Lionel Jospin, appelé à rénover

14 juillet 2012 | Par Stéphane Alliès – Mediapart.fr

Nicolas Sarkozy avait son Édouard Balladur, François Hollande aura son Lionel Jospin. Comme son prédécesseur, le président de la République a donc choisi son parrain politique pour présider une commission de réflexion sur la modernisation des institutions. Et comme avec Sarkozy, on a le sentiment d’une volonté de réparer une injustice pour un ancien premier ministre de cohabitation, sanctionné par les urnes présidentielles.

Mais si le président Sarkozy proclamait la rupture et saluait en nommant Balladur celui qui l’avait fait ministre en premier, Hollande semble davantage animé par l’idée de retrouver un sillon. Celui d’une social-démocratie désireuse de laver l’affront du 21 avril 2002, et de rouvir la voie brutalement interrompue de la gauche réaliste et du socialisme responsable. N’est-ce pas Lionel Jospin lui-même qui déclarait, en mars dernier au Point : « Si François Hollande gagne l’élection présidentielle, le pays pourra aborder l’avenir avec davantage de confiance, la gauche retrouvera un chemin perdu et, moi, je serai plus serein. Je me sentirai payé de mes peines. » Le voici en prime gratifié d’une mission, celle de faire des propositions pour « rénover et moraliser la vie politique », peut-être prélude à un référendum (lire notre article).

 

François Hollande et Lionel Jospin, à Toulouse, le 3 mai 2012
François Hollande et Lionel Jospin, à Toulouse, le 3 mai 2012© Reuters

Sur la moralisation, le profil idéal de Lionel Jospin est incontestable. « L’austère qui se marre », comme ce protestant se dénommait en 2002, est l’intégrité faite homme, l’un des rares à l’époque à avoir réclamé « un droit d’inventaire » par rapport à la fin du règne de François Mitterrand. C’est sous son autorité de premier ministre qu’avait été mis fin aux fonds spéciaux, il a été le premier chef de gouvernement à demander à ses ministres d’abandonner leurs mandats locaux, et a instauré la jurisprudence selon laquelle un ministre devait démissionner en cas de mise en examen.

Il sera intéressant de regarder les préconisations de Jospin sur le statut pénal du président de la République, lui qui fut battu à la présidentielle de 2002 par un Jacques Chirac alors inquiété par la justice, mais protégé par son impunité élyséenne. Une impunité qu’il avait alors admise, décourageant les parlementaires socialistes de traduire Chirac devant la cour de justice de la République, puis se refusant à évoquer les affaires lors de la campagne électorale. Tout juste a-t-il fait dans le subliminal, via son slogan : « Présider autrement. » Lui n’avait pas osé aller jusqu’à dire «normalement».

Il sera également intéressant d’observer quel sera le regard du «président de commission» Jospin sur le Sénat, qu’il avait qualifié en 1998 d’«anomalie démocratique», alors qu’il était à droite. En octobre dernier, alors que le Palais du Luxembourg venait de basculer à gauche, il maintenait qu’il était «absolument nécessaire de (le) réformer».

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