Nucléaire : la grande inconnue du démantèlement

Gilles Le Blanc
Economiste
Publié le 06/02/2012 à 10h36

Les lacunes du rapport de la Cour des Comptes sur « les coûts de la filière électronucléaire » ont été passées au peigne fin.

Dans ce rapport, les uns y verront la démonstration chiffrée de la compétitivité de l’électricité nucléaire tandis que les autres souligneront le coût astronomique du parc de centrales actuel.

Le plus intéressant tient à mon sens ailleurs : en dépit des moyens alloués à l’étude en termes de temps et de ressources, ainsi que de la large consultation organisée, l’étape de démantèlement et les dépenses correspondantes restent toujours aussi incertaines.

Le rapport insiste sur cette incertitude des charges futures, l’absence d’expériences nationales ou internationales comparable, la nécessaire précaution à la lecture des chiffrages actuels… ce qui n’empêche pas plus loin d’afficher des coûts du MWh avec une précision d’une décimale ! ! !

Néanmoins, les 30 pages (sur les 300 du rapport hors annexes) consacrées aux charges futures de démantèlement ainsi que l’annexe 18 (comparaison sur 15 pages des expériences internationales en matière de démantèlement) fournissent plusieurs éléments intéressants. Quatre sont à souligner.

1. Des estimations forcément incertaines

Les charges futures sont évaluées à 18,4 milliards d’euros au 31 décembre 2010. Cette somme représente 19% du coût de construction des centrales concernée. La Cour s’appuie sur deux méthodes utilisées par EDF :

  • la première qualifiée d’historique consiste à estimer la charge du démantèlement en appliquant un pourcentage sur une base de référence : le coût complet d’investissement des parties nucléaires des centrales REP (à eau pressurisée, technologie utilisé dans le parc actuel) de 900 MW. Ce niveau a été fixé à 15% des coûts complets en 1991. Ce montant actualise les conclusions d’une étude menée en 1979 (Commission PEON) dont la Cour des comptes soulignait déjà en 2005 qu’il « ne résultait pas lui-même d’études très approfondies ». La faiblesse de cette première méthode est qu’elle ne repose pas sur un calcul réel, ni sur une analyse précise du démantèlement d’une centrale d’EDF ;
  • EDF a alors développé en 1999 un modèle d’ingénierie du coût de démantèlement d’une centrale de quatre réacteurs REP de 900 MW, autour de l’exemple de Dampierre, jugé représentatif. Cette évaluation a été mise à jour en 2009 et constitue la méthode dite Dampierre citée dans le rapport de la Cour des comptes. Elle consiste en une identification précise et détaillée des opérations à mener, puis une évaluation des coûts de chaque opération avec des paramètres portant sur les quantités à traiter, les coûts unitaires et le temps de réalisation (soit 9 millions d’heure au total étalées sur vingt ans).

Des devis estimés, pas des coûts observés

Très conforme à une bonne logique d’ingénieurs considérant un coût comme la somme de tâches à réaliser, cette méthode souffre néanmoins de plusieurs défauts :

  • d’abord, il s’agit toujours de devis estimés, pas de coûts réellement observés d’opérations ;
  • ensuite, si le raisonnement précédent s’applique bien à la construction et l’assemblage d’un système, un chantier de démolition est une toute autre affaire. Il entraîne par nature de nombreux aléas imprévisibles et souvent spécifiques à chaque cas particulier. Dans le calcul Dampierre, un aléa uniforme de 10% est appliqué sur le coût total. Or, comme la Cour le souligne justement, les aléas dans la réalité s’appliqueront à une ou plusieurs opérations particulières et dans des proportions vraisemblablement bien supérieures à 10%. La moyenne lissée sur l’ensemble n’a donc pas grand sens ;
  • on pourrait relever aussi l’absence de certaines dépenses, dans les calculs, comme le risque lié à la dépollution des sites après le démantèlement et les éventuels coûts d’assainissement des sols associés ;
  • mais le problème de fond, commun d’ailleurs à la méthode historique, est qu’on ne dispose d »aucune données de référence issues d’un chantier terminé de démantèlement. La Cour, reprenant les arguments d’EDF et d’Areva, cite le chantier en cours de Chooz A, jugé particulièrement pertinent car il s’agit d’un réacteur à eau pressurisée de la même technologie que les 58 réacteurs en activité.

Mais la partie « nucléaire » du chantier (le circuit primaire) vient seulement de débuter, avec la dépose du premier des quatre générateurs de vapeur en février 2011. Le travail sur la cuve, sous traité à l’américain Westinghouse (qui avait fourni la licence de cette technologie à EDF dans les années 1960) ne commencera que fin 2013. En outre, si des informations utiles seront effectivement retirées de ce chantier, l’extrapolation du cas d’une centrale de 300 MW ayant fonctionné 24 ans au démantèlement de centrales de 900 à 1600MW ayant fonctionné (au moins) 40 ans devrait logiquement être mené avec prudence.

