Législatives 1er tour : Un duel Deguilhem-Cornet au second tour

La DL

 Pascal Deguilhem frôle la réélection dès le premier tour avec 49,27% des voix mais devra finalement croiser le fer avec Philippe Cornet dimanche prochain.

Inscrits :    75056
Votants :    47453
Exprimés :   46495
Nuls ou Blancs :  958

  • Josefa Torres : 206 (0,44%)
  •  Marie José Abenoza : 497 (1,07%)
  •  André Rosevegue : 217 (0,47%)
  •  Florence Valdes : 294 (0,63%)
  •  Monique Escolier : 311 (0,67)
  •  Pascal Deguilhem :  22906 (49,27%)
  •  Violette Folgado : 4208 (9,05%)
  •  Alexandre Bodecot : 4883 (10,50%)
  •  Fatahi Kuye : 303 (0,65%)
  • Francis Cortez : 1015 (2,18%)
  • Philippe Cornet : 11436 (24,60%)
  • Lionel Agullo : 219 (0,47%)

Français de l’étranger : la gauche arrive en tête dans sept des onze circonscriptions

Le Monde

11.06.2012 à 06h18 • Mis à jour le 11.06.2012 à 06h18

Pour ce premier scrutin où les Français de l’étranger pouvaient élire leurs députés, à peine un électeur sur cinq a voté au premier tour. La gauche arrive en tête dans sept circonscriptions. Dans la 1re circonscription (Etats-Unis, Canada), la candidate du PS, Corinne Narassiguin, devance nettement l’ancien secrétaire d’Etat Frédéric Lefebvre (UMP), qui pâtit de la division de la droite. Avantage, également, à Sergio Coronado (EELV), porte-parole d’Eva Joly lors de la campagne présidentielle, dans la 2e circonscription (Amérique latine). Le PS dispose d’une confortable marge dans la 7e (Allemagne et Europe centrale) et la 9e (Nord de l’Afrique). La partie sera plus serrée dans la 3e (Royaume-Uni, pays scandinaves et de la Baltique) entre Axelle Lemaire (PS) et Emmanuelle Savarit (UMP), dans la 4e (Benelux) entre Philip Cordery (PS) et Marie-Anne Montchamp (UMP) et dans la 5e (Péninsule ibérique et Monaco) entre Laurence Sailliet (UMP) et Arnaud Leroy (PS). Bien que devancée au premier tour, la candidate de l’UMP, Valérie Hoffenberg, devrait pouvoir renverser la situation dans la 8e (Italie, Grèce, Turquie, Israël). La droite est bien placée pour l’emporter dans les 6e (Suisse, Liechtenstein), 10e (Sud de l’Afrique, Moyen-Orient, pays arabes) et 11e (Russie, Europe de l’Est, Océanie) circonscriptions.

De l’influence du lobby américain sur les labos français…

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/05/31/guerre-du-tabac-la-bataille-de-la-nicotine_1710837_1650684.html

Une saisissante enquête qui ne surprendra malheureusement pas les militants |tes| que nous sommes !!

 

 


Crise bancaire : Rajoy se félicite d’avoir évité « une intervention extérieure »

Le Monde.fr avec AFP

| 10.06.2012 à 20h56 • Mis à jour le 10.06.2012 à 20h56

Mariano Rajoy a salué "une victoire de la crédibilité de l'euro".

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s’est dit, dimanche 10 juin, « très satisfait » de l’aide européenne accordée aux banques de son pays, un sauvetage de cent milliards d’euros au maximum qui laisse à l’Espagne un répit, mais place son économie sous étroite surveillance.

Dès lundi, le pays affrontera le verdict des marchés, espérant une détente après s’être vu infliger ces dernières semaines des taux prohibitifs pour se financer. « Si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait ces cinq derniers mois, ce qui se serait passé hier (samedi) aurait été une intervention pour l’Espagne« , a tenté de rassurer M. Rajoy lors d’une conférence de presse, saluant « une victoire pour la crédibilité de l’euro ».

