TVA sociale : Sarkozy est-il maso ?

chronique le 04/01/2012 par Anne-Sophie Jacques

Arrêt sur Images

Sarko est-il maso ??

Postulons que non, et tentons de comprendre

On connaissait la boîte de lait recyclée, les cadeaux moches de tatie refourgués sur ebay, mais on ne connaissait pas encore le gadget politique réutilisé sans relâche depuis des années. Bienvenue dans le feuilleton de la TVA sociale, que Nicolas Sarkozy vient de faire rebondir. Mais pourquoi donc ?

Avec l’increvable feuilleton de la TVA sociale, nous sommes typiquement dans le développement durable de l’acte politique. Attention les gars on va faire la TVA sociale, non pas maintenant, enfin si mais pas comme ça, et ça dure, et ça dure. Nous, là-dedans, on se sent paumés, et sans s’inviter dans la cabine du patron, même sans savon dans l’oreille, on pige que dalle à la TVA sociale.

Pourquoi on ne comprend rien ? Parce qu’avec un nom pareil, les pistes sont brouillées. Cette TVA n’a rien de social, tout comme le plan social n’a rien de social non plus. Son principe est simple : il s’agit de financer la protection sociale non plus à l’aide des charges sur les salaires mais via les recettes de la TVA, quitte à augmenter le taux de celle-ci.

Ce qu’on ne comprend pas non plus, c’est pourquoi Sarkozy relance le gadget lors de ses vœux du 31 décembre, gadget repris ensuite par les ministres qui promettent sa mise en place avant les élections. Quoi ? Sarkozy veut augmenter la TVA ? Impôt injuste par excellence, il lèse les plus faibles revenus : la députée PS des Deux-Sèvres a calculé, sur twitter, qu’un salarié au SMIC consacre 10% de son revenu net à la TVA, soit 2 fois plus qu’un salarié qui gagne 10 000 €/mois. Maso, Sarkozy ?

Remarquez, il s’est bien gardé de prononcer le mot de TVA sociale. Il a seulement affirmé que le financement de la protection sociale « ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable. Il faut alléger la pression sur le travail et faire contribuer financièrement les importations qui font concurrence à nos produits avec de la main-d’œuvre à bon marché. » Mais tout le monde a compris.

 

TVA sociale Google actu

Cherchez l’intrus

 

Du coup, avec ces histoires de travail délocalisable et d’importations coupables, Sarkozy brouille non plus les pistes mais l’écoute. Il est bien aidé par Jean-François Copé qui préfère le terme de TVA anti-délocalisations ou par Manuel Valls qui, lui, parle de TVA protection. Enfin parlait. Peut-être vous l’ignorez, mais en octobre dernier, quand Valls était candidat aux primaires socialistes, il signait dans les Echos une tribune intitulée « oui, la TVA sociale est une mesure de gauche ». Mais ça, c’était avant son job de directeur de communication de François Hollande. Comme quoi, il n’y a pas qu’à l’UMP qu’on mange des ronds de chapeaux.

 

resucée et mauvais souvenirs

Pourquoi Sarkozy ne prononce-t-il pas les mots TVA sociale ? Première explication : il l’a déjà vendue dans son programme présidentiel de 2007 sans jamais l’avoir mise en place. Du coup, ça fait resucée. Deuxième explication : le mot lui rappelle un très mauvais souvenir. Souvenez-vous, juste avant les législatives de 2007, Laurent Fabius pose une question à Jean-Louis Borloo sur un plateau télévisé et ça donne ça :

 

 

Alors Monsieur Borloo, vous allez augmenter la TVA n’est-ce pas ? La prestation de Borloo est pathétique, et d’aucuns lui reprocheront d’avoir fait perdre de nombreux sièges à l’UMP, pour qui l’élection ne devait être qu’une formalité. On comprend donc -le masochisme supposé de Sarkozy ayant des limites- qu’il ne prononce pas les mots.

