Karachi : Sarkozy et les juges, c’est parti

NOUVEL OBS

Créé le 18-06-2012 à 14h10 – Mis à jour à 17h38
Anne-Sophie Hojlo

Nicolas Sarkozy (Sipa)

Nicolas Sarkozy (Sipa)

Il attendait l’offensive des juges dans le dossier Bettencourt, mais c’est finalement Karachi qui le rattrape en premier. Il aura fallu à peine 48 heures pour que Nicolas Sarkozy, désormais privé d’immunité présidentielle, fasse l’objet d’une plainte dans le cadre de ces affaires qui le menacent. Six familles de victimes de l’attentat de Karachi ont porté plainte, lundi 18 juin, contre l’ex-chef de l’Etat pour violation du secret de l’instruction.

En cause, un communiqué de l’Elysée publié en septembre dernier, peu après les mises en examen de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, deux proches du président de l’époque, dans le volet financier de l’affaire. « S’agissant de l’affaire dite de Karachi, le nom du chef de l’Etat n’apparaît dans aucun des éléments du dossier. […] Il n’a jamais été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier », indiquait le texte.

« Un appel à l’indépendance de la justice »

« Nicolas Sarkozy sous-entend qu’il a eu accès au dossier alors qu’il en avait pas le droit », souligne Sandrine Leclerc, une des porte-parole des familles de victimes de l’attentat qui a tué 11 salariés de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002 au Pakistan. La jeune femme brune donnait en fin de matinée une conférence de presse aux côtés d’Olivier Morice, l’avocat des familles qui a déposé la plainte devant le doyen des juges d’instruction de Paris. « Le 18 juin nous a semblé un jour magnifique : le jour d’un appel, et cette plainte est un appel à l’indépendance de la justice », a poursuivi l’avocat dans son cabinet du 7e arrondissement. Et de renchérir : « Avec ce communiqué, on est bien loin de la République irréprochable voulue par Nicolas Sarkozy. »

La plainte avec constitution de partie civile vise également l’ex-ministre Brice Hortefeux et l’ancien conseiller presse de l’ex-chef de l’Etat, Franck Louvrier. Une première plainte avait été déposée par les familles pour ce même communiqué de l’Elysée, mais elle avait été classée sans suite en janvier par le procureur de Paris, qui avait estimé que l’ouverture d’une enquête aurait violé le principe constitutionnel de l’inviolabilité du président de la République.

« Au coeur de la corruption »

Cette première plainte déposée contre Nicolas Sarkozy dans le cadre de l’affaire Karachi pourrait bien n’être qu’un avant-goût. Contrairement à ce qu’affirme le fameux communiqué de l’Elysée, son nom apparaît bien dans le volet financier du dossier. Les juges Van Ruymbeke et Le Loire enquêtent sur un possible financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 par le biais de rétrocommissions versées dans le cadre de contrats d’armement avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, l’arrêt de leur versement ayant peut-être provoqué l’attentat de Karachi.

Porte-parole de campagne d’Edouard en 1995, Nicolas Sarkozy était aussi son ministre du Budget à l’époque où les contrats ont été signés. Il a à ce titre supervisé la création de la société off shore Heine, qui a servi au paiement des commissions liées à ces derniers. « Nicolas Sarkozy était au coeur du système de corruption mis en place en marge des contrats avec le Pakistan », a terminé Olivier Morice. « Il doit des explications à la justice, et ne peut plus se réfugier dans une posture d’indignation. »

Publicités

..Où l’on reparle du vote par internet…

Illustration du vote par internet (Capture d'écran)

High Tech

Au Bénélux, les législatives piratées

Largement dénoncé, le vote par internet pour les Français de l’étranger a finalement posé problème après « un bug » ainsi qu’un « piratage ».

  • 18/06/12
  • Par Boris Manenti

Le ministère des Affaires étrangères est clair : au second tour des élections législatives dans la quatrième circonscription des Français à l’étranger, le socialiste Philip Cordery obtient 53,2% des voix, contre 46,8% pour l’UMP Marie-Anne Montchamp.

Pour la première fois, les Français du Bénélux pouvaient choisir le vote électronique. Une première entachée de « bugs » et « piratage ». S’ils ont été près de 58% à voter par internet, l’opaque décomptage des voix a mis en lumière deux problèmes successifs.

Un mystérieux bug

Lors du premier comptage final des votes électroniques, seule la moitié des suffrages a été comptabilisée, laissant entrevoir une courte avance pour le socialiste avec 4.070 voix contre 3.678 pour l’UMP. Où sont passés les 7.475 voix manquantes ? Mystère. Un « bug » sur le serveur du ministère serait à l’origine de ces résultats pour le coup partiels.

Les résultats finaux ont été retrouvés deux heures plus tard, sur le serveur « de secours » du Quai d’Orsay. Contacté, le ministère des Affaires étrangères confirme un « bug », sans plus d’explications.

Marie-Anne Montchamp a toutefois réclamé « des éclaircissements et une totale transparence sur l’incident portant sur le dépouillement des votes électroniques. Aucun résultat ne peut faire l’objet d’une publication officielle tant que le ministère des Affaires étrangères n’aura pas fait toute la lumière sur le dépouillement de l’urne électronique. On ne peut en effet laisser les électeurs incertains sur la bonne prise en compte de leur suffrage, entachée de doute. »

Reçue ce matin par la Commission de recensement des votes, l’ancienne secrétaire d’Etat a laissé entendre qu’elle ne remettrait pas en cause le résultat de l’élection.

Celui qui a piraté l’élection

Le site Numerama affirme également qu’un second problème a été constaté : sur les 14.624 votes électroniques émargés pour cette circonscription, seuls 14.623 ont été comptabilisés. Un écart d’une seule petite voix, celle de l’informaticien Laurent Grégoire.

En effet, celui-ci a réussi à « pirater le vote », selon les termes de l’équipe de campagne de la candidate UMP, en votant pour un candidat qui n’était pas au second tour. « C’était facile », explique-t-il, « il m’a suffi de contourner le logiciel du ministère pour voter et d’envoyer des données incorrectes directement au serveur » du Quai d’Orsay. Au lieu de voter, au choix, pour le candidat UMP, le socialiste, ou blanc, Laurent Grégoire a réussi à voter pour le candidat du Parti pirate du premier tour. « Quand j’ai envoyé mon bulletin erroné, le serveur l’a accepté sans rechigner », poursuit-il. Cette démarche avait été expliquée en détails par le blogueur Paul Da Silva dès le premier tour.

Celui qui a réussi à pirater l’élection se félicite d’avoir pu « prouver que le système est faillible », mais s’inquiète pour l’avenir :

Si à l’avenir un tel système de vote est généralisé, alors on peut présager une plus grande exploitation des failles de sécurité, ce qui serait une catastrophe. »

Début juin, le tribunal d’instance de Brest a annulé une élection professionnelle organisée par internet. Peu de chances de voir la même issue pour les élections législatives. Les candidats bénéficient d’une période de 10 jours pour contester l’élection.