« Je suis très satisfait, je crois que nous avons franchi une étape décisive », a ajouté le chef du gouvernement conservateur, très critiqué pour son silence samedi, au moment où se nouait l’accord entre l’Espagne et ses partenaires de la zone euro.

A reculons, après avoir nié presque jusqu’au bout avoir besoin d’une aide, l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, a finalement accepté le plan européen qui fait d’elle le quatrième pays, après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, à recevoir une assistance extérieure.

PAS DE PLAN D’AUSTÉRITÉ

Le gouvernement pourtant se refuse obstinément à employer le mot « sauvetage », tombé comme un coup de massue samedi sur un pays étranglé par l’austérité et le chômage. Objectif de ce plan : assainir les banques espagnoles, asphyxiées par leur exposition au secteur immobilier, avec, à la fin 2011, 184 milliards d’euros de crédits problématiques, notamment des prêts risquant de ne pas être remboursés.

Le prêt européen pourra atteindre cent milliards d’euros et sera injecté dans le fonds public espagnol d’aide au secteur bancaire (Frob), qui attribuera ensuite cet argent aux banques qui le demandent. « Les conditions seront imposées aux banques, pas à la société espagnole », a souligné samedi le ministre de l’économie Luis de Guindos. De fait, le gouvernement espagnol, au pouvoir depuis décembre, a réussi à éviter ce qu’il redoutait par-dessus tout : un plan d’aide global pour son économie, sur le modèle grec, qui aurait supposé en contrepartie de nouveaux sacrifices.

Mais les choses ne sont pas si simples : si l’Espagne s’est assurée du soutien de l’Europe, si elle échappe, pour le moment, à un plan de sauvetage plus large, elle n’en est pas moins placée sous l’œil vigilant de Bruxelles et n’a plus droit à aucun faux pas.

ENGAGEMENTS EN MATIÈRE DE RÉDUCTION DE DÉFICIT

L’Eurogroupe, en annonçant samedi l’accord conclu au cours d’une réunion téléphonique des 17 ministres de la zone euro, s’est dit ainsi « confiant » dans le fait que ce pays « tiendra parole quant à ses engagements en matière de réduction de déficit et de réformes structurelles, en vue de corriger les déséquilibres macroéconomiques ». « Des progrès dans ces domaines seront suivis régulièrement et avec attention en plus de l’assistance financière » fournie, a ajouté le communiqué.

Le quotidien de centre-droit El Mundo soulignait d’ailleurs que l’Eurogroupe avait insisté sur le respect des objectifs de déficit et la poursuite des réformes structurelles : augmentation de la TVA, à laquelle Madrid se refuse officiellement, marché du travail, retraites.

L’exercice sera délicat, au moment où l’Espagne, retombée en récession, tente de ramener son déficit public de 8,9 % du PIB en 2011 à 5,3 %, de maîtriser le dérapage budgétaire de ses 17 régions autonomes, de juguler un chômage record de 24,44 %.

Dans l’immédiat, la décision d’accorder une aide à l’Espagne « est un signal très clair pour le marché de la détermination de la zone euro à prendre des mesures décisives pour calmer les turbulences » sur les marchés, estimait dimanche le commissaire européen chargé des affaires économiques, Olli Rehn.

SPECTRE D’UN SAUVETAGE GLOBAL

Mais au-delà, le ballon d’oxygène accordé aux banques suffira-t-il à écarter le spectre d’un sauvetage global, redouté de tous car il supposerait une facture de plusieurs centaines de milliards d’euros ? « Madrid reviendra pour demander plus », « cela pourrait commencer dès cet automne », pense Edward Hugh, économiste indépendant installé à Barcelone.

Car le plan de sauvetage, en ne se concentrant que sur le secteur financier, « ignore la pleine ampleur de la crise en Espagne », estime Steen Jakobsen, économiste en chef de Saxo Bank. Après plusieurs réformes du secteur financier, faiblesse de l’économie espagnole depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, la situation s’est brusquement détériorée avec l’annonce début mai du sauvetage de la troisième banque d’Espagne par les actifs, Bankia, moyennant 23,5 milliards d’euros.

