaffection de la Ligue Europa, mais aussi de certains matches de la Ligues des champions, pour prophétiser l’Apocalypse à venir. L’ancien président de l’Assemblée nationale était convaincu que le système allait se dévorer lui-même, lâchant au mensuel « So Foot », dans un soupir désenchanté: « J’espère qu’un jour tout cela s’effondrera. Que les gens n’iront plus au stade et que les audiences télé chuteront… ». Décidément, la lucidité de Philippe Séguin manque pour remettre sur pied des univers en manque de repères et de valeurs, qu’il s’agisse de l’UMP rongée par le cancer du lepénisme new-look ou du foot-business dévoré par le culte de l’argent-roi.


Le PS lance son congrès, à huis-clos et en rangs serrés

19 juillet 2012 | Par Stéphane Alliès – Mediapart.fr

« Un parti godillot ? Nous ne saurions même pas le faire si nous voulions l’être ! » C’est ainsi que Martine Aubry a évacué les procès en verrouillage de congrès, à la tribune du conseil national du PS, ce mercredi dans un sous-sol de l’assemblée nationale. Elle a ainsi lancé le congrès socialiste, qui aura lieu fin octobre à Toulouse. A huis-clos, ce qui montre le peu d’envie de voir les débats internes prendre de l’importance médiatique, voire perturber la marche du nouveau pouvoir. «Nous avons besoin d’un grand parti socialiste. Et un grand parti socialiste, ce n’est pas se compter sur des virgules et des points virgules», a averti de son côté Jean-Marc Ayrault.

Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, à l'entrée du conseil national du PS, le 18 juillet 2012Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, à l’entrée du conseil national du PS, le 18 juillet 2012© S.A

A eux deux, la première secrétaire et le premier ministre ont caporalisé cette première phase du congrès PS. Leur texte, récit du magnifique bilan de l’une et des impeccables débuts gouvernementaux de l’autre, avec moultes odes au «redressement dans la justice», a été signé par une très grande majorité des ministres, parlementaires, grands élus et cadres du parti. Après avoir imaginé déposer leurs propres textes, et beaucoup pesté contre l’initiative du duo (lire notre article), «Hollandais historiques», proches de Vincent Peillon et soutiens de Pierre Moscovici se sont finalement rangés. Parfois même de façon zélée, comme le patron des sénateurs socialistes François Rebsamen, enjoignant ses collègues se rallier eux-aussi (lire ici).

« Ce n’est même plus du verrouillage, c’est du cadenassage », sourit le Marseillais Patrick Menucci, proche de Vincent Peillon, tandis qu’un jeune député soupire: « Ils nous gèrent ça comme un club Léo-Lagrange: on est au courant de rien, on découvre tout au dernier moment, et on est prié de voter sans rien dire ». « Avant, la grosse motion unique était un passage obligé pour le PS au pouvoir, admet un cadre socialiste. Mais là, imposer d’emblée une contribution unique, c’est une nouveauté un peu inquiétante, qui ne laisse guère d’espoirs pour la suite du congrès et l’avenir du parti».

Autre inquiétude parmi les signataires de la grande contribution: le contenu du texte «Réussir le changement». «Il aurait pu être écrit il y a 5 ans, et il pourrait être écrit dans 5 ans», dit un nouvel élu au Palais-Bourbon… « J’espère que c’est volontairement flou et peu musclé, afin de permettre de l’améliorer avec les autres textes…», veut croire un autre jeune député, proche de Ségolène Royal.

Car dans la scénographie des congrès socialistes, la phase des contributions est le prélude à celle dite des motions (prévue début septembre), fusionnant les différentes contributions. Les contributions déposées, qui doivent être signées par au moins un membre des instances nationales du parti, sont au nombre de 20 (ainsi que plus d’une centaine de contributions dites thématiques, c’est-à-dire n’ayant pas vocation à devenir motion).

Parmi elles, on retrouve un texte des amis d’Arnaud Montebourg (mais non signé par le ministre du redressement productif), un autre de Gaëtan Gorce et Juliette Méadel, une du pôle écologiste du PS, une du réseau Utopia, ou encore une de Julien Dray, sous forme de pièce de théâtre. Autant de contributions qui devraient rejoindre sans barguigner la majorité «Aubry-Ayrault» en septembre.

