CHANCELADE. Conseil municipal du 4 juin.

29 000 euros pour le retable

Le retable sud de l'abbatiale sera restauré.

Le retable sud de l’abbatiale sera restauré. (Photo C. R.)

Séance marathon pour le Conseil municipal, lundi soir : la réunion a duré près de trois heures.

Personnel communal. Il a été proposé de se prononcer sur le principe de la mise en place à titre expérimental de l’entretien professionnel en parallèle de la notation, l’organigramme de la collectivité (le service accueil passe sous la responsabilité de la directrice générale des services : un élu vote contre), le modèle de fiche d’entretien et la procédure ainsi que le modèle de fiche de poste qui lui sera annexé.

Le plan de formation 2012 des agents (120 jours pour un peu plus de 10 000 euros) a été adopté à l’unanimité, comme le règlement et le plan qui reposeront sur quatre orientations stratégiques : exemplarité dans le domaine du développement durable, qualité et image du service public, nouvelle gestion des ressources humaines, et culture des préventions des risques.

Conservation d’objets d’art sacré. Compte tenu des contraintes budgétaires, seules la réfection du retable sud de l’abbatiale et la désinfection seront réalisées en 2012 (montant, 29 637 euros). Les travaux de la chapelle du Puy seront réalisés en deux tranches en 2013 et 2014 (montant, 223 246 euros) ; l’ensemble d’un montant de 253 083 euros engendrera un autofinancement de 75 924 euros. Emprunt 2012. D’un montant de 300 000 euros, il sera réalisé au taux fixe de 4,42 % sur 15 ans. La dotation au titre de la Deter, de 149 000 euros, sera-t-elle donnée en une seule fois en 2012 ou en deux fois sur deux ans, ou faudra-t-il passer par un emprunt ? À suivre.

Attributions de marchés. Les entreprises Colas et Eurovia ont été choisies pour la voirie, Eurovia pour les travaux du plateau de l’angle des rues Jean-Jaurès et des Fleurs. Des travaux supplémentaires sur la restructuration du restaurant scolaire, pour un montant de 1 968,62 €, ont été réalisés par Valiani. Agenda 21. Le document présenté a été validé et a valu des félicitations au comité de pilotage qui a réalisé un formidable travail, a précisé le maire, Michel Testut.

Nouveaux tarifs. De nouveaux tarifs entreront en vigueur à la rentrée : ludothèque, adhésion annuelle 17 euros pour une famille avec un enfant (21 euros avec deux enfants ; le double pour les hors commune) ; garderie et accueil de loisirs, de 0,52 € à 0,60 €/h en fonction du quotient familial et de 4,90 € à 13,15 €/jour (lire ci-contre). Commerce. Suite aux rumeurs inquiétantes qui circulent quant à l’avenir de Grand Frais, le maire doit rencontrer ces jours-ci les responsables du magasin. Nom de rue. La route qui traverse la résidence seniors sera baptisée rue Victor-Hugo.

Prochaine séance, lundi 25 juin.

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Livre en fête à Champcevinel vise plus haut…

Champcevinel

Le salon, qui aura lieu le week-end des 23 et 24 juin, s’ouvre à l’Aquitaine et aux écrivains espagnols.

Le salon a accueilli l'an dernier de 2 500 à 3 000 visiteurs. On en attend davantage pour sa troisième édition.

Le salon a accueilli l’an dernier de 2 500 à 3 000 visiteurs. On en attend davantage pour sa troisième édition. (PHoto Archives a. Loth)

Ce sera l’année de l’ouverture. Pour sa troisième édition, samedi 23 et dimanche 24 juin, Livre en fête de Champcevinel (1) passe la vitesse supérieure.

Ce salon de littérature généraliste du Grand Périgueux conforte son ancrage. « On y attend 60 auteurs, non plus seulement de la Dordogne, mais de l’Aquitaine », souligne Roger Bourrinet, le président. Pour la première fois, le salon se tourne vers un pays voisin, avec la présence de deux écrivains espagnols : Evelyn Mesquida, présidente d’honneur de la presse étrangère à Paris, et Alfons Cervera, universitaire et poète.

Cet élargissement aura des répercussions sur ce qui est un des temps forts du salon, la proclamation du prix Augiéras. Ce sera samedi 23 à 18 h 30. Le jury présidé par Hervé Brunaux délibérera le matin même.

Il aura le choix entre quatre finalistes. Marie-Claude Gay, pour « La passion Inès » (Presses de la Cité), « Le Violoncelle blessé », de Georges Gautron (La Lauze), « Derniers Retranchements » de Hervé Le Corre (Rivages) et « Le Banc de l’injustice » de Simone Gélin (les nouveaux auteurs). Évocation de la guerre d’Espagne, roman psychologique ou noir, les thèmes abordés sont variés.

Des cafés littérairesLe salon proposera des rencontres pour toucher un large public. L’an dernier, il a accueilli 2 500 à 3 000 personnes et on en attend davantage. Les cafés littéraires se succéderont. Ils seront animés par Martine Lafon-Baillou, romancière, Philippe Lacadée, psychiatre, Catherine Henri, professeur de lettres, et Véronique Pannetier, psychanalyste. Il y en aura un consacré à l’histoire de Périgueux avec Anne-Marie Cocula, Michel Combet et Bernard Lachaise.

Un espace jeunesse sera ouvert les deux jours avec auteurs, illustrateurs et conteurs. Les élèves de Champcevinel exposeront leurs travaux. Et pour la convivialité, un bar à vins sera installé et l’orchestre Red Fish assurera l’animation musicale.

(1) Ouvert samedi 23 juin de 14 à 19 heures ; dimanche 24 de 9 h 30 à 19 heures, à la salle des fêtes. Entrée gratuite. Contact : livreenfete.champcevinel@voila.fr.