2. Les comparaisons internationales : un biais français ?

La Cour des comptes a passé en revue onze évaluations du coût de démantèlement des centrales dans des pays étrangers en extrapolant les résultats au parc de 58 réacteurs d’EDF. Les résultats sont forcément fragiles et à manier avec précaution. Néanmoins, comme le relève la Cour, toutes ces évaluations sont supérieures aux estimations actuelles d’EDF : de 1,4 à 3,4 fois en Allemagne, de 2,1 fois au Japon, de 1,5 à 1,9 fois aux US (cas intéressant car mesuré à partir des coûts de démantèlement du réacteur REP de Maine Yankee réalisé entre 1997 et 2005).

3. L’espoir d’économies d’échelle

Dans ses calculs, EDF mise l’existence d’économies d’échelle dans l’activité de démantèlement du parc, permettant de lisser les dépenses des premiers chantiers avec les suivants moins coûteux. L’argument est celui de 58 centrales utilisant la même technologie construites en une quinzaine d’année.

Le patron d’EDF affirme ainsi, dans sa réponse au rapport de la Cour (annexe du document) :

« Je rappelle enfin que les coûts de déconstruction bénéficieront du même effet de standardisation que celui que nous avons connu lors de la construction du parc : en moyenne, les centrales françaises ont coûté deux fois moins cher que les centrales américaines. »

L’argument mériterait une discussion plus précise. Si on conçoit bien que la fabrication des différents équipements d’une centrale (cuve, générateurs, tuyauterie…) sur des séries de dizaines d’exemplaires génère des économies d’échelle et que des chantiers de construction successifs peuvent gagner en efficacité avec des procédures améliorées, ces marges de manoeuvre devraient en toute logique être beaucoup plus réduites dans un chantier de démantèlement.

D’abord, parce qu’il s’agit principalement, comme dans tout chantier de ce type d’une activité de main d’œuvre, d’heures de travail nécessaires pour démonter, découper, trier, transporter les déchets (avoir traité une cuve ne fait pas en soi gagner du temps pour le démontage de la cuve suivante). Ensuite, car tout chantier pose des problèmes inattendus, spécifiques, liés à la géographie du site, son agencement, telle particularité lors de la construction, etc. qu’il faudra traiter au cas par cas.

4. Quid de la R&D, des équipements et de la formation ?

Dans ce rapport, comme dans ceux qui l’ont précédé, pas une ligne n’est consacrée aux dépenses d’investissement nécessaires pour mener efficacement le démantèlement des centrales. Tout se passe comme si on disposait déjà aujourd’hui de tout ce qu’il faut.

Or démanteler une centrale est une opération très complexe. Il s’agit en effet de gérer plusieurs contraintes antagonistes : assurer la sécurité des personnels et des habitants proche, éviter toute pollution du site ou des lieux traversés lors du transport des déchets, le tout en limitant les coûts. Une méthode artisanale appliquée à 58 réacteurs serait hors de prix. On sait déjà qu’il faut des outils très spécifiques pour découper les équipements (lance thermique, torche à plasma), des tenues de radioprotection, des sas de confinement du chantier, des systèmes de traitement de l’eau et de l’air, une logistique poussée de conditionnement des déchets…

Mais des efforts seront sûrement nécessaires pour innover et mettre au point les meilleures technologies (R&D), fabriquer des équipements dédiés comme peut-être des robots (investissement) et enfin former les personnels (plusieurs centaines voire milliers de salariés).

D’après les chiffres de la Cour, 50 milliards d’euros sur les 200 milliards du coût total du parc ont été dépensés en R&D. Sans appliquer de façon trompeuse une analogie, on mesure cependant que l’immense défi du démantèlement exigera un réel effort, forcément coûteux, pour être efficace, industrialiser le plus possible les chantiers, et éviter une dérive astronomique des coûts. Pourtant, ce point reste curieusement absent des évaluations présentées.

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Dix Grecs racontent leur vie de nouveaux pauvres

La crise au quotidien 06/02/2012 à 18h33
Marie Geredakis | Etudiante franco-grecque

De la Crète à Athènes, une étudiante franco-grecque est allée à la rencontre de femmes et d’hommes dont la crise a bouleversé le quotidien.


Des Grecs ramassent des oignons et autres légumes offerts par des agriculteurs à Athènes, le 25 janvier 2012 (Yannis Behrakis/Reuters)

(De Grèce) Il y a quelques jours, la télévision grecque montrait l’intérieur de la maison d’une famille aisée à Héraklion. Au mur, il y avait des tableaux de peintres connus et au sol, des tapis richement ornés. Le père de famille affirmait qu’ils n’avaient plus assez d’argent pour se nourrir correctement chaque jour.