Ayrault appelle Hamon au rassemblement

Seul Benoît Hamon a enfreint la consigne du chef de gouvernement et a signé la contribution de son courant («Réussir le changement»). Le chef de file de l’aile gauche du PS veut laisser passer l’été et voir comment évolue le débat, pour décider s’il rejoint ou non la future grosse motion. Mais devant les micros, le premier ministre l’a d’ores et déjà prévenu : « J’ai eu une discussion avec lui. Il est membre du gouvernement. Je souhaite qu’au moment où l’on soumettra une motion au vote des militants, nous soyons tous rassemblés»

Cette attitude crispe les proches du ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, arrivés tous ensemble au conseil national. « Ils feraient mieux de ne pas trop spéculer à l’avance! », grimace le député Pascal Cherki. « On n’a pas eu de débat interne depuis la primaire, et pas eu de discussions depuis la présidentielle, dit-il. Or la situation a évolué. Je comprends bien le souhait de réussir une grand-messe unitaire, face au congrès de l’UMP (qui a lieu peu de temps après, ndlr). Mais ça c’est de la com’! Nous, on fait de la politique… »

Benoît HamonBenoît Hamon© Reuters

Parmi les signataires du texte Hamon (également paraphé par 23 députés de l’aile gauche du SPD allemand), certains ont fait le choix de soutenir également deux autres contributions. Celle de Gérard Filoche, axée sur la question du travail, des revenus et de la retraite à 60 ans. Et celle de Marie-Noëlle Lienemann, également signé par le président du conseil général de l’Essonne Jérôme Guedj, portant essentiellement sur la question européenne, et défendant notamment l’idée d’un référendum pour ratifier les nouveaux traités européens. Eux ont déjà prévenu: si le courant Hamon se rallie à la majorité du parti, ils déposeront leur motion. Mais ils sont déjà un certain nombre parmi les figures de l’aile gauche à espérer présenter un texte alternatif à celui d’une future «grosse motion».

« On veut apporter nos idées et essayer d’infléchir la ligne, on n’est pas là pour se battre pour avoir un membre en plus au bureau national, dit Pascal Cherki. D’ailleurs si on va à la motion, on ne présentera pas de candidat ». Certes, mais en déposant une motion, les «hamonistes» auront la certitude d’être représentés dans les instances à hauteur du résultat réalisé dans les urnes militantes. Un luxe, par rapport aux autres «chapelles» du PS, toujours dans l’incertitude quant à l’application concrête de la future unité du partie, promise par Aubry et Ayrault.

Quelle nouvelle équipe? quels enjeux?

Car cela reste la grande inconnue de ce congrès: qui dit «grosse motion», dit direction «décidée d’en haut». Comme avec Mitterrand et Jospin en 1981 et 1997. Personne ne sait vraiment comment vont se décider les renouvellements des équipes de direction du PS, nationales et locales. «En l’absence de comptage des forces, une seule chose est sûre: c’est Martine qui a la main, soupire un cadre socialiste. Elle peut très bien nous refaire le coup qu’elle vient de réussir: elle choisit les noms qu’on lui soumet, et si elle n’est pas d’accord ça part au clash… jusqu’à ce que Ayrault et Hollande disent d’arrêter et lui donnent le dernier mot».

Une indication tout de même: le conseil national de ce mercredi a entériné la nomination d’une trentaine de nouveaux secrétaires nationaux (voir sous l’onglet Prolonger le nouvel organigramme), dont on n’imagine mal qu’ils ne soient nommés que pour trois mois et n’aient pas de fortes chances de se retrouver dans la future direction (bien qu’il ne comporte que 39% de femmes).

Certains plaident pour que l’on s’appuie sur les résultats de la dernière primaire pour répartir les postes. Ils ont peu de chance de voir leur requête aboutir, Martine Aubry ayant bien l’intention de conserver la main sur Solférino. Si elle surjoue l’irritation face aux questions de la presse sur le sujet, la première secrétaire sortante assure qu’elle quittera la tête du parti «si les conditions sont réunies, et un grand nombre le sont aujourd’hui». Mais le mystère reste entier sur son éventuel successeur, celui qui sera le premier signataire du texte déposé en septembre. D’ici là, un candidat de compromis entre aubrystes et hollandais devra avoir fait consensus.

A ce jour, seuls Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis se sont déclarés. Leurs chances sont quasi-nulles. Les noms d’Olivier Faure, d’Anne Hidalgo ou de Guillaume Bachelay transpirent dans les journaux, mais sans que l’on ne sache quelle est la part de machiavélisme de ces fuites, souvent initiées par d’autres qu’eux. Le nom de François Rebsamen est aussi avancé, mais Martine Aubry ne goûte pas franchement d’être remplacée par celui qui a tenté de la renverser, après les européennes de 2009.