Amnesty critique un Conseil de sécurité «usé, déphasé, inadapté» et appelle à sa réforme

Mediapart.fr

24 mai 2012 | Par La rédaction de Mediapart

« Le Conseil de sécurité de l’ONU semble de plus en plus inadapté aux besoins, tranche Amnesty International dans son rapport 2012. Il apparaît usé, déphasé (…). Après s’être montré impuissant face à la situation au Sri Lanka, puis incapable d’agir sur la question des crimes contre l’humanité en Syrie – l’un des principaux clients de la Russie en matière d’armement –, le Conseil de sécurité de l’ONU, censé être le gardien de la paix mondiale, apparaît bien inefficace dans cette mission. » 

Le directoire mondial est particulièrement épinglé pour son indécision face à la répression des manifestations antigouvernementales en Syrie, où, écrit Amnesty, les membres permanents ont fait primer leurs intérêts sur les droits des peuples. L’ONG rappelle que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Grande-Bretagne, Chine, Etats-Unis, Russie et France) représentent quelque 70 % des exportations mondiales d’armes : « Il faut faire passer les êtres humains avant les entreprises, et les droits avant les profits. »  Le Conseil de sécurité, conclut Amnesty, doit être réformé pour éviter le blocage lié à l’utilisation du droit de veto en cas de violations des droits de l’homme à grande échelle.

Ci-dessous le lien du  rapport d’Amnesty « La situation des droits humains dans le monde » :

http://www.scribd.com/doc/94639632/Amnesty-2012

 


“L’auteur aurait intérêt à être piraté”. Thomas Cadène.

OWNI

Le 21 mai 2012

Thomas Cadène est un auteur de bédé atypique. Passionné par Internet, il y a créé Les autres gens. Du modèle économique de l’édition en ligne en passant par les droits d’auteur, le statut de la création en France ou Twitter et Hadopi, entretien à bâtons rompus.

Les autres gens ©Aseyn

Thomas Cadène est l’auteur d’une bande-dessinée dont le modèle a pu surprendre. Les autres gens, c’est une “bédénovela”, une sorte de soap opera dessiné, une série portée par des personnages attachants et un scénario bien ficelé. Jusque-là, rien d’exceptionnel. Sauf que cette bédé est née de, sur, et par Internet. Et qu’elle réunit une centaine d’auteurs. Depuis le 1er mars 2010, Thomas Cadène, qui porte le projet, en publie un épisode quotidiennement. Si la série s’arrête au mois de juin sur Internet, l’éditeur Dupuis continuera à en assurer la publication papier.

Rencontre avec cet acharné de travail, qui, quand il fait ses pauses, s’engage dans de grands débats sur Twitter.

“C’est Internet qui a fait de moi un auteur professionnel.”

Comment tout ça a commencé ?

C’est Internet qui a fait de moi un auteur professionnel. Il y a près de 10 ans, j’ai fait mon premier feuilleton numérique. C’était une chose un peu folle et absurde, écrite, que je diffusais par mail. Suite à une période un peu chaotique, à l’issue de mes études, j’ai décidé d’envisager l’hypothèse que ce que j’aimais tellement faire (le dessin, raconter des histoires) puisse faire office de projet professionnel. Je n’avais aucune porte d’entrée dans ces milieux.

Les autres gens ©Florent Grouazel

Quand on n’a rien, aujourd’hui, on a toujours un peu… Internet.

Bref, je suis autodidacte donc je suis arrivé un peu sur la pointe des pieds et j’ai naturellement commencé sur un forum, le Café Salé, probablement autour de 2005. Là j’ai découvert la richesse et les potentialités du communautaire, le contact varié avec des amateurs, des professionnels. L’aspect très concret de la rencontre virtuelle. J’ai des amis très importants pour moi qui sont issus de cette époque et mes deux premières BD je les ai signées grâce au forum.

En somme, le contexte numérique m’est très familier mais je ne suis pas du tout un geek. Ni culturellement, ni techniquement. Simplement ça fait partie de ma vie, je travaille sur Google docs, je discute avec mes dessinateurs sur Facebook ou Gmail, je fais mes pauses sur Twitter et j’y prends pas mal de contacts et rendez-vous pro. Pour le dessin, j’utilise une palette même si, depuis un moment, je me focalise davantage sur un travail d’écriture.

Comment tu as fait pour monter le modèle économique des Autres gens ?

Au départ c’est une SARL avec de l’investissement personnel, familial et amical. Moins de 25 000 € en tout pour lancer la machine. Le modèle économique choisi est très simple, ce sont les abonnements. Quand Dupuis est arrivé pour acheter les droits c’était bienvenu, mais il faut savoir que la moitié des droits reviennent aux auteurs. Aujourd’hui Les autres gens, c’est un animal qui fonctionne sur deux pattes : une patte numérique et une patte papier.

Mais, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, cet aspect là n’est pas du tout la démonstration de l’invalidité du modèle économique strictement numérique. Loin de là. La limite de ce projet, c’est moi. C’est ça qui a empêché de rester strictement numérique. Moi, parce que j’ai été trop seul à porter tout le bordel : je suis à l’écriture, à l’organisation du planning, à l’administratif, et aussi à la communication, à la gestion des galères des abonnés etc. Il y a quand même une centaine d’auteurs qui sont concernés et 1200 abonnés en moyenne. La limite des Autres gens, c’est pas le concept, il est bon, merci, la limite des Autres gens, c’est moi. Quand t’es partout, t’es souvent nulle part, tu passes à coté de plein d’opportunités, tu fatigues, tu perds du temps à apprendre, tu fais parfois pas très bien ce qu’avec du temps aurait pu être fait mieux, etc.

