Quand une élève de CM2 réussit l’épreuve du brevet en français

Nous vous signalons cet article autant pour l’intérêt qu’il présente que pour le débat qu’il ouvre : le lien sur le site est là pour vous permettre de lire les contributions nombreuses et très intéressantes qu’il a provoquées.

http://blogs.mediapart.fr/blog/oblomov/030712/quand-une-eleve-de-cm2-reussit-lepreuve-du-brevet-en-francais

Mediapart

 03 Juillet 2012 Par oblomov

L’expérience à laquelle je me suis livrée est assez instructive et soulève des questions. Professeur de français en lycée depuis trois ans, j’ai officié en collège pendant 9 ans. Alors que je suis examinatrice pour les épreuves du baccalauréat cette année, je décide d’aller voir sur le site du café pédagogique les sujets de brevet; cela m’interesse à double titre: j’ai un fils en 4ème qui passera son brevet l’année prochaine, et j’ai des élèves de seconde, qui auront passé les épreuves lorsque je les récupèrerai à la rentrée. Quelle n’est pas ma surprise, quand je découvre le texte de Tournier et le questionnaire de compréhension qui l’accompagne! Un élève de 6 ème peut répondre aux questions. Je décide alors de faire composer ma fille, qui est en CM2, pour vérifier mon sentiment. L’exercice est prévu pour 1h15. Je la laisse en autonomie face au texte et aux questions. Elle boucle en 35 mn et j’entreprends une correction critériée en rapport avec les directives générales que l’on nous ressasse chaque année au moment des corrections. Elle totalise 8,5 points sur 15. Je suis confortée dans mon idée, mais je décide de continuer l’expérience sur l’ensemble du devoir. Ma fille est sympa, elle prend ça pour un challenge personnel, elle se plie au jeu. Je tiens ici à faire une parenthèse sur les capacités de ma fille: même si c’est une bonne élève, sérieuse, elle n’a rien d’une surdouée, et sa copie l’atteste. Au final, ma fille « passe » son brevet avec un total de 20,5 points sur 40: elle est en CM2!

Tout ceci soulève des questions, qui je le suppose, n’intéressent pas que les professeurs de français:

-Quelles sont les compétences exigées en fin de 3ème?

-L’examen est-il bien en accord avec ces compétences?

-Un élève de 3 ème qui se prévaut de l’obtention du brevet à l’entrée en seconde peut-il réussir son année en français?

Questions rhétoriques bien sûr. Dans la pratique, 30% des élèves que j’accueille en seconde depuis trois ans n’ont pas les outils pour une scolarité au lycée général. Le français est à ce titre déterminant, puisque sa maîtrise est essentielle dans l’ensemble des matières. Au terme de leur année de seconde, ces élèves qui n’ont pas le niveau pour la voie générale du lycée, grâce à l’institution qui a tout fait pour le leur cacher, (y compris organiser des épreuves qu’une élève de CM2 est capable de réussir), se retrouvent sans orientation, ou orientés vers des filières qu’ils ne désiraient pas, ou obligés de renoncer à une orientation professionnelle, qu’on leur a déniée en 3ème au vu de résultats « convenables » et qu’ils n’ont plus aucune chance d’obtenir en seconde, car ils passent après les orientés de 3ème dans la broyeuse informatique PAM qui préside aux orientations de nos enfants.

Que vais-je dire à mes élèves de seconde, l’an prochain, lorsqu’ils vont recevoir leurs premières notes, sûrs d’avoir « réussi » leur brevet? Et en fin d’année, au moment de leur « orientation annoncée »?

Tout cela est-il bien juste?

Je joins la copie de ma fille, et le sujet de brevet est consultable à l’adresse suivante:

http://www.bankexam.fr/etablissement/8-Brevet/698-Francais

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