Dans ce contexte où l’unité du parti et la bonne entente au service du «redressement dans la justice» priment sur tout le reste, mais où les inconnues sont encore grandes, difficile d’imaginer quels vont pouvoir être les enjeux du futur congrès de Toulouse. La question européenne risque bien d’être le seul clivage de fond, mais seulement si la situation économique changeait d’ici là. Pour l’heure, presque tout le monde au PS s’est accordé pour saluer les efforts de réorientation du président Hollande, en faveur de la croissance.

Plus sûrement, les débats internes du PS pourraient tourner autour de la rénovation du parti. En premier lieu, le respect de l’engagement des parlementaires socialistes à ne plus cumuler de mandats pourraient animer les échanges de pré-congrès. Les questions des statuts du parti, de la parité, de la lutte contre le clientélisme dans les fédérations, de la mise en œuvre d’une école de formation de futurs cadres, de l’application des primaires au niveau local commencent à être évoquées dans les discussions de couloir. Mais il est encore trop tôt pour savoir si Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault autoriseront les socialistes à en parler vraiment.

La boîte noire : On peut toutefois lire un maigre et officiel compte-rendu du conseil national, sur le site internet du PS. L’analyse des contributions déposées viendra dans un second temps. Pour l’heure, elles n’ont pas encore été recensées et publiées par le parti socialiste. Celles qui sont citées dans l’articles sont accessibles en cliquant sur les liens.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/180712/le-ps-lance-son-congres-huis-clos-et-en-rangs-serres

La crise des vocations perdure dans l’éducation

PoliTis

Société
Par Erwan Manac’h16 juillet 2012

La réforme de la formation et la dégradation de l’image du métier dissuadent les étudiants à se présenter aux concours de l’enseignement. Les rectorats devront recruter 15 % de leurs effectifs comme vacataires.

En septembre 2012, 15 % des postes à pourvoir au concours du Capes resteront vacants. Faute de candidats dont le niveau est jugé suffisamment bon par les jurys. Les mathématiques sont de loin la discipline la plus dépourvue, avec un manque de 298 candidats (37 % des postes à pourvoir dans cette discipline), suivi de l’anglais (131 postes manquant, soit 16 %), pour un total toutes disciplines confondues de 706 postes vacants.

Selon ses propres calculs, la Snes FSU dresse même un constat plus sombre. Agrégation et Caplp (lycées professionnels) compris, le déficit atteint 853 postes, auxquels il faut selon le syndicat ajouter 267 candidats admis au Capes et à l’Agregation. Ces « doubles admissions » sont autant de postes non pourvus au Capes.

280 candidats admissibles à l’agrégation se verront proposer une admission au Capes, pour combler ce manque, selon Catherine Gaudy, directrice générale des ressources humaines des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, site par le Figaro.fr. « Pour le reste des postes laissés vacants (526), nous allons recourir à des contractuels », expliquait-elle le 12 juillet.

Dans le même temps, le gouvernement a annoncé un recul de la date limite des inscriptions aux concours du 10 au 19 juillet 2012 pour tenter d’attirer plus de candidats.

Les explications de Caroline Lechevallier, secrétaire nationale du Snes FSU chargé des maîtres et de l’entrée dans le métier.

Comment expliquer une telle crise des vocations ?

Caroline Lechevallier : Ça commence dans les années 2000, avec la chute très importante des postes aux concours. On a vu une énorme diminution du nombre de candidats.

Le Capes est un concours difficile qui freine les vocations. D’autant qu’il y a aujourd’hui une concurrence des voies possibles. Car avec un master en mathématiques, par exemple, il y a beaucoup d’autres possibilités que de tenter le Capes, qui débouche sur un métier mal payé, qui ne reconnaît pas le salariat de niveau bac +5.

À cela s’est ajouté la masterisation, [les concours sont réservés aux titulaires d’un master NDLR]. Il faut pouvoir assumer financièrement de faire deux années d’études supplémentaires. Cette année il faut, en plus, obtenir des certifications obligatoires en langue (Cles) et en informatique (C2I). Certains candidats, non-titulaire de ces certifications, hésitaient à se présenter à l’oral. Un bon niveau de langue est exigé, ce qui n’est pas donné à tout le monde. D’autant que les universités ne sont pas toujours en mesure de préparer leurs étudiants à avoir ces certifications.