Les autres gens ©Sacha Goerg

Prenons un exemple : mettre Les autres gens en application sur iPhone. Au début, on a pensé les cases pour, jusqu’à ce que j’apprenne qu’Apple ne voulait pas voir le moindre bout de peau : or, il y a du cul tout le temps. Ils sont affreux là-dessus. Même la simple nudité, c’était impossible. Je crois qu’ils sont en train de changer un peu mais bon, à l’époque c’était inenvisageable. Voilà comment on se retrouve avec un débouché qui saute. Mais ceci dit, je n’allais pas renoncer au coté cru, frontal des Autres gens pour faire plaisir aux puritains, donc c’est un peu différent.

Tu n’es t’es pas intéressé aux mécanismes de crowdfunding ?

On est plus proche de Mediapart ou d’Arrêt sur Images. J’ai eu des contacts avec Ulule mais je ne sais pas trop quoi leur proposer. En revanche, mon pote Wandrille y a proposé “Coups d’un soir”, et ça a très bien marché. C’est bien, je suis curieux de ce système, je le trouve très intéressant, très prometteur en ce qu’il permet de préfinancer. Mais sur Les autres gens j’étais parti sur le système des abonnements. Ceci dit il est clair qu’au niveau des seuls abonnés, comme je le laissais entendre avant, on était un peu insuffisant financièrement.

Et tu continues Les autres gens ?

J’arrête la production en juin, je suis fatigué. Tous les jours un nouvel épisode, c’est tous les jours une nouvelle galère à gérer. Mais j’en vis (ou presque) depuis deux ans, j’ai distribué des droits, je suis content du chemin qu’on a parcouru, des rencontres extraordinaires que j’ai pu faire grâce à ça. Ça n’aura pas été inutile.

Et puis on est pas mort. On n’arrête pas l’exploitation, on a toujours des idées, des envies…
Maintenant il faut que les autres révolutionne le truc. Il y a les projets d’auteurs en BD numérique qui arrivent : La revue dessinée, Le professeur Cyclope, j’ai hâte de voir ce qu’ils vont proposer. Quels modèles, quelles options narratives. Et puis il faut que les éditeurs s’empare du sujet. Il est temps.

Leur problème (du moins pour une partie) c’est qu’ils ne savent pas trop comment monétiser le web parce que c’est un écosystème qui ne leur est pas familier. Ils maîtrisent le papier et sa chaîne de distribution, pas encore Internet. À de rares exceptions près comme Didier Borg (qui est chez Casterman et qui a lancé Delitoon) ou Yannick Lejeune chez Delcourt qui connait très bien le sujet.

Et aucun éditeur en France ne se lance dans un projet numérique un peu solide ?

Delcourt, avec Yannick l’a fait avec le projet de Marc Antoine Mathieu, qui s’appelle 3 secondes. C’est le même récit que le récit proposé en album mais avec une forme narrative différente, une sorte d’alternative intelligente. Pour un auteur assez conceptuel et “joueur”, ça fonctionnait bien. Mais c’était présenté comme un bonus, ils n’ont pas pris le risque de l’entrée dans l’économie du numérique avec cette expérience.

Tu penses quoi des mécanismes de financement de la création numérique dans ton secteur ?

J’ai fait Les autres gens, donc j’ai plongé de manière plus concrète dans les aberrations de financement de la création. Le projet a été monté sans subventions. Le Centre national du livre (CNL) n’a pas pu l’aider et dans le même temps, les éditeurs recevaient des sommes importantes de ce même CNL pour numériser les livres. C’est souvent aux gros éditeurs que les subventions au numérique bénéficient ou aux projets prestigieux.

Alors qu’Internet et la BD, c’est une histoire d’amour, non ?

Mais évidemment ! Les auteurs se sont rapidement emparés d’Internet et des formats numériques sans aucune difficulté. Partout dans le monde. Et aujourd’hui, dans les grosses stars d’Internet, il y en a une partie qui est issue du monde de la BD. Boulet par exemple, ou Pénélope. Ce sont des gens qui sont devenus des stars sur Internet, qui ont un rapport très naturel à ça, très complice avec leur public, intelligent dans leur approche à la fois humaine et graphique du medium. Et il ne se passe toujours rien concrètement du côté des éditeurs. On n’est pas dans un pays qui favorise particulièrement des innovations de type marchand hors des structures existantes. Du coup les gens inventent leur blog ou leur format mais ça ne fait pas manger : l’objectif reste toujours de se faire éditer.

“La gratuité, l’échange, ça fait aussi partie d’Internet.”

Pour dépasser ça, personne ne pense à monétiser l’audience de son site ?

Certains qu’Internet a propulsé considèrent que mettre de la pub ou monétiser leur site c’est ne pas respecter son lecteur. C’est quelque chose que je comprends tout à fait. Il faut dire qu’avec leur audience, leurs publications papiers cartonnent ! C’est un modèle économique et créatif valide et pertinent. Ce n’est pas parce qu’ils sont sur le net qu’ils ont une sorte d’obligation d’en vivre. La gratuité, l’échange, ça fait aussi partie d’Internet et c’est d’ailleurs un de ses aspects les plus intéressant.

Le problème pour les éditeurs, c’est qu’un jour ces auteurs, parce qu’ils ont le talent, l’expérience et le lectorat, finiront par ne plus avoir besoin d’éditeurs. Quand tout le monde sera équipé en tablette, les auteurs-stars pourront négocier de conserver leurs droits numériques et tout vendre sous forme d’applications ou d’ebook ou que sais-je.

Quand tu as un site consulté par 50 000 ou 100 000 personnes par jour, tu n’as plus besoin d’intermédiaires. Le problème c’est qu’ils sont trop importants pour être significatifs pour toute la profession. C’est comme de dire que JK Rowling a révolutionné l’édition numérique, ou Radiohead le marketing sur Internet. Ce sont des gens qui ont une audience telle qu’ils peuvent se passer d’intermédiaires mais dont les succès (ou même les échecs) sont aussi atypiques qu’eux. Ils sont des systèmes autonomes.

“J’étais très opposé à loi Création et Internet.”

