Un documentaire antiscientifique diffusé au nom de la science sur France 5

Nous avons découvert avec stupeur qu’un documentaire “scientifique” allait être diffusé le 23 juin 2012 sur France 5, donc avec l’argent public, mais que ce documentaire piétinait la démarche scientifique elle-même, ainsi que la déontologie journalistique, qui demandent le respect du contradictoire. Nous avons demandé au scientifique Lucien Daly (photo), ancien directeur de recherche au CNRS, chrétien, et spécialiste de ces questions de miracles religieux et de science, de visionner ce documentaire et d’y réagir. En parallèle, nous allons proposer un débat entre M. Daly et M. Broch. Et nous renvoyons les lecteurs qui veulent creuser le sujet du Suaire de Turin à notre interview du journaliste Brice Perrier.

Réponse de Lucien Daly aux propos scientistes et antichrétiens de Henri Broch diffusés dans le film “Les miracles religieux” de Patric Jean, et Téléobs du Nouvel Observateur du 23 juin 2012.

Si les voies de Dieu sont impénétrables, les lois de la science sont implacables ! Cette première phrase de Marie Lemonnier, journaliste au Nouvel Observateur couvrant les questions religieuses, à propos du film documentaire “Les miracles religieux” de Patric Jean, diffusé sur France 5 le samedi 23 juin dernier, signe l’obscurantisme scientifique ou le scientisme des auteurs, signe leur volonté de détruire notre civilisation judéo-chrétienne et est donc une véritable insulte aux milliers de familles chrétiennes françaises qui chaque année font faire leur première communion à leurs enfants et aux milliers de pèlerins qui vont chaque année à Lourdes dans l’espoir d’être guéris.

Parlons d’abord de l’obscurantisme scientifique de ce groupe qui a réalisé ce film et surtout de son gourou, Henri Broch, fondateur du laboratoire de Zététique et de l’enseignement de Zététique à l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Il est étonnant que ce scientifique, physicien spécialiste de mécanique quantique, soutenu par de hautes personnalités, comme Georges Charpak ou Albert Jacquard, n’ai pas encore compris, comme malheureusement encore beaucoup de ses collègues, que la science ne peux pas être implacable puisqu’elle possède des limites. En effet, comme l’a si bien expliqué Christian de Duve qui n’est pourtant pas croyant, le matérialisme méthodologique, le scientisme, qui consiste à prétendre que toutes les manifestations de l’Univers peuvent s’expliquer par les lois de la physique et de la chimie, n’est en fait qu’une hypothèse, puisque certains faits ou certaines questions comme l’une des plus connues “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien” resteront toujours sans réponse. Dans ce dernier cas, la science est totalement limitée ; elle nous met face à notre ignorance totale. Mais il existe des cas où la science n’est que limitative : on ne sait pas et on ne saura jamais, mais on sait pourquoi on ne sait pas. Le cas classique est celui où l’on sait maintenant pourquoi il n’est pas possible de connaître en même temps la position et la vitesse d’une particule atomique : c’est le principe d’incertitude qui le démontre et cela n’a sans doute pas échappé à Henri Broch. Eh oui, la science est donc bien explicative, elle permet certes de faire progresser nos connaissances, mais elle est aussi parfois limitée et parfois aussi limitative, et le scientisme consiste à négliger ces deux derniers cas !

Eh bien, les véritables miracles, qui sont les seuls faits aptes à donner une certaine objectivité à la foi chrétienne, correspondent à ce dernier cas : un miracle est un fait que la science ne pourra jamais expliquer ni reproduire, mais elle dit pourquoi[1]. Par exemple, l’impossibilité prouvée par la science (on ne peut pas vivre sans manger et boire parce que l’on connaît bien les délais de survie en cas de privation) de pouvoir vivre sans boire et sans manger[2] durant 52 ans comme notre mystique chrétienne et miraculée quasi contemporaine Marthe Robin prouve qu’il s’agit bien là d’un miracle et non d’un succédané de miracle comme ceux que Broch nous présente triomphalement dans le film en question. Bien sûr que le linceul de Turin peut être une mystification, comme les larmes de la Vierge ou la liquéfaction du sang de saint Janvier, mais ces faits ne constituent guère de véritables miracles comme les innombrables faits qui se sont produits de tous temps sur nos mystiques chrétiens ou certains de nos malades incurables de Lourdes, et que ce cher Henri se garde bien de traiter !