Depuis, sous la pression des marchés et de l’Europe, sans doute pressés de régler le problème avant les élections en Grèce du 17 juin, de crainte d’une contagion, l’hypothèse d’un sauvetage est devenue chaque jour plus évidente, malgré l’obstination du gouvernement à la nier.


Le prix le plus bizarre de l’année

Mediapart.fr

07 juin 2012 | Par Dominique Conil

Je suivais cet éditeur réputé dans un long couloir crème lorsqu’une jeune femme du type efficace mais sensible, chignon et mèches échappées, l’a arrêté, un tapuscrit serré contre la poitrine. « Il faut que je donne une réponse », a-elle dit. J’ai entrevu un titre, un nom. Puis : « c’est vécu, l’histoire du viol. ». « Oui, oui, a dit l’éditeur, mais c’est vieux ». J’ai rangé l’épisode dans un coin de ma tête, étant plutôt ruminante. Jusqu’à réception de ce mail.

© Philip Belger

 

Ah, ah, me disais-je, non seulement il faut du vécu, mais du vécu frais. Pas étonnant qu’on reçoive tant de ces romans qui racontent tout et disent si peu. Et puis, il y a quelques temps, arrive ce mail qui annonce la création d’un nouveau prix littéraire, le Prix du roman-news.

Il n’y a pas pénurie de prix, en France, presque 2000 par an, un blog leur est dévolu, avec informations quotidiennes ; j’ai même une amie, écrivain, quasi spécialiste du petit prix modestement rétribué, aux critères parfois surprenants ; c’est toujours plus que ce que me verse mon éditeur, dit-elle.

Mais le prix du roman-news ? C’était intrigant. Voyons l’argumentaire. «L’actualité traitée comme un roman stimule de plus en plus la création littéraire et inspire les auteurs d’aujourd’hui : une situation, une histoire ou bien des protagonistes ayant existé dans la réalité sont «mis en romans» par des auteurs comme Florence Aubenas en 2010 (Le Quai de Ouistrehram, éditions de L’Olivier).(..) Le Roman-News croise les domaines de l’imaginaire et du documentaire dans ces ethnos-fictions nourries d’enquêtes ».

Le premier problème, c’est que Le Quai de Ouistreham n’est pas un roman du tout. Il suffit d’écouter Florence Aubenas en parler, ci-dessous, c’est bien de journalisme, au sens le plus noble, qu’il s’agit. La différence n’est pas petite, et il n’est pas inutile de le rappeler, à une époque où la presse est si souvent suspectée : le journaliste n’a pas le droit d’inventer. Ni citations, ni retouches  au réel. Inventer, en jargon journalistique, porte un nom, bidonner. Et ce n’est pas un hommage à la créativité. Ce que l’on comprend, aussi,  c’est que pour Roman news, une enquête remarquablement écrite relève forcément de la littérature.  Là, c’est au journalisme que l’on ne rend pas hommage…

  Notre argumentaire mentionne aussi « des protagonistes ayant existé ». Le problème, là, c’est que lesdits protagonistes ont de plus en plus tendance à continuer d’exister alors même que l’écrivain s’empare d’eux ( en changeant les noms, pour marquer l’entrée dans la fiction). Inutile de revenir , une fois encore, sur le droit du romancier à s’emparer du réel, qui suscite régulièrement des pétitions chics. L’écrivain s’est de tous temps nourri du réel, qu’il s’agisse de proches, d’événements, de sa propre vie, de personnages publics ou d’inconnus croisés dans un métro. Les questions sont ailleurs.