Comment le gouvernement pallie ce manque ?

Il embauche des contractuels, recrutés sans concours et sans formation. Ils ne sont pas titulaires et restent dans des situations précaires, qui les exposent à des pressions. Ils ne sont même pas sûrs d’être réemployés l’année suivante. Les recteurs essaient de recruter des gens qui ont un master avant de passer finalement des annonces à Pôle emploi.

Quelle réponse attendez-vous ?

Nous demandons un plan pluriannuel de recrutement, avec un chiffrage sur les cinq prochaines années qui permette aux étudiants de se projeter en fonction des postes à pourvoir.

Il faut aussi faire des prérecrutements. Pour proposer aux étudiants en fin de licence de passer un concours qui donne un statut d’étudiant rémunéré avec cotisation à la retraite. Cela permettrait d’avoir des parcours sécurisés, qui incitent les étudiants à poursuivre leurs études.

Il faut aussi une revalorisation des conditions de travail et des conditions salariales. Le métier d’enseignant avait une bonne image, aujourd’hui il a une image de métier difficile.

Les masters disciplinaires à mention enseignement restent peu nombreux. Dans beaucoup de disciplines, les étudiants sont contraints de faire des masters recherche. Ils doivent d’ailleurs les mener en même temps que le concours, car les écrits se passent au mois de novembre et les oraux en juin.


Conférence sociale : un vent de concertation soufflera à l’automne…

PoliTis

Thierry Brun10 juillet 2012

Les organisations syndicales et patronales seront très mobilisées cet automne… dans de nombreuses réunions, négociations et groupes de travail annoncées par Jean-Marc Ayrault à l’issue de la « grande conférence sociale » des 9 et 10 juillet. Leitmotiv : la « concertation avec les partenaires sociaux ». Pour s’assurer la paix sociale pendant la rigueur ?

Emploi, une « concertation » dès cet été

Ce n’est pas une surprise, le gouvernement se concentrera sur les emplois d’avenir, annoncés avant la conférence sociale. La table ronde a accouché d’un chantier prioritaire « pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes faiblement qualifiés, le gouvernement conduira au cours de l’été une consultation des partenaires sociaux et des acteurs territoriaux sur la mise en œuvre des emplois d’avenir », a assuré le Premier ministre qui souhaite que le Parlement soit saisi de cette question dès l’automne. Autre chantier : le contrat de génération. Les organisations syndicales et patronales auront à négocier les modalités de ce contrat « au niveau interprofessionnel, d’ici la fin 2012 ». Les partenaires sociaux auront notamment à déterminer la place accordée aux négociations de branche et d’entreprise.

Dès le premier semestre 2013, une négociation interprofessionnelle sur l’amélioration de l’accès à l’emploi et à la formation professionnelle des travailleurs handicapés est aussi programmée, à la demande des partenaires sociaux : « Il sera tenu compte des résultats obtenus avant de décider d’un éventuel renforcement des sanctions, applicables aux entreprises qui ne respectent pas leurs objectifs en matière d’emploi des travailleurs handicapés », a promis Jean-Marc Ayrault.

Dernier chantier concernant l’emploi : dès la rentrée 2012, le Premier ministre prévoit de revoir le dispositif du chômage partiel à partir d’une évaluation de l’accord national interprofessionnel de janvier 2012. Le Premier ministre a constaté que la négociation « compétitivité emploi », « mal engagée, n’est plus à l’ordre du jour » et propose une nouvelle démarche « pour la sécurisation de l’emploi ». « Le gouvernement invitera les partenaires sociaux, sur la base d’un document d’orientation transmis en septembre 2012, à négocier au niveau national interprofessionnel, avant la fin du premier trimestre 2013, les conditions d’une meilleure sécurisation de l’emploi ».

Le compte individuel de formation à débattre

Pas de « grande réforme de la formation professionnelle », a constaté Jean-Marc Ayrault, mais une « mobilisation » des partenaires sociaux, de l’Etat et des régions autour d’un plan d’action, entre autres pour accompagner les salariés dans les entreprises menacées, et pour renforcer la formation des demandeurs d’emploi. Le Premier ministre a souhaité la préparation d’un « plan d’urgence » s’appuyant sur la prochaine convention entre l’Etat et le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels pour la période 2013-2015. Dès septembre, un chantier abordera la question du compte individuel de formation et le gouvernement souhaite « que les partenaires sociaux soient associés à la préparation de la nouvelle étape de la décentralisation ».