Au-delà des aspects techniques, tu t’intéresses aussi aux rapports entre numérique et politique, particulièrement en ce qui concerne les droits d’auteur, et la situation de la création.

Avant même de lancer Les autres gens et de faire du numérique d’un point de vue professionnel, j’étais très opposé à loi Création et Internet, qui a créé la Hadopi. Pour cette raison, en tant qu’auteur, les positions favorables du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac) me posaient vraiment un problème.

Heureusement la branche BD y était opposée. Ils ont sauvé l’honneur. Sur la question de la défense syndicale de l’auteur, de l’accompagnement dans le litige, ou dans la jungle des contrats, le SNAC -et particulièrement le SNAC BD- est très utile et fait réellement un boulot de dingue. Je suis nettement plus circonspect sur leurs prises de position plus générales faites au nom des auteurs.

Concrètement les créateurs n’ont pas vraiment d’instances représentatives qui me paraissent très pertinentes. C’est le problème des activités économiquement bancales comme la littérature, la chanson ou la BD. Ceux qui en vivent se défendent (et ils ont bien raison) ceux qui n’en vivent pas ne savent pas trop et ceux qui sont entre les deux sont un peu perdus et fort peu audibles.

On l’a vu avec la question de la numérisation des œuvres indisponibles, qui s’apparente à une privation de chances, d’opportunité pour les auteurs. Là encore les pouvoirs publics ont trouvé des soutiens qui m’ont un peu surpris. Pour moi cette loi est une aberration (en plus d’être un peu stupide, ce qui la rapproche du cas Hadopi) mais savoir que ceux qui prétendent porter la voix des auteurs la défendent, ça me fout un peu hors de moi.

Les autres gens ©Loic Sécheresse

En réalité, la plupart des auteurs sont tout seuls. La plupart ne touchent rien, ils ne vivent pas de leurs droits, ne sont pas syndiqués, ne pigent rien parce que tout est fait pour être imbitable. D’ailleurs si on voulait aider la création, faudrait déjà commencer par réformer un peu l’aspect administratif et l’aspect gestion de sécu de celle-ci… Si on y ajoute les scandales de type Sacem, l’auteur qui n’a pas envie de pleurer, il est rare.

“L’auteur aurait tout intérêt à être piraté.”

Ce que je veux dire c’est que ceux qui prétendent parler pour nous (et qui parfois le font très bien, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit) n’ont pas du tout le même point de vue que nous, par nature. Nous ne sommes pas les mêmes. Un dirigeant de société de gestion de droit, lui, il veut des droits à gérer. L’écrivain, le dessinateur ou le parolier qui rapporte 30 € ou 150 € de droits par an ça l’intéresse parce que ça fait parti d’un tout. Alors il explique qu’il faut Hadopi pour défendre cet auteur. Mais putain, l’auteur, qu’est ce qu’il s’en fout du piratage ! 50 € ou 200 € ! Il aurait tout intérêt à être piraté, à rencontrer son public, à diffuser son œuvre. Hadopi dans ce cas là ne défend pas l’auteur mais défend la masse d’argent à gérer, le pouvoir.

Que ce soit clair, je ne suis pas un fanatique du piratage (même s’il ne me fait pas peur). Je suis simplement contre la réponse Hadopi à cette situation là. Quand je lis des abrutis défendre le piratage avec des arguments pathétiques de mauvaises fois en mode enfants gâtés, j’ai des envies de baffes mais il y aussi des débats passionnants sur la circulation des œuvres, sur le partage, sur la découverte. Ces débats, je n’aime pas qu’on les réduise à une caricature du “le pirate est un criminel”. C’est parfois un con, c’est souvent un passionné, c’est la plupart du temps ni trop l’un, ni trop l’autre. Alors ça implique un regard un peu plus précis sur une situation un peu plus complexe. Et la réponse Hadopi est à cette aune là d’une bêtise qui confine à l’exploit.

Qu’est ce qui te gênait principalement dans cette loi ?

Dans une première vie j’ai eu une maîtrise en droit. Pour moi, Hadopi piétinait des principes fondamentaux. Déjà, à mes yeux ça suffisait à l’invalider. Ensuite son idée inavouée et son problème majeur c’était tout de même qu’on opposait soudain la création à son public. C’est une bêtise.

Ce rapport au public m’est apparu comme très révélateur. On a peur du public, on ne s’adresse plus à lui, on le craint. On a besoin de lui mais on le tance. Il y a quelque chose qui cloche là dedans. Ce n’est pas Internet qui a rendu les métiers de la création incertains et difficile. Toutes les études le démontrent. Par ailleurs Internet, grâce à un nouveau rapport au public aurait même plutôt tendance à émanciper le créateur. Où sont ces débats là ?

Et enfin, il y a le problème, la question, la grande question du droit d’auteur. La dérive des droits d’auteur vers l’idée de rente. Par exemple, je ne comprends pas pourquoi mes petits-enfants devraient bénéficier de mes droits d’auteur pendant 50 ou 70 ans après ma mort. Alors que tout le monde sait bien que cette disposition ne permet pas d’éviter des trahisons de l’œuvre mais qu’elle permet juste de les privatiser.

Les autres gens ©Didier Garguilo

La réalité, c’est qu’il s’agit de défendre les intérêts de l’éditeur et des héritiers, pas ceux de l’œuvre. Les premiers bénéficiaires de la soi-disant protection des auteurs, ce sont les éditeurs (et les sociétés de gestion de droits). Ce n’est ni la création, ni la défense de l’auteur. Une fois mort, l’auteur, il s’en fout pas mal.

Alors certes j’aurais du mal à y renoncer parce que j’ai envie de transmettre les fruits de ce que je fais. Mais j’ai conscience que ça n’a rien d’une évidence et que les motifs qui sous-tendent ça ne sont que patrimoniaux, ils ne sont pas moraux, artistiques ou que sais-je. Ce que je veux dire c’est que ce sont des questions qu’il va bien falloir finir par se poser.