Ce qui a changé, c’est le temps. Comme dirait notre éditeur du début, ne laissons pas vieillir les « bons sujets ». Evènements et faits-divers  sont dévorés-digérés par le littéraire avec célérité, à peine le temps de respirer. En septembre dernier, Emmanuel Carrère, dans un entretien, s’interrogeait à propos de l’affaire Strauss Kahn : « lequel d’entre nous va s’en emparer ? » Hélas, ce fut Marc-Edouard Nabe  .. On ne peut pas dire que les choses sédimentent. L’imaginaire est instantané.  « Faites infuser davantage », écrivait Michaux, et ce qui vaut pour le désespoir, vaut souvent pour l’écrit…

Quant aux « protagonistes ayant existé », et dont l’histoire a fait la Une des journaux, à eux d’exister avec des fictions qui s’autorisent ce que le journaliste doit s’interdire : lorsque Régis Jauffret décrit la jouissance d’une jeune fille séquestrée et violée par son père, le passage est si fort qu’il apparaitra à beaucoup comme une vérité. Mais c’est elle, à supposer qu’elle lise le livre, qui devra vivre avec ce qui n’est peut-être que le  fantasme du romancier.

Car, revenons à notre argumentaire. Bien sûr, il invoque Truman Capote, et De sang froid. Capote avait repéré un court article sur une affaire criminelle.  Le court article l’a entraîné dans une enquête, doublée d’une aventure humaine intense.. « Perry et Dick ont été pendus mardi dernier. J’étais là parce qu’ils me l’avaient demandé. Ce fut une épreuve atroce. Dont je ne me remettrai jamais complètement. Je vous en parlerai un jour, si vous pouvez le supporter. » L’écrivain Capote est mort, lui aussi, ce jour-là…

Truman Capote
Truman Capote© DR

Perry Smith et Dick Hickock devinrent célèbres par le livre, et non l’inverse. Aujourd’hui, la promotion de l’œuvre littéraire aurait  souvent tendance à se faire sur le sujet – connu d’un grand nombre – et toutes les attachées de presse vous le diront, il est plus facile de convaincre à partir d’un thème d’actualité , lequel s’insérera sans heurt dans une « thématique » ou une autre, qu’en parlant d’une œuvre complexe, éventuellement dérangeante, qui ne revendique aucun lien avec un réel identifiable par tous.

Est-ce si grave ? Même les despotes les plus performants n’ont jamais réussi à contrôler la littérature et l’imaginaire. Jamais complètement, en tout cas. La nécessité intérieure, le vacillement, les fulgurances, l’échappée des mots perdurent. Mais les éditeurs  – soucieux de vendre, il le faut bien – ne seront-ils pas de plus en plus tentés de choisir des, euh, disons roman-news ( ce qui n’exclut pas des oeuvres véritables ?)

Quelle était donc la sélection de ce prix parrainé par le Drugstore publicis et le magazine Stiletto ?  De Marc Dugain à Jean Rolin, de Simon Liberati à Shumona Sinha ( en compagnie, c’est l’évidence, de Tout tout de suite de Morgan Sportès , et Claustria de Régis Jauffret).

Et qui est le lauréat ?

Là, j’ai éclaté de rire : Boualem Sansal, pour  Rue Darwin,  ( voir par ailleurs l’article d’Antoine Perraud).  Côté réel, bien sûr, colonisation et guerre d’indépendance ont existé, tout comme la maison close  de Djéda où le narrateur commence son existence,  tout comme la corruption, mais Boualem Sansal aura laissé infuser cinquante ans sa propre histoire. Avant de l’écrire. Tout le contraire de « l’actualité traitée comme un roman ». Et ce n’est pas plus mal…

 

Jean-Louis Debré, Michel Schneider, Véronique Nichanian, Mohammed Assaouï, Boualem Sansal, Isabelle Giordano
Jean-Louis Debré, Michel Schneider, Véronique Nichanian, Mohammed Assaouï, Boualem Sansal, Isabelle Giordano© DR

Rue Darwin, Boualem Sansal, 256 pages, éditions Gallimard, 17,50€.

   Les vidéos non incluses sont disponibles par le lien ci-dessous.
URL source: http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-conil/070612/le-prix-le-plus-bizarre-de-lannee

Encore la Maison de l’Histoire de France…

Mediapart.fr

08 juin 2012 | Par Nicolas Offenstadt

Une intervention utile de la CGT archive :

DÉCIDÉMENT, NON À LA
MAISON DE L’HISTOIRE DE FRANCE !