Création d’un groupe de travail sur le smic

Un groupe de travail interministériel « travaillant en lien étroit avec les partenaires sociaux » examinera les différents scénarios d’ajustement des critères de revalorisation du smic. « Ses propositions seront débattues dans le cadre de la Commission nationale de la négociation collective. Le gouvernement présentera ensuite un projet de texte avant la fin de l’année ». Fin donc du groupe d’experts mis en place par Nicolas Sarkozy et quasi exclusivement constitué de proches du patronat…

Un comité de suivi des négociations salariales de branche sera convoqué « à la rentrée pour faire le point sur l’engagement des négociations dans les branches qui présentent aujourd’hui un minimum conventionnel inférieur au SMIC. Le cas échéant, les actions correctrices nécessaires seront programmées », a assuré Jean-Marc Ayrault. 74 branches proposent à 4,8 millions de salariés des salaires inférieurs au smic, estiment les syndicats. Le gouvernement présentera un bilan global de la situation en fin d’année et il examinera, « en concertation avec les partenaires sociaux » , les mesures nécessaires pour éviter que les entreprises puissent tirer bénéfice de l’inertie des négociations de branche.

Enfin, une négociation interprofessionnelle serait lancée en 2013 « sur les dispositifs de participation et d’épargne salariale visant à en simplifier l’économie générale, à en favoriser l’accès aux petites et moyennes entreprises ». Les syndicats ne vont pas chômer car le gouvernement a aussi promis, « avant la fin de l’année », un projet de loi « visant à empêcher la pratique de rémunérations abusives et à renforcer le cadre de la gouvernance d’entreprise sur ce point, notamment par la participation de représentants des salariés au comité de rémunération ».

L’égalité professionnelle, pas sans les syndicats

Les partenaires sociaux ont décidé de lancer en septembre leur négociation sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail, avec pour objectif d’aboutir avant la fin du 1er trimestre 2013. Jean-Marc Ayrault a proposé « qu’un point d’étape soit réalisé à la fin 2012. Au terme de cette négociation, nous définirons avec les partenaires sociaux les mesures législatives ou réglementaires à envisager ». Il souhaite aussi « qu’une réflexion sur la responsabilité sociale des entreprises et la notation sociale puisse s’ouvrir entre l’Etat et les partenaires sociaux ». Et une négociation sera ouverte dès le quatrième trimestre 2012 « sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, qui pourrait permettre de conclure le premier accord en la matière dans la fonction publique ».

Retraites, nouvelle réforme en perspective

Malgré les différences d’appréciation sur le financement de la protection sociale, en particulier sur les retraites, un calendrier de travail a été établi. « Pour élargir et diversifier les sources de financement de notre système de protection sociale, le gouvernement saisira le Haut Conseil du financement de la protection sociale dès le mois de septembre 2012 », a annoncé le Premier ministre, préparant ainsi le terrain, sans le dire, à une éventuelle hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour financer la protection sociale. Un rapport devrait être remis au premier trimestre 2013 et le gouvernement engagera « une concertation avec les partenaires sociaux, avec pour objectif une réforme législative en 2013 ».

Dialogue social, avec quels moyens ?

« Une concertation sur les moyens mis à disposition des syndicats sera engagée en septembre 2012. Une négociation sur la prise en compte de l’exercice des fonctions syndicales dans les parcours professionnels s’ouvrira en outre dès le premier semestre 2013 ». Un bilan sera établi au deuxième semestre 2013 sur la réforme de la représentativité syndicale. « Nous ne souhaitons pas la remettre en cause, mais apprécier si des ajustements sont nécessaires ». Et des dispositions législatives sur la transparence financière des comités d’entreprise seront adoptées début 2013.

Fonction publique : concertation… sur les conditions de travail

Une concertation est programmée à l’automne, « pour établir un diagnostic des politiques menées au cours des dernières années en matière d’évolution de carrière, de rémunération et de mobilité. Elle nous permettra de diversifier et d’enrichir les parcours professionnels des agents », a annoncé Jean-Marc Ayrault.


Faut il sauver les poulets Doux ou les voitures Peugeot à tout « prix » ou changer ces productions ?