“Je ne suis pas contre le droit d’auteur.”

Qu’on comprenne bien : je ne suis pas contre le droit d’auteur. Sûrement pas. Sans lui je ne mange plus. C’est un système habile, intelligent. Mais très vieux et parfois complètement à coté de la plaque.

Je vois pas pourquoi on ne pourrait pas dépouiller, trucider, piller mon œuvre après ma mort. Enfin si quelqu’un a envie, pour peu que mon œuvre existe encore un peu.

Le pillage, la relecture, tout ça nourrit l’art. Toute l’histoire de l’art est fondée là- dessus.

Non seulement tu as créé les autres gens sur Internet, mais en plus tu y es assez actif et semble t’intéresser à de nombreux sujets. Quel est ton rapport au numérique ?

Techniquement, je n’y comprends rien. J’utilise les outils mais je suis terrifié à l’idée d’apprendre. Enfin, terrifié, disons que je n’ai pas une curiosité terrible vis à vis de tout cet aspect là et que je culpabilise parce que le nouveau discours c’est “il faut apprendre à coder, c’est le nouveau langage, par lui viendra notre libération” tout ça, tout ça. Donc Il va probablement falloir que je me décide à me familiariser avec ça, mais pour l’instant je reste pragmatique : je demande aux gens compétents et on se répartit les tâches.

En revanche, tout ce qu’il y a autour m’intéresse, forcément. Parce que j’y suis né (en tant qu’auteur, dans le numérique), parce que j’y ai crée mon projet le plus fou et parce qu’à cette occasion j’ai découvert les galères, les peurs, les frilosités et les implications, bien au delà de mon seul domaine.

Qu’est-ce qui t’a fait passer du droit à la bande-dessinée ?

Je gardais en tête, pendant mes études, la phrase : “le droit mène à tout à condition d’en sortir”, non pas parce que je n’aimais pas ça, j’adorais, mais parce que je ne voyais pas ce que j’allais bien pouvoir y faire, professionnellement. Mais j’ai gardé le goût de la précision et de l’argumentation… Sur Twitter ça me conduit à de nombreux tweet-clashs plus ou moins ridicules.

C’est utile Twitter ?

Je suis un convaincu, c’est incroyablement utile. Ça permet d’ouvrir un peu ses perspectives et de rencontrer des gens intéressants. Ça ne marche pas à chaque fois, mais c’est tout de même plus facile. Il y a des gens qui m’ignorent ouvertement. Et il y a ceux avec qui je me sens OK pour aller vers le tweetclash ou le dialogue.

Les autres gens ©Florent Grouazel

Et puis j’essaie de m’impliquer dans les débats qui me concerne. Sur le numérique par exemple. J’ai ramé mais j’ai fini par être repéré par Fleur Pellerin ou Laure de La Raudière par exemple pendant la campagne et d’avoir des échanges intéressants sur ces sujets. En parlant de la campagne, j’ai été un peu atterré tant j’ai trouvé sur les questions de la création numérique le candidat socialiste trop prudent et le candidat UMP caricatural et bloqué.


Illustrations de la BD Les autres gens, via Thomas Cadène. Tous droits réservés.


BHL et la Libye: autoportrait d’une posture

Mediapart.fr

29 mai 2012 | Par Emmanuel Burdeau

Le dossier de presse du Serment de Tobrouk porte en couverture un étrange sous-titre : « Libye : making of d’une guerre ». L’expression peut surprendre, mais essayons de l’entendre sérieusement. Puisque Bernard-Henri Lévy adopte le vocabulaire du cinéma, emboîtons-lui le pas.

Cela dit plusieurs choses, « making of ». Cela dit que Le Serment de Tobrouk est un documentaire ambitionnant de dévoiler des coulisses d’ordinaire cachées au public. Cela dit que le « vrai film » est ailleurs, et que ce « vrai film », c’est la guerre en Libye. L’expression a encore un troisième sens. C’est lui qui, à la vision du film, se révèle le plus décisif : Le Serment de Tobrouk prétend narrer cette guerre comme elle s’est réellement faite, il prétend narrer la vérité de sa fabrication.

« Making of » ne signifie plus dès lors « coulisse » mais « fabrique ». Faire la guerre, nous est-il suggéré, ce n’est pas combattre, être soldat. C’est la produire au sens à la fois entrepreneurial et spectaculaire. Allant du début du printemps à l’automne 2011, cette chronique des événements libyens y insiste continûment : BHL n’a pas fait la guerre en Libye, il l’a « faite ». Il en est le véritable inventeur. Il en est le véritable producteur. Il en était déjà le véritable écrivain avec La Guerre sans l’aimer. Il en est désormais le véritable cinéaste (le générique et la communication relèguent en seconde position l’auteur des images, le photographe et journaliste Marc Roussel).

On pouvait croire qu’il y avait dans ce sous-titre, sinon l’aveu d’une modestie, du moins celui certain d’un point de vue : rien que la coulisse, rien que l’envers du décor… Pas du tout. « Making of » semble dire : la fiction est ailleurs, seule la vérité est dans ce film. Pas du tout. Il s’agit au contraire de substituer une fiction à une vérité. Deux fictions, même.

Fiction, d’abord, d’un BHL aux commandes, multipliant les coups de fil et les voyages pour convaincre les chefs d’Etat d’intervenir, alors qu’il aura surtout servi à redorer le blason de Sarkozy, soucieux de rattraper le couac du Printemps arabe et de prévenir les révélations des affaires qui le lient à la Libye de Kadhafi : inutile de revenir sur un dossier traité en profondeur par Mediapart.

