Monsieur le Président, où est le rêve ?

Par Edwy Plenel – Mediapart.fr

13 juillet 2012 |

Lançant sa campagne présidentielle au Bourget, en Seine-Saint-Denis, le 22 janvier, François Hollande promettait de commencer « par le rêve », condition pour que la gauche n’échoue pas, une fois encore, face à son adversaire de toujours, « le monde de la finance » (sur Mediapart, le discours est ici et tous les discours du candidat Hollande sont ). Deux mois après son installation à l’Elysée, le 15 mai, c’est l’évocation de ce « rêve français » qui semble tenir d’un éphémère rêve électoral. Au-delà d’un apaisement démocratique bienvenu après une décennie marquée par l’hystérie sarkozyste, aucun signal fort n’a été donné par le nouveau pouvoir socialiste, son président, son gouvernement et sa majorité, dans le sens d’une radicale refondation républicaine autour des idéaux de justice et d’égalité.

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve. » La drolatique, car erronée, attribution à Shakespeare de la citation qui résumait la tirade finale du discours du Bourget signifiait-elle un pur emprunt de circonstance, sans sincérité ni cohérence ? Pourtant celui qui n’était alors que le candidat des socialistes à la présidence de la République n’avait pas lésiné sur son commentaire au point de filer la métaphore du « rêve français » qui était déjà le titre et le thème de son livre paru à l’automne 2011, à la veille de la campagne des primaires où il avait affronté cinq autres prétendants (Martine Aubry, Jean-Michel Baylet, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Manuel Valls).

« Eh bien, lançait le Hollande du Bourget, nous réussirons parce que nous commencerons par évoquer le rêve ! Le rêve français, c’est la confiance dans la démocratie, la démocratie qui sera plus forte que les marchés, plus forte que l’argent, plus forte que les croyances, plus forte que les religions ! » Ancrant ce rêve français qu’il souhaitait « ré-enchanter » dans la longue marche des idéaux républicains, de la Révolution française à Mai 68, en passant par la Libération et le Conseil national de la Résistance, François Hollande répondait par avance aux conservateurs moqueurs qui opposent le rêve à la réalité pour mieux renoncer à la transformer.

Non, ce n’est pas « une chimère » et ce n’est pas « mettre la tête dans les étoiles », insistait-il, que de « retrouver le récit républicain, celui qui nous a fait avancer pendant des décennies, le récit de la Révolution française, de ces hommes, de ces femmes aussi, qui ont voulu avancer dans une histoire inconnue qui s’ouvrait sous leurs yeux, qui était l’histoire de l’égalité humaine ». Le candidat socialiste appelait donc à une mobilisation des énergies, des enthousiasmes et des audaces face à un adversaire clairement désigné : « Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. (…) Cette emprise est devenue un empire. »

Comme dans un symbole rétrospectif, ces fortes paroles furent prononcées en Seine-Saint-Denis, « ce département aux multiples couleurs, le plus jeune de France, qui accumule tant de difficultés, et qui en même temps recèle tant d’atout », ainsi que le saluera dès ses premiers mots l’orateur. Or c’est ce même département qui, avec la fermeture annoncée de l’usine Peugeot d’Aulnay, est aujourd’hui le théâtre de l’offensive des marchés, de leurs exigences de profit financier et de leur indifférence à la richesse solidaire, avec la charge destructrice de PSA contre l’emploi et, plus largement, contre le travail, sa valeur et sa dignité. Hasard bavard qui souligne l’actualité d’un réformisme radical ou d’une radicalité pragmatique, dans tous les cas d’une ambition qui s’attaque aux racines de nos maux sociaux et démocratiques. Car l’irréalisme n’est pas du côté du rêve républicain, mais du côté d’une folie financière destructrice du travail des hommes et des richesses de la nature.

« Ce qui est en cause, c’est la souveraineté de la République face aux marchés », affirmait encore François Hollande, dans la foulée de son discours du Bourget en présentant les soixante engagements de sa présidence. « Un vrai changement », promettait-il face à une situation calamiteuse dont, une fois encore, le premier responsable désigné était « la finance ». Un changement que dessinaient alors les mots « justice », « égalité », « Etat impartial », « morale publique ». Un changement qui, surtout, se ferait avec l’aide de la société et de ses acteurs qui « doivent être mobilisés pour le bien public ». « Refuser cette fatigue sociale, cette fatalité économique, ce discrédit moral » : à cette ambition fixée par le Hollande du Rêve français (Privat), en 2011, répondait cette promesse du même en 2012, en introduction de son programme : « Ce changement, je le construirai avec vous ».