Eleni, 62 ans, femme au foyer

Selon Eleni, qui a vu ce reportage, les coupables sont les hommes politiques qui profitent depuis toutes ces années. Au fil de la conversation, elle évoque les médecins qui demandent, lors de chaque opération, « une petite enveloppe » :

« Ils ont tous des villas : c’est détestable de se faire de l’argent sur le dos du peuple. »

La télévision nationale montre aussi en boucle des hommes et des femmes qui font la queue pour rendre leurs plaques d’immatriculation : l’augmentation du tarif de la vignette les contraint à ne plus avoir de voiture ou tout du moins à renoncer à leur deuxième voiture, s’ils en avaient une.

Roula, 35 ans, coiffeuse à domicile

Roula ne se plaint pas. Son mari vend des fruits et des légumes sur les marchés d’Athènes. Roula affirme avec un sourire qu’elle ne demande qu’à gagner ce qu’il faut pour vivre au jour le jour. Son métier participe du marché noir, une immense partie de l’économie qui n’est pas déclarée en Grèce. Pour elle, le travail ne semble pas s’être ralenti :

« Pour les fêtes de fin d’année, les Grecques n’allaient pas chez le coiffeur et privilégiaient le coiffeur à domicile. Il me fallait parfois laisser une cliente avec une teinture chez elle pour courir chez la voisine faire une coupe ! »

Anna, 40 ans, peintre d’icônes

Anna verse doucement de l’eau dans la dinette de sa fille, Irini, et dit d’un air triste :

« A l’école d’Irini, vingt familles ont demandé de l’aide aux autres. Elles n’avaient plus assez à manger quotidiennement. Alors les responsables de l’école primaire ont collecté des produits alimentaires dans toutes les écoles de la région et une fois la nourriture distribuée, les parents ont demandé des vêtements. »

Selon elle, les individus sont de plus en plus agressifs, violents : cette année, les olives ont été volées sur tous leurs arbres, ils n’ont pas même eu le temps de les cueillir pour en tirer leur huile. Anna souligne qu’il existe néanmoins une forme de solidarité. Par exemple, les églises cuisinent quotidiennement, la mairie a envoyé aux veuves du village un poulet et des légumes secs pour la période des fêtes.

De plus en plus, des « pantopoleia » se développent en ville : il s’agit de petites épiceries, alimentées bénévolement, où les plus démunis peuvent venir s’approvisionner.

Le père d’Anna, 80 ans, berger

Installé dans le salon, le père d’Anna dit, dans un sourire malicieux :

« Même si je suis analphabète, je vais écrire une lettre à notre politicien pour lui dire d’offrir une piqûre à chaque nouveau retraité. Un retraité, une piqûre. Comme ça la retraite ira directement dans leur poche. Cela ne vaut plus le coup de vivre comme ça. »

Nikos, 65 ans, professeur d’université à la retraite

Retraité depuis août, Nikos n’a reçu aucune pension au début du mois de janvier. Il dit qu’il pourra peut-être recevoir une retraite dans six mois – et encore :

« D’un mois sur l’autre, nous ne dépensons que l’essentiel car nous ne savons pas si on nous donnera le mois prochain une retraite. Nous qui appartenions à la classe moyenne riche, ma femme étant professeur à la retraite, nous devenons pauvres. Avant, nous partions en vacances chaque Pâques, chaque Noël : en Norvège, en Egypte. Aujourd’hui, cela est impossible ; nous n’achetons que ce qui est nécessaire : plus de vêtements, plus de voyages. Que de la nourriture.

La majorité des Grecs veulent rester dans l’Europe et dans l’euro, revenir à la drachme serait le pire scénario pour la Grèce. On deviendrait l’Albanie de Hodja.

Le problème dans cette crise, c’est les acteurs, pas le système politique. Si la gauche avait réussi à former une véritable opposition, on aurait pu éviter cette catastrophe. Au lieu de stopper tout cela, ils participaient et encourageaient le système parce que la tragédie est la seule circonstance qui pourra les faire arriver au pouvoir. »

Nikos évoque la corruption généralisée du système et donne comme exemple les « maïmou suntakseis » (les fausses retraites) : 100 000 personnes déclaraient être à la retraite alors qu’elles étaient décédées ou qu’elles n’existaient pas…

Theophilos, 59 ans, peintre

Theophilos répond à Nikos en évoquant le pharmacien du village : ce dernier prenait les carnets de santé des vieilles femmes et écrivait sur la première page du carnet tout les médicaments qu’il souhaitait et sur la deuxième page, seulement deux ou trois. Ainsi, il percevait l’argent des médicaments qu’il avait inventés et pouvait officiellement montrer que seuls deux ou trois avaient été prescrits.