Il faut dire que ce dernier est un habitué de la question puisque dans un livre[3] déjà ancien il nous avait déjà présenté triomphalement avec son collègue Georges Charpak le pseudo miracle de la soi-disante fontaine miraculeuse ! La belle affaire ! Ces exemples-là, ne font que discréditer et un peu trop facilement, auprès de l’homme de la rue, les vrais miracles qui eux peuvent être bien authentifiés par la science. Les auteurs précités se sont bien gardés de nous démystifier l’inédie de Marthe Robin ! Ainsi, la science permet, au contraire de ce que veulent montrer ces scientistes, de prouver que les véritables miracles actuels, toujours liés au Christ comme le prouvent les stigmatisations fréquentes subies par nos mystiques, valident en quelque sorte ses miracles rapportés dans les Évangiles, car il devient absurde de conclure qu’il n’aurait pas effectué des miracles en son temps puisqu’il en fait encore aujourd’hui !

On peut s’interroger sur le but poursuivi par ce genre de détracteurs qui s’acharnent à vouloir détruire les bases de notre société judéo-chrétienne. Ils ne sont pas les seuls. D’autres personnalités y ont participé et y participent encore. On peut citer Claude Allègre qui dans un livre déjà ancien[4] s’était permis, je pense qu’il le regrette, d’opposer Dieu à la science. Je lui avais d’ailleurs répondu avec un livre intitulé “Découvrir Dieu grâce à la science”. On peut citer aussi Michel Onfray qui dans un article récent publié dans Le Point du 17 juin dernier, fait l’éloge des idées anti-chrétiennes développées par Jean Soler dans son dernier livre “Qui est Dieu ?” (Éditions Fallois). On peut citer Jean Daniel qui dans son éditorial du Nouvel Observateur du 28 mars 2012 veut nous faire croire que ce sont les religions qui sont responsables des plus grands massacres[5], ce qui est faux. Tout ces détracteurs ont sans doute oublié que le christianisme dont la principale devise est “Aimez vous les uns les autres” est à l’origine, qu’on le veuille ou non, des idées de liberté, d’égalité et de fraternité énoncées dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Leur attitude n’est guère respectueuse des croyances respectables de leurs contemporains d’autant plus que l’émission dont il s’agit passe sur une télévision publique financée par les contribuables en majorité chrétiens. Leur attitude peut être aussi évidemment très dangereuse. Que cherchent-ils en effet ? Détruire la “domination” judéo-chrétienne au profit, éventuellement, de la domination islamique montante ! On peut respecter qu’ils soient athées. Ils devraient comprendre que la science, qui est notre bien commun à tous, ne pourra jamais donner de preuves directes de l’existence ou de l’inexistence de Dieu. Ce sont donc des croyants, comme nous tous, mais des croyants de l’inexistence de Dieu ! Qu’ils recherchent donc de véritables preuves indirectes de son inexistence, comme je l’ai fait en faveur de son existence avec d’autres scientifiques chrétiens, en analysant sérieusement les miracles. C’est le défi que nous leur lançons aujourd’hui.

[1] DALY Lucien, Dieu, les miracles et la science, Éditions Tatamis, Paris mars 2012.

[2] Appelée Inédie

[3] CHARPAK Georges et BROCH Henri, Devenez sorciers devenez savants, Éditions Odile Jacob, 2002.

[4] ALLÈGRE Claude, Dieu face à la Science, Éditions Fayard, 1997

[5] http://www.enquete-debat.fr/archive…

Voir aussi cette vidéo « Lucien Daly, ancien directeur de recherche au CNRS, présente son livre Dieu, les miracles et la science par enquete-debat« 

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Sacré foulard

07 juillet 2012 | Par Jean Baubérot – Mediapart.fr

Le foulard fait de nouveau parler de lui. Sans illusion, je sais d’avance que je risque de provoquer des réactions au premier degré et plus émotionnelles que rationnelles, je vais tenter de donner quelques points de repère. L’affaire, en effet, est, à mes yeux, plus complexe qu’il n’y paraît.

1. La question du foulard a été fort mal engagée en France lors de la « première affaire de foulard » (Creil, rentrée scolaire 1989). Contrairement à ce que certains croient, je n’ai pas été sur la position adoptée par Lionel Jospin (même si elle ne méritait pas d’être traitée de « Munich de l’école républicaine » !). En effet, celui-ci affirmait que, sur le plan des principes, le port du dit foulard à l’école par les élèves était contraire à la laïcité, que les professeurs devaient, en conséquence, tenter de dissuader leurs élèves (et leur parents) de porter le hijab ; mais qu’en cas de refus il fallait admettre l’élève (l’instruction étant prioritaire). Double erreur : d’abord parce que je pense que le port de signes religieux non ostentatoires (je vais y revenir) par les élèves n’est pas contraire à la laïcité ; ensuite, parce qu’on n’envoie pas ainsi les enseignants au casse-pipe en leur demandant publiquement, dès le départ, de céder si la concertation échoue. Cette grosse erreur a pesé lourdement sur la suite.