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/130712/monsieur-le-president-ou-est-le-reve

Coût du travail : les exagérations du patron de PSA

Blog

Ce qu’il a dit :

« Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44 % de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive. »

Pourquoi c’est plutôt faux ? 

La France se classe certes dans le peloton de tête en matière de coût horaire du travail, mais elle reste moins chère que d’autres pays. Dans l’industrie automobile, le coût horaire est plus élevé en Allemagne qu’en France, selon l’Insee. 

Alors que le groupe PSA annonce un plan de 8000 licenciements et la fermeture de son usine d’Aulnay-sous-Bois, son patron, Philippe Varin, justifie ces suppressions de postes en invoquant le coût du travail, selon lui « le plus cher en Europe ».

Or, si son argument n’est pas dénué de sens et si la question de la compétitivité française se pose, même pour la majorité, il est en revanche exagéré de dire que le coût du travail en France est le plus cher en Europe.

1/ Le coût horaire moyen du travail en France n’est pas le plus élevé d’Europe

Comment calcule-t-on le coût du travail ? Plusieurs méthodes existent. Le plus souvent, on utilise le coût horaire du travail. Cet indicateur additionne le salaire (y compris primes, épargne salariale etc) et les cotisations sociales acquittées par l’employeur, et les divise ensuite par le nombre d’heures travaillées.

Dans l’Union européenne, le coût moyen du travail était, en 2011, pour les entreprises de plus de 10 salariés, de 23,1 euros de l’heure, selon l’institut Eurostat, qui note de fortes disparités entre pays : de 3,5 euros de l’heure en Bulgarie, ou 7,1 euros en Pologne, à 44,2 en Norvège, par exemple. Avec 34,2 euros de l’heure en moyenne, la France est dans le groupe de pays au coût élevé, mais elle n’est pas la plus chère. Le Danemark est à 38,6 €, la Suède à 39,1, la Belgique à 39,3 €. L’Allemagne, avec 30,1 euros de l’heure, se situe au-dessous, mais reste dans le peloton de tête.


Ce premier indicateur donne donc plutôt tort à M. Varin : la France est le 5e pays en Europe en matière de coût du travail, l’Allemagne étant 8e.

2/ Dans l’industrie non plus, il n’est pas le plus élevé

Il faut néanmoins être plus précis : le coût du travail peut en effet varier fortement en fonction de l’activité économique, il faut donc le calculer par secteur. L’Insee a publié au printemps 2012 une enquête sur la question, en distinguant notamment le coût du travail en 2008 dans l’industrie manufacturière (dont l’automobile fait partie) et les services marchands.

Il en ressort que la France, avec 33,16 euros de l’heure, était légèrement moins chère de l’Allemagne (33,37 euros de l’heure) dans l’industrie. Elle se classait cinquième, derrière Belgique, Danemark ou Suède. Dans les services marchands, l’Allemagne retrouvait un avantage avec 26,81 euros de l’heure, contre 32,08 euros de l’heure en France. Mais Danemark, Belgique, Suède et Luxembourg se classaient devant la France en terme de coût horaire.

Encore une fois, impossible de donner raison à M. Varin, y compris dans le secteur précis de l’industrie manufacturière.

2/ Dans l’automobile non plus, on ne peut pas dire que le coût du travail français est « le plus élevé d’Europe »

Zoomons encore pour aller chercher le coût du travail dans l’industrie automobile. L’Insee l’évoque dans la même enquête… et explique une chose qui vient contredire totalement M. Varin : « Dans l’industrie automobile, le coût horaire allemand est le plus élevé d’Europe. Il est en particulier supérieur de 29 % à celui observé en France : 43,14 euros contre 33,38 euros. L’écart se montait à 49 % en 1996 et a donc diminué depuis. Néanmoins, il reste fort important, alors même que le secteur automobile  contribué dans une large mesure à la dégradation du solde commercial de la France. »

En clair, un ouvrier automobile allemand coûte 30 % plus cher de l’heure que son concurrent français, selon l’Insee. Pourtant, alors que l’industrie automobile française périclite, son homologue allemande, elle, se porte bien mieux. Un « paradoxe » qui donne des arguments à ceux qui estiment que le problème principal n’est pas celui du coût du travail mais celui de la stratégie industrielle.

