Rétention : une famille kosovare expulsée par un préfet «de gauche»

Mediapart.fr

29 juin 2012 | Par Carine Fouteau – M

Traduction d’un engagement de François Hollande, la circulaire mettant un terme au placement en rétention des enfants (remplacé par une assignation à résidence) est fin prête au cabinet du ministre de l’intérieur. Manuel Valls a répété qu’elle serait publiée « dans les prochains jours », et qu’elle annoncerait « l’arrêt immédiat » de cette pratique condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme (arrêt Popov du 19 janvier 2012). Les préfets ne peuvent pas ignorer ce changement de cap par rapport au quinquennat précédent.

Une famille vient pourtant d’être non seulement enfermée au centre de rétention administrative (CRA) de Metz, mais aussi expulsée le 28 juin. Elle a fait l’objet d’un « renvoi éclair », selon la formule employée par les associations de défense des droits des étrangers, c’est-à-dire qu’elle n’a pas eu l’occasion de rencontrer un juriste qui l’aurait aidé à faire valoir ses droits.

De nationalité kosovare, les parents et trois enfants – deux jeunes majeurs de 20 et 24 ans et une mineure de 7 ans – ont été interpellés le 27 juin dans l’hôtel dans lequel ils logeaient à Metz. « Ils sont arrivés au CRA vers 18 h 10, quelques minutes après que notre équipe fut partie », indique Lucie Feutrier, responsable de la rétention à l’Ordre de Malte, l’association habilitée à intervenir dans ce centre. « Le lendemain matin à 9 heures, ils étaient déjà partis. On ne les a pas vus, on n’a pas pu les rencontrer, regrette-t-elle, ils n’ont pas pu exercer leurs droits. »

Ce type de procédure expéditive est observé dans d’autres CRA. « Les préfets et les policiers réunissent les éléments en amont, ils préparent tout minutieusement à l’avance, de manière à ce que la reconduite à la frontière soit aussi rapide que possible et qu’elle échappe aux contrôles extérieurs », note Richard Moyon de RESF.

Cette expulsion d’une famille est la première – plus exactement la première connue – depuis l’élection de François Hollande. Une douzaine d’autres cas d’enfermement ont été recensés par le Défenseur des droits, mais à la suite de son intervention et de celle des associations référentes, le cabinet de Manuel Valls a procédé à leur libération, à moins qu’il n’ait été précédé par une décision de justice dans le même sens.

Arrivés en France en février 2012, ces Kosovars ont aussitôt demandé l’asile. Mais ils ont été renvoyés à Budapest, en Hongrie, dans le cadre d’une réadmission, selon l’expression administrative, dans la mesure où ils auraient entrepris des démarches pour obtenir le statut de réfugié dans ce pays.

La famille est partie. Manque un des enfants, d’une vingtaine d’années, absent au moment de l’interpellation. Il reste seul en France, comme le reconnaît la préfecture de la Moselle, qui confirme les faits. « Notre CRA est récent, dans un bon état, il est équipé d’un coin pour les familles avec une petite aire de jeu. Ils n’ont passé que très peu de temps en rétention. Nous n’avons fait qu’appliquer le droit. Dès que la circulaire sera parue, elle sera respectée », fait valoir le service de presse de l’institution. Un nouveau préfet vient d’être nommé. Il s’appelle Nacer Meddah et a été le secrétaire général de la campagne présidentielle de… François Hollande.

La boîte noire :

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URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/290612/retention-une-famille-kosovare-expulsee-par-un-prefet-de-gauche

Diesel: nuit gravement à la santé… et à l’économie

Mediapart.fr

29 juin 2012 | Par Les invités de Mediapart

Non seulement les moteurs diesel sont responsables de cancers du poumon, souligne le spécialiste des énergies Yves Lenoir, membre du groupe Energie Développement. Mais encore, ils coûtent au budget de l’Etat français près de 12 milliards d’euros par an: la plus grande niche fiscale.


Qui dit pollution dit d’abord maladies, maladies graves et dénombrables. Le 12 juin dernier, le Centre international de recherches sur le cancer (IARC), agence spécialisée de l’Organisation modiale de la santé (OMS), a reconnu officiellement qu’il y avait un lien direct entre développement de l’usage des moteurs diesel et celui des cancers du poumon (télécharger le communiqué au format pdf).

On connaît la réactivité et la combativité de l’OMS dès lors qu’il s’agit d’affronter les grands lobbies industriels et politiques. Il suffit d’évoquer le scandale du tabac ou encore l’ignorance des séquelles de l’accident de Tchernobyl. Donc, si l’OMS fait savoir qu’il y a un lien, c’est d’un câble qu’il s’agit. L’industrie automobile française ne s’y est pas trompée, qui a immédiatemlent réagi en faisant valoir des arguments dignes de ceux du Comité Amiante à l’époque de sa splendeur.

En 2004, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a publié un rapport attribuant 31 700 décès par cancer du poumon, pour l’année 2000, aux particules fines, celles produites essentiellement par les chauffages au fuel et les moteurs diesel. A l’époque, les consommations de gazole et de fuel domestique se montaient respectivement à 27 et 18 millions de tonnes par an. En 2011, le tonnage consommé par les moteurs diesel a sensiblement augmenté, passant à 33 millions de tonnes, tandis que celui du fuel domestique régressait à 15 millions. Globalement, les consommations de gazole ont donc augmenté et, si on admet une relation linéaire entre consommation et nombre de cancers mortels du poumon, on peut conjecturer 38 000 décès prématurés pour 2011, dont 25 000 au moins (au prorata des consommations) sont dus au diesel. L’objection du délai entre exposition et survenue de la maladie ne tient pas : la tendance à l’accroissement de la consommation de gazole est lourde, voulue à la fois par les pouvoirs publics et l’industrie automobile de notre pays. Comme dans le cas de l’amiante, les décès actuels, relatifs à une exposition ancienne alors que les taux de particules fines dans l’air étaient moins élevés, annoncent une hécatombe.