2. Si je suis en désaccord avec la position qu’a adoptée alors Jospin, en revanche je partage le contenu de l’Avis du Conseil d’Etat de novembre 1989. Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas du tout la même logique. D’une part le port discret du foulard (de la kippa, etc) est considéré comme compatible avec la laïcité, d’autre part, ce port devient incompatible s’il s’avère ostentatoire (accompagné de comportements prosélytes ou qui mettent en cause l’organisation de l’école : contenu des cours, discipline, etc). Cette position me semble juste sur le plan des principes (ce n’est le vêtement mais le comportement qui porte atteinte à la laïcité), de la pédagogie (on apprend aux élèves que l’on respecte leur liberté et que celle-ci s’exerce dans certaines limites, car une institution à ses règles) et du respect des professeurs (ceux-ci ne sont pas privé de leur autorité : ils peuvent agir si on y porte atteinte).

3. Le foulard, et les autres signes religieux étaient donc mis dans le « toléré », ni totalement permis ni interdit a priori. Cet entre-deux va contre le primaire véhiculé par la culture médiatique, qui adore les extrêmes. Précisément, c’est le rôle de l’école de développer l’esprit critique. Là encore, c’était de bonne pédagogie. Et, d’une manière générale, il faut retrouver cette idée qu’on ne passe pas brutalement du permis absolu à l’interdit absolu. C’est le sens que l’expression « accommodement raisonnable » qui, vous l’aurez remarqué, comporte deux termes qui peuvent s’avérer en tension.

4. Pour l’école, la loi de 2004, suite à la Commission Stasi, en a décidé autrement. Mais elle indique clairement qu’il s’agit d’une exception due à la nature particulière, à ses yeux, de l’institution scolaire. Se réclamer de la Commission Stasi (alors qu’on ne reprend pas d’autres propositions qu’elle a faites, notamment sur les jours fériés) pour étendre cette interdiction presque à l’infini est complètement abusif.

5. Ce n’est naturellement pas seulement au sujet du foot, que l’on parle du foulard, mais aussi quant à l’accompagnement scolaire, l’entreprise, etc. Tout en rappelant que ces différents lieux ont chacun leur spécificité, le principe général émis par le Conseil d’Etat pourrait, me semble-t-il, donner la marche à suivre. Une femme portant un foulard, un homme portant la kippa doivent être autorisés à effectuer de l’accompagnement scolaire (ils n’ont pas d’autorité pédagogique et sont des bénévoles) à condition qu’ils n’effectuent pas d’activité prosélyte. Et cette limite peut d’ailleurs être franchie quelle que soit le vêtement (ou non-vêtement) porté. L’habit ne fait pas le moine (et inversement !).

6. On peut avoir mille opinions possibles sur le foulard, mais ce qui, aujourd’hui, constitue de plus en plus l’enjeu du débat social à son sujet devient le problème de la socialisation ou de la désocialisation des femmes qui le portent. Le paradoxe, non assumé, des personnes qui prônent des extensions de l’interdiction du foulard est que leur position aboutit à une désocialisation de certaines femmes (et à leur exclusion du marché du travail quand il s’agit d’entreprises). Mais peut-être est-ce, de façon sans doute non consciente, le but poursuivi : tout faire pour acculer ces femmes à être obligées de « coller » au bout du compte avec la représentation figée que l’on a d’elles !

URL source: http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/070712/sacre-foulard

Des grands travaux routiers de plus en plus inutiles

07 juillet 2012 | Par Jade Lindgaard – Mediapart.fr

En 2007, la préparation du schéma national d’infrastructures de transports (SNIT) avait constitué l’un des gros morceaux du Grenelle de l’environnement : il s’agissait de planifier les grands travaux routiers, ferroviaires, fluviaux…, tout en essayant de limiter la casse (bétonnage, émissions de CO2…). Quatre ans plus tard, ce même SNIT pourrait être drastiquement réduit, potentiellement des deux tiers, pour cause d’endettement et de pénurie d’argent public. Ce n’est pour l’instant qu’un scénario à l’étude mais il est révélateur d’un changement d’époque : le temps des grands travaux d’infrastructures routières semble de plus en plus révolu.