3/ L’Allemagne est l’exception en Europe, et la comparaison est donc biaisée

D’autres indicateurs viennent toutefois appuyer la thèse de M. Varin et d’une partie du patronat français, et notamment la comparaison avec l’Allemagne. L’institut COE-Rexecode, proche du patronat, a ainsi établi son propre indice de coût du travail, à partir de ceux d’Eurostat, qu’il pondère en intégrant jours de congés et RTT.

Selon cet indice, la France « décrocherait » en matière de coût du travail dans l’industrie, après avoir été au même niveau que l’Allemagne.

La thèse est souvent rappelée à d’autres égards. L’Allemagne a réduit ses coûts et mis en place depuis le début des années 2000 une politique de modération salariale très volontariste, qui lui a permis de se rendre très concurrentielle en Europe. Un exemple souvent repris en France.

Pourtant, il est à relativiser. Comme le rappelait l’économiste Olivier Bouba-Olga dans une note de blog fin avril, la comparaison masque d’autres phénomènes. Il prenait pour référence une étude de l’institut Carnegie, évoquant le « décrochage » de la France face à l’Allemagne au niveau cette fois du « coût unitaire du travail » : combien coûte un salarié par rapport à ce qu’il produit. Un indicateur qu’on calcule en fonction d’un point d’indice de référence.

L’institut Carnegie produit un graphique montrant le « décrochage » franco-allemand, résultat en grande partie de la modération salariale allemande, qui a conduit à une diminution du coût unitaire du travail entre 2005 et 2008 :

Mais, comme il le rappelle ensuite, ce comparatif n’est valable que pour l’Allemagne seule. Il suffit d’élargir la comparaison à d’autres pays pour le constater :

On le voit, la France reste dans la moyenne à la fois de l’OCDE et de l’Europe. C’est l’Allemagne qui fait figure d’exception.

Comme le rappelait Le Monde, d’autres économistes pourtant proches du patronat, notamment issus de l’Institut de l’entreprise, font le même constat : « Il convient de souligner les limites de la comparaison avec l’Allemagne (…) c’est l’Allemagne, et non la France, qui fait figure d’exception en Europe, puisque l’évolution du coût unitaire du travail est restée en France en ligne avec la moyenne européenne. »

Samuel Laurent


Jugement anti-circoncision : Berlin tente de calmer le jeu

Le Monde.fr avec AFP |

 Le gouvernement allemand est monté au créneau, vendredi 13 juillet, pour tenter de calmer la polémique, désormais internationale. Une controverse déclenchée par une décision judiciaire condamnant la circoncision religieuse.

« Au nom de ce gouvernement, de tous les membres de ce gouvernement, disons les choses clairement : nous tenons à ce qu’une vie religieuse juive, à ce qu’une vie religieuse musulmane soient possibles en Allemagne« , a déclaré le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, lors d’un point de presse gouvernemental régulier. « La liberté des activités religieuses est à nos yeux un droit auquel nous sommes très attachés », a ajouté M. Seibert, jugeant « urgent de rétablir un climat juridique pacifié » à ce sujet.

Dans un tweet écrit quelques minutes après la fin du point de presse, M. Seibert s’est montré encore plus clair : « Les circoncisions des garçons ne doivent pas pouvoir faire l’objet de poursuites pénales. »

C’est la première fois que ce dernier prend la parole à ce sujet depuis que le tribunal de Cologne a rendu publique, à la fin de juin, une décision qui pourrait faire jurisprudence et assimile la circoncision religieuse d’un enfant à une atteinte corporelle, passible de poursuites pénales.

LIBERTÉ RELIGIEUSE, ÉCHO INTERNATIONAL

Depuis l’annonce de la décision de Cologne, la polémique est très vive dans un pays qui compte quelque 4 millions de musulmans et une communauté juive de plus de 200 000 personnes.
La plupart des grandes organisations musulmanes locales et le Conseil central des juifs d’Allemagne n’ont de cesse de dénoncer un jugement qui porte, selon eux, atteinte à leur liberté religieuse. Et cette semaine, leur colère a trouvé un écho à l’échelle internationale.

De source diplomatique allemande, le jugement est d’ailleurs considéré comme un « désastre » pour l’image du pays, notamment au regard de son lourd passé national-socialiste. Mardi, c’est une quarantaine de rabbins orthodoxes venus de toute l’Europe qui ont par exemple dénoncé à Berlin une décision qui « est peut-être l’attaque la plus grave contre la vie juive en Europe depuis l’Holocauste », selon les termes du rabbin Pinchas Goldschmidt de Moscou.