Fiction, ensuite, d’une guerre se réduisant à des coups de téléphone, des accolades et des conversations sur canapé, bref à des intrigues de grands hôtels, de Café de Flore et de couloirs laissant peu de place aux Libyens eux-mêmes et aucune, strictement aucune à la description des spécificités de la situation du pays. Spectateur qui voudrais en allant voir ce film comprendre en quoi la Libye n’est pas la Tunisie ni la Syrie, passe ton chemin.

BHL en uniforme de lui-même

Le Serment de Tobrouk prête à sourire. BHL en uniforme de lui-même dans une camionnette transportant des fruits. Négociant au téléphone, son fidèle sherpa Gilles Hertzog à ses côtés, les termes d’un communiqué international. Griffonnant un plan de bataille sur une table du Flore. Pianotant à l’ordinateur sur le pont d’un bateau de fortune, tandis qu’à un mètre de là un camarade fait la prière musulmane. Omniprésent, toujours tiré à quatre épingles, des ors de l’Elysée au désert et jusqu’à la tribune depuis laquelle il tutoie le peuple libyen comme s’il était le sien.

Une telle candeur dans la mégalomanie désarmerait si elle était innocente. Elle sert pourtant une fin. La même que les ambiguïtés des mots « making of » : il s’agit de noyer le poisson quant à qui fait quoi, quant à ce que faire la guerre veut dire. Parce qu’il demeure lui-même en toute circonstance, BHL peut tantôt apparaître en témoin extérieur, étranger aux choses de la guerre, tantôt en chef d’état-major consultant les cartes de la région en compagnie de ses homologues libyens. Il peut héroïser sa figure tout en restant clean.

Son film ne documente pas un engagement, il peaufine et peaufine encore le portrait – commencé il y a maintenant près de quarante ans – d’une posture. Le désert, New York, l’Elysée : une même tribune, un même plateau de télévision. Si la tenue ne change pas, c’est que toutes les scènes sont les mêmes. BHL, on le sait, avait titré La Guerre sans l’aimer en référence à un chapitre d’André Malraux. C’est maintenant La Guerre sans la montrer : y être sans y être, à la fois dedans et dehors. Of et off. De la superbe, trémolo dans la voix et poing serré, tout est là. De la guerre elle-même, de son risque : rien.

On peut évoquer des moments particuliers du film, telle accolade consolatrice, tel conciliabule d’avion… Ce n’est pas simple car ils sont profondément interchangeables. Rien ne surnage, tout est laminé par la voix off lue par BHL lui-même, ses volutes, ses interminables incises, ses épuisantes litanies interro-négatives. Ce n’est pas seulement la vieille affaire du rapport entre les images et un commentaire qui est également ici, et plus que jamais, un « comment taire ». C’est aussi une question de temporalité. Il n’y a pas de film car il n’y a pas de temps laissé au film. Le Serment de Tobrouk se donne comme une chronique divisée en grandes étapes, mais le présent n’est pas son affaire. Autre est le temps de BHL.

Est-ce un temps d’art ? Le temps du récit ? Le temps de l’Histoire ? On le croit, au début, lorsque BHL se demande plusieurs fois où situer le terme, c’est-à-dire à quel moment cette histoire libyenne a pris fin, pour lui. A la descente d’avion de Sarkozy ? Face à la dépouille méconnaissable de Kadhafi ? Lorsque les liens entre les responsables du Conseil national de transition et l’ancien gouvernement du dictateur se sont fait jour ? Le procédé ne manque pas de force, comparable à celui qui faisait s’ouvrir Bosna ! (1994) par la question symétrique : où toute cette histoire a-t-elle commencé ?

Belles questions, que le cinéma peut aider à rendre plus belles encore. Mais il faudrait pour cela laisser durer l’inquiétude des débuts et des fins, des seuils et des termes. Or pour BHL, ceux-ci ne sont que des formes du retour. Il y a bien sûr le retour, redouté, de la barbarie. Mais il y a surtout d’autres retours, désirés quant à eux, grâce auxquels BHL peut prendre place au sein d’une lignée prestigieuse. Le temps du film sera donc celui-là : temps lancinant et glorieux du retour, glorieux miroirs où l’on s’admire. Temps des analogies qui grandissent. Pas de montage, que des analogies pures et simples. Aussi délirantes, aussi inutiles à la pensée qu’elles paraissent irrésistibles à celui qui les énonce.

Analogie de la situation libyenne avec celle que connaît la Syrie, par rapport à laquelle ce film voudrait valoir avertissement, appel adressé à la communauté internationale. Analogie avec Malraux, avec l’Espagne de 1936, avec L’Espoir… Analogie avec Voltaire, à qui Ehud Barak compare BHL, au motif qu’ils seraient les deux seuls philosophes français de l’histoire à avoir eu le courage d’intervenir. Analogie avec Izetbegovic et la Bosnie : voir la scène hilarante où, pour l’éclairer sur le parallélisme, BHL propose au général Younès de lui faire passer un DVD de Bosna !, dont Hertzog sort sans attendre deux exemplaires de sa poche de veste ! (Younès mourra assassiné peu après, probablement sans avoir visionné ce chef-d’œuvre).

Analogie avec de Gaulle et les prémices de la France libre en Libye : de là le titre, Le Serment de Tobrouk, et sa fin, répétition soixante-dix ans après du serment de Koufra prononcé en mars 1941. Analogie de BHL avec lui-même, y compris : cette fin est précédée d’une sorte de best of, retour en noir et blanc sur les grandes images de la campagne ; avant cela, un moment fou : BHL demande au président du CNT, Moustafa Abdel Jalil, quelle intuition proprement géniale a pu le pousser à lui faire confiance, à lui qui n’est pas un homme politique, lorsqu’il vint lui rendre visite pour la première fois ! BHL was and will always be BHL.

Partout, de tous les plans

Tout est inversion, dans ce film – BHL lui-même y paraîtrait déplacé s’il n’avait prévenu le problème en se débrouillant pour être partout, de tous les plans. La boucle a toujours été bouclée, l’Histoire n’a pas lieu, elle n’est qu’une tournée triomphale pour une star reprenant un rôle depuis longtemps rodé. La fin précède le début, la conclusion les prémices.