 

aux rapports

Merci Borloo : la majorité a préféré avancer prudemment sur le sujet. En septembre 2007, ce n’est pas un mais deux rapports qui sont remis à l’Elysée. L’un est signé Eric Besson, c’est du solide, il fait 157 pages (écrit petit) et il est plutôt enthousiaste: parmi les constats, le transfert des charges sur la TVA apparaît « favorable à la compétitivité de l’économie française« , « une telle réforme créerait des emplois, les prix des produits français devraient rester globalement stables si les entreprises ne « captaient » pas à leur profit les baisses de charges », et de conclure en appelant à un grandébat avec les partenaires sociaux (à l’époque, on lançait la mode des grandébats). L’autre rapport est signé Christine Lagarde, et c’est moins un rapport qu’une note : pensez, il fait 20 pages. Cette note, émanant de l’inspection générale des finances, est plus réservée et souligne que « la TVA sociale ne pourrait jouer qu’un rôle d’appoint dans la mise en place d’une stratégie d’amélioration de la compétitivité des entreprises françaises. » Et d’ajouter : « elle ne constituerait qu’un levier parmi d’autres pour obtenir une baisse du coût du travail : une taxe de lutte contre le changement climatique, par exemple, pourrait permettre de financer une baisse du coût du travail par une taxation plus forte des émissions de gaz à effet de serre et des pollutions. »

 

Bonne ou mauvaise idée ? La question sans réponse

Bref, les rapports de septembre 2007 ne sont pas sur la même longueur d’onde ce qui n’empêchera pas le Sénat de leur trouver des points communs : Bien que la presse considère généralement que le rapport de M.Eric Besson est favorable à la TVA sociale, alors que la note de l’inspection générale des finances y serait défavorable, les analyses présentées sont sur le fond très proches. » Faut dire qu’ils avaient déjà du grain à moudre avec un précédent rapport du Sénat en date de mars 2007 et conduit par Jean Arthuis. Voire avec celui commandé en 2004 par Sarkozy alors ministre finances.

A chaque fois les conclusions sont les mêmes : il y a du bon mais aussi du mauvais. Ça peut jouer sur l’emploi comme ne pas. Ça peut jouer sur les prix à la baisse, ou à la hausse. Ça peut créer de l’inflation, ou non. Bref, si vous voulez en avoir le cœur net, je vous invite à lire la page wikipédia sur la TVA sociale (un fleuve) et vous verrez vite de quoi je parle: personne n’est d’accord, les exemples allemand et danois, aussi brillants soient-ils, ne sont pas transposables à la France, et son application dans les DOM-TOM ne fait l’objet d’aucun résultat concluant.

La TVA sociale est donc devenue un gadget politique (le blogueur Seb Musset parle de flooder) agité pour faire diversion, pour faire fumigène pour reprendre un mot du patron. Quand il sort du placard, la majorité s’étripe, le PS se frotte les mains tout en criant ô aberration et le gadget politique devient aussitôt un gadget médiatique :

 

TVA sociale France Soir

 

TVA sociale Le Point

 

TVA sociale Europe 1

 

TVA sociale Marianne 2

 

TVA sociale La Tribune

 

TVA sociale L'expansion

 

TVA sociale Le Parisien

 

 

Notons qu’il y en a un qui a vu le coup venir, c’est Philippe Askenazy dans un billet du Monde économie du 19 décembre. L’économiste et directeur de recherche au CNRS posait la question Y aura-t-il de la TVA sociale à Noël ? On apprend dans son papier que le sujet TVA sociale date des années 80, que le premier rapport fut confié à Henri de Castries, devenu depuis PDG d’Axa et que « trente ans après, nous en sommes toujours au même point ».

 

et nous dans tout ça ?

Pas étonnant qu’on soit complètement largués. On peut quand même essayer de comprendre le point de rupture entre les anti et les pour. D’abord, la question du financement de la protection sociale n’est pas nouvelle. Elle ne se pose pas pour les caisses retraite et chômage puisque, in fine, le salarié sera indemnisé au prorata de ses cotisations. En revanche, pour la sécurité sociale et les allocations familiales, les cotisations, payées par le salarié et l’employeur (charges salariales et charges patronales) bénéficient à tout le monde. Ça s’appelle la solidarité.