Ce week-end s’ouvre à Notre-Dame-des-Landes, terre de résistance au projet du nouvel aéroport nantais (voir ici et ici), un « forum européen contre les grands projets inutiles imposés ». Il donne suite à un premier rassemblement tenu l’année dernière en Italie, à Veneaus. Sont attendus les opposants à Stuttgart 21, projet de réorganisation du nœud ferroviaire de la ville allemande passant par la construction de lignes à grande vitesse, mais aussi les « no TAV », mouvement de la vallée de Suse qui rejette la nouvelle ligne de TGV entre Lyon et Turin, et leur pendant florentin refusant l’extension de la voie jusqu’à Florence, sans oublier les « Stop HS2 », qui militent contre le projet de train à grande vitesse entre Londres et Birmingham. Ou encore le collectif pour la défense du plateau de Saclay et les anti-Grand Paris. Ce rassemblement veut dénoncer « partout en Europe, des projets pharaoniques, dépassés, dévoreurs de biodiversité, de terres agricoles et de subventions publiques, et ne répondant pas à de réels besoins des populations mais à ceux d’un système productiviste », déclarent les soutiens français (Agir pour l’environnement, Amis de la Terre, Attac, Relocalisons, Sortir du nucléaire…).

S’ils ciblent particulièrement les transports, c’est parce que « c’est le problème le plus apparent, commun à plusieurs territoires et moins ponctuel que d’autres projets mégalos », explique Michel Dubromel, de France Nature Environnement (FNE). Parmi les « éléphants blancs » dans la ligne de mire des écolos, figure notamment le grand stade de Lyon.

Dans une déclaration inédite, commune à la CFDT (à lire ici), FNE demande au gouvernement de justifier la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (dite « POCL »). Ce n’est pas une opposition de principe au projet, mais la tonalité du communiqué est très critique, au nom du coût des travaux, du risque d’assèchement des lignes locales et des impacts environnementaux négatifs. Alors qu’historiquement, la fédération avait toujours défendu le train contre les autoroutes, elle se montre de plus en plus réservée sur les nouvelles lignes de LGV.

« Il y a une posture mythologique sur les grandes infrastructrures de transport : les élus pensent qu’elles vont leur apporter du développement alors que le coût d’opportunité est en réalité gigantesque, analyse Julien Milanesi, économiste et l’un des animateurs du collectif d’opposants à l’A65 entre Pau et Bordeaux (voir ici), ces travaux cannibalisent l’argent public alors que les besoins de la France sont saturés. » Depuis 2002, la circulation des voitures particulières stagne en effet en France, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, alors que le transport routier de marchandises est lui en baisse nette depuis 2007.

Selon les comptes des transports 2009.
Selon les comptes des transports 2009.

A l’inverse, les transports en commun ferroviaires sont en hausse depuis 1996.

En 2011, selon le rapport des comptes des transports de la nation, en cours de validation, que Mediapart a pu consulter, la circulation des véhicules particuliers ralentit encore (hausse quasi nulle de + 0,2 % après une augmentation de + 0,9 % il y a un an) tandis que les transports collectifs accélèrent leur croissance. La route représente 88 % des transports (individuel et collectif). Pourtant, les investissements en infrastructures, majoritairement réalisées par les entreprises, se tournent d’abord vers les routes (62 %), devant le ferroviaire (19 %).

La dette, encore

Chez les économistes, même si la critique de l’investissement dans les grands projets de transport reste minoritaire – y compris au sein des “atterrés” –, des travaux commencent à pointer leurs faibles impacts sur la croissance. « Les politiques de transport n’ont pas toutes les vertus curatives qu’on veut bien leur prêter », analysent par exemple Miren Lafourcade et Thierry Mayer, dans une note pour le Conseil économique pour le développement durable (à lire ici). Ainsi, la construction d’une autoroute ou d’une ligne à grande vitesse « expose le territoire le plus fragile à une concurrence plus vive de la part du territoire “dominant” », expliquent-ils.
Elle déplace l’activité, la concentre vers les pôles régionaux plutôt qu’elle n’en crée.

Un argument promotionnel du concessionnaire de l’autoroute A65, dans le Sud-Ouest, était « allez faire vos courses à Bordeaux ou à Pau », suscitant la colère des commerçants de Mont-de-Marsan, se souvient Julien Milanesi. Autre exemple, la perspective de l’ouverture de la LGV Sud Europe Atlantique – réduisant à deux heures le trajet Bordeaux-Paris –, de sa prolongation vers Madrid et Lisbonne, ainsi que de la LGV Bordeaux-Toulouse, a suscité l’éclosion d’un gros projet de centre d’affaires autour de la gare bordelaise, Bordeaux Euratlantique. Au risque de capter une partie des activités de service du bassin aquitain.