Une idée qui revient lorsque l’on évoque les solutions pour sortir de cette crise : il faut que toute cette classe d’hommes politiques s’en aille et il faut composer un gouvernement avec des professeurs d’université, des spécialistes, des économistes qui pourraient déterminer les « bonnes mesures » à prendre.

Nelli, 52 ans, archéologue

Elle se souvient de la période de forte croissance des années 70 :

« Les Grecs pensaient qu’en allant acheter du persil au lieu de le planter, ils allaient changer de classe sociale. Les employés voulaient se sentir appartenir à la classe moyenne. Ils étaient désireux de vivre en appartement, en ville. Chacun se disait : qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je vais quand même pas continuer à planter des petits oignons ?

Jusque dans les années 80, peu de Grecs prenaient des crédits, les taux d’intérêt étaient très élevés. Avec l’augmentation des salaires, tout le monde a voulu acheter de nouvelles maisons pour devenir quelqu’un. L’année dernière encore, il était possible d’aller voir la banque et de dire, sans même prendre de précautions : bonjour, je voudrais avoir un prêt. »

Eva, 31 ans, doctorante en chimie

Elle se prépare à partir à Berlin pour y trouver du travail. Elle dit ne plus pouvoir se battre pour obtenir l’essentiel :

« Lorsque j’ai fait un échange Erasmus à Marseille, j’ai été étonnée de voir que l’université avait une bibliothèque qui occupait un bâtiment entier. A Athènes, nous n’avions qu’une étagère dans chaque département. Deux stades ont été construits sur notre campus pour les étudiants. Depuis deux ans, ils sont fermés parce que certaines figures du monde politique se disputent pour être présentes à la cérémonie d’inauguration. »

Akis, 21 ans, étudiant ingénieur à l’Ecole polytechnique d’Athènes

Il évoque la méfiance de la population envers le personnel politique grec :

« Finalement, il semble pertinent de se demander si les Grecs ont arrêté de croire en certaines personnes ou arrêté de croire tout simplement. Faut-il sortir du système ?

En tant qu’étudiant, je ne peux pas me permettre aujourd’hui de faire les choix dont j’aurais envie. Je ne me pose pas de questions, je fais avec ce qu’on me propose. Je sais que je devrais m’exiler même si je suis certain de revenir dans mon pays un jour. Tous les Grecs se disent secrètement : la Grèce ne meurt jamais. »

Petros, 60 ans, commerçant

Petros est propriétaire d’une petite bijouterie dans le centre d’Athènes :

« J’ai longtemps vécu à l’étranger, en Afrique du Nord, en Angleterre, en Espagne. Je suis toujours revenu à la Grèce. J’avais besoin de sentir les subtilités de ma langue, j’y suis profondément attaché.

Voyez comme il est important de connaître l’étymologie des mots : “υπουργός”, qui signifie ministre, provient de la contraction de la périphrase “υπό των έργων” – au service de l’Etat. Aujourd’hui, le drame c’est que “υπουργός” semble seulement provenir de “εξουσια” – le pouvoir.

Je voudrais pointer du doigt les partis de gauche qui font semblant de dénoncer la situation actuelle et qui n’ont pas même eu le courage de faire une grève politique. S’ils avaient été vraiment sincères, ils auraient dû se retirer du Parlement et descendre sur la place de Syntagma avec les Grecs. »


L’écrivain syrien Khaled Khalifa : « Le monde entier est complice du sang versé »

Tribune 08/02/2012 à 08h08
Khaled Khalifa | Ecrivain

L’écrivain syrien Khaled Khalifa (« Eloge de la haine ») nous a fait parvenir cette lettre ouverte, datée de Damas, à la suite du double véto chinois et russe à un projet de résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU, et au redoublement des massacres dans les villes entrées en rébellion.

Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.

Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya.

Depuis une semaine et jusqu’au moment où j’écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d’enfants, et des centaines de maisons ont été détruites sur les têtes de leurs habitants.

Elimination d’une révolution pacifique

La cécité qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l’Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois.

Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd’hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde.

C’est une expression claire de notre sentiment d’être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n’empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.

Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent dans l’histoire mondiale des
révolutions.

Le personnel médical est empêché de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l’entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d’un sac de sang ou d’une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré comme un crime digne d’emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.

Silence complice

Dans toute son histoire moderne, le monde n’a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n’a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré comme une complicité dans le crime et l’extermination de mon peuple.

Mon peuple est un peuple de paix, de café, de musique que j’espère vous savourerez un jour, de roses, dont j’espère qu’un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd’hui exposé au génocide et que le monde entier est complice du sang versé.

Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j’espère que vous agirez par solidarité avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée.

Je sais que l’écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n’ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple.