Échecs : un jeune prodige bangladais représentera la France aux championnats d’Europe

 Le Monde.fr avec AFP | 16.07.2012 à 18h29 • Mis à jour le 16.07.2012 à 19h22

La situation du jeune garçon avait provoqué une certaine émotion, l'ex-premier ministre estimant que son cas méritait d'être "regardé avec la plus grande attention".

Fahim Alam, un jeune prodige bangladais des échecs arrivé clandestinement sur le territoire français, va pouvoir représenter la France aux championnats d’Europe, selon des sources concordantes. Tous les obstacles administratifs ont en effet été levés : après régularisation de la situation de son père, les dernières démarches administratives ont été achevées avec le transfert de son dossier de la fédération d’échecs bangladaise à la fédération française.

« Il est prévu dans le déplacement des jeunes Français à Prague », qui disputeront le championnat d’Europe du 16 au 26 août, a précisé le directeur général de la fédération française.

Fahim Alam, 11 ans, était devenu en avril champion de France d’échecs des moins de 12 ans. Mais à cette époque il lui était impossible de participer aux championnats d’Europe car son père, arrivé en France en 2008, faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français.

ÉMOTION SUSCITÉE PAR LA SITUATION DE FAHIM ALAM

La situation du jeune garçon, alors hébergé par des familles de son club d’échecs à Créteil, en banlieue parisienne, avait provoqué une certaine émotion. L’ex-premier ministre François Fillon avait estimé entre les deux tours de la présidentielle que son cas méritait d’être « regardé avec la plus grande attention ».

Le 11 mai, son père, Nura Alam, s’était vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour régularisant sa situation pour trois mois. Il a depuis été embauché comme plongeur au restaurant du personnel de la mairie de Créteil et a signé un bail pour un logement social, a indiqué une source auprès de la commune. « Le préfet s’est engagé au bout de trois bulletins de paye à lui délivrer un titre de séjour provisoire avec autorisation de travail », a poursuivi cette source.

Restait à obtenir le transfert du dossier du jeune prodige. « C’est fait », s’est félicité son entraîneur. Fahim « s’est mis à travailler et se concentre sur les échecs après cet ouragan médiatique », a-t-il ajouté.


Vivre un an sans huile de palme, le bilan

BLOG Le Monde
Jeudi 05 juillet 2012, par Audrey Garric

C’était le 3 juillet 2011. Adrien Gontier avait décidé de dire adieu aux plats préparés ou surgelés, biscuits variés, pâtes à tartiner et autres sauces toutes préparées. Une chasse de tous les instants à l’huile de palme, dont la production, considérée comme une calamité environnementale, est responsable d’une déforestation galopante d’une grande partie de l’Indonésie et de la Malaisie. Une année plus tard, l’étudiant strasbourgeois de 26 ans fait le bilan.

 « L’expérience a été progressive. Au fur et à mesure de mes recherches, je découvrais constamment de nouveaux produits contenant de l’huile de palme, explique-t-il. Ce n’est finalement qu’aujourd’hui que je pense l’avoir en grande partie bannie. » Car cette matière grasse bon marché se cache dans la moitié des produits vendus en supermarché : dans les rayonnages d’alimentaire, bien sûr, qu’il s’agisse des plats, boissons, lait pour bébé ou viennoiseries, mais aussi au fond d’une large partie des cosmétiques et des produits d’entretien, tels que les shampoings, gels douche, déodorants ou mousses à raser.

Et à chaque fois, la dénicher se révèle une tâche malaisée tant elle est présentée sous un vocable hermétique et varié. Si, sous sa forme pure, les fabricants parlent de « graisse végétale » ou d' »huile végétale », on retrouve aussi ses dérivés dans les additifs alimentaires (E 304, E 305, E 471) et dans les agents actifs (laurylsulfate sodium, acide palmitique, laureth sulfate, glycéryl stéarate). Pour s’y retrouver, l’étudiant en thèse de géochimie a dressé une liste de produits contenant de la palme et une liste des noms employés pour la désigner à partir d’informations glanées auprès des industriels et de ses connaissances.

Du côté des repas, Adrien Gontier n’a pas eu l’impression de se priver : déjà habitué à manger des produits « sains », il a opté pour des plats maison, à partir d’aliments bruts et simples, souvent locaux et bio. « Je me suis par contre aperçu que l’huile de palme était aussi présente dans nombre d’aliments biologiques et équitables, se désole-t-il. Les étiquettes, plus transparentes que celles des produits conventionnels, la présentent souvent comme durable, avec le label Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO). Mais en réalité, des rapports d’ONG ont prouvé que cette certification était un leurre. » « Les critères du RSPO sont insuffisants et les contrôles laxistes », dénonçaient ainsi Les Amis de la Terre dans un rapport de mai 2011, estimant que certaines entreprises auraient recours à des plantations « vitrines » pour continuer à raser les forêts à tout va.

Là où l’expérience s’est vraiment corsée, c’est lorsque Adrien Gontier a dû choisir des cosmétiques et des produits d’entretien : « Tous les flacons vendus en supermarché contiennent de l’huile de palme. J’ai donc dû trouver des crèmes au beurre de karité, opter pour un rasoir électrique, et j’avais toujours un savon naturel, à base d’huile d’olive et de levure, sur moi, afin de l’utiliser dans les lieux publics à la place des ‘pousse-mousse’ traditionnels. Ce n’était pas vraiment pratique… Pour nettoyer mon appartement, j’ai utilisé du bicarbonate, du savon noir, du vinaigre et des huiles essentielles. »

Dernière étape de l’expérience : Adrien a découvert que l’essence de sa voiture contenait elle aussi un peu d’huile de palme. Sur les 10 % d’agrocarburants imposés par l’Union européenne dans la composition du diesel, 1 % est ainsi constitué d’huile de palme, soit l’équivalent de deux cuillères à soupe pour un plein de 50 litres. « Cela semble négligeable, concède Adrien Gontier, mais cette quantité devient importante lorsqu’on la multiplie par le nombre de voitures en circulation. Sans compter que d’autres pays européens en consomment plus : en Italie, par exemple, on trouve un litre d’huile de palme par plein d’essence. » Au total, sur les 5 millions de tonnes de palme importées chaque année en  Europe, un million se retrouve englouti par les agrocarburants, selon les chiffres du département d’agriculture américain de 2005. « J’ai donc essayé tant que possible de minimiser mes trajets en voiture et privilégier les transports en commun et le vélo. Mais ce n’était pas évident tout le temps », reconnaît l’étudiant.

« Au final, vivre en réduisant la consommation d’huile de palme est possible à condition de limiter les produits industriels et en lisant attentivement les étiquettes, conclut-il. Maintenant que j’ai pris le pli, je vais poursuivre mes efforts, sauf pour les sorties chez des amis ou restaurants, car c’était trop difficile. »

Et ensuite ? l’étudiant a pensé à d’autres challenges : vivre un an sans soja, dont la culture accentue la déforestation en Amazonie, sans téléphone portable, pour dénoncer l’extraction des minerais par des enfants en Afrique, ou sans déchet (avec seulement un kg par personne et par an contre 350 kg actuellement en France). Mais ce sera après l’écriture de sa thèse.

Audrey Garric

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Photo : ATAR / AFP et FREDERICK FLORIN / AFP


Pour une révolution fiscale : contribution au débat sur l’économie…

Une lecture indispensable pour essayer de comprendre l’économie.

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La longue marche du planning familial en Ouganda

LE MONDE | 10.07.2012 à 13h38 • Mis à jour le 12.07.2012 à 16h22

Par Gaëlle Dupont (Kanungu, Ouganda, envoyée spéciale)

Il n’a que quelques heures et pas encore de nom. Le bébé de Pleda Ayebare est si petit qu’on le distingue à peine sous les draps à côté de sa mère. Il est midi, à la maternité du centre de santé du bourg de Kanungu, en Ouganda. Douze femmes se remettent de leur accouchement, allongées sur des lits d’hôpital protégés par des moustiquaires. A 28 ans, Mme Ayebare vient de donner naissance à son quatrième enfant. Dans la norme en Ouganda, le pays détenant le troisième taux de fécondité le plus élevé au monde, avec 6,2 enfants par femme.

Au centre de santé provisoire de Kanungu, à 400 kilomètres à l'ouest de Kampala, la capitale de l'Ouganda, le 20 juin.

La jeune femme aurait bien aimé s’arrêter à trois. « A quoi bon faire des enfants si on n’a pas de quoi les envoyer à l’école ? », interroge-t-elle. Elle avait accès à la contraception. Le gouvernement, soutenu financièrement par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), fait depuis peu son possible pour la rendre plus disponible.

Mais son mari, planteur de thé comme beaucoup dans la région, n’était pas d’accord. Mme Ayebare s’est fait faire trois injections de contraceptifs – efficaces chacune trois mois – en cachette. Jusqu’à ce que son époux tombe sur une carte délivrée par le centre de planning familial. Ainsi est arrivé leur petit dernier. Cette fois, le père semble vouloir s’arrêter là. « Des amis qui n’ont pas eu beaucoup d’enfants l’ont convaincu, raconte Mme Ayebare. La contraception est de plus en plus populaire ici. »

D’autres femmes en visite au centre de santé de Kanungu, chef-lieu du district du même nom, en témoignent. Judith Twijukye a 18 ans. Elle attend son premier bébé d’un jour à l’autre. La jeune fille et son mari sont d’accord pour en avoir trois en tout. « Nous n’avons pas assez de terre pour plus », explique-t-elle.

Beatrice Niwabine, 19 ans, est également déterminée à avoir recours au planning familial. Elle regrette de n’en avoir jamais entendu parler avant d’avoir son premier enfant, à 16 ans. « Quand je me suis mariée j’avais hâte d’avoir un bébé, raconte-t-elle. Mais j’étais trop jeune. Ma croissance était encore en cours, l’accouchement a été difficile, j’ai arrêté d’étudier. Je ne conseillerai pas aux autres de faire comme moi. » Un quart des adolescentes ougandaises de 15 à 19 ans ont un enfant.

« CHAMPIONS DE LA SANTÉ REPRODUCTIVE »

La région de Kanungu, à 400 kilomètres de la capitale Kampala, soit dix heures de route pendant la saison des pluies, est parmi les plus reculées du pays. Pourtant, environ 40 % des femmes du district utilisent des contraceptifs, contre 30 % au niveau national. Le taux de fécondité est légèrement plus bas que la moyenne, à 5,9 enfants par femme. Car du fait de cet éloignement, beaucoup d’efforts y sont faits.

En dix ans, le nombre de centres de santé (pour la plupart rudimentaires) a été multiplié par quatre, passant à 48 pour 248 000 habitants. Depuis deux ans, une dizaine de campements provisoires sont mis en place pendant une semaine tous les trois mois. La population peut venir y chercher des contraceptifs.

« Beaucoup de gens ne peuvent pas venir jusqu’aux centres de santé, les camps permettent de toucher davantage de monde », explique Augustine Kalajja, le directeur du centre de Kanungu. Les trajets restent longs : certains parcourent plus de 20 kilomètres à pied pour les rejoindre. De ce fait les dispositifs de longue durée, comme les injections ou les implants, sont privilégiés.

Encore plus près du terrain, des « équipes de santé de village », composées de deux personnes, conseillent la population. Le district compte même quatre « champions de la santé reproductive » volontaires, chargés de promouvoir les bienfaits du planning familial, par exemple sur les ondes lors d’émissions spéciales.

« Nous devons réduire notre taux de fécondité, martèle Herbert Banobi, l’un de ces champions. La raison est simple : les ressources diminuent, les besoins s’accroissent. » Alors que l’Ouganda est classé parmi les 48 pays les moins avancés, sa population pourrait passer de 32 millions d’habitants aujourd’hui à 91 millions en 2050. La moitié de la population a moins de 15 ans.

A Kanungu, cette jeunesse saute particulièrement aux yeux le matin. Des nuées d’enfants en uniformes colorés courent rejoindre des classes bondées, pieds nus sur les pistes de latérite. « Une telle croissance représente un fardeau important alors que notre budget est déjà limité », explique Walter Iriama, chef de l’administration du district. Les écoles, les structures de soins, la couverture en eau potable ne peuvent suivre.

38 ENFANTS POUR CINQ FEMMES

Mais le planning familial se heurte toujours à « beaucoup de préjugés », relève M. Banobi. Cinq femmes, âgées de 42 à 50 ans, font la queue au campement provisoire de Kayonza, à une heure de route de Kanungu. Elles ne sont pas venues chercher des contraceptifs, mais faire un scanner. Perclues de douleurs, elles ont mis au monde 38 enfants à elles cinq.

Aucune n’a eu recours à la contraception. Parce que, dans ce monde rural, avoir une descendance nombreuse reste perçu comme un gage de prospérité et un signe de puissance. « Un homme se sent plus grand quand il a une grande famille », explique Ruth Rwomushana, 45 ans.

Le taux élevé de mortalité infantile joue aussi un rôle. Ruth a eu 13 enfants, mais seuls 6 sont vivants. « A cause de la malnutrition, nous ne savons pas combien survivront, explique Molly Kenyangi, sa voisine. Nous sommes en compétition avec la mort. » Les cinq femmes pensent aussi que les contraceptifs peuvent rendre malade, stérile, voire diminuer les performances sexuelles. M. Banobi évoque enfin la « résistance silencieuse » des Eglises catholique et protestante, majoritaires dans la population.

Cette ambivalence se retrouve dans les discours politiques. « Les technocrates sont persuadés que le planning familial est une nécessité pour le développement du pays, mais les politiciens ne le sont pas forcément, analyse Jackson Chekweko, directeur de l’ONG Reproductive Health Ouganda. Certaines figures de premier plan continuent à déclarer qu’il faut faire beaucoup d’enfants pour être puissant. »

Le budget alloué au planning familial reste très insuffisant. Environ 40 % des Ougandaises souhaitant avoir recours à la contraception n’y ont pas accès. Les besoins de financements, pour le seul achat de contraceptifs, atteignent presque 18 millions d’euros par an, alors que le budget actuel est moitié moins élevé.

Le gouvernement en finance moins de 5 %. « Le sujet n’est pas prioritaire au niveau national, estime le directeur du centre de Kanungu, M. Kalajja. Il passe derrière l’éducation et surtout les infrastructures, qui sont jugées capitales pour le développement économique. »

Gaëlle Dupont (Kanungu, Ouganda, envoyée spéciale)


Histoire: une majorité de jeunes ignore ce qu’est la rafle du Vel d’Hiv

Dépêches
16 juillet 2012 à 07:32
Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris

Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d’Hiver à Paris (AFP)

La commémoration des 70 ans de la rafle du Vel d’Hiv débute lundi devant l’ancien camp d’internement de Drancy (Seine-Saint-Denis) et se poursuivra dimanche 22 juillet à Paris, sur les lieux de l’ancien Vélodrome d’Hiver, détruit en 1959, en présence du président de la République François Hollande.

Selon ce sondage CSA, 67% des 15-17 ans, 60% des 18-24 ans, et 57% des 25-34 ans répondent « non » à la question: « Avez-vous déjà entendu parler de la rafle du Vel d’Hiv? ». Mais 25% des plus de 65 ans n’en ont pas non plus entendu parler, pour une moyenne tous âges confondus de 42%.

Cette rafle tire son nom du Vélodrome d’hiver, un stade près de la Seine (XVème arrondissement), où 8.160 des Juifs étrangers raflés les 16 et 17 juillet 1942 furent enfermés par les autorités françaises.

La quasi totalité des 13.152 Juifs étrangers arrêtés lors de cette rafle par la police française sur la demande de l’occupant allemand, qui en réclamait 24.000, furent déportés. Moins d’une centaine – aucun enfant – survécurent.

« Moins d’un tiers des étudiants français savent que c’est la police française qui a procédé à la rafle du Vel d’Hiv (32%), et moins de la moitié des Français dans leur ensemble (46%) », souligne l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui a commandé ce sondage, dans un communiqué.

Pour ceux qui en ont entendu parler, c’est en premier lieu par des films et documentaires (87%), loin devant leur entourage (53%), l’école (49%) et Internet (21%), selon le sondage.

En revanche, 85% des Français et 88% des jeunes de 18 à 24 ans « considèrent que la transmission de la mémoire de la Shoah est importante ».

« Ce sondage révèle que les Français ont à coeur que soit transmise la mémoire de la Shoah. Cependant, il dévoile aussi la faible connaissance de l’histoire de la rafle du Vel d’Hiv, et de la participation des autorités françaises, alors que cet événement est crucial dans la conscience nationale et que sa transmission comporte un acte pédagogique dans la lutte contre toutes les formes de haine », fait valoir le président de l’UEJF Jonathan Hayoun.

« Face à ceux qui veulent jouer la concurrence des mémoires, il est important de rappeler que les leçons de l’histoire de la Shoah sont universelles, et prennent tout leur sens dans le climat de recrudescence de l’antisémitisme », a-t-il dit, réclamant que « la lutte contre le racisme et l’antisémitisme » devienne « une grande cause nationale ».

Lundi, une cérémonie aura lieu à partir de 11H00 à la cité de la Muette, devant l’ancien camp d’internement d’où furent déportés vers les camps d’extermination des milliers de Juifs, victimes notamment de la grande rafle de juillet 1942, a indiqué à l’AFP le rabbin Moché Lewin, porte-parole du Grand Rabbin de France.

Deux expositions consacrées aux enfants de la Shoah se tiennent à Paris, au Mémorial de la Shoah et à l’Hôtel de Ville. Une troisième, intitulée « La rafle du Vel d’Hiv, les archives de la police » s’ouvre lundi à la mairie du IIIe arrondissement de Paris.

Le sondage a été réalisé par CSA les 4 et 5 juillet 2012 auprès de 1.056 Français selon la méthode des quotas