Il n’est donc pas si étonnant que, fait peut-être inédit dans l’histoire de Cannes, la conférence de presse du Serment de Tobrouk ait précédé et non pas suivi sa projection en séance spéciale. Thierry Frémaux, le délégué général, a fait valoir que BHL et lui souhaitaient qu’il y soit moins parlé du film que ce dont le film parle. Le soir venu, le même Frémaux a introduit la séance par un discours aussi long qu’embarrassé sur la capacité du cinéma à influer sur l’histoire, citant pêle-mêle François Margolin (le producteur) et Serge Toubiana, s’empêtrant au passage dans les noms des combattants libyens et syriens ayant fait le voyage, mélangeant ceux qui voulaient garder l’anonymat et les autres…

Un certain malaise était palpable. La salle, elle, était à moitié pleine, où voisinaient smokings complices et journalistes égarés. Certains médias ont complaisamment parlé de présentation en grande pompe et de montée des marches. Il faut rectifier : montée des marches, oui, mais avec déviation. Ce n’est pas, en effet, dans l’Amphithéâtre Lumière que Le Serment de Tobrouk a été projeté, mais dans une salle annexe, ladite du 60e. Autant dire dans un coin. Qui a bien pu prendre une initiative aussi incongrue ? Gilles Jacob ? Frémaux lui-même ? Peut-être, tant il semble vouloir ratisser large – non loin de là, il animait une projection surprise de bandes-annonces déjà disponibles sur Internet et d’extraits de films en cours d’achèvement. Il se peut aussi que la présence de BHL sur la Croisette soit l’effet d’un pur et simple parachutage.

La sélection cannoise n’a pas polarisé l’attention ? Qu’importe, la machine est en marche. Le Serment de Tobrouk a été acheté pour le territoire américain par Harvey Weinstein, l’homme qui a récemment mené The Artist aux Oscar. BHL s’en félicite : Weinstein, tient-il à préciser, fut l’un des rares à défendre Roman Polanski lorsque l’« affaire » refit surface. Tout est décidément dans tout.

Les amis, les obligés ont commencé leur besogne, selon une autre inversion rituelle : les patrons de journaux montent au créneau et les critiques de cinéma sont sommés de se taire, ou de s’exprimer dans la marge. Parlant de « documentaire lyrique », de « film d’action efficace », de « thriller philosophique et stratégique », l’infaillible Laurent Joffrin a ainsi défendu Le Serment de Tobrouk avant même la projection cannoise, tandis que Pascal Mérigeau, également pour Le Nouvel Observateur, a rendu un jugement, disons, plus mitigé.

Libération s’est contenté d’une aimable paraphrase, sous la plume d’Annette Lévy-Willard, laissant à Soizick von Fessenheim, personnage sans autre existence que cannoise, le loisir de vanner un non moins fictionnel Serment de Mabrouk. La suite des articles à paraître d’ici la sortie le 6 juin devrait être à l’avenant : les copains d’abord, les critiques ensuite. On se consolera en apprenant que l’avant-première organisée le week-end dernier au MK2 Bibliothèque n’a attiré que vingt spectateurs dans une salle pouvant en accueillir 600.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290512/bhl-et-la-libye-autoportrait-dune-posture

Enfants étrangers déscolarisés: un parfum d’alternance

Mediapart.fr

13 mai 2012 | Par Lucie Delaporte

Le revirement, c’est maintenant. Après un blocage de plus de huit mois, le préfet de Seine-et-Marne, Pierre Monzani, s’est semble-t-il rappelé qu’il était là pour faire appliquer la loi dans son département. Lundi 14 mai, les dix-huit enfants de familles étrangères placées en hébergement d’urgence vont enfin pouvoir faire leur rentrée à l’école de Rubelles, petite commune près de Melun. Le maire UMP, Jacques Baumann, qui refusait depuis octobre de délivrer à ces enfants un certificat de scolarisation a dû se plier aux injonctions du préfet, resté jusque-là bien discret.

Dix-huit enfants sont déscolarisés depuis des mois à Rubelles
Dix-huit enfants sont déscolarisés depuis des mois à Rubelles© NB

Mercredi 9 mai, un rassemblement devant la préfecture avait marqué le point d’orgue d’une mobilisation des différentes associations qui défendent ces familles RESF (Réseau éducation sans frontière), Ligue des droits de l’homme (LDH), ou Amnesty. Plusieurs élus locaux et des personnalités politiques comme Olivier Besancenot s’étaient jointes au rassemblement. Avec un petit cours de droit des enfants, administré par un spécialiste.
« Nous avons été reçus par un représentant du préfet qui nous a expliqué qu’ils n’étaient pas restés les bras ballants pendant tout ce temps. Il nous a lu une lettre adressée au maire lui rappelant ces obligations en la matière et le prévenant qu’il encourrait des sanctions pénales s’il persistait », rapporte Nicole Fautrel de la LDH qui suit le dossier depuis plusieurs mois.
Ironie de l’histoire, la lettre a été adressée au maire le 7 mai dernier, au lendemain de l’élection de François Hollande, comme si, dans ce volte-face, flottait un petit air d’alternance politique.

Un dispositif particulier pour accueillir les familles et leurs enfants

Pas dupes, les associations se réjouissent néanmoins de cet heureux dénouement. Après les préventions exprimées par les familles de la commune, la polémique politique et la médiatisation autour de cette affaire, elles espèrent que la rentrée de ces enfants pourra se faire dans la sérénité.