Le débat est donc le suivant : est-ce aux salariés d’être solidaires ou bien aux consommateurs (dont les salariés) ? Cela dit, à en croire Thomas Piketty, la CSG (contribution sociale généralisée créée par Michel Rocard en 1991) a absorbé une partie des cotisations salariales destinées aux branches santé et famille mais la question n’a pas été tranchée pour les charges patronales, toujours concernées. Donc reposons autrement la question : est-ce aux patrons d’être solidaires ou bien aux consommateurs?

C’est toute la question. Vous comprendrez que le patronat réponde « les consommateurs ! » La guerre sur les charges beaucoup trop élevées est menée de longue date par le Medef qui a d’ailleurs une solution toute prête, dévoilée en novembre. Y a plus qu’à choisir le scénario, ou le dessin si vous préférez car ils sont forts au Medef, ils savent aussi dessiner :

 

Scénario 1

TVA sociale Medef scénario 1

 

Scénario 2

 

TVA sociale Medef scénario 2

 

Scénario 3

 

TVA sociale Medef scénario 3

 

 

Dessins reproduits dans un article du Point, TVA sociale: les scénarios du Medef

 

Voyez, c’est simple de baisser les charges patronales, il suffit de les transférer sur la TVA et hop. Du coup les entreprises peuvent vendre leurs produits moins cher et donc être plus compétitives. Si elles décident bien sûr de reporter la baisse des charges sur le coût du produit et non pour augmenter leur marge, réserve déjà formulée dans le rapport Besson.

Vous comprendrez également que les consommateurs soient plus sceptiques. Qui dit hausse de la TVA dit baisse du pouvoir d’achat (même le Figaro l’admet). Et, allez savoir pourquoi, les consommateurs ont tendance à penser que le prix des produits ne baissera pas d’un euro, tout comme les menus dans les restaurants n’ont pas vu leur prix diminuer autant que la TVA (passée de 19,6 à 5,5%).

De même, comme le souligne Askenazy cité plus haut, à l’annonce de la hausse de la TVA que croyez-vous que nous ferons, petits malins ? Oui, nous achèterons en masse écrans plats et tondeuses à gazon avant que les prix n’augmentent. Et que fera-t-on des produits des entreprises compétitives devenus moins chers ? Rien, puisqu’on les a déjà achetés.

Ensuite, on peut imaginer que la hausse de la TVA n’a pas pour réel objectif de baisser le coût du travail mais de combler, au hasard, les déficits.

Cela dit, reste une question en suspens : est-ce par pur masochisme que Sarkozy veut augmenter la TVA avant les élections ? Postulons que non. On peut avancer alors plusieurs hypothèses : il veut embarrasser Hollande, dont le directeur de campagne, Manuel Valls, est un ex-pro-TVA sociale. Stratégie bancale : l’ensemble du PS rejette en bloc la TVA sociale, excepté Valls, dont on n’a jamais cru qu’il était de gauche. Deuxième hypothèse : ce serait un signe envoyé aux agences de notation (les revoilà !) qui ne sont certes pas revenues de vacances mais doivent malgré tout occuper encore les esprits à l’Elysée. Dernière hypothèse : jouer sur la peur pour nous faire serrer la ceinture. Comme le souligne Françoise Fressoz dans un billet qui inaugure son blog du Monde.fr, « la dramatisation est devenue la dernière cartouche d’un président acculé par la crise« . Pour faire face au drame, on doit tous faire un effort et accepter un ou deux points supplémentaires de TVA. Avec les éléments de langage suivants : les Allemands l’ont fait, la Suède et le Danemark sont déjà à 25%, 1% en plus c’est indolore et ça rapporte un max. En gros, Sarkozy referait le coup de la réforme des retraites. Mais pas dit qu’il y parvienne.