Chiffrer les coûts des traitements de ces cas de cancer pour l’assurance maladie est un exercice hasardeux. Il s’agit de morts prématurées. Tôt ou tard, chacun d’entre nous sera atteint par une maladie qui l’emportera, plus ou moins rapidement, nécessitant des soins plus ou moins coûteux. Ce serait plutôt les coûts indirects qu’il faudrait établir. Car les populations exposées ont souvent des ressources limitées (chauffeurs routiers, de taxi, travailleurs du BTP, etc). Le décès prématuré d’un adulte apportant un revenu indispensable à sa famille plonge cette dernière dans le drame et la précarité, une précarité en partie compensée par des aides sociales à la charge de la collectivité. Néanmoins, il faut savoir que, selon un rapport de l’Inserm de 2010, le coût moyen d’un cancer du poumon s’élève à 12 518 € (sic).

On sait de plus que les moteurs diesel émettent aussi des oxydes d’azote (NOx), précurseurs d’une partie de l’ozone troposphérique. Cette pollution est responsable d’un accroissement alarmant des allergies, asthmes et maladies respiratoires et cardiovasculaires. Sans retenir le chiffre de 100 milliards d’euros comme prix des dommages pour la santé que, selon l’Agence européenne de l’environnement, la pollution de l’air par l’industrie et les transports provoque chaque année, qui conduirait mécaniquement à un coût de 16 milliards d’euros par an pour la collectivité nationale, on admettra en revanche que le nombre de journées de travail perdues pour cause d’allergie respiratoire, de 100 millions par an dans l’Europe des 27, est sans doute proche de 15 millions en France, à la charge de la Sécurité sociale. Une évaluation globale très partielle, qui ne retient que les traitements des cancers et la moitié des journées de travail perdues, fournit une charge de l’ordre de 600 millions d’euros pour l’assurance maladie. A considérer comme la partie émergée de l’iceberg.

Il s’agit bien d’un désastre sanitaire, conséquence directe d’une stratégie énergétique qui suppose la création d’une niche fiscale, celle qui creuse plus que toute autre les finances du pays. Son origine est lointaine, à une époque où la différence entre les rendements des moteurs à essence (alimentés par carburateur) et des moteurs diesel (alimentés par pompe d’injection) était importante. C’était l’époque d’avant les chocs pétroliers où les importations d’hydrocarbures chargeaient le plateau importation de la balance commerciale. C’était aussi l’époque où la décision de favoriser les transports routiers de marchandise appelait des mesures incitatives. A cette époque, les pollutions engendrées par les véhicules routiers battaient tous les records. A certains carrefours parisiens, les policiers chargés de régler la circulation changeaient plusieurs fois par heure ! Tous polluaient un maximum : deux roues à moteur deux temps, moteurs quatre temps à essence, moteurs diesel. Sans considération pour cette externalité bien partagée, l’administration instaura une politique durable de forte sous-taxation du gazole pour les véhicules routiers.

L’administration française s’était aussi fait un devoir de “protéger” l’industrie automobile nationale, au delà de son intérêt à long terme. C’est ainsi que l’obligation d’équiper les véhicules à essence de pots catalytiques a été retardée sous la pression d’industriels peu compétitifs préférant polluer plutôt que d’investir dans l’injection et l’adaptation de leur technologie aux normes internationales modernes. Tablant sur le maintien de cette sous-taxation, les constructeurs nationaux profitèrent de la liberté qu’ils avaient de ne pas améliorer la technologie de leurs moteurs à essence pour investir massivement dans le développement de la motorisation diesel. Après plus d’un quart de siècle, malgré son coût à l’achat, des frais d’entretien bien plus considérables, mais grâce à une publicité accordée à l’objectif d’élimination du moteur à essence, la motorisation diesel a conquis plus de 70% de la part du marché en France, une situation singulière dont on va maintenant analyser les coûts fiscaux et économiques.

Petite digression, les pays où une législation unifiée est imposée aux émissions polluantes des véhicules routiers légers, le parc diesel est inexistant. Par ailleurs, les constructeurs soumis à ce genre de contrainte ont porté le rendement des moteurs à essence au niveau des diesels les plus performants, sinon au delà. Ainsi, à 100 km/h sur portion plate, le système hybride étant non sollicité, le rendement du moteur à essence de la Prius frôle 50% grâce à sa commande de soupapes optimisée ! Aucun véhicule produit en France par l’industrie nationale ne propose ce type de moteur thermique.

Quelques données pour cadrer le raisonnement.

Les carburants sont vendus au litre et non au kilo. Or leurs densités sont différentes : un litre d’essence pèse 750 g en moyenne alors que le poids moyen d’un litre de gazole est de 845 g, soit 12,5% de plus. Or l’énergie (et le CO2) que produisent les combustions de ces deux carburants sont quasi identiques à poids égal. Si l’on revient aux évaluations en volume, base pour les calculs des coûts et taxes, on retient que les quantités d’énergie chimique fournies par un litre, respectivement d’essence et de gazole, sont de 32 et 36 MJ (8,89 et 10 kWh).
Les consommations de gazole et d’essence en 2011 ont été de 33,6 millions de tonnes et 8,2 millions de tonnes, soit pour le gazole 39,52 milliards de litres et 10,93 milliards de litres pour l’essence.