Lire « Les rabbins d’Europe mobilisés pour la circoncision en Allemagne »

Israël, qui a noué d’étroites relations diplomatiques avec l’Allemagne, observe avec attention l’évolution du débat. Le ministre de la diplomatie publique et de la Diaspora israélien a par exemple déclaré qu’une interdiction de la circoncision était « d’un point de vue juif la plus importante de toutes les interdictions imaginables ». « Si on laisse passer ça [en Allemagne], il n’y aura pas de possibilité de l’empêcher dans d’autres pays européens », a-t-il jugé.

Par ailleurs, dans un appel rendu public mercredi, rare dans son expression commune, les leaders de plusieurs organisations juives et musulmanes, comme le Centre rabbinique d’Europe, l’Association juive d’Europe, le forum Parlement juif européen ou le Centre islamique de Bruxelles se tournent vers le Parlement allemand afin qu’il légifère rapidement. Ces organisations, bien que peu représentatives, affirment avoir alerté des députés européens d’Allemagne, de Finlande,  de Belgique et de Pologne.

Vendredi, le ministère de la justice a indiqué vouloir procéder à « un examen juridique approfondi » de la décision de Cologne, faisant état de « trois options » pour une éventuelle loi. A la question de savoir dans quels délais le problème pourrait être réglé, le porte-parole de la chancelière a précisé : « Cela ne doit pas traîner. » Le chef des députés conservateurs estime que la question pourrait même être tranchée dès jeudi avec une résolution du Bundestag, en marge de la session extraordinaire consacrée à l’aide financière à l’Espagne, dans un entretien au journal Die Welt à paraître samedi.


Faute de textes, le gouvernement prolonge les vacances des députés

Mediapart.fr

13 juillet 2012 | Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

La gauche en campagne avait promis en début de quinquennat en fanfare. Le calendrier de la première année laissait même craindre des sessions parlementaires extrêmement denses, avec des parlementaires travaillant d’arrache-pied. C’est finalement tout le contraire qui se produit : faute de textes prêts, le gouvernement va renoncer à convoquer une nouvelle session extraordinaire début septembre. « Ce ne sera pas avant la dernière semaine de septembre », soit le lundi 24, explique un proche de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale.

Les députés pourraient alors commencer avec la ratification du traité budgétaire qui devrait être accompagnée, pour contre-carrer le symbole politique, d’un texte sur la taxe sur les transactions financières et des mesures de croissance validées fin juin à Bruxelles (lire notre analyse). Mais tout dépend de l’avis du Conseil constitutionnel, saisi par François Hollande, et qui est attendu début août : les “Sages” doivent décider si la « règle d’or », négociée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et à laquelle le socialiste s’est rallié, doit impérativement être inscrite dans la Constitution. Le chef de l’État prône, lui, le vote d’une loi organique.

Le gouvernement devrait aussi présenter fin septembre les textes créant les emplois d’avenir – remake des emplois jeunes de Lionel Jospin – et portant sur la tarification sociale des prix du gaz et de l’électricité promise pendant la campagne. Pour le reste, « il n’y a pas de textes, rien n’est prêt et on a l’impression que ça part dans tous les sens », explique un conseiller.

Comme l’a raconté Le Canard Enchaîné dans son édition du 11 juillet, la session extraordinaire de juillet s’est déjà avérée décevante. « On peut pas dire qu’elle a été tuante », ironise un collaborateur parlementaire. Le ministre des relations avec le Parlement Alain Vidalies a même dû racler les fonds de tiroirs pour occuper les députés à ratifier une série de conventions internationales. « Pour la plupart, la procédure est simplifiée… Vidalies a envisagé que toutes fassent l’objet d’un débat pour montrer que les députés travaillent ! C’est le Quai d’Orsay qui a refusé », raconte un socialiste.

D’ici au 2 août, fin de la session, les députés et les sénateurs auront seulement examiné la loi de finances rectificative pour 2012, la suppression de la TVA sociale, le projet de loi sur le harcèlement sexuel et l’abrogation de la loi du gouvernement Fillon sur les 30 % de droits à construire.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/130712/faute-de-textes-le-gouvernement-prolonge-les-vacances-des-deputes