Policiers devant l'école de Rubelles
Policiers devant l’école de Rubelles© NB

« L’éducation nationale a mis en place un dispositif pour pouvoir accueillir demain les parents et les enfants, explique Nicole Fautrel. Les deux enseignants spécialisés en CLIN (classe d’initiation pour enfants non-francophones) devraient être présents. Nous allons les accompagner dans leur rentrée», assurait dimanche Nicole Fautrel.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/130512/enfants-etrangers-descolarises-un-parfum-dalternance

Rentrée scolaire : le changement, ce sera pour 2013… ou 2014

Mediapart.fr

05 juin 2012 | Par Lucie Delaporte

« La rentrée devait être catastrophique, elle ne sera pas bonne », résume Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa au sortir de sa rencontre avec le nouveau ministre de l’éducation nationale. Lundi, Vincent Peillon recevait pour la première fois de façon officielle les syndicats enseignants pour évoquer les mesures d’urgence pour la rentrée, mais aussi le calendrier de la concertation-négociation qui fixera les bases de la loi d’orientation sur l’école présentée à la rentrée. Cette déception des organisations syndicales, le ministre l’a anticipée en martelant depuis plusieurs semaines que cette rentrée scolaire 2012 n’était pas la sienne mais celle de son prédécesseur. Alors que le gouvernement précédent, dans le cadre de la RGPP, a décidé de procéder à 14 000 nouvelles suppressions de postes pour la rentrée, les marges de manœuvre de la nouvelle équipe en place sont effectivement minces.

Vincent Peillon
Vincent Peillon© Reuters

Lors de ces premiers échanges avec les syndicats enseignants qui ont été reçus tout au long de la journée de lundi, le nouveau ministre de l’Education nationale a tenu à ne pas s’engager, avant les législatives, au-delà de ce qu’il avait déjà annoncé à la sortie du conseil des ministres du 30 mai concernant son plan d’urgence. A savoir : revalorisation de l’allocation de rentrée, 1 000 postes supplémentaires d’enseignants consacrés au primaire dans les établissements publics et dont la répartition devra se faire en fonction des urgences, mais aussi 2 000 postes d’assistants d’éducation et auxiliaires de vie scolaire. Le tout étant financé sur le collectif budgétaire de juillet.

Des mesures de « compensation » destinées à « améliorer » une rentrée préparée par la droite, selon les termes utilisés par le ministre, et qui, forcément, apparaissent bien insuffisantes à une communauté éducative dont les attentes, après cinq ans de casse, sont immenses.

Dans un cadre budgétaire très contraint, le ministre a donc surtout voulu donner des gages d’un changement de cap politique. Le décret sur l’évaluation des enseignants qui a suscité tant de critiques sera ainsi très rapidement abrogé, même si aucune date n’a été avancée. Lors des différents rendez-vous de la journée, Vincent Peillon a aussi confirmé que la circulaire de rentrée, publiée au BO du 27 mars, serait largement amendée. Un signe important puisque y est notamment inscrit le principe très décrié d’une évaluation en fin de cinquième et la possibilité de partir en alternance dès la classe de quatrième. Concernant les établissements ECLAIR, en zone d’éducation prioritaire, le nouveau texte devrait déminer les points les plus sensibles avant une suppression définitive du dispositif.

Recrutement

Les syndicats enseignants ont aussi obtenu des précisions sur la formation d’urgence qui sera délivrée aux enseignants-stagiaires, autre point qui cristallise leurs attentes. Pour ceux dont la formation a été déconstruite par la réforme de la masterisation, « il devrait y avoir trois heures de décharge pour une formation d’urgence », assure Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du Snes, qui attend cependant qu’en soit « rapidement fixé le cadre ».

A ce sujet, l’idée évoquée par le ministre de faire revenir des retraités de l’éducation nationale pour faire du tutorat auprès de ces néo-enseignants et qui avait semé un certain trouble parmi les représentants des enseignants, a été présentée comme une piste parmi d’autres pour parer au plus pressé. « C’est une vieille idée qui traîne rue de Grenelle et qui a dû être revendue au ministre par des cadres de la rue de Grenelle car, effectivement, cela ne coûte rien, analyse Laurent Escure. Nous lui avons montré qu’il y avait d’autres solutions, notamment internes aux établissements. » Du côté du SGEN-CFDT, Thierry Cadart a obtenu la confirmation qu’il ne s’agirait que d’un dispositif d’urgence, en aucun cas susceptible d’être pérennisé.

Reste que pour une reconstruction complète de la formation, promise par le candidat Hollande, il faudra attendre la rentrée 2013, avec la mise sur pied des écoles supérieures du professorat, dont les premiers enseignants ne sortiront pas avant la rentrée 2014…

« Même si nous sommes conscients que la refondation de l’école se fera sur un temps long, nous pensons qu’il y a urgence à prendre dès aujourd’hui des mesures concernant le recrutement des enseignants », affirme Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes, qui déroule une délicate équation. « Aujourd’hui on peine déjà à recruter 6 000 profs par an. Dans le cadre de la fin de la RGPP, il faudrait donc passer à 12 000 par an et, en fait, plutôt à 15 000 à 16 000 pour alléger le service des nouveaux profs pour leur formation. Il est donc impératif de donner des signes pour permettre d’élargir le vivier. D’autant que nous sommes sur un schéma où nous avons 50 000 élèves de plus qui entrent chaque année dans le système. »

Parmi les pistes avancées : donner aux assistants d’éducation qui se destinent à l’enseignement la possibilité de préparer le concours dans de bonnes conditions en réduisant leur temps de service tout en les payant à temps plein. Le Snes propose aussi de retarder un peu le concours de l’année prochaine et préconise de cibler les pré-recrutements sur le Master 1 « pour qu’en 2014, il y ait du rendement », estime Daniel Robin.

Des mesures d’urgences dont les effets ne seront donc visibles qu’en 2014. Le monde enseignant, qui a plébiscité la candidature de François Hollande, sait désormais qu’il devra s’armer de patience.

URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/050612/rentree-scolaire-le-changement-ce-sera-pour-2013-ou-2014