Selon d’autres travaux sur les Etats-Unis, une hausse de 1 % du stock de routes occasionne une croissance de la population et de l’emploi très faible, d’environ 0,2 %, et s’accompagne d’une hausse sensible de la part des citadins aisés, plus motorisés que les ménages modestes. En réalité, concluent les auteurs, si les dépenses d’infrastructures ont bel et bien un effet positif sur la croissance, c’est essentiellement le fait des « premiers investissements qui établissent le réseau, et non des extensions et ou des aménagements effectués à un stade plus avancé ».

Illustration de Pantxo, extrait du blog de Julien Milanesi : "l'atterrissage".
Illustration de Pantxo, extrait du blog de Julien Milanesi : « l’atterrissage ».

Autre limite : les investissements en transports bénéficient davantage aux plus riches. Julien Milanesi remarque ainsi que le nombre de kilomètres parcourus par personne lors de voyages à longue distance varie du simple au quintuple selon qu’on fait partie des 10 % de Français les plus pauvres (1er décile) ou des 10 % les plus riches (10e décile). La mobilité à longue distance augmente avec le revenu, un phénomène accentué par les voyages professionnels (voir son blog sur Mediapart).

En se concentrant sur les voyageurs du TGV, il observe que 28 % des déplacements réalisés en 2008 étaient effectués par des individus appartenant à la catégorie des 10 % les plus riches. A l’opposé, seulement 3 % des déplacements ont été effectués par des individus appartenant aux 10 % les plus pauvres. Plus on est riche, plus on voyage et plus on emprunte les lignes à grande vitesse.

Alors que se raréfie l’argent public, les économies développées ont-elles encore les moyens de continuer à s’équiper en grands axes de transport ? « Tous ces investissements ne peuvent pas faire faillite, poursuit Julien Milanesi, au bout du compte, c’est la collectivité qui devra payer en cas de déroute, comme pour les banques. » Bref, c’est aussi un problème de dette. En ce sens, il serait cohérent que la politique d’austérité et de désendettement public prônée par le gouvernement Ayrault passe par la réduction du portefeuille des grands chantiers. Pas facile dans un pays où règnent Bouygues, Eiffage et Vinci, trois majors mondiales du BTP.

La boîte noire : Les personnes citées dans cet article ont été interrogées par téléphone les 3 et 4 juillet. Je vais suivre le forum des grands projets inutiles et imposés les 9 et 10 juillet. De nouveaux articles sont donc à venir sur le sujet.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/060712/des-grands-travaux-routiers-de-plus-en-plus-inutiles

Scrutin historique en Libye

Le Nouvel Observateur avec AFP

Huit mois après la chute de Mouammar Kadhafi, 2,7 millions de Libyens votent pour la première fois.

Une femme vote pour les législatives à Trijura, dans le district de Tripoli (Libye) (MAHMUD TURKIA / AFP)

Une femme vote pour les législatives à Trijura, dans le district de Tripoli (Libye) (MAHMUD TURKIA / AFP)

Les Libyens se rendent aux urnes, samedi 7 juillet, pour la première fois après des dizaines d’années de dictature pour élire une assemblée nationale, sur fond de tensions et de violences, notamment dans l’Est. Huit mois après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, quelques 2,7 millions de Libyens sont appelés à choisir un « Congrès national général » de 200 membres.

« Ma joie est indescriptible. C’est un jour historique », a déclaré Fawziya Omran, 40 ans, l’une des femmes dans la queue devant le bureau de vote de l’école Ali Abdullah Warith, dans le coeur de la capitale libyenne. « J’ai fait mon choix. J’espère que j’ai fait le bon choix ». Certains électeurs étaient venus avec les drapeaux noir, rouge et vert de la révolution, et les mosquées faisaient résonner à toute puissance les « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand).

« Je me sens un citoyen libre. Ca résume tout », s’est réjoui Ali Abdallah Derwich, 80 ans, venu en chaise roulante et incapable de se rappeler la dernière fois où il a été invité à se prononcer sur la vie de son pays.

Les bureaux de vote seront ouverts jusqu’à 20h, tandis que les résultats préliminaires seront annoncés « à partir de lundi ou mardi », selon la Commission électorale. Un total de 3.707 candidats, individuels ou groupes politiques, participent aux élections dans les 72 circonscriptions du pays. Cent vingt sièges ont été réservés aux candidatures individuelles et 80 aux listes de partis politiques.

