« Pourquoi pas un BEP fellation dès la 3e tant qu’on y est ? »

Nouvel Obs
Morgane Bertrand

Il faut abolir la prostitution en France, assure le secrétaire général du Mouvement du Nid. Il défend la résolution en débat à l’Assemblée nationale ce mardi. Interview.

Manifestation contre la prostitution le 26 novembre 2011, journée mondiale contre les violences faites aux femmes. RAYMOND ROIG / AFP

Manifestation contre la prostitution le 26 novembre 2011, journée mondiale contre les violences faites aux femmes. RAYMOND ROIG / AFP

Le Mouvement du Nid, qui accompagne les prostituées en difficulté, est l’association la plus représentative du discours abolitionniste en France. Il a lancé le 19 novembre dernier, avec l’Amicale du Nid, la Fondation Scelles et une trentaine d’associations féministes, l’appel « Abolition 2012 », en faveur d’une loi mettant un terme au « système prostitueur ».

L’ouverture d’un débat sur l’abolition de la prostitution à l’Assemblée nationale ce mardi 6 décembre est déjà une victoire pour vous…

– Nous somme satisfaits. La proposition de résolution qui sera débattue a pour objectif de qualifier pour la première fois formellement le fait que la prostitution est une violence faite aux femmes, qu’elle est un obstacle à l’égalité entre les sexes, et qu’elle fait entrer le corps humain et la sexualité dans le champ du marché, alors même qu’ils en ont été exclus par la loi bioéthique.

A l’échelle européenne, vous vous situez sur les positions suédoises ?

– Oui. Les Pays-Bas ou l’Allemagne sont des pays libéraux-proxénètes. Le proxénétisme, dépénalisé, est qualifié d’entreprises du sexe et la prostitution est un métier comme un autre avec petites annonces à l’agence pour l’emploi… Et pourquoi pas un BEP fellation dès la 3e tant qu’on y est ?

La Suède a pris le chemin inverse. C’est un pays qui a vingt ans d’éducation sexuelle derrière lui et qui, en 1998, comptait 48% de femmes au Parlement. Il a voté une loi globale en 1999,  » Paix de femmes », qui les protège dans toutes les sphères de la société. Elle supprime la pénalisation du racolage, qualifie la prostitution d’acte de violence, pénalise le client et institue dès le plus jeune âge une éducation à la sexualité.

On vous dit moralisateurs…

– La Suède n’est pas un pays conservateur : il a légalisé le mariage homosexuel [en 2009, ndlr] ! Nous ne condamnons pas la prostitution moralement. Nous demandons juste sa qualification comme violence pour améliorer l’accompagnement des prostituées. Sans cela, nous sommes dans l’impuissance : c’est comme si on travaillait avec des femmes violées sans que le viol soit condamnable.

Sur 20.000 prostituées en France, toutes ne sont pas des victimes…

– 20.000 est une estimation du ministère de l’Intérieur. Il y en a sans doute beaucoup plus. Sur les 6.000 que nous rencontrons chaque année, 75% sont étrangères. La proportion était inverse en 1995. Roumaines, Bulgares, Albanaises, notamment dans l’est de la France ; des personnes d’origine africaine, souvent des Nigérianes de Bénin City et quelques Camerounaises ; des transsexuels qui viennent pour beaucoup d’Amérique Latine… On voit aussi de plus en plus de prostitution chinoise et maghrébine – hommes et femmes.

Certes, des femmes peuvent affirmer qu’elles consentent à la prostitution tout en étant libre, mais encore faut-il voir dans quelles conditions de vulnérabilité sociale, économique s’opère ce consentement.

Si le proxénétisme était pénalisé, comme vous le réclamez, les prostituées consentantes et libres risqueraient de le payer cher…

– On ne peut pas, au nom de certaines personnes, sacrifier la majorité des femmes qui subissent la prostitution. C’est un choix de société.

Interview de Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, par Morgane Bertrand

(le mardi 6 décembre 2011)

Publicités