Fossoyeurs de l’Histoire, de la Culture, de la Fonction publique et des Archives nationales, ils ont activement servi Nicolas Sarkozy, sa politique réactionnaire de l’identité nationale et son projet national-chauvin de Maison de l’histoire de France (MHF). En grande partie, revoilà les mêmes qui organisent aujourd’hui le colloque intitulé « Exposer l’histoire des villes et des territoires. Pratiques muséales du XIXe au XXIe siècle ». Comme si de rien n’était, comme si le 6 mai dernier François Hollande n’avait pas été élu. Or, tout le monde sait que François Hollande s’est clairement prononcé contre le projet sarkozyste de Maison de l’Histoire de France.

Ainsi, comme pour se rassurer, certains veulent voir en la tenue de ce colloque estampillé MHF la marque de la volonté gouvernementale et de la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, de se réapproprier un projet nauséabond. Qu’ils se rassurent comme ils peuvent…

Pour notre part, nous estimons que rien ne doit remettre en cause les engagements pris et nous affirmons qu’il ne peut exister de Maison de l’Histoire de France de gauche. La MHF ne répond à aucun besoin de la population ou de la communauté scientifique. La MHF est un outil idéologique au service de la réaction : exaltation de la France éternelle, réécriture du roman national, fin de la repentance et des lois mémorielles…

Manque de moyens pour la recherche, dégradation des conditions d’enseignement dans le supérieur et le secondaire, révisions des programmes, de toute part l’Histoire a été attaquée ces dernières années. Les maux sont connus et l’urgence n’est certainement pas à la création d’une maison-musée d’histoire.

D’autant que la MHF a pour conséquence d’amputer les Archives nationales de 13 500 m2 de locaux, soit une perte nette de 20 kilomètres linéaires de capacité de stockage pour l’institution.

Créées dans le souffle de la Révolution Française, les Archives nationales – et les documents qui y sont conservés – sont notre mémoire collective ainsi que des sources incontournables pour tous ceux qui étudient et écrivent l’histoire. Il en va de même pour des milliers de nos concitoyens qui, chaque année, établissent et font valoir des droits (propriété, nationalité, succession, famille, carrière…) grâce à l’accès aux documents d’archives.

Il n’y a que ceux qui publient beaucoup sans jamais consulter en salle qui osent nier les besoins de l’institution en matière d’espace ou éludent le travail minutieux et inlassable réalisé par des générations d’archivistes, manutentionnaires, documentalistes, relieurs, restaurateurs, photographes, ouvriers et personnels administratifs. Ceux-là sont de bien piètres historiens. Collecter, conserver, classer, inventorier, conditionner, communiquer, derrière ces tâches, quotidiennement, des femmes et des hommes œuvrent à la préservation et à l’enrichissement de ce patrimoine commun.

C’est donc au nom de l’histoire que les Archives nationales seraient sacrifiées. Comprenne qui pourra ? Sans nous !

En ce qui nous concerne, nous irons jusqu’au bout de notre combat et sommes sûrs de gagner.

Paris, le 7 juin 2012

Contact :
CGT Archives
téléphone : 01 40 27 63 33 / télécopie : 01 40 27 63 66

 

URL source: http://blogs.mediapart.fr/edition/usages-et-mesusages-de-lhistoire/article/080612/encore-la-maison-de-lhistoire-de-france

Si les usines revenaient… mais sans les emplois

Mediapart.fr

10 juin 2012 | Par Philippe Riès

On sait depuis la ligne Maginot que se préparer pour la guerre précédente est un travers bien français. Avec le ministère du “redressement productif ”, confié au chantre du protectionnisme Arnaud Montebourg, on peut craindre le pire. Car si l’industrie a un avenir dans les pays anciennement industrialisés, le nouveau paradigme qui se dessine condamne à coup sûr les stratégies défensives tournées vers le passé et va imposer un énorme effort d’imagination et de projection dans un avenir incertain. Un grand bond en avant dans la robotisation des processus de fabrication, un bouleversement de la donne mondiale de l’énergie et les avancées d’une “troisième révolution industrielle”, après celles de la vapeur et de l’électricité, vont provoquer un tsunami schumpéterien aux effets économiques et sociaux incalculables. Embourbés dans une crise financière qui sanctionne aussi l’obsolescence de leur modèle de non-croissance, le “social-clientélisme”, les responsables européens ont la tête dans le sac, ou dans le sable, ce qui n’est pas la position la plus favorable pour surveiller l’horizon.