Un scrutin sous haute tension

La veille du scrutin a été marquée par des violences dans l’est du pays : un fonctionnaire de la Commission électorale a été tué lorsque l’hélicoptère à bord duquel il se trouvait et qui transportait du matériel électoral a été la cible d’un tir d’arme légère.

Comme en Tunisie puis en Egypte voisines, les élections pourraient porter les islamistes au pouvoir, même si les libéraux, conduits par les architectes de la révolution, se disent confiants en leur victoire.

Le scrutin devrait se dérouler sous haute tension dans l’est du pays, où les partisans de l’autonomie de cette région ont appelé au boycott des élections et menacé de saboter le scrutin. Jeudi déjà, ils ont contraint des terminaux pétroliers à l’arrêt, pour dénoncer la répartition des sièges au sein de l’assemblée nationale (100 sièges pour l’Ouest, 60 pour l’Est et 40 pour le Sud).

Pour tenter de calmer leur colère, le Conseil national de transition (CNT), au pouvoir, a ôté à la prochaine assemblée l’une de ses principales prérogatives, celle de désigner les membres du comité chargé de rédiger la future Constitution. La composition de ce comité devrait faire l’objet d’un nouveau scrutin, et chacune des trois régions y enverra 20 membres. Le Congrès général national sera notamment chargé de choisir un nouveau gouvernement et gérer une nouvelle période de transition. Le CNT devrait être dissous lors de sa première réunion.


« Pourquoi pas un BEP fellation dès la 3e tant qu’on y est ? »

Nouvel Obs
Morgane Bertrand

Il faut abolir la prostitution en France, assure le secrétaire général du Mouvement du Nid. Il défend la résolution en débat à l’Assemblée nationale ce mardi. Interview.

Manifestation contre la prostitution le 26 novembre 2011, journée mondiale contre les violences faites aux femmes. RAYMOND ROIG / AFP

Manifestation contre la prostitution le 26 novembre 2011, journée mondiale contre les violences faites aux femmes. RAYMOND ROIG / AFP

Le Mouvement du Nid, qui accompagne les prostituées en difficulté, est l’association la plus représentative du discours abolitionniste en France. Il a lancé le 19 novembre dernier, avec l’Amicale du Nid, la Fondation Scelles et une trentaine d’associations féministes, l’appel « Abolition 2012 », en faveur d’une loi mettant un terme au « système prostitueur ».

L’ouverture d’un débat sur l’abolition de la prostitution à l’Assemblée nationale ce mardi 6 décembre est déjà une victoire pour vous…

– Nous somme satisfaits. La proposition de résolution qui sera débattue a pour objectif de qualifier pour la première fois formellement le fait que la prostitution est une violence faite aux femmes, qu’elle est un obstacle à l’égalité entre les sexes, et qu’elle fait entrer le corps humain et la sexualité dans le champ du marché, alors même qu’ils en ont été exclus par la loi bioéthique.

A l’échelle européenne, vous vous situez sur les positions suédoises ?

– Oui. Les Pays-Bas ou l’Allemagne sont des pays libéraux-proxénètes. Le proxénétisme, dépénalisé, est qualifié d’entreprises du sexe et la prostitution est un métier comme un autre avec petites annonces à l’agence pour l’emploi… Et pourquoi pas un BEP fellation dès la 3e tant qu’on y est ?

La Suède a pris le chemin inverse. C’est un pays qui a vingt ans d’éducation sexuelle derrière lui et qui, en 1998, comptait 48% de femmes au Parlement. Il a voté une loi globale en 1999,  » Paix de femmes », qui les protège dans toutes les sphères de la société. Elle supprime la pénalisation du racolage, qualifie la prostitution d’acte de violence, pénalise le client et institue dès le plus jeune âge une éducation à la sexualité.

On vous dit moralisateurs…

– La Suède n’est pas un pays conservateur : il a légalisé le mariage homosexuel [en 2009, ndlr] ! Nous ne condamnons pas la prostitution moralement. Nous demandons juste sa qualification comme violence pour améliorer l’accompagnement des prostituées. Sans cela, nous sommes dans l’impuissance : c’est comme si on travaillait avec des femmes violées sans que le viol soit condamnable.

Sur 20.000 prostituées en France, toutes ne sont pas des victimes…

– 20.000 est une estimation du ministère de l’Intérieur. Il y en a sans doute beaucoup plus. Sur les 6.000 que nous rencontrons chaque année, 75% sont étrangères. La proportion était inverse en 1995. Roumaines, Bulgares, Albanaises, notamment dans l’est de la France ; des personnes d’origine africaine, souvent des Nigérianes de Bénin City et quelques Camerounaises ; des transsexuels qui viennent pour beaucoup d’Amérique Latine… On voit aussi de plus en plus de prostitution chinoise et maghrébine – hommes et femmes.