PoliTis

Claude-Marie Vadrot

Le gouvernement et le préposé à la démondialisation et au Redressement productif (tout un programme !) se torturent les méninges, avec beaucoup d’autres, sur l’art et la manière de « relancer » la production automobile pour sauver Peugeot. Et s’ils avaient encore un sou dans leur cagnotte, ils nous mitonneraient une prime à la casse pour virer les vieilles caisses et les remplacer par des neuves. Double gaspillage perpétré au nom de l’emploi. Faute d’imagination. Notamment d’un certain Arnaud Montebourg qui appelle les Français à se « rassembler autour des voitures françaises ». Plus ridicule, on ne fait pas. Et quand il ajoute qu’il faut un plan pour « sauver la contruction automobile en France » plus ringard, on ne fait pas.

Le gouvernement et le préposé à la poursuite d’une Politique Agricole Commune qui ne s’intéresse qu’à la quantité et non à la qualité, se lamentent et exercent leur imagination pour sauver les poulets Doux, Dodu et consorts. Ils rêvent d’aider la poursuite de la « production » (on y revient, ce n’est pas de l’agriculture) de ses 253 millions de poulets annuels chimiquement et artificiellement nourris pour être maintenu en vie, notamment grâce à l’emploi d’antibiotiques, jusqu’au jour de l’abattage, six semaines au plus après la remise des poussins de quelques jours aux paysans éleveurs du début de cette chaîne de la bouffe. Si il restait un sou en caisse ils distribueraient des primes au grandes surfaces pour nous en faire manger plus. Poule au pot tous les jours ! De quoi inciter à se souvenir de Ravaillac…

Quel rapport entre les carcasses de bagnoles qui s’accumulent et les carcasses des poulets qui empoisonnent les consommateurs et la planète ? L’emploi, l’emploi sans réflexion sans réflexion à long terme, l’emploi à tout prix sans se poser la moindre question. Sauf le jour de la catastrophe annoncée. Cela fait des années que les poulets de batterie se vendent moins bien et que Doux ne survit qu’avec des subventions européennes à l’exportation. Cinquante à soixante millions d’euros chaque année. Cela fait des années que les Français réduisent leurs achats de voitures, pour des raisons écologiques ou économiques. Cela fait des années que les véhicules Peugeot (et d’autres) se bradent plutôt qu’elles ne se vendent. Tout le monde le savait et le disait. Cela fait des années que ce type d’entreprises se précipitent vers le mur du productivisme en sachant qu’elles vont s’y écraser ; cela fait des années que de rares économistes et de nombreux écologistes expliquent que ce ne sont pas les usines qu’il est nécessaire de changer, mais les produits. En faisant preuve d’imagination, en se souvenant que le monde et les consommateurs changent ; et que la planète rétrécit.

Bien sur les milliers de salariés de Doux et de Peugeot vont être mis au chômage, avec tous les drames que cela implique. Mais ce n’est certainement pas en prolongeant l’agonie des produits du passé ou de la dérive mondialisante qu’il sera possible de leur redonner des salaires et de l’espoir.

Ce serait le moment idéal, rêvons un peu, pour mettre en oeuvre la transition écologique : fabriquer des transports collectifs, des bus, des rames de métros, des wagons de chemin de fer ou de tramway à la place des bagnoles appelées un jour à disparaître. Reconvertir, cesser de pleurer sur des vieilles lunes et de vieux schémas, est-ce trop demander aux chantres d’un Redressement qui serait enfin productif ? Cela permettrait de sauver (d’inventer) de vrais emplois qualifiés au lieu d’envoyer les salariés pourrir dans des stages aussi languissants qu’inutiles ou de mettre en place à Aulnay un centre d’appel ou une « plateforme logistique » qui ne seront que de provisoires placebo.

Est- trop demander que d’envisager de vendre des poulets moins dégueulasses en cessant de subventionner ce qu’il faut bien appeler de la merde ? Cela permettrait de sauvegarder la santé des consommateurs, de moins polluer la Bretagne sans licencier un seul salarié, sans mettre en faillite un seul agriculteur et en redonnant aux uns et aux autres, la dignité qu’ils méritent.

Peut-être faut-il de temps à autre être politiquement incorrect ; non pas en passant la disparition des emplois par pertes et profits (pour Doux et Peugeot), mais en commençant à imaginer et à mettre en place des produits plus utiles et plus durables. Et en cessant de subventionner, directement ou indirectement, les errements des industriels pour qu’ils persévèrent dans leurs erreurs.

Il ne peut plus être question de prolonger des productions à l’agonie, il faut désormais les changer.