 

Mise à jour mercredi 16h

Autre hypothèse formulée par Hollande lui-même : Sarkozy a enfilé les vêtements du père-courage. Libération rapporte les propos du candidat PS, propos tenu à l’occasion du désormais célèbre déjeuner, dit déjeuner du salemec : « Le candidat PS, devant quelques journalistes qu’il avait conviés à déjeuner, s’est mis à la place de Nicolas Sarkozy se présentant aux Français: «Je suis le Président de l’échec, je suis un sale mec, mais dans cette période difficile, je suis le seul capable, j’ai le courage…». «Il va se présenter comme le capitaine courage recherchant l’impopularité», a ajouté Hollande, en faisant référence notamment à la TVA sociale, d’après l’AFP qui a participé à ce déjeuner. Après tout, pourquoi pas ? Dans les cas désespérés, on tente tout. Et n’importe quoi.

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Après le PSG, le Qatar au chevet des banlieues françaises

LEMONDE | 05.01.12 | 12h40   •  Mis à jour le 05.01.12 | 15h53

Abderrezak Khachane, président de l'association "Mieux vivre au Valibout", a écrit à l'ambassade du Qatar pour obtenir des fonds pour la rénovation du quartier.

Abderrezak Khachane, président de l’association « Mieux vivre au Valibout ».Jean-Gabriel Bontinck/PHOTOPQR/LE PARISIEN

Jusqu’où ira le Qatar? Le pays est grand comme la Corse mais possède une impressionnante force de frappe financière. Après le PSG et les droits télé de la Ligue des champions, c’est dans les banlieues françaises que le petit émirat a décidé d’investir. Il a annoncé, le 9 décembre 2011, la création d’un fonds d’investissement de 50 millions d’euros destiné aux quartiers français en difficulté, pour 2012. La somme est d’importance. C’est près de 10 % des 548 millions d’euros du budget du ministère de la ville de cette année.

L’enveloppe doit servir à financer les projets des jeunes entrepreneurs des cités en mal de reconnaissance et de subsides pour créer leurs entreprises. L’initiative a fait grincer des dents certains. Elle a été saluée par d’autres. Pour une écrasante majorité, elle souligne surtout un peu plus l’abandon des banlieues par l’Etat français.

L’idée d’un rapprochement entre les banlieues et le Qatar n’est pas venue de la pétromonarchie mais de l’Association nationale des élus locaux de la diversité (Aneld). Un collectif d’élus de droite et de gauche ayant en commun d’être fils ou petit-fils d’immigrés et qui constate l’impasse dans laquelle se trouvent les banlieues françaises depuis plusieurs années. « On y est allés au culot », explique Haouaria Hadj-Chikh, élue du Front de gauche à Marseille et membre de l’association.

Cet automne, les élus écrivent à l’ambassadeur du Qatar en France, qui accepte de les recevoir. Peu de temps après, ce dernier organise un voyage d’une semaine à Doha, la capitale de l’émirat. Dix élus s’y rendent. Là-bas, la délégation déjeune avec l’émir cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, rencontre plusieurs responsables et distribue plusieurs dizaines de CV français. « Pour une fois, notre identité était valorisée et n’était plus un handicap », explique Kamel Hamza, président de l’Aneld et conseiller municipal UMP à La Courneuve. « L’aide du Qatar n’est que le résultat de difficultés exacerbées », plaide Haouaria Hadj-Chikh.

De retour dans l’Hexagone, l’ambassadeur du Qatar en France annonce la création du fonds d’investissement de 50 millions d’euros. « Avec la crise économique, il est de plus en plus difficile de trouver des fonds, explique Kamel Hamza. Mais ce n’est ni de la philanthropie, ni du mécénat. C’est un investissement gagnant-gagnant, et il va falloir présenter des projets sérieux. »

La mesure a été très diversement appréciée. « Que le Qatar investisse dans les quartiers ne me gêne pas. D’autres pays, comme les Etats-Unis, essaient déjà de nous prendre nos talents, juge Renaud Gauquelin, nouveau président de l’association Ville et banlieue et maire PS de Rillieux-la-Pape (Rhône). Mais si l’Etat traitait mieux les banlieues, nous n’en serions pas là! » Claude Dilain, sénateur PS et ancien maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), y voit lui aussi « le signe de la coupure entre la société française et les banlieues ». Il est, en revanche, profondément hostile à l’idée d’une intervention du Qatar. « Peut-on imaginer un instant un autre secteur d’activité où on tolérerait cela? Est-ce qu’on peut imaginer les Etats-Unis investissant 10millions d’euros dans l’éducation nationale? »