Certes, des femmes peuvent affirmer qu’elles consentent à la prostitution tout en étant libre, mais encore faut-il voir dans quelles conditions de vulnérabilité sociale, économique s’opère ce consentement.

Si le proxénétisme était pénalisé, comme vous le réclamez, les prostituées consentantes et libres risqueraient de le payer cher…

– On ne peut pas, au nom de certaines personnes, sacrifier la majorité des femmes qui subissent la prostitution. C’est un choix de société.

Interview de Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, par Morgane Bertrand

(le mardi 6 décembre 2011)


Fin des gardes à vue pour les sans-papiers : « Compliqué »

Nouvel Obs

Créé le 06-07-2012 à 18h33 – Mis à jour à 20h50
Celine Rastello

Des syndicats de policiers réagissent à la décision de la Cour de cassation d’interdire la garde à vue pour le seul séjour irrégulier.

« On va s’adapter » réagit le secrétaire général de Synergie Officiers Patrice Ribeiro au lendemain de la décision de la Cour de cassation d’interdire la garde à vue des étrangers pour le seul séjour irrégulier. Une décision qu’il avait « anticipée », la jurisprudence européenne « s’orientant dans ce sens » et la chambre criminelle de la Cour, saisie par la chambre civile, ayant rendu début juin un avis suivi jeudi.

4 h pour vérifier l’identité : pas suffisant selon les policiers

Les associations de défense des droits des étrangers saluent cette décision. « C’est une vraie victoire, on va enfin considérer que le séjour irrégulier n’est plus un délit » confiait jeudi le président du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) Stéphane Maugendre, dénonçant des gardes à vue « de confort » : « les autorités ont le temps de produire l’arrêt de reconduite à la frontière. Tout le monde est tranquille sauf l’intéressé, privé de liberté. »

Pour vérifier l’identité d’un étranger, les forces de l’ordre, sans garde à vue, pourront utiliser la procédure applicable à tous, de quatre heures maximum. Mais qui, selon les syndicats de policiers, n’est pas adaptée. « Tout le monde sait que ce n’est pas possible. On n’aura pas le temps de vérifier l’identité et d’avoir un retour de la préfecture » poursuit Patrice Ribeiro, « le décompte commence au contrôle et à partir de 20 h, dans certaines préfectures, on n’a plus personne. »

« Et si une personne est interpellée à minuit ? »

Un policier qui travaille dans la lutte contre l’immigration clandestine avance la difficulté de la langue : « Il est compliqué de trouver un interprète et de le faire venir rapidement ». C’était jusqu’ici, « rare », selon lui, que les gardes à vue soient prolongées « sauf si l’on attend des éléments importants du dossier. »

Le même policier cite aussi les délais liés aux différents systèmes de prise d’empreinte : « en fonction du matériel, on peut savoir tout de suite si la personne est déjà enregistrée, ou attendre plusieurs heures. » Viennent ensuite les difficultés liées à la nuit : « Et si une personne est interpellée à minuit ? Comment contacte-t-on les différents services administratifs entre minuit et quatre heures du matin ? »

« On va remplir les fichiers de police » soupire-t-il, citant l’exemple d’une personne dont l’identité n’a pas pu être vérifiée, qui sera relâchée, et peut-être à nouveau interpellée le lendemain. Et « le nombre de reconduite à la frontière va chuter ». Celui qui rappelle que la procédure de vérification se fait sans avocat craint aussi « qu’on soit tenté de trouver un autre élément connexe et se concentrer davantage sur la chasse aux ‘sauvettes’ (vendeurs à la sauvette), qui, elles, permettent la garde à vue. »

« On doit trouver un système pour pouvoir remplir cette mission »

« Ça va être compliqué, voire impossible » estime pour sa part le secrétaire général du Syndicat national des officiers de police SNOP-SCSI, Jean-Marc Bailleul : « chaque cas est différent et on doit trouver un système pour pouvoir remplir cette mission. Peut-être via une entente au niveau européen, ou des accords avec les pays d’origine des personnes. » On ne peut pas, dit-il, « demander aux policiers d’atteindre le nombre de reconduites à la frontière s’ils n’ont pas les moyens de le faire ».