C’est de Chine, “l’atelier du monde”, qu’est parvenu un des signaux les plus significatifs des bouleversements à venir. L’entreprise taiwanaise Foxconn Technology Group, premier employeur industriel privé au monde, va installer dans les trois ans à venir un million de robots dans ses villes-usines de Chine continentale. Confronté à des hausses de salaires de 20% par an, non seulement à Shenzen mais aussi dans les régions de l’intérieur où il s’est installé plus récemment, le principal assembleur des produits Apple pourrait supprimer un demi-million d’emplois dans les années à venir, estime la société de recherche économique de Hong Kong, Gavekal.

La convergence des coûts: robots et humains La convergence des coûts: robots et humains © Gavekal

 

Foxconn approche en effet, explique Gavekal, du point de convergence entre le coût moyen d’un robot industriel travaillant 24 heures sur 24, soit environ 50 000 dollars, et son équivalent humain sur une période de deux ans correspondant à l’amortissement de cet investissement (soit près de 45 000 dollars). Le robot ne demande ni dortoir, ni cantine, ni augmentation de salaires. Il ne fait pas grève, ne tombe pas malade, ne disparaît pas au moment du nouvel an chinois pour, de plus en plus souvent, ne pas revenir dans son bagne industriel. Et une fois amorti, il travaille presque gratuitement pendant de longues années, dans des ateliers sans lumière ni chauffage ou climatisation. A contrario, comme l’avait compris Henry Ford, le robot n’est pas client de la firme. En attendant les « réplicants » de Blade Runner, il n’a pas besoin ou envie d’un iPhone ou d’un iPad.

La fin du modèle mercantiliste chinois

Ce n’est pas la première fois que la réduction drastique, voire l’élimination de la participation directe des hommes dans le processus de production, est annoncée. Face à la concurrence montante de l’industrie automobile nipponne, Detroit avait cru un moment trouver la riposte dans une robotisation radicale des chaînes de production, avant de comprendre que l’équilibre entre la machine et l’homme, et sa capacité unique (jusqu’à présent) d’imaginer en permanence des améliorations incrémentales du processus de production, était au cœur du fameux Toyota Production System (TPS).

Mais la troisième révolution industrielle, ancrée dans les avancées scientifiques et technologiques des vingt dernières années, promet un saut qualitatif, dans l’utilisation des matières premières, dans la chaîne internationale de fabrication et dans la participation du facteur humain. Les imprimantes en trois dimensions, instruments essentiels de cette rupture avec l’intelligence artificielle, seront capables de fabriquer à distance, avec une précision absolue, n’importe quelle pièce ou équipement complet (y compris de nouvelles imprimantes 3 D) en utilisant une fraction des matériaux nécessaire à l’usinage traditionnel et pratiquement sans intervention humaine au stade de la réalisation. La machine capable de se répliquer à l’infini, le robot qui fait des petits, n’appartiennent plus à la science-fiction. Autrement dit, le coût du travail dans la production manufacturière stricto sensu, déjà réduit dans nombre de secteurs industriels, va devenir marginal.

Conséquence : « le modèle mercantiliste chinois est fini », affirmait lors d’un récent séminaire à Paris le très libéral et volontiers provocateur Charles Gave, co-fondateur de Gavekal. La moitié du déficit commercial des Etats-Unis est due aux échanges avec la Chine et la même proportion liée à des produits fabriqués par ou pour des entreprises américaines. « Il n’y a aucune raison de conserver les usines en Chine », estime-t-il en annonçant une ré-industrialisation du monde occidental grâce à la robotisation. « Une implication en est que les Etats-Unis et les autres pays riches vont regagner de la compétitivité dans la production manufacturière. » Une autre conséquence en est « que les marchés émergents, où le bas coût du travail était le principal avantage compétitif, seront les perdants ».