Le gouvernement, pour sa part, assume pleinement le recours aux deniers qataris. Maurice Leroy, le ministre de la ville (et ancien président du groupe d’amitié France-Qatar à l’Assemblée nationale), salue, lui, l’initiative: « Ce fonds d’investissement est un signe positif de reconnaissance des talents et capacités de création d’entreprises dans les quartiers populaires en France. » Mais refuse cependant d’y voir l’effacement de la puissance publique dans les quartiers.

Sitôt l’annonce du fonds rendue publique, les propositions ont commencé à affluer sur les bureaux des élus de l’Aneld. Kamel Hamza estime avoir reçu déjà 80 CV et près de 150 dossiers de création d’entreprise. « Des demandes pour des sociétés d’informatique, des commerces, des salles de sport, de la maintenance d’ascenseurs… » Et la liste continue de s’allonger.

ARRIÈRES-PENSÉES POLITIQUES

« Arrivés à 28-30 ans, beaucoup de jeunes qui ont fait des études se rendent compte qu’il y a maldonne et que le contrat social n’a pas été respecté, analyse Mohamed Ali Adraoui, politologue et chercheur à Sciences Po. Malgré leurs diplômes, ils ne trouvent pas de travail. La France est perçue comme un pays hypocrite, alors que le Qatar les juge sur leurs seules compétences. » Pas étonnant, selon lui, que l’opération soit un succès.

Rue de Tilsitt, dans le 8e arrondissement de Paris, siège de l’ambassade qatarie, quatre experts ont été désignés pour se pencher sur la pertinence des projets et des CV. Des demandes, parfois éloignées du cahier des charges initial, leur sont adressées. Abderrezak Khachane, président de l’association Mieux vivre au Valibout, un quartier de Plaisir (Yvelines) a écrit à l’ambassade pour la rénovation de son quartier. « Les ascenseurs sont en panne, les parkings sont sales et il y a des rats. Est-ce que les politiques ont fait quelque chose pour nous en trente ans? Alors, je me suis dit: “le Qatar, pourquoi pas?” Avec 50 000 euros, on pourrait avoir cinq ascenseurs. » L’initiative qatarie n’est cependant pas dénuée d’arrière-pensées politiques. « L’investissement dans les banlieues participe d’une stratégie globale », explique Nabil Ennasri, doctorant à l’université de Strasbourg et auteur d’un mémoire de DEA sur le Qatar. « En 2008, les élites qataries ont élaboré le ‘Qatar national vision 2030’ pour imaginer ce que sera la place du pays dans le monde d’ici vingt ans. Si le Qatar cible les banlieues et la communauté arabo-musulmane, c’est pour qu’elles soient, à terme, un relais de ses idées en France. »

Mohamed Ali Adraoui confirme: « Le pays cherche surtout des relais d’influence dans la société française. » Si le petit émirat s’appuie sur les élites françaises originaires du Maghreb, il veut cependant éviter toute lecture communautariste de son action. Arabes, Noirs ou Blancs pourront, de la même façon, soumettre des projets, soutient l’Aneld. « Tous ceux qui habitent en banlieue peuvent en bénéficier, précise Kamel Hamza. Mais il faut que la France arrête d’avoir peur de son ombre! » « Les investisseurs qataris sont intelligents et savent qu’ils sont attendus au tournant sur cette question, prévient Mohamed Ali Adraoui. Ils sont très au fait des débats français sur l’intégration. »

Arthur Frayer


L’ »histoire » de la TVA sociale : en rire ou en pleurer ?

La communication de la majorité actuelle sur la TVA sociale, le volontarisme affiché en ce domaine, méritent bien quelques analyses critiques. Dans l’avalanche quotidienne de nouvelles, s’agit-il simplement d’occuper le terrain médiatique ou s’agit-il d’un projet de réforme fiscal sérieux ? L’avis d’un spécialiste de la fiscalité environnementale.

Il est évident pour tous les analystes sérieux que la première fonction de la TVA sociale est d’occuper le terrain médiatique. Il s’agit d’abord de montrer que le président de la République s’occupe de la préoccupation principale des français : l’emploi. Le premier enseignement de cette histoire de TVA sociale, c’est donc bien que les analystes qui entourent le futur candidat à l’élection présidentielle ont enfin compris que le sujet essentiel pour les français n’est plus l’insécurité mais bien la crise et le chômage. Ils en ont mis du temps quand, dès mars 2010, cela apparaissait comme une évidence !!

Deuxième enseignement : la stratégie est claire, il faut monter qu’on agit, qu’on a des projets concrets alors que la gauche serait dans le vague et le flou. C’est une bonne démarche car les propositions du PS et de ses alliés en matière d’emploi et de lutte contre la crise n’arrivent pas à convaincre l’opinion. Le contrat de génération du candidat Hollande ne persuade et ne rassure pas l’électeur : il va bien falloir trouver d’autres idées pour emporter la décision.

Mais revenons sur la proposition de TVA sociale. Sarkozy prend le risque d’augmenter un impôt qui peut sembler inodore dans un pays qui déteste la pression fiscale. Cette stratégie est risquée. Il veut montrer le volontarisme de celui qui se préoccuperait « de l’emploi des français ». Mais nos concitoyens risquent de ne pas supporter de payer encore un impôt qui va revenir dans « les poches des patrons ». Quand on s’intéresse aux questions fiscales, on comprend bien que les Français ne supportent plus l’idée d’impôts nouveaux qui iraient se perdre dans les méandres du budget de l’Etat ou qui reviendraient dans les poches de certains acteurs privés. Une fiscalité moderne, efficace et juste doit répondre au principe de la communauté d’intérêt : celui qui paie un impôt doit pouvoir voir son bénéfice lui revenir si il agit de manière positive.

 

Enfin, dernier aspect négatif à cette (mauvaise) idée de TVA sociale : son efficacité. Rajouter 2 ou 3 % à notre TVA devrait permettre de gagner quelques milliards pour financer le budget social de la Nation qui est déjà en grand déficit. Autrement dit, la TVA sociale va servir à diminuer ou à combler ce déficit. Elle ne permettra pas véritablement de limiter « le coût social du travail » et donc de redevenir compétitif face à l’industrie chinoise.

La majorité actuelle commet la même erreur que pour le projet de taxe carbone : croire à l’efficacité d’une mesure inadaptée à l’enjeu. Les risques pris (impopularité de l’impôt) sont trop importants face à l’inefficacité prévisible de la mesure. Une fois les enjeux électoraux derrière nous, la TVA sociale risque donc fort, de finir comme la taxe carbone : à la trappe.

On ne peut que s’en réjouir. Mais on regrette que, la gauche comme la droite, n’arrivent pas à comprendre que les enjeux industriels d’aujourd’hui ne sont pas de rattraper l’industrie tayloriste chinoise, avatar de notre modèle productif du XXéme siècle mais d’inventer l’industrie durable de notre siècle.


Un ancien condamné envoyé par Sarkozy en Russie ???

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120104.OBS8073/enquete-l-etrange-monsieur-russie-de-sarkozy.html


Le bilan : un boulet pour Sarkozy..

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-bilan-de-sarkozy/20120104.OBS8008/nicolas-sarkozy-son-bilan-son-boulet.html


Des étudiants boursiers victimes de la rigueur

04 Janvier 2012 Par Les invités de Mediapart

A l’université de Reims, les étudiants boursiers sur critères sociaux partis à l’étranger ont appris courant décembre que le montant de leur aide à la mobilité serait revu à la baisse. En cause, le ministère de l’enseignement supérieur qui a retoqué 39.715€ de crédits alloués à l’université en 2011. Simon Ulrich, étudiant et militant du Front de Gauche, dénonce un «abandon» de la part de l’Etat.

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Je me présente. Je m’appelle Simon Ulrich et je suis actuellement en 3e année de licence de droit. Je poursuis mon cursus universitaire dans le cadre du programme Erasmus en Écosse à Aberdeen. En effet, depuis plusieurs années, l’Europe a mis en place avec succès une politique d’échange international.Comme de plus en plus d’étudiants français, j’ai tenté ma chance et j’ai décidé de quitter mon pays pour en découvrir un autre, découvrir une nouvelle langue et diversifier mes connaissances juridiques. Mais, actuellement boursier, je dois choisir mon orientation non pas seulement en fonction de mes résultats, ma soif de connaissance ou mon ambition professionnelle, mais surtout en prenant en compte les coûts que ma famille peut supporter.

Étudier à l’étranger à un prix, un prix qui est loin d’être négligeable. Je le dis clairement, sans l’aide de l’Etat, sans une politique d’accompagnement et de solidarité, j’aurai refusé de quitter mon université de Reims pour celle d’Aberdeen. Lorsque j’ai déposé ma candidature pour ce programme, il me fut bien précisé que ma situation sociale ne sera pas un frein. J’y ai cru.

En effet, en plus des bourses Erasmus et régionales qui sont accordées à tous les étudiants en mobilité, le ministère a promis et confirmé une bourse supplémentaire de 400 euros mensuels pour les étudiants boursiers sur critères sociaux. Vous pouvez trouver sur le site du maroquin les traces de son existence (1).

Je suis donc parti en étant certain de toucher cette bourse et donc avec l’assurance d’équilibrer un budget conséquent. Il ne me restait plus qu’à travailler dur. Aujourd’hui, ma certitude s’est effacée, l’ignorance s’est installée et la précarité approche à grands pas.

En effet, au cours des semaines en Écosse, je n’ai vu aucun signe des versements promis. Je me suis dit que ces retards trouvaient leur source dans les problèmes qui touchaient les autres étudiants boursiers en France. Mais à mon retour à la maison familiale, ma mère m’a présenté une lettre m’informant que pour le premier semestre, le montant de ma bourse de mobilité avait été revu. Ce ne serait plus 400 euros mensuels, mais 400 euros pour le semestre qui me seraient versés. Mon budget se voyait donc, par une décision floue, perverse et obscure, amputé de moitié. Et cette même lettre laissait planer un doute total pour le second semestre.

 

Ne comprenant pas ce revirement, j’ai décidé de me renseigner sur les raisons de cet «abandon». Je suis allé sur le site du ministère, sur le site service-public mais aussi sur le site gouvernemental informant les étudiants de leurs droits et tous, sans exception, confirmèrent à la fois l’existence et le montant mensuel de 400 euros.

D’un côté, officiellement, la bourse existe toujours. Et de l’autre, par une lettre aux formes discutable, on m’annonce sa modification. Face à cette contradiction, j’ai décidé de faire lumière et d’obtenir mes droits. J’ai donc pris l’initiative d’écrire une lettre ouverte au ministre sur mon blog. Avec des camarades du Front de Gauche, nous avons relayé l’information le plus possible. Elle est même disponible sur le site de campagne du Front de Gauche.

Grâce à cette action, d’autres étudiants se sont reconnus dans ma situation et m’ont contacté pour m’informer de leur précarité. Ainsi, ce problème de non-versement total des bourses concerne également la Fac de Dunkerque. Pour les autres, je ne sais pas encore.

À l’heure actuelle, je n’ai toujours pas eu de réponse du ministre. Grâce à un reportage de France 3, il semble que les problèmes budgétaires soient réglés et que les bourses nous seront versées. Mais l’utilisation de termes flous ne nous rassure que pour 2012 et a la politesse de nous laisser dans l’ignorance pour les sommes dues en 2011 (2). Il est à noter que j’ai pu lire le rapport de la commission des finances du sénat et que celui-ci signalait une baisse de 10 millions d’euros sur l’enveloppe de l’aide à la mobilité.

Bien sûr, voir une corrélation entre l’augmentation du nombre de boursiers, la décision gouvernementale de la baisse de l’enveloppe budgétaire et nos retards et annulations de nos versements serait l’oeuvre d’un esprit vraiment pervers.