Toujours en 2011, la TIPP moyenne (chargée de sa TVA propre) était de 0,732 € pour l’essence et de 0,532 € pour le gazole. Les TIPP du gazole et de l’essence, rapportées au contenu énergétique du litre de carburant, valent donc respectivement 0,01452 et 0,022875 €/MJ, soit un privilège de 0,008355 €/MJ accordé au gazole, 36,5% de moins pour les caisses de l’Etat. Il s’agit bien d’une formidable niche fiscale dont la croissance ne connaît aucun frein dans notre pays. Au contraire, toutes les ressources de recherche et développement (Institut français du pétrole, grandes écoles, etc.) impliquées dans le perfectionnement des moteurs et de leurs équipements travaillent la main dans la main pour perfectionner les moteurs diesel des constructeurs automobiles français.

Aujourd’hui, calcul pour 2011, cette niche fiscale énergétique répartie au profit de millions de consommateurs possesseurs de véhicules à moteur diesel représente un manque à gagner pour les caisses publiques de 11,88 milliards d’euros. Il s’agit bien de la plus grande niche dont le “rabottage” progressif, par exemple sur cinq ans, pourrait faciliter le retour à l’équilibre budgétaire auquel s’est engagée l’administration Hollande. Elle représente, par voie de conséquence, la plus grande subvention à la pollution, celle qui tue les gens, que l’administration fiscale dispense à l’industrie automobile, au transport routier de marchandises et aux automobilistes roulant au diesel. Le scandale le mieux toléré sans doute.

Le pouvoir politique fera-t-il preuve du courage politique nécessaire pour faire cesser ce scandale ?…

Le coût de cette politique de gribouille à grande échelle ne se limite pas à nuire à la santé et aux finances du pays : il touche aussi la balance du commerce extérieur, bien mal en point comme chacun sait. Car à force de favoriser les “champions nationaux”, dont le marché est essentiellement hexagonal, on affaiblit la compétitivité de l’ensemble d’une économie par ailleurs ouverte au monde.

La capacité de raffinage de l’essence est en France exédentaire pour 4 millions de tonnes. Celle du gazole est déficitaire pour 11 millions de tonnes. Des données de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) pour 2011, on tire que le raffinage d’une tonne (1 183,4 litres) de gazole coûte 95,85 € HTVA ; celui d’une tonne (1 333,3 litres) d’essence coûte 45,33 € HTVA. L’importation des 11 millions de tonnes de gazole que l’industrie française du raffinage ne peut produire a donc ajouté 1,054 milliard d’euros sur le plateau importations de la balance commerciale. Si toute la surcapacité de raffinage de l’essence avait trouvé client, le plateau exportations aurait reçu 0,181 milliard d’euros. Donc, l’inadaptation structurelle de l’outil de raffinage qu’alimente l’accroissement indéfini de la consommation du gazole en France contribue grosso modo pour 1 milliard d’euros au déficit de la balance commerciale du pays. Ne pas omettre de signaler ici que la stratégie des constructeurs automobiles hexagonaux est largement discréditée par une balance commerciale du secteur des ventes de véhicules routiers de l’ordre de 7 millairds d’euros par an, sans perspective d’amélioration, bien au contraire.

L’actualité amène sur le devant de la scène la question lancinante du retour à l’équilibre budgétaire, l’inquiétude suscitée par la dégradation vertigineuse de la balance commerciale et, plus récemment, le scandale encore mal perçu des multiples subventions à la pollution. Et c’est ce moment singulier que choisit l’OMS pour annoncer ce que tous les épidémiologistes avaient noté depuis plus d’un quart de siècle, à savoir que les particules fines des combustions de gazole sont responsables d’un nombre élevé de décès prématurés par cancers du poumon. La “patrie” du diesel, la France se révèle payer au prix fort une stratégie conjointe de l’Etat et des constructeurs automobiles nationaux :
– plusieurs dizaines de milliers de décès prématurés par an, chiffre appelé à croître ;
– des dépenses afférentes à la charge de l’assurance maladie de l’ordre de 600 millions d’euros par an ;
– une niche fiscale privant de près de 12 milliards d’euros par an les recettes de l’Etat, chiffre appelé à croître ;
– une subvention d’un montant au moins égal à la pollution atmosphérique (sans prise en compte de l’effort caché de R&D parapublic pour le diesel) ;
– une contribution d’un milliard par an au déficit extérieur par inadaptation tendancielle de l’outil de raffinage ;
– une grande partie de la perte de compétitivité de l’industrie automobile nationale sur le marché mondial.

Ce bilan d’un demi-siècle d’une politique industrielle sans contrôle appelle une révision déchirante. La nouvelle administration et les forces vives du pays sont-elles à la hauteur du défi ?

URL source: http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/290612/diesel-nuit-gravement-la-sante-et-leconomie

Les mausolées de Tombouctou détruits les uns après les autres

Créé le 30-06-2012 à 17h29 – Mis à jour à 17h35
Le groupe armé Ansar Dine a commencé la destruction des mausolées de saints musulmans récemment classés au patrimoine mondial en péril de l’Unesco.

Les mausolées de Tombouctou détruits les uns après les autres (AFP / ISSOUF SANOGO)

Les mausolées de Tombouctou détruits les uns après les autres (AFP / ISSOUF SANOGO)

Des islamistes d’Ansar Dine, un des groupes armés contrôlant le nord du Mali, ont démoli plusieurs mausolées de saints musulmans à Tombouctou, en représailles à la récente décision de l’Unesco de classer cette ville mythique patrimoine mondial en péril.

Ansar Dine va détruire aujourd’hui tous les mausolée de la ville. Tous les mausolées sans exception », a déclaré à travers un interprète Sanda Ould Boumama, porte-parole d’Ansar Dine à Tombouctou joint par l’AFP depuis Bamako.

Le premier sanctuaire visé a été celui de Sidi Mahmoud, dans le nord de la ville, qui avait déjà été profané début mai par des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), un allié d’Ansar Dine, ont raconté à l’AFP des habitants joints depuis la capitale, certains sous le choc.

« Aujourd’hui, au moment où je vous parle, les islamistes d’Ansar Dine ont fini de détruire le mausolée du saint Sidi Mahmoud. Ils ont cassé (et) fait tomber le mur » de clôture du site, « c’est très grave », a déclaré en pleurant un des témoins.

Les islamistes se ont ensuite attaqué tour-à-tour aux mausolées de Sidi Moctar, dans l’est de la ville, puis celui d’Alpha Moya, qui ont tous deux été détruits.

Les hommes d’Ansar Dine, qui veulent appliquer la charia (loi islamique) dans tout le Mali, « ont dit qu’ils vont tout détruire aujourd’hui. Vraiment, ils ont violé aujourd’hui Tombouctou. C’est un crime », a dit un des témoins proche d’un imam (qui dirige la prière musulmane en commun) de Tombouctou.

« L’Unesco, c’est quoi ? »

Ce projet de destruction totale des mausolées est une réponse à la décision de l’Unesco, annoncée jeudi, de placer Tombouctou, depuis 1988 au patrimoine mondial de l’humanité, sur la liste du patrimoine en péril, d’après le porte-parole d’Ansar Dine interrogé par l’AFP.

« Dieu, il est unique. Tout ça, c’est ‘haram’ (interdit en islam). Nous, nous sommes musulmans. L’Unesco, c’est quoi? », a-t-il dit, ajoutant que Ansar Dine réagissait « au nom de Dieu ».

Le gouvernement malien a dénoncé « la furie destructrice assimilable à des crimes de guerre » du groupe islamiste armé Ansar Dine qui a démoli samedi plusieurs mausolées de saints musulmans à Tombouctou (nord), et menacé les auteurs de ces destructions de poursuites au Mali et à l’étranger.

Le gouvernement condamne cette furie destructrice assimilable à des crimes de guerre et s’apprête à engager des poursuites contre leurs auteurs aussi bien au plan national qu’au plan international », selon les termes d’un communiqué transmis à l’AFP.

La France a condamné « la destruction délibérée de mausolées de saints musulmans » par « un groupe islamiste extrémiste » à Tombouctou, dans le nord du Mali, et dénoncé un « acte intolérable », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

« La France condamne la destruction délibérée de mausolées de saints musulmans dans la ville de Tombouctou par un groupe islamiste extrémiste qui contrôle cette ville du Mali », a déclaré le porte-parole du ministère, Bernard Valero, dans un communiqué.

Selon le site Internet de l’Unesco, Tombouctou compte « 16 cimetières et mausolées qui étaient des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers ».

Fondée entre le XIe et le XIIe siècles par des tribus touareg, et surnommée notamment « la cité des 333 saints », elle a été un grand centre intellectuel de l’islam et une ancienne cité marchande prospère des caravanes.

Des manuscrits « sécurisés »

Tombouctou est également célèbre pour ses dizaines de milliers de manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle, et d’autres de l’ère pré-islamique. Ils sont pour la plupart détenus comme des trésors par les grandes familles de la ville.

Environ de 30.000 de ces manuscrits qui étaient conservés dans un institut gouvernemental ont été déplacés et « sécurisés » ailleurs, après le saccage de lieux par des islamistes en avril, d’après des bibliothécaires.

En annonçant jeudi sa décision de placer la cité sur la liste du patrimoine mondial en péril, de même qu’un site historique de Gao (nord-est), l’Unesco avait alerté la communauté internationale sur les dangers qui pèsent sur la cité.

Nous venons juste d’apprendre la nouvelle tragique des dégâts sans raison causés au mausolée de Sidi Mahmoud, dans le nord du Mali », a déclaré Alissandra Cummins, présidente de l’Unesco, dans un communiqué adressé à l’AFP, appelant toutes les parties impliquées dans le conflit à Tombouctou à « exercer leurs responsabilités ».

En plus de Tombouctou (nord-ouest), Gao et Kidal (nord-est), les trois régions formant le Nord, sont sous le contrôle des islamistes divers groupes armés qui ont profité de la confusion créée à Bamako par un d’Etat militaire le 22 mars.

La démolition des mausolées de Tombouctou par les islamistes rappelle le sort d’autres ouvrages du patrimoine mondial, dont les Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan, détruits en mars 2001 par les talibans et leurs alliés d’Al-Qaïda.

En Afrique de l’Est, les islamistes somaliens shebab ont détruit de nombreux mausolées de mystiques soufis dont la mémoire était vénérée par les populations locales.


Ballet des Atrides à l’Opéra de Paris

Créé le 29-06-2012 à 17h37 – Mis à jour à 17h56
Raphaël de Gubernatis

Brigitte Lefèvre règne depuis des années sur le Ballet de l’Opéra de Paris, sans qu’aucune succession ne se profile. Des danseurs s’en sont émus. Ô sacrilège !

Brigitte Lefèvre règne en autocrate sur le Ballet de l’Opéra de Paris qui est devenu son empire. (JAUBERT/SIPA)

Brigitte Lefèvre règne en autocrate sur le Ballet de l’Opéra de Paris qui est devenu son empire. (JAUBERT/SIPA)

Tout comme Catherine II, jadis, sur toutes les Russies, Brigitte Lefèvre règne en autocrate sur le Ballet de l’Opéra de Paris qui est devenu son empire. Elle a oeuvré tout d’abord comme administratrice de l’Opéra Garnier en 1992, puis, après avoir été directrice adjointe du Ballet, elle contribue, en douceur, à l’éviction de Patrick Dupond, et lui succède au poste de directeur de la Danse en 1995, tout en conservant, ce n’est pas anodin, ce titre au masculin.

Actif

A son actif, Brigitte Lefèvre peut se targuer d’avoir contribué à maintenir le niveau du Ballet de l’Opéra de Paris ; d’avoir usé et abusé, dans le patrimoine laissé par Rudolf Noureev, de quelques mises en scène de ballets particulièrement réussies (« Roméo et Juliette », « Casse-Noisette », « Cendrillon », « La Bayadère ») qui ont constitué un juteux fond de commerce dans lequel il était judicieux de puiser, certes, d’autant que personne n’a mieux fait sous sa direction; d’avoir fait fructifier le legs de Patrick Dupond, lequel sollicita Pina Bausch pour qu’elle consente à transmettre son « Sacre du Printemps » au Ballet de l’Opéra, ce à quoi s’est ensuite ajouté « Orphée et Eurydice » dans la mise en scène déchirante qu’en fit la chorégraphe de Wuppertal.

Mais aussi de s’être décidée, 40 ans après sa création, à reprendre bientôt « Un Jour ou deux », chorégraphie de Merce Cunningham conçue en 1973 pour le Ballet de l’Opéra ; d’avoir invité le chorégraphe israélien Emanuel Gat ; la compagnie de Dominique Bagouet, première troupe de danse contemporaine à se produire au Palais Garnier, au moment où son fondateur se mourait à Montpellier ; ou aussi d’avoir permis à Jérôme Bel de créer sa « Véronique Doisneau » juste après les pompes du Défilé du Ballet…

Et passif

Au passif de Brigitte Lefèvre, on égrènerait la litanie de ses faux-pas, de ces programmes malheureux mariant la carpe et le lapin, de ces invitations lancées à des chorégraphes douteux, parfois pour des raisons de stratégies auxquelles l’Opéra n’avait pas à être mêlé, et qui ont porté à la scène de misérables, mais coûteux désastres, ou, ce qui ne vaut guère mieux, des ouvrages qui ont pu fonctionner sur le plan commercial, mais qui n’en sont pas moins des navets sur le plan artistique.

Et là, la liste des ballets médiocres, tout comme celle de leurs inavouables auteurs, serait interminable et cruelle à dresser. Elle donnerait aussi à penser, même s’il est vrai que les temps ne sont guère favorables pour dénicher de bons chorégraphes, surtout dans le domaine classique, que Brigitte Lefèvre n’a que rarement brillé par son discernement artistique. Et qu’elle ne laissera guère d’ouvrages marquants qui seraient nés sous son règne.

La lettre assassine

Aujourd’hui, Brigitte Lefèvre a 67 ans. Elle en aura 68 en novembre. Elle a déjà dépassé allégrement la limite d’âge un peu arbitraire imposée dans les institutions nationales, et, qui sait, se verrait peut-être fort bien à la tête du Ballet de l’Opéra jusqu’à l’âge de 110 ou 120 ans. A l’image d’Alicia Alonso, l’ectoplasmique directrice du Ballet national de Cuba qui, à 92 ans, s’éternise à la tête de la compagnie qu’elle créa jadis à La Havane.

Comme rien ne laissait supposer une succession prochaine au Palais Garnier, comme nul frémissement ne survenait dans ce gouvernement du Ballet qui paraît devoir durer indéfiniment, les danseurs s’en sont légitimement émus. Et ils ont cru, ô crime de lèse-direction ! Ô drame !  Ô sacrilège ! ils ont cru pouvoir s’adresser au ministère de la Culture dans une lettre signée par 132 d’entre eux, étoiles et premiers danseurs compris, afin de s’enquérir de l’avenir, de la durée de ce règne dont on ne voyait pas l’issue ; afin de savoir aussi à quelle sauce ils allaient plus tard être mangés.

Medea furiosa

Sous l’effet d’on ne sait quelle basse maoeuvre du ministère (c’était en mai dernier, au temps peu glorieux de Frédéric Mitterrand à la rue de Valois), la lettre signée par les 132 danseurs est revenue à Brigitte Lefèvre. Laquelle, se sentant trahie par ses vassaux, mais n’ayant pas les moyens de les envoyer expier leur crime en Sibérie, déboulera un beau soir sur la scène de l’Opéra, à l’issue d’un spectacle, en proie à cette fureur noire que conçut Médée se voyant trahie par Jason. Et telle la magicienne de Colchide agitée par les plus sanglants ressentiments, elle y aurait noyé l’ensemble des danseurs sous un flot d’invectives et d’imprécations les laissant muets de stupéfaction.