Et l’emploi dans tout ça ? Ce n’est pas la préoccupation première de Gavekal, qui vend ses conseils à des investisseurs, pas à des syndicats. Un autre cas d’étude permet d’éclairer l’impact sur l’emploi des “énormes changements technologiques” en cours : la comparaison entre Wall Mart, le numéro un mondial des grandes surfaces, et Amazon, le pionnier du e-commerce. Dans le modèle traditionnel, la logistique (et les emplois qui vont avec) pèse à peu près 9 % du chiffre d’affaires. Dans le modèle Amazon (avec ses entrepôts robotisés) plus Fedex (pour la distribution), ce n’est que 3 %, explique Gavekal. En clair, la combinaison Amazon/Fedex (ou tout autre coursier) fait le même travail avec trois fois moins de personnel.

La nouvelle donne énergétique mondiale

Pour Charles Gave, « l’appareil industriel de l’avenir va se domicilier en fonction du coût de l’énergie » et non plus du travail. Or, dans ce domaine également, les cartes sont en train d’être rebattues, au bénéfice de certains pays riches, notamment les Etats-Unis. Le boom spectaculaire dans l’exploitation du gaz de schistes est en train de renverser la tendance séculaire à l’aggravation de la dépendance énergétique de l’Amérique du Nord. Pour Gavekal, « l’indépendance énergétique est désormais une perspective réaliste pour les Etats-Unis ». Selon lui, « l’Amérique du Nord pourrait devenir auto-suffisante dans un délai de cinq à dix ans ».

 

La révolution du gaz de schiste: divergence des prix gaz/pétroleLa révolution du gaz de schiste: divergence des prix gaz/pétrole© Gavekal

L’impact économique potentiel, pour ne rien dire des retombées géopolitiques mondiales, de cette nouvelle donne est encore largement ignoré. « L’équation énergétique globale va changer dans des proportions que la plupart des gens n’ont même pas commencé à évaluer », relève l’économiste Kenneth Courtis. Pour le moment, la progression exponentielle de la production de gaz naturel à partir de la fragmentation des roches s’est traduite par un découplage des prix du pétrole et du gaz, ce dernier s’affichant en chute libre (l’unité de mesure, le MMBtu) tombant d’un plus haut de 15 dollars en 2005 à moins de 2,5 dollars récemment.

 

Ce n’est pas étonnant car la reconversion de l’économie américaine du pétrole (et du charbon) vers le gaz demandera de longues années et de lourds investissements au niveau de la production, du transport et des consommateurs finaux. Mais le potentiel est gigantesque. Les réserves exploitables des Etats-Unis en gaz de schistes sont estimées à 862 trillions (milliers de milliards) de pieds cubes, soit trois fois celles du gaz conventionnel. Seule la Chine a un potentiel plus important mais elle est confrontée à une grave pénurie en eau, ingrédient essentiel pour la fragmentation des roches qui libèrent le gaz. Et les Etats-Unis, à ce stade, ne semblent pas devoir s’embarrasser des scrupules écologiques qui conduisent certains pays européens (dont la France) à faire une croix sur cette ressource nouvelle et inespérée.

Si ce scénario d’une « période de destruction créatrice colossale » (Charles Gave) se matérialise dans les années qui viennent, les effets en seront multiples et profonds. Un exemple (parmi beaucoup d’autres) : depuis l’éclatement du système de Bretton Woods en 1971, la liquidité financière mondiale a été fournie essentiellement par les Etats-Unis qui ont imprimé des dollars afin de financer le déficit exponentiel de leurs comptes courants. Si les Etats-Unis n’importent plus d’énergie et « ré-importent » la production industrielle, revenant à des comptes extérieurs équilibrés ou même excédentaires, le monde va manquer de dollars.

50 millions d’emplois menacés aux Etats-Unis ?

 

Pour comprendre ce que cela signifie, il suffit de se souvenir que la transmission du choc des « subprimes » à l’Europe en août 2007 s’est faite par la fermeture brutale de l’accès au dollar pour les banques européennes, contraignant la BCE à mettre en place dans l’urgence des accords de swaps avec la Réserve fédérale des Etats-Unis. On connaît la suite. « L’Europe du Sud a un cash flow négatif en dollars de 150 milliards par an », explique Charles Gave. « La Fed prête à la BCE qui prête à ces pays pour qu’ils puissent continuer à acheter en dollars », notamment leur énergie. « Mais la BCE ne peut pas imprimer des dollars. »

Pour Gavekal, il y a un pays qui a compris ce qui se prépare. La Chine, expliquait Louis-Vincent Gave au cours du même séminaire, « va sortir d’un modèle de croissance fondé sur l’injection de travail à bas coût ». Les réformes financières lancées par l’équipe sortante du premier ministre, Wen Jiabao, sont une composante essentielle de cette stratégie. « Au cours des vingt dernières années, la Chine s’est développée en vendant à l’Occident pour des dollars. Pour les vingt prochaines années, elle va vendre aux pays émergents des biens et des services facturés en renminbi. » L’internationalisation de la devise chinoise progresse rapidement, la convertibilité complète du yuan (son autre nom) devant intervenir dans les trois à cinq ans à venir. Utilisant Hong Kong comme « point de passage et laboratoire », la Chine est en train de créer un marché obligataire ouvert aux émetteurs et aux investisseurs étrangers, de se libérer des banques internationales pour financer ses échanges, etc. Il s’agit, ni plus ni moins, que de « créer une source alternative de liquidité centrée sur Hong Kong ».

Le contraste est saisissant avec une Europe qui vaticine depuis plus de deux ans autour de la faillite de la Grèce, petite infection devenue gangrène du fait de l’irrésolution et de l’incompétence de la classe dirigeante européenne. « La Chine, souligne Louis-Vincent Gave, crée l’équivalent d’une économie grecque toutes les onze semaines ! » Les Chinois veulent une monnaie internationale forte et stable pour avancer dans un environnement monétaire bouleversé. Une partie des Européens rêvent de dévaluation, d’inflation, voire de retour aux monnaies nationales. Cherchez l’erreur.

 

50 millions d'emplois menacés aux Etats-Unis?50 millions d’emplois menacés aux Etats-Unis?

Dans un livre de prospective plutôt apocalyptique, The Lights in the Tunnel, l’informaticien et blogueur californien Martin Ford estimait que l’automatisation et les progrès de l’intelligence artificielle pourraient conduire aux Etats-Unis à la disparation de quelque 50 millions d’emplois. Et pas seulement dans l’industrie mais dans de nombreuses activités de service également. Une destruction du marché du travail tel qu’il fonctionne (déjà mal) actuellement. Et il posait ainsi les termes de l’équation dans l’introduction : « La réalité est que l’économie de marché, comme nous la comprenons aujourd’hui, ne peut tout simplement pas fonctionner sans un marché de travail viable. Les emplois sont le mécanisme principal par lequel les revenus – et donc le pouvoir d’achat – sont distribués à ceux qui consomment tout ce que l’économie produit. Si à un moment donné, les machines peuvent assurer de manière permanente une grande partie du travail effectué aujourd’hui par des humains, cela menacera les fondations de notre système économique. Ce problème ne se réglera pas de lui-même. C’est maintenant qu’il faut commencer à y penser. » 

Le pire n’est jamais sûr. Il est très difficile de faire des prévisions, surtout quand il s’agit du futur, disait Yogi Berra. Mais, sans endosser intégralement la vision de l’avenir de Martin Ford, les Européens pourraient suivre sa recommandation de commencer à réfléchir. De la réforme fiscale à celle de l’éducation, de la recherche au capital humain, l’heure n’est plus vraiment au rafistolage et au bricolage. Quand ils en auront fini avec la Grèce ?

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/economie/090612/si-les-usines-revenaient-mais-sans-les-emplois