En tout cas, je tiens à signaler que je suis heureux que le gouvernement se félicite du nombre record d’étudiants français envoyés à l’étranger. Envoyés ou abandonnés?

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(1) L’aide à la mobilité est attribuée aux boursiers sur critères sociaux. Pour répondre aux demandes formulées en 2011, l’université de Reims a créé une grille définissant le montant de l’aide allouée en fonction de l’échelon de bourse dont bénéficient les étudiants. Selon cette grille, Simon Ulrich, boursier d’échelon de niveau 1, aurait dû se voir allouer 2,000 euros pour son année à l’étranger.

(2) Le ministère de l’Enseignement supérieur s’est engagé auprès de M. Gelle, vice-président du Conseil des études et de la vie Universitaire, à payer la somme permettant à l’université et au Crous d’assurer le versement des bourses de 2011. Pour l’heure, la situation n’est toujours pas régularisée.


Du culte de l’atome au principe de réalité

Editorial du « Monde » | LEMONDE | 04.01.12 | 14h49

Depuis trop longtemps, le débat sur le nucléaire et sur sa place prépondérante (74 %) dans la production énergétique française se résume à un affrontement caricatural.

D’un côté, les promoteurs de cette filière – EDF, Areva et plusieurs générations d’ingénieurs X-Mines – défendent la modernité et l’excellence technologique pour le plus grand bien de l’indépendance énergétique nationale et de la facture d’électricité des Français – contre les partisans du « retour à la lampe à huile ». De l’autre, les écologistes fustigent l’aveuglement et l’irresponsabilité des docteurs Folamour du nucléaire. Et dénoncent l’omerta imposée sur les risques véritables des 58 réacteurs en activité en France, comme sur le coût global de la filière.

A toute chose malheur est bon : la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima, au printemps 2011, a conduit à lever ces deux tabous. Remis au premier ministre le 3 janvier, le rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire sur les « investissements massifs » indispensables et urgents pour rendre les centrales françaises plus sûres n’est qu’une première étape. D’ici à fin janvier, la Cour des comptes remettra au chef de l’Etat un audit des coûts « réels » de la filière électronucléaire.

D’ores et déjà, des chiffres circulent pour évaluer les conséquences des nouvelles contraintes réclamées par le gendarme du nucléaire français : Henri Proglio, le PDG d’EDF, évoque 10 milliards d’euros, à ajouter aux 40 milliards prévus pour porter la durée de vie des réacteurs à 60 ans. D’autres experts évoquent un montant approchant les 15 milliards. Bref, c’est un programme énorme, dont le ministre de l’industrie, Eric Besson, s’est immédiatement efforcé de minimiser les conséquences sur le pouvoir d’achat des Français (« moins de 2 % des factures d’électricité par an », a-t-il assuré). Il s’agit de ne pas écorner l’image d’une industrie qui surfe depuis des années sur un slogan efficace : la France offre le prix du mégawattheure le plus compétitif d’Europe (127 euros, contre 269 euros au Danemark et 228 en Allemagne, en 2009).

Mais une page est en train de se tourner. Le débat trop longtemps repoussé du coût réel de l’atome est enfin ouvert. Il permettra de dépasser les évaluations au doigt mouillé qui prévalaient jusque-là. Le rapport de la Cour des comptes va, notamment, évaluer le coût du démantèlement d’une centrale ou du traitement et du stockage des déchets nucléaires qui restent des inconnues majeures.

Quant aux mentalités, elles évoluent. Dans un document publié à l’automne 2011, l’Union française de l’électricité, qui regroupe les entreprises du secteur, chiffrait, certes, le coût d’une sortie du nucléaire… mais aussi celui de son maintien.

Car c’est bien la comparaison entre les deux scénarios qui offre la seule piste de réflexion sérieuse. Tarifs de l’électricité, emplois, lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, indépendance énergétique, énergies alternatives… tout doit être remis à plat. L’exception française du « tout nucléaire » ne saurait échapper au principe de réalité.