Sur ce, comme jadis l’on quittait la Cour et se retirait sur ses terres pour digérer un affront, Brigitte Lefèvre s’exila dans quelque lointaine province océane, pour en revenir, quatre jours plus tard, avec le masque tragique de la dignité offensée et en arborant ce genre de sourire tranchant et glacé auquel tout vil conspirateur, se sachant démasqué, préférerait assurément un franc coup de poignard, du poison ou une lettre de cachet.

Double affront

A cet affront ressenti par Brigitte Lefèvre, implicitement désavouée par ses propres troupes, s’en ajoute un autre, à deux visages de surcroît.

La directrice du Ballet de l’Opéra sait qu’elle devra tout de même céder quelque jour cet empire auquel elle a pris tant de goût, avec ses vanités, la visibilité d’une position qu’elle a puissamment renforcée par une omniprésence sur tous les fronts, ses avantages de tous ordres, ses émoluments et sa voiture de fonction. Avec ses désagréments aussi, car il n’est assurément pas simple de mener une troupe aussi nombreuse où grouillent des egos parfois démesurés.

Bref, elle songerait à abandonner un jour son empire (ce sera sans doute en juillet 2013) au ci-devant danseur étoile Laurent Hilaire. Le dessein n’est pas dénué de sens : Laurent Hilaire, qui fut un interprète magnifique, du genre noble, servit aussi bien les grands ballets du répertoire qu’il lui arriva de bien servir Cunningham. Exerçant toujours à l’Opéra, il y serait devenu un très bon maître de ballet, tout en apparaissant de surcroît plus solide intellectuellement que beaucoup de ses congénères.

Terpsichore tricolore

Le problème est que Brigitte Lefèvre oublie que l’on ne se succède pas à la tête du Ballet de l’Opéra selon les règles dynastiques en vigueur chez les Romanov-Holstein-Gottorp lorsqu’ils étaient à la tête de l’empire de Russie, ou selon un mode de cooptation à la soviétique. S’il paraît raisonnable de prendre son avis, ce n’est toutefois pas à elle qu’il appartient de décider souverainement de sa succession.

Brigitte Lefèvre, depuis qu’elle fut une (dynamique) déléguée à la danse au ministère de la Culture, a toujours cru devoir incarner à elle seule la Terpsichore française et en personnifier l’autorité suprême, autorité que sans doute lui aura secrètement confié Apollon. Directrice du Ballet de l’Opéra, elle n’a eu de cesse de se mêler, d’une façon ou d’une autre, de tout ce qui touche à la danse sur l’ensemble du territoire, dans cette pauvre France qui n’en demande pas tant et qui a déjà tant de mal à gérer la déroute de nombre de ses créateurs et institutions chorégraphiques.

Judas

Le fait que deux autres danseurs-étoiles du Ballet de l’Opéra se soient plus ou moins discrètement mis sur les rangs pour lui succéder un jour, si ce jour devait malheureusement advenir, a été perçu par elle comme une trahison supplémentaire. Et ces deux-là, Manuel Legris et Nicolas Le Riche, l’un étant actuellement directeur du Ballet de l’Opéra de Vienne où il suit une politique conservatrice et plan-plan à l’image du public de cette maison et de sa propre trajectoire, l’autre n’ayant pour lui qu’une magnifique technique et bien peu de cette puissance dramatique qui fait les grands interprètes, ces deux-là sont ainsi perçus comme des Judas, quand ils ne sont sans doute que des ambitieux.

Tout ce petit monde, à l’exception bien entendu du Viennois, se côtoie chaque jour à Paris. Ambiance ! Le Ballet y interprète  actuellement « la Fille mal gardée ». Mais une moitié des 150 danseurs donne des représentations à Chicago où le Ballet de l’Opéra est actuellement en tournée. Avec Brigitte Lefèvre à la tête de la délégation. Pourvu qu’il ne vienne à l’idée de personne d’y régler ses comptes comme du temps d’Al Capone !


Baclofène : la polémique s’amplifie

Créé le 30-06-2012 à 15h34 – Mis à jour le 01-07-2012 à 07h17
Le Nouvel Observateur

En partenariat avec Books.fr : la servilité démontrée du « Quotidien du Médecin » à l’égard de l’industrie pharmaceutique.

Lors du scandale du Médiator, le rôle de la presse médicale a été fortement critiqué. Accusée d’être le porte-flingue de l’industrie pharmaceutique, elle a été épinglée dans le rapport sénatorial de la commission d’enquête sur le Médiator en ces termes (p. 191-192) : « Une lecture critique de la presse médicale montre un désintérêt manifeste, qui peut confiner à de l’aveuglement, sur les effets indésirables des médicaments. Ceci accrédite ainsi le procès fait par certains d’une véritable ‘mise sous influence’ de cette presse. [ …] Force est cependant de constater […] que la liberté de la presse est à la presse médicale ce que le fair play est au sport professionnel, un objectif lointain et inaccessible, que l’on se fixe pour sauver les apparences. »

L’équilibre financier de nombreux organes de cette presse repose sur les publicités qu’ils reçoivent de l’industrie pharmaceutique, qu’il faut donc ne pas contrarier.

Auditionnés devant cette commission, les principaux représentants de la presse médicale ont été mal à l’aise et, disons-le, assez peu convaincants. Alors qu’on lui demandait pourquoi son journal n’avait pas rendu compte du livre d’Irène Frachon sur le scandale du Médiator, le président-directeur général du Quotidien du Médecin avait répondu fort élégamment qu’il ne faisait pas « les chiens écrasés ».