Si certains préfèrent ne pas se prononcer sur une éventuelle prochaine loi remplaçant l’interdiction du placement en garde à vue, d’autres la trouvent « logique et utile ». « Sinon, on perd du temps inutilement. A partir du moment où on a la mission d’interpeller les personnes en situation irrégulière, ou on nous permet de le faire, ou on dit que ce n’est pas un délit » remarque le secrétaire général d’Unité SGP police FO Nicolas Comte.

Des associations de défense des droits des étrangers et le Syndicat de la magistrature, entre autres, espèrent justement aller vers une dépénalisation. « Autant on dénonce les quotas, autant une personne qui n’est pas en conformité avec la législation doit être reconduite » estime de son côté Nicolas Comte. Question « de cohérence et d’efficacité. »

Des « faux problèmes » selon le président du Gisti

Le gouvernement souhaite légiférer « rapidement » a fait savoir le ministre de l’Intérieur Manuel Valls dès jeudi soir : « Le Premier ministre m’a demandé de lui proposer rapidement un texte législatif pour redonner un fondement légal à notre action ». Il pourrait même être présenté dès la prochaine rentrée.

Avant cette annonce, Stéphane Maugendre redoutait que « sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur les législateurs ne créent un nouveau régime d’exception pour les étrangers ». « Ma crainte était fondée » réagit-il après, redoutant qu’un nouveau système soit mis en place « pour palier les carences de l’administration ».

Quant aux difficultés avancées par les policiers, ce sont selon lui de « faux problèmes » : « la période de vérification d’identité de quatre heures suffit. La plupart des interpellations ont lieu au faciès, de jour, dans le métro ou dans la rue, et les interprètes arrivent rapidement. »


Lorànt Deutsch énerve le Parti de Gauche. Nous aussi !!

Nouvel Obs

Créé le 06-07-2012 à 18h49 – Mis à jour le 07-07-2012 à 00h47
BibliObs

Le PCF-Parti de gauche souhaite que la Mairie de Paris cesse de faire la promotion de son «Métronome», jugé antirépublicain.

 

Lorànt Deutsch (Sipa)

Lorànt Deutsch (Sipa)

Le PCF-Parti de gauche du conseil de Paris souhaite que la Mairie cesse de faire la promotion de «Métronome», best-seller de Lorànt Deutsch. Le groupe va soulever la question lors de la prochaine séance du Conseil de Paris.

«Métronome» entendait raconter l’histoire de la capitale au fil des stations de métro. Une façon plus ludique et moins aride d’aborder l’histoire, qui a séduit deux millions de lecteurs. Pourtant le livre est loin de faire l’unanimité chez les historiens, comme on a pu le lire sur «Rue 89». Matthieu Lépine, professeur d’histoire (et militant du Front de Gauche), avait commis un article sur l’émission issue du livre pour affirmer:

Cette émission, présentée comme un outil d’éducation populaire n’est en réalité qu’une arme de propagande, faisant à la fois l’éloge de la monarchie, la glorification de la chrétienté et le réquisitoire de la Révolution française.

Et «Métronome» fait encore moins l’unanimité à la gauche de la gauche qui y voit un livre dont les propos sont anti-républicains et contre-révolutionnaires. L’omniprésence des hommes d’Eglise agace. Deutsch a tendance à glorifier tout ce que la France a compté de rois et de saints et à prendre les miracles pour argent comptant: Saint-Denis devient «notre saint»; il est dit de Sainte-Geneviève: «son charisme, sa foi chrétienne, son autorité et sa richesse lui permettent de prendre la haute main sur le destin de Paris». A l’inverse, la Révolution «se moque bien de la vérité historique» et ses artisans ne sont ni plus ni moins que des «nouveaux persécuteurs».

Le secrétaire du parti de gauche, Alexis Corbière, a rappelé les approximations historiques de l’ouvrage. Mais ce qui le dérange est bien la théorie deutschienne de la Révolution française et la vision qu’il donne de l’histoire de France.

Pour le PG et le PCF, il y a quelque chose de contradictoire du côté de la mairie de Paris: Bertrand Delanoé a décoré Lorànt Deutsch de la médaille Vermeille de la ville de Paris, et l’auteur fait régulièrement des apparitions dans les écoles.

Cette reconnaissance officielle est gênante, puisque Deutsch, et il ne s’en cache pas, a une certaine antipathie pour les révolutionnaires. Il confiait au « Figaro » en mars 2011:

Pour moi, l’histoire de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines et depuis on les cherche.»

Question amour de la République, on fait mieux. On comprend alors les propos de Danielle Simonnet, conseillère du PG a déclaré à l’AFP qu’il s’agissait d’un «ouvrage contestable qui dénigre la Révolution et la Commune».