Le syndicat national des journalistes avait à cette occasion rappelé les pratiques non éthiques d’une presse asservie à des intérêts commerciaux dans un communiqué daté du 13 avril 2011. Le SNJ appelait « l’ensemble des rédactions de la presse médicale à un sursaut déontologique, salvateur en pleine crise de confiance des lecteurs pour leurs organes de presse et du public pour l’industrie du médicament. » Hélas, nul sursaut ! Rien n’a changé !

Attaque du « Quotidien du Médecin »

En effet, dans son édition du 29 mai 2012, « Le Quotidien du Médecin », sous la plume de monsieur Chiens-Ecrasés, son président-directeur général, est intervenu dans le débat suscité par le baclofène sous le titre « Des miracles hors AMM ? » et dans ces termes :

« Le Nouvel Observateur l’a mis en couverture de son dernier numéro : ‘On a trouvé un remède contre l’alcoolisme !’ Ah bon ? Ils savent déjà qu’à la rentrée 2012 pourrait sortir une nouvelle molécule, le nalméfène, qui semble, après trois études contrôlées de phase III, efficace et bien tolérée dans le traitement de la dépendance à l’alcool ? Pas le moins du monde ! Il s’agit du baclofène, dont les supporters enthousiastes poussent à une large utilisation hors AMM, en l’absence d’études contrôlées dans l’indication de la dépendance à l’alcool et malgré de sérieux doutes sur la tolérance à une large échelle de cette molécule.

La pression de prescription, relayée par les médias grand public, prend des proportions dont on peut s’étonner que nos autorités, promptes à dénoncer le scandale de la prescription hors AMM du Mediator, laissent faire… Pourtant, la surcharge pondérale ne constitue-t-elle pas un facteur de risque aussi sévère que l’alcoolisme ? Ne devait-on plus, promis, juré, laisser utiliser à une telle échelle des produits hors AMM sans preuves sérieuses, dans un cadre rigoureux, de la tolérance et de l’innocuité du produit ? Y aurait-il deux poids deux mesures permettant dans un cas de condamner avant de juger et dans l’autre de décider sans savoir ?

N’y a-t-il donc plus de lanceurs d’alerte ?

Qui sera condamné lorsque surviendront des accidents sévères, voire des morts ?

En tout cas, au « Quotidien », on la lance, l’alerte ! »

« Efficace et bien toléré »

Qui s’étonnera que cette publication fasse la promotion du laboratoire Lundbeck et de l’un de ses produits en voie de commercialisation, le nalméfène, et cherche à intimider ceux qui prescrivent son principal concurrent, le baclofène ? Se prétendre lanceur d’alerte quand on fait la propagande d’une entreprise qui vous finance ne manque pas de sel. Surtout, chaque phrase ou presque de ce texte contient une contre-vérité. Il est indispensable de rétablir certains faits.

La formule « efficace et bien toléré », usée jusqu’à la corde car employée pour chaque sortie d’un nouveau médicament, s’applique-t-elle vraiment au nalméfène ? En réalité, c’est un traitement peu efficace puisqu’il permet seulement de réduire dans de très modestes proportions la consommation d’alcool, en moyenne d’un verre dans les essais en double aveugle contre placebo.

La première demande d’autorisation de mise sur le marché n’a pas été accordée à ce médicament en raison de sa faible efficacité et des problèmes méthodologiques que pose sa demande d’enregistrement.

Le nalméfène traite-t-il la dépendance à l’alcool ?

Certainement pas. Il est une sorte de double d’un produit déjà commercialisé depuis longtemps, la naltrexone (sous le nom de Revia) et dont l’efficacité est très réduite. Il ne s’agit donc pas d’une avancée thérapeutique, contrairement au baclofène, qui lui, ne fait l’objet d’aucune promotion par l’industrie pharmaceutique.

Le président-directeur général du « Quotidien du Médecin » oublie de dire qu’on dispose sur le baclofène de données d’efficacité et de tolérance suffisantes pour que les pouvoirs publics, dont il dénonce à tort l’inertie, aient souligné son intérêt dans la prise en charge de l’alcoolo-dépendance et donné un feu vert à son utilisation dans cette indication, même s’il ne s’agit pas d’une autorisation de mise sur le marché en bonne et due forme (voir le point d’information de l’Agence nationale de sécurité du médicament en date du 24 avril 2012). L’ANSM déclare aussi que les données de pharmacovigilance sont rassurantes. On rappelle qu’aucun mort lié à l’utilisation du baclofène n’est à ce jour à déplorer et qu’en cas d’absorption massive, le baclofène seul est sans danger.

Traitement plus efficace

Par un curieux raisonnement, Le « Quotidien du Médecin » dit qu’il ne faudrait pas prescrire le baclofène parce qu’il risquerait d’y avoir des morts, alors qu’il n’y en a pas, et fait un parallèle avec l’affaire du Médiator. S’il y a un parallèle, il se trouve dans la constante servilité de cet organe de presse à l’égard de ceux qui lui assurent ses bénéfices.

Comment oser dire enfin qu’il n’y a pas de preuves sérieuses d’efficacité du baclofène ? Certes le niveau de preuve de l’efficacité du baclofène n’est pas celui des essais en double aveugle contre placebo.

Le premier essai de ce type vient de démarrer après beaucoup de tergiversations de la bureaucratie sanitaire française. Le niveau de preuve, plus faible mais néanmoins acceptable, repose principalement sur une étude de cohorte portant sur 181 malades suivis plus d’un an. Elle montre que si on comptabilise les perdus de vue (49 patients) comme des échecs du traitement, ce qui n’est pas forcément le cas, le taux d’abstinence ou de consommation modérée à un an est de 58%.

Comme tous les témoignages des patients le confirment, ce traitement est beaucoup plus efficace que tout ce qui existe par ailleurs dans le traitement de la dépendance à l’alcool. C’est bien parce que les pouvoirs publics ont compris l’intérêt du baclofène pour aider les alcoolo-dépendants qu’ils en facilitent l’usage. Ceux qui cherchent à le freiner ont en vue d’autres intérêts que celui des malades.

Bernard Granger

Psychiatre à l’Université Paris-Descartes, Bernard Granger exerce à l’hôpital Tarnier avec trois demi-journées de consultations publiques et deux privées chaque semaine. Sans conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, il tient un blog très documenté sur « la saga du baclofène » sur books.fr.

Dossier suivi par Anne Crignon


Le Wifi dans le métro n’est pas une nécessité, mais un danger

Lecture sociale sur HuffPost
Michèle Rivasi

Député européenne, EELV

Le 26 juin 2012, le Wifi s’est installé dans le métro parisien. Parce qu’aujourd’hui, il faut pouvoir se connecter partout, tout le temps, et vite. Parce que la 3G ne suffit plus pour surfer confortablement. Et parce que faire payer, à terme, les utilisateurs, est une activité qui peut s’avérer lucrative.

Plus de confort pour lire son journal sur Internet donc, mais aussi plus de risques pour notre santé. Cela fait des décennies que des études indépendantes montrent les effets indésirables des champs électromagnétiques. Les mécanismes de contrôle biologique de notre corps peuvent être atteints, et ce à des seuils biens inférieurs aux limites d’exposition actuelles, basées exclusivement sur les effets thermiques. Malheureusement, d’autres études, beaucoup moins indépendantes car financées par les opérateurs de téléphonie mobile, viennent souligner le manque de recul sur la question et font douter de la dangerosité de cette nouvelle technologie.

Cela n’a pas empêché le centre international de recherche sur le cancer qui dépend de l’Organisation mondiale pour la Santé (OMS), de classer en mai 2011 les ondes basses fréquences du réseau électrique et les radiofréquences de la téléphonie mobile comme cancérogènes possibles pour l’homme (classification 2B au même titre que le Bisphénol A, un perturbateur endocrinien interdit dans les biberons, le plomb ou encore la chlordécone).

Avant cela, l’ex-Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail (AFSSET, désormais ANSES) a reconnu dans son avis remis en octobre 2009 l’existence d’effets biologiques «incontestables» des ondes de la téléphonie mobile, par exemple sur l’activité de la cellule ou le stress oxydatif. C’est pourquoi l’Agence conseille en conclusion de réduire les expositions du public «dès lors qu’une exposition peut être réduite».

Mais la réalité est tout autre. Les ondes sont désormais partout, dans les jardins, les bibliothèques, les restaurants, nul n’est épargné. Nous évoluons au milieu d’un invisible nuage de pollution, l’électrosmog, que nous le voulions ou non.

Installer du wifi dans le métro, sans aucune étude d’impact sanitaire préalable, est d’autant plus dangereux en raison de l’effet « cage de Faraday » : les ondes se répercutent dans les wagons clos en métal, ce qui a pour effet d’accentuer le niveau d’intensité du champ électromagnétique. Les tunnels favorisent également la concentration de ces champs, et là encore, les effets néfastes sont amplifiés.

Fin 2007, la mairie de Paris avait désactivé ses bornes Wifi dans des bibliothèques où des employés se plaignaient de différents maux depuis leur installation. Pour certains, travailler ainsi exposé était devenu impossible. Les syndicats CFDT, CGT et FSU ont voté à l’unanimité fin 2011 contre le projet de déploiement du wifi au sein de la Bibliothèque nationale de France, en vertu du principe de précaution.

Le Wifi émet des ondes pulsées en permanence. Cela provoque chez les personnes sensibles des troubles de la mémoire, des maux de tête insupportables, nausées, vertiges, insomnies, et parfois même des cancers.

Les personnes souffrant du syndrome de l’électro-hypersensibilité sont de plus en plus nombreuses. Si elles ne représentent pour l’instant qu’environ 2 % de la population, ce chiffre pourrait rapidement grimper. Nous sommes déjà bombardés en permanence de micro-ondes issues des antennes relais (GSM, 2G, 3G UMTS, WIMAX… ), de téléphones sans fil DECT, de baby-phones, de réseaux sans fil (WiFi/WLAN), et l’industrie des télécoms envisage d’encore augmenter l’exposition aux ondes électromagnétiques en ajoutant de nouvelles sources de rayonnement telles que le réseau 4G (LTE) ou les compteurs électriques «intelligents». La demande vient-elle réellement des consommateurs ou des opérateurs qui savent la créer?

D’abord orientées vers des soins psychiatriques, les victimes des ondes sont peu à peu écoutées, prises en considération par quelques médecins avant gardistes. Mais nous sommes loin d’une reconnaissance officielle par les pouvoirs publics et la loi. Faut-il qu’un nouveau scandale sanitaire éclate, comparable à celui de l’amiante, pour légiférer? Il est temps de combler ce vide juridique tant au niveau européen que national afin d’apporter à ces sacrifiés des ondes le soutien et la protection